Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"Efroyabl Ange1", de Iain M. Banks

Publié le par Nébal

Efroyabl-Ange1.jpg

 

 

BANKS (Iain M.), Efroyabl Ange1, [Feersum Endjinn], traduit de l’anglais (Écosse) par Anne-Sylvie Homassel, postface de Jean-Luc André d’Asciano, illustrations de Frédéric Coché, Paris, L’Œil d’or, coll. Fictions & fantaisies, [1994] 2013, 300 p.

 

Iain M. Banks, comme vous le savez, est hélas mort il y a peu et, honte sur moi, je n’ai toujours rien lu du fameux « cycle de la Culture »… Mais j’ai décidé d’y remédier très prochainement, ayant pioché dans la séduisante bibliographie d’Eclipse Phase nombre de titres traitant de la transhumanité, de la post-humanité, de la singularité et toutes ces sortes de choses ; Banks, en toute logique, y occupe une bonne place. Et c’est une chose que confirme cet Efroyabl Ange1 longtemps réputé intraduisible, et donc traduit, comme de juste, de manière impeccable par Anne-Sylvie Homassel pour les intéressantes éditions de l’Œil d’or (tant pis pour Ailleurs & Demain) ; au sens strict, ce roman baroque et fou ne relève pas de la Culture… à moins d’y voir, comme le fait plus ou moins l’éditeur Jean-Luc André d’Asciano dans sa postface, un « conte » de la Culture. Cela explique sans doute pour une bonne part pourquoi ce roman n’avait pas été traduit jusqu’à présent, l’œuvre de Banks hors-Culture n’ayant pas très souvent traversé la Manche (sans parler de ses romans de littérature générale…).

 

Mais je dois confesser une chose d’emblée : commencer Banks par Efroyabl Ange1 était sans doute une très mauvaise idée, d’autant que je l’ai lu sur une très longue période, entrecoupé de lectures « prioritaires » – essentiellement westerns et lovecrafteries, vous avez pu le constater – qui ne m’ont pas exactement facilité le travail ; car travail il y a, pour s’immerger pleinement dans ce roman passablement hermétique.

 

Et je ne dis pas ça pour les fameux passages « phonétiques » du jeune Bascule la Crapule, lesquels, bien qu’un peu ardus au premier abord, se révèlent très vite à mon sens non seulement les plus jubilatoires mais aussi, d’une certaine manière… les plus compréhensibles. Parenté nette, sans doute, avec l’extraordinaire Enig Marcheur de Russell Hoban, probablement le meilleur roman de science-fiction que j’ai lu ces dernières années, et qui a été pour beaucoup dans la décision (malencontreuse) de découvrir Banks par ce roman-là.

 

En effet, disons-le tout net : si je me suis régalé chaque fois qu’intervient Bascule, un des quatre points de vue de ce roman, le reste m’a le plus souvent laissé de marbre, voire ennuyé, pour la mauvaise et simple raison que je n’y pannais quasiment rien… Aussi me sera-t-il très difficile de résumer cet objet littéraire non identifié (pardon du lieu commun) ; je pourrais certes parler en détail de la quête de Bascule, qui va chercher dans la Crypte, monde des morts et monde virtuel, une fourmi enlevée par un oiseau, mais ce serait aux dépends des trois autres trames, faisant intervenir une jeune femme bientôt appelée Asura qui surgit un beau jour dans un jardin, nue et pure ; une scientifique en chef, Gadfium, qui a gardé son nom d’homme malgré son changement de sexe ; et le comte Sessine mort à répétition et exilé dans la Crypte. Quatre destins a priori bien éloignés, mais amenés comme de juste à se rencontrer dans une ultime épiphanie, qui éclaire rétrospectivement bien des aspects du roman, mais ne m’a néanmoins pas permis de l’apprécier à sa juste mesure.

 

Restent quelques aspects de fond qui m’ont tout particulièrement séduit, et notamment le cadre de ce roman. Situé dans un futur qu’on imaginera très lointain, Efroyabl Ange1 nous décrit une Terre de conte de fées, pourtant à la veille d’une apocalypse appelée Dévoration, contre laquelle il s’agit de lutter. Car les humains (ou transhumains, ou post-humains, donc) ont sans doute des armes pour ce faire, qui leur ont été laissées par la Diaspora, c’est-à-dire ceux qui ont, il y a de cela longtemps, abandonné la Terre pour les étoiles, laissant sur place les Renonciateurs qui ont perdu le savoir du voyage spatial. Le problème étant qu’une multitude de complots et de conflits larvés – plus ou moins orchestrés par le roi voyeur Adijine, ou bien lui-même n’est-il qu’une marionnette aux mains du Consistoire ? – empêchent de saisir au juste ce qu’il faut faire. La solution se trouve sans doute dans deux endroits intrinsèquement liés : la Crypte, donc, précédemment évoquée, et, en contrepoint, le sommet du château qu’on devine ascenseur spatial.

