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"Harakiri", de Masaki Kobayashi

Publié le par Nébal

Harakiri.jpg

 

 

Titre original : Seppuku.

Titre alternatif : Hara-Kiri.

Réalisateur : Masaki Kobayashi.

Année : 1962.

Pays : Japon.

Durée : 127 min.

Acteurs principaux : Tatsuya Nakadai, Akira Ishihama, Shima Iwashita, Tetsurô Tanba, Masao Mishima, Ichirô Nakatani, Kei Satô …

 

Il y a quelque temps de cela, je vous avais entretenu du magnifique Kwaïdan de Masaki Kobayashi, superbe adaptation des contes de Lafcadio Hearn. C’était le premier film de Kobayashi que je regardais, et quelle baffe ! À n’en pas douter, il figure parmi les plus beaux films que j’aie jamais vus (japonais ou pas). Mais, à l’époque, nombre de gens de bon goût m’avaient intimé de voir également Harakiri, avec l’immense Tatsuya Nakadai, film un poil antérieur et scénarisé par Shinobu Hashimoto (auquel on doit notamment, et ce n’est pas rien, la superbe adaptation de Rashômon, d’après Akutagawa, par Akira Kurosawa, et, pour le même réalisateur, Les Sept Samouraïs). Dès que j’ai trouvé la bête, je m’en suis donc emparé… Même si le visionnage a dû attendre.

 

Et celui-ci ne s’est pas déroulé dans les meilleures conditions. J’ai en effet eu la mauvaise idée de regarder ce film avec mes parents… qui l’ont trouvé insupportable et n’ont cessé de brailler dans mes oreilles de fines réparties hautement spirituelles, variations sur le thème « Ils sont fous ces Japonais »… Béotiens ! Mais cela ne m’a heureusement pas empêché de prendre pour ma part une baffe kolossale devant ce superbe film, que l’on n’hésitera pas un seul instant à qualifier de chef-d’œuvre. Eh certes. Alors merci les gens de bon goût qui me l’ont conseillé.

 

Nous sommes au Japon, à Edo si je ne m’abuse, au XVIIe siècle. Le shogunat Tokugawa inaugure une longue période de paix, contrastant avec les sanglants affrontements des ères antérieures. En conséquence, nombre de clans sont dissous, ce qui met à la rue tout un paquet de samouraïs devenant dès lors des ronins contraints à la misère la plus noire. Un jour, l’un d’entre eux, Hanshiro Tsugumo (Tatsuya Nakadai, donc), se présente devant le palais du clan Ii, et demande la possibilité d’y exécuter le suicide rituel que l’on dit « harakiri », mais qui devrait être dit « seppuku » (c’est d’ailleurs le titre original), sauf erreur. L’intendant le reçoit, et lui conte une histoire afin de le dissuader d’accomplir cet acte fatal ; celle d’un autre ronin, qui s’était de même présenté au clan quelque temps plus tôt dans le même but… et pour qui cela s’était très mal fini. En effet, le clan sait que nombre de ronins d’une extrême pauvreté prennent ce prétexte du harakiri pour quémander une place, ou du moins une aumône… Mais Tsugumo assure que ce n’est pas son cas, et l’on prépare la cérémonie. Mais le temps qu’arrive l’homme qui doit lui donner le coup de grâce, selon les formes de ce suicide rituel, lui aussi se met à raconter une histoire ; son histoire…

 

Je n’en dis pas plus (et peut-être en ai-je déjà trop dit, mes excuses si c’est le cas ; attention pour la suite, du coup…). Mais sachez que le scénario est d’une astuce diabolique, et transforme ce film quasiment dénué d’action et très bavard en un excellent thriller des plus palpitants, à la construction audacieuse avec ses nombreux flashbacks. Le film dans son ensemble est imprégné d’une tension extrême, d’une gravité étouffante et fascinante. Les dialogues, brillants, sont en permanence sur le fil du rasoir, et, entre Tsugumo et l’intendant, c’est bientôt un duel qui se joue…

 

Au-delà, nous avons également affaire à un drame poignant, qui ne saurait laisser indifférent. Et, surtout, le film en son entier est sous-tendu par une virulente critique de la société japonaise traditionnelle et de son hypocrisie foncière ; le prétendu « code d’honneur » des samouraïs y est plus qu’égratigné, dans une charge virulente qui trouve également à s’appliquer au Japon contemporain (et sans doute au-delà). Bas les masques !

 

Visuellement sublime, d’un beau noir et blanc autorisant des cadrages magnifiques, et jouant sur la dynamique et le mouvement avec brio, Harakiri est en outre brillamment servi par une interprétation parfaite, notamment de Tatsuya Nakadai, donc (son rire est particulièrement terrifiant…).

 

Une sorte « d’anti-chambara », peut-être ? En tout cas, Harakiri est à n’en pas douter un chef d’œuvre : la plastique irréprochable, l’écriture parfaite, l’interprétation sublime, s’allient pour livrer un film aussi passionnant et divertissant qu’intelligent et rude. Splendide.

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Alex 30/05/2014 20:14

salut et merci pour ton blog que je suis régulièrement avec intérêt.
peut-être à venir une chronique du dernier Ministry?

christian 29/05/2014 09:10

En japonais les caractères d'origine chinoise (kanji, signes des hans, littéralement) peuvent se lire selon une prononciation ON (dite chinoise, enfin prononcée sans les tons, à la japonaise) ou
KUN (dite japonaise).

Quand on a un mot composé de plusieurs caractères (jukugo), normalement on prononce la lecture ON et quand il est seul, la lecture KUN.

Donc on devrait lire seppuku et non Harakiri. Il paraît que c'est une erreur de lecture des américains pendant la guerre qui a fait de ce mot un harakiri...

Cela me donne envie de voir ce film, tien...

JeromJ 28/05/2014 22:48

Ça a l'air aussi bon que Rashômon en effet : je le mets sur ma liste de films à voir!