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"Homesman", de Glendon Swarthout

Publié le par Nébal

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SWARTHOUT (Glendon), Homesman, [The Homesman], nouvelle traduction de l'américain par Laura Derajinski, Paris, Gallmeister, coll. Nature Writing, [1988, 1992] 2014, 280 p.

 

Rappelez-vous (si vous le voulez bien) : il y a quelque temps de cela, lors de mon premier cycle western, j'avais été saisi par la violence et l'ambiance crépusculaire du Tireur de Glendon Swarthout, chez Gallmeister. J'espérais, sans trop y croire, pouvoir lire d'autres westerns du monsieur. La sortie du film Homesman, de et avec Tommy Lee Jones, a heureusement justifié la nouvelle traduction, sous ce titre, du roman de Swarthout qui l'a inspiré (Il était auparavant paru aux Presses de la Cité sous le titre Le Chariot des damnées). Et une fois de plus, on n'est pas là pour rigoler...

 

La Frontière, dans le western, c'est repousser l'ouest. Mais faut vouloir y vivre. Et sous cet angle, Homesman frappe d'emblée très fort, en décrivant avec méticulosité toute l'horreur de la vie sur le Territoire. Notamment pour les femmes, attirées ici par les promesses et les espoirs de fringants pionniers, mais bientôt réduites à l'état de pondeuses dévolues aux tâches ménagères. Dans ces fermes quasi troglodytes, l'enfer se vit au quotidien, et cet hiver se montre particulièrement rude. Le précédent, à vrai dire, avait déjà été pas mal dans le genre, qui avait conduit plusieurs femmes à la folie, au point qu'il avait été nécessaire de les ramener au-delà du Missouri. Constat d'échec cinglant : le voyage se fait ici vers l'est.

 

Et le révérend Dowd constate amèrement qu'il va falloir remettre ça, quatre femmes ayant cette fois perdu la tête. Il leur faut un homesman, un « rapatrieur ». Dowd pense faire comme la fois précédente, et tirer au sort parmi les malheureux époux. Problème : le sort désigne un lâche, qui n'a aucune envie d'accomplir ce périlleux voyage. Alors c'est une femme qui se dévoue : Mary Bee Cuddy, ancienne institutrice, un peu homasse peut-être, fermière célibataire et forte femme (mais est-elle assez forte?), décide de prendre la place du couard. Elle change agréablement des archétypes féminins du western, à savoir la veuve et la putain...

 

Mais elle considère néanmoins qu'un homme ne sera pas de trop pour l'assister dans cette rude tâche, et « désigne un volontaire » en la personne du filou qui se fait appeler Briggs (bien sûr, ce n'est pas son vrai nom), petit escroc façon coucou, voleur de concessions, à moitié lynché (mais à moitié seulement) par les camarades d'une de ses victimes. Mary Bee lui sauve la peau, à la condition que cet « homme de piètre morale » l'accompagne dans la périlleuse expédition, au terme de laquelle il touchera 300 dollars.

 

Les deux font la paire. Avec la description des terribles conditions de vie du Territoire, ce beau duo constitue le point fort du roman, qui peut dès lors, à vrai dire, se passer d'événements, ou presque. Homesman est bien, sous cet angle, « un portrait de l'âme humaine », ainsi que nous prévient The Los Angeles Book Review. Un portrait sans concession (aha), qui fait ressortir failles et rides. Et le roman, ainsi, en dépit de son postulat presque loufoque, devient véritablement poignant, pour ne pas dire déchirant. On retrouve ici, dans un sens, la profonde violence du Tireur. Et si Homesman n'est probablement pas aussi indispensable, c'est néanmoins un très beau roman, western à la marge riche de tout un univers d'échecs et de frustrations. 

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