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"HPL 2007", de Christophe Thill (dir.)

Publié le par Nébal

 

THILL (Christophe) (dir.), HPL 2007. 22 nouvelles fantastiques en hommage à H.P. Lovecraft, Noisy le Sec, Malpertuis, coll. Lovecraftiana, [2004-2007] 2009, 309 p.

 

Howard Phillips Lovecraft fut sans conteste le plus grand écrivain d’horreur du XXe siècle.

 

Là, c’est dit.

 

(Bonjour le lieu commun.)

 

Préférons ce terme « d’horreur » à tout autre, ça nous évitera des débats stériles. Mais notons ceci : si Lovecraft a révolutionné le genre, c’est en en développant des aspects tellement personnels et en même temps tellement codifiés que la citation, irrésistible, ne peut être qu’explicite. Devant tel ou tel texte d’horreur, on aura envie de dire : « C’est du Lovecraft. ». Mais, souvent, l’auteur même nous y incitera en employant, non seulement les codes et thèmes du Maître de Providence, mais jusqu’à ses propres références… ou son vocabulaire, comme en clin d’œil.

 

Il y a tout un art du pastiche lovecraftien, qui s’est développé du vivant même de Lovecraft (je ne vous ferai pas l’insulte de citer des noms…). Mais, justement, c’est un art. Beaucoup s’y sont essayés, et nombreux (presque autant ?) s’y sont cassés les dents. Il n’est, pour s’en rendre compte, que de parcourir les plus « officielles » de ces compilations de pastiches, les « Légendes du Mythe de Cthulhu » rassemblées par August Derleth : déjà, des fois, ça ne tient franchement pas la comparaison. Alors a fortiori ce qui a été fait par la suite…

 

C’est qu’il y a un piège, dans le genre lovecraftien. Disons-le tout net : Lovecraft (que j’adule, pour ceux qui en douteraient) fait généralement dans le grotesque, dans tous les sens du terme, et ses textes se caractérisent par l’excès permanent. Aussi est-on généralement, jusque voire surtout dans ses meilleurs textes, sur une mince ligne de crête qui sépare le sublime du ridicule : un pas de côté et tout se pète la gueule. Pour que ses textes fonctionnent dans de pareilles conditions, Lovecraft devait déployer un remarquable sens de l’architecture et de la narration, et user, y’a pas d’autre mot, d’un style, avec une maestria certaine.

 

Ce que nombre de ses imitateurs semblent s’acharner à ne pas comprendre. Comme si c’était « simple » de « faire du Lovecraft »… Allez, hop, un monstre répugnant ici, un grimoire impie là, on case aussi souvent que possible « indicible » et « cyclopéen » pour la bonne bouche, et TA-DAA ! c’est du Lovecraft.

 

Ben non.

 

C’est du Canada Dry.

 

Howard Phillips Lovecraft est mort d’un cancer en 1937. Pour commémorer les soixante-dix ans de son décès, l’idée fut lancée de réunir une anthologie de nouvelles lovecraftiennes francophones, ce qui déboucha sur cet HPL 2007 sous la direction de Christophe Thill, publié par Malpertuis… dans la collection « Lovecraftiana » (ou « Lovecratiana », ça dépend si on se fie à la première ou à la quatrième de couv’ ; quoi qu’il en soit, ça fait un peu porno tentaculaire, non ?). On nous dit que ce recueil démontre « que la jeune fiction lovecraftienne francophone existe, et qu’elle est même en pleine forme ». Moi, je ne demandais qu’à être convaincu, hein.

 

Grand naïf que je suis…

 

On nous dit aussi que ces 22 (tout de même) nouvelles ont été « sélectionnées ». Et ça, j’ai du mal à le croire. Parce qu’il faut bien reconnaître que cet HPL 2007 contient tout et n’importe quoi, mais quand même essentiellement de la merde.

 

Commençons par le bon, ça ira plus vite.

 

Un texte, un auteur, dominent les autres d’une bonne tête, voire deux, voire d’un corps entier : Léo Henry, avec « En mémoire d’un ami pnakotique » (pp. 227-238). On n’y aborde pourtant la thématique lovecraftienne que par la marge (d’aucuns hurleraient sans doute à l’escroquerie), mais voilà : c’est original, c’est beau, c’est profond (sans mauvais jeu de mot), c’est très bon. C’est du Léo Henry.

 

On trouve ensuite une catégorie plus ou moins floue allant du « médiocre plus, parce qu’au fond je suis gentil » au « correct, voire bon, parce que je suis gentil, donc ». Dans l’ordre : Timothée Rey, avec « La Providence du reclus » (pp. 17-32) nous livre un pastiche correct, qui fait plus sourire que frémir, mais qui fonctionne, c’est déjà ça (j’ai longtemps trouvé que c’était le seul texte de l’anthologie méritant le qualificatif de « bon »). Nicolas Chapperon, dans « Klèsin » (pp. 196-204) fait dans le court et classique, mais ça marche. Sébastien Castelbou, avec « L’Envers du miroir » (pp. 205-210), est à la limite du hors-sujet, mais après avoir vanté Léo Henry, je peux difficilement le lui reprocher ; assez touchant. Karim Berrouka figure également dans cette liste pour « Soleil noir » (pp. 239-255), un texte assez classique à nouveau, mais pas trop mal ficelé. Reste enfin Simon Sanahujas pour « L’Ère humaine » (pp. 287-296), texte à la fois très personnel et imprégné (sans surprise) de réminiscences howardiennes.

 

 

Bon, je vais faire une catégorie « médiocre moins » à « simplement mauvais », on va dire que c’est les « repêches ». Adonc, commençons par Meddy Ligner, avec « Manuscrit trouvé dans une malle d’Estrémadure » (pp. 33-47) ; ça expérimente maladroitement, c’est plutôt lourd, mais ça en reste au stade du médiocre. Christian Perrot, dans « Secrets de famille » (pp. 65-75) use d’un style très médiocre, justement, mais ça reste lisible… « Le Puits » (pp. 103-119) d’Adam Joffrain est classique et atrocement téléphoné, mais on va dire que par rapport au reste… Un cas-limite avec « De feu et d’acier » (pp. 121-140) de Ghislain Morel : c’est écrit avec les tentacules et un peu maladroit, mais il y a de temps à autre une ambiance plutôt correcte. Franck Ferric, avec « Les Pas du golem » (pp. 141-153) fait dans le vainement grandiloquent (mais il y a pire, voyez plus bas) et plutôt maladroit… Reste « Le Dernier Jour du monde » (pp. 297-301) de Bertrand Bouton, texte plutôt inutile et qui ne respecte pas la doxa lovecraftienne (hérétique !) ; mais bon, pourquoi pas…

 

 

Et maintenant ne reste plus que la grosse bouse. Soit près de la moitié des textes de l’anthologie, tout de même, c’est dire le niveau. On commence avec Li-Cam pour « Maudite Providence » (pp. 5-16), qui ouvre le recueil en fanfare. On lui reconnaîtra une certaine honnêteté (p. 10 ; Lovecraft est le narrateur) :

 

« […] j’ai perdu mon habilité à écrire, pour preuve le style « navrant », sans emphase, sans caractère, que je me vois contraint d’utiliser pour vous livrer ce témoignage. Vous m’en voyez désolé. »

 

Cela aurait presque pu lui valoir l’indulgence du jury. Sauf que non… Parce que comment peut-on prendre au sérieux un texte « lovecraftien », texte « d’introduction » qui plus est, qui contient ça (p. 16) :

 

« Je suis désormais LOVECRAFT le bien nommé, expurgé de mes travers, et j’appelle mon compagnon HATECRAFT, l’indicible abomination. »

 

Franchement ? Style nul, histoire risible, fond ridicule : à chier. Un cas spécial, ensuite, avec « Horreur au Ward Institute » (pp. 49-64) d’Éric Pouthé. Bon, dans tous les cas, c’est nul. Mais voilà : c’est un texte atrocement (j’assume le terme ; pourtant, je suis loin d’être bégueule en temps normal) pulp, au style ampoulé à l’extrême, et d’un ridicule achevé. D’où, j’espère que c’est une blague (auquel cas elle est ratée, mais bon, OK). Sinon, c’est grave : le monsieur, qui a visiblement raté son jet de SAN, ferait bien de séjourner quelque temps dans l’institution qu’il décrit dans sa m… nouvelle. On passera vite sur « La Pendule » (pp. 77-91) de Cyril Castelbou, qui n’est jamais qu’une rédaction de collégien. On ne s’attardera pas davantage sur « La Goulue » (pp. 93-101) de Vanessa Lamazère, texte ampoulé au possible (bis) et d’une maladresse rare. Jean-Michel Calvez, avec « Liquid moon » (pp. 155-172) livre un texte écrit avec les pseudopodes, mais alors vraiment à vomir (là-dedans, s’il vous plait). Marija Nielsen décroche le jackpot avec « Re-Animator revisited » (pp. 173-181), nouvelle lourde, mal écrite, mal