 

Voilà pour le cadre, en gros. Mais d’autres aspects m’ont paru intéressants, quand bien même hermétiques, dans ce roman, et notamment son approche d’une transhumanité farfelue, néanmoins caractérisée par deux aspects : la quasi-immortalité du fait de la possibilité de résurrection (mais « quasi » seulement, Sessine épuisant à toute vitesse son quota de vies…), et le lien presque automatique (voire inné, les « implants » n’en étant semble-t-il pas, mais étant probablement hérités) avec la Crypte comme avec d’autres procédés de, disons, réalité augmentée (dont use et abuse Adijine, par exemple, mais aussi les scientifiques ou nobliaux en quête d’informations).

 

Pour le reste, je ne saurais donc prétendre avoir véritablement apprécié ce roman. Attention, hein : je ne le juge pas « mauvais ». De toute évidence, le problème, ici, vient de votre serviteur : c’est moi qui suis passé à côté, parce que j’ai lu ce roman trop tôt, dans de mauvaises conditions, et sur une période de temps beaucoup trop longue.

 

Un raté, donc, mais seulement en ce qui me concerne ; cela ne me dissuadera certainement pas de lire « la Culture » (on y reviendra bientôt, promis), voire les autres œuvres de Banks (avec ou sans « M. »), dont j’ai pu malgré tout apprécier ici la plume et l’exubérance ; et cela ne doit sans doute pas vous dissuader, si vous avez déjà eu l’occasion d’apprécier cet auteur, de tenter l’expérience (car c’en est une) d’Efroyabl Ange1. Quant à moi, c’est très rare que je le dise, mais une évidence pour le coup : il faudra sans doute que je le relise pour pleinement l’apprécier. Un jour…

CITRIQ

Commenter cet article

PoumPouloum 21/01/2014 16:33

@Cachou : indépendamment des qualités intrinsèques de L'homme des jeux et Une forme de guerre, il me semble que Banks profite de chaque roman du cycle de la Culture pour en étoffer l'univers, y
ajouter de nouvelles perspectives, en se basant partiellement sur le cadre déjà posé dans les romans précédents. Du coup, même si les intrigues sont indépendantes d'un livre à l'autre, il vaut
peut-être mieux lire le "cycle" dans l'ordre de parution.

Aldaran 20/01/2014 16:15

Enfin, t'as attaqué Banks !
J'en rajoute une couche pour le cycle de La Culture. À une nuance près : je pense que la porte d'entrée a changé depuis la parution de L'Essence de l'art, paru au Bélial' puis repris au Livre de
Poche.
Bonne lecture.

le gritche 20/01/2014 15:46

L'homme des jeux est plus court que d'autres, avec une intrigue sans narration foutraque, peu de personnages ni de passages alambiqués. Dieu ne s'y est pas trompé en le proposant pour démarrer.
J'ai acheté Efroyabl Ang1 mais pas encore lu. Je ne lis que la fin de la critique de Nebal, qui me refroidis.

chris 20/01/2014 14:19

J'avais oublié aussi une forme de guerre, excellent. Je reconnais que l'usage des armes est parfois un peu difficile à suivre... Mais j'étais happé par l'univers de la culture et toutes ses
implications.

Efelle 20/01/2014 13:08

Ce bouquin continue de me faire peur comme Enig...

Sinon je suis d'accord avec Chris pour L'homme des jeux mais préfère Une forme de guerre à L'usage des armes pour aborder le cycle. Ce dernier m'a paru trop expérimental pour adhérer pleinement.

chris 20/01/2014 10:32

Ah... J'avais été passionné par ces deux livres. Donc je les recommande, mais nous sommes tous différents et nous apprécions nos lectures de façon différente...

Cachou 20/01/2014 10:01

@Chris: je ne sais pas si c'est forcément bien de commencer par ceux-là. Ce sont ceux qu'on m'avait conseillés, je les ai tentés et abandonnés tous deux. Bon, c'était il y a 7-8 ans, peut-être
lirai-je différemment la chose maintenant, mais ils m'ont en tout cas retiré toute envie de lire l'auteur.

Chris 20/01/2014 07:50

Je n'ai pas lu celui-ci, mais vraiment, les romans de la "Culture" valent le coup. Il y a dedans quelque chose...

Je te conseillerais de commencer par l'usage des armes ou l'homme des jeux