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"Histoire zéro", de William Gibson

Publié le par Nébal

Histoire-zero.jpg

 

 

GIBSON (William), Histoire zéro, [Zero History], traduit de l’américain par Doug Headline et Jean Esch, Vauvert, Au Diable Vauvert, [2010] 2013, 551 p.

 

Ma chronique se trouve dans le Bifrost n° 74 (pp. 80-81).

 

Je vais tâcher de la rapatrier dès que possible… mais ça ne sera pas avant quelque temps.

 

En attendant, vos remarques, critiques et insultes sont les bienvenues, alors n’hésitez pas à m’en faire part…

 

EDIT : Hop :

 

Il est bien loin, le temps de la trilogie de Neuromancien ; William Gibson s’était déjà rapproché de notre époque avec sa trilogie suivante, dite « du Pont », et ses romans ultérieurs ne font que confirmer cette évolution, en s’attardant sur notre époque pour en analyser les tenants et aboutissants sans plus guère utiliser de prétexte SF. En dehors de quelques éléments sur le tard, Histoire zéro ne relève en effet pas vraiment de la science-fiction (pas au sens strict, du moins) ; mais il continue cependant d’interroger le monde selon une grille de lecture bel et bien héritée du cyberpunk. Ce qui, disons-le, est à la fois passionnant et un brin frustrant pour qui a découvert l’auteur avec ses premiers romans. Il est en tout cas certain que ce n’est pas avec Histoire zéro, qui vient clore une nouvelle trilogie entamée avec Identification des schémas et poursuivie avec Code source, que l’on pourra apprécier au mieux la production SF de l’auteur… même si, comme le dit une critique reprise en quatrième de couverture, Gibson donne ici « à lire le présent comme si c’était le futur ». Une évolution certes pas innocente, et qui a pu lancer des pistes de recherche très intéressantes dans les deux précédents romans, consacrés aux marques et aux sous-cultures ; mais Histoire zéro, en poursuivant sur cette problématique, pousse le bouchon très loin… et sans doute trop loin. Jusqu’à l’absurde, en fait, en prenant pour sujet-prétexte (un McGuffin assurément) ce que l’on peut concevoir de plus superficiel au monde : la mode.

 

Le roman alterne entre les points de vue de l’ancienne chanteuse de rock Hollis Henry et du paumé ex-camé Milgrim, deux des « héros » de Code source. Ils sont à nouveau amenés à travailler pour le curieux magnat Hubertus Bigend, qui a foi en leurs capacités respectives. Et il les lance donc sur les traces d’une mystérieuse marque (ou anti-marque ?) de jeans, appelée les Chiens de Gabriel, avec potentiellement de juteux marchés militaires à la clé. Ce qui fait l’originalité des Chiens, en effet, outre leur finition impeccable, c’est l’absence quasi totale de communication les concernant ; ils n’ont pas pignon sur rue, et personne ou presque ne sait de qui il s’agit (même si le lecteur se fait rapidement sa petite idée…) : « une ligne de vêtements connue pour ne pas être célèbre »… Nos deux investigateurs se lancent donc dans la plus futile des quêtes, dans un milieu brillant par sa vacuité. L’histoire, dès lors ? Eh bien, il n’y en a pas vraiment, comme le titre le laisse assez entendre… Il s’agit bien d’une Histoire zéro. Ce qui, en soi, ne pose pas vraiment problème, n’en déplaise à certains critiques amateurs de bon (mauvais) mots ; à vrai dire, il y a même quelque chose de fascinant dans cette étude approfondie du néant…

 

Mais on ne se fera pas d’illusions pour autant, même dans un monde où tout est factice : Histoire zéro, avec tout son potentiel, est un roman raté. Gibson pousse en effet le vice très loin, et, si son roman n’est pas totalement exempt de qualités – il est à coup sûr bien pensé, et les personnages d’Hollis et (surtout) de Milgrim sont bien campés et plutôt attachants –, il n’en reste pas moins que l’on s’ennuie profondément à sa lecture. Il a même quelque chose d’un pensum… notamment du fait de sa longueur indubitablement excessive. Avec cette thématique, William Gibson tenait probablement le matériau d’une très bonne nouvelle ou novella ; mais en l’étirant artificiellement sur 550 pages, il met trop en lumière son dispositif et son propos, et lasse bien vite. La forme ne rattrapant pas le fond – cela semble se vérifier, que Gibson n’a jamais vraiment eu de chance avec ses traducteurs… –, ne subsiste plus de cette Histoire zéro qu’un profond ennui. Faux roman de science-fiction, empruntant l’allure et les méthodes d’un faux thriller, ce dernier roman de William Gibson est ainsi une triste déception, qui, malgré une intelligence indéniable, laisse le lecteur au mieux parfaitement froid et indifférent.

CITRIQ

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