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"Europole", de Jérôme Noirez et collectif

Publié le par Nébal

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NOIREZ (Jérôme) et collectif, Europole. Guide de résistance dans la titanopole rétrofuturiste, illustrations d’Aurélien Police, [s.l.], Mnémos, coll. Ourobores, 2013, [n.p.]

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 73 (pp. 101-103).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant quelque temps.

 

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

La décidément très séduisante collection « Ourobores » de Mnémos constitue depuis ses origines une passerelle de choix entre le jeu de rôle et les littératures de l’imaginaire. Ce n’est certes pas Europole qui va faire mentir cette réputation, et c’est même probablement, jusqu’à présent, l’ouvrage qui affiche le plus cette double parenté. Il se fonde en effet sur l’univers du jeu de rôle Rétrofutur (hélas indisponible aujourd’hui…), créé par Raphaël Bardas, Sébastien Célerin, Mael le Mée, Tristan Lhomme et Frédéric Weil. Tout un collectif d’auteurs s’est joint à Jérôme Noirez (directement responsable d’environ un quart de l’ouvrage, essentiellement le premier dossier) pour revisiter cet univers (dans sa globalité : c’est bien le monde entier qui est ici couvert selon le point de vue de la Résistance, et pas seulement l’Europole ; le titre, du coup, n’est sans doute pas très bien choisi…), tandis que les illustrations et la mise en page étaient confiés aux bons soins d’Aurélien Police, qui a accompli un travail remarquable. Ce qui nous vaut un bien bel ouvrage, à même de séduire au-delà des seuls rangs de ceux qui connaissaient déjà l’univers de Rétrofutur, et même au-delà des rôlistes en général.

 

Le cadre : des années 1950 déglinguées, dans un univers uchronique mêlant joyeusement les genres et très riche de références plus ou moins saugrenues. Le premier dossier, ainsi, est dû à la plume d’un certain « Bill Lee » échappé tout droit du Festin nu, qui nous ballade dans un monde aussi cauchemardesque qu’hilarant, délire totalitaire bureaucratique qui ne manque pas d’évoquer Brazil ; à l’autre bout du livre, le quatrième et dernier dossier, consacré au « paranormal », fait le grand écart entre Lovecraft et Philip K. Dick en passant par A.E. Van Vogt (entre autres…). D’ici là, on s’est également vu offrir un passionnant aperçu des « marges » de l’univers rétrofuturiste (mafias, terroristes, « non-alignés »…) ainsi que des diverses technologies que l’on peut y croiser (autant le dire de suite, et en rester là : ce troisième dossier est quelque peu décevant, c’est sans doute le moins intéressant d’Europole).

 

La divergence historique se situe dans les années 1860, quand eut lieu le Contact : des scientifiques, tout d’abord, puis d’autres catégories d’individus, sont entrés en relation avec les mystérieux Étrangers… ou, du moins, c’est ce qui se dit officiellement. Il s’en est suivi, dans l’attente de l’arrivée sur notre planète de ces extra-terrestres démiurgiques, une révolution industrielle et technocratique, qui a balayé sur une bonne partie du globe les États-nations archaïques : le monde est aux mains des Agences, et les citoyens, habitant de gigantesques titanopoles, sont devenus des administrés. En résulte un monde entre Orwell et Kafka, dont l’abomination n’a d’égale que l’absurdité (très bien rendue par de nombreux et délicieux traits d’un humour fortement corrosif, entre le jaune et le noir). Mais les Agences ne contrôlent en définitive pas tout, et, au-delà des marges, au cœur même de la société rétrofuturiste, la Résistance livre un combat acharné contre la tyrannie bureaucratique et le mythe des Étrangers…

 

C’est donc le point de vue de la Résistance qui est ici donné, au travers de quatre dossiers constitués par d’éminents membres du Mouvement et destinés à l’édification des masses. On a ainsi droit à un fascinant tour d’horizon – nécessairement partiel et partial, mais ça fait partie du jeu –, au travers de témoignages divers et autres « pièces à conviction » : des publicités, des catalogues, des revues, les actes d’un colloque… Autant de documents qui permettent de s’immerger dans l’univers rétrofuturiste.

 

Europole, dans son genre très particulier, est à n’en pas douter une réussite. Très bien conçu, agréable à l’œil, ce guide de résistance donne à découvrir un monde extrêmement séduisant, d’une richesse insoupçonnée. On se plonge avec un grand plaisir dans cet univers à la fois très référencé (on ne compte pas les « citations », et votre serviteur en a sans doute laissé passer un bon paquet) et d’une originalité pourtant indéniable. Indispensable pour les amateurs de rétrofuturisme, Europole constitue par ailleurs une porte d’entrée bienvenue à ce genre très particulier. Un beau cadeau, à n’en pas douter.

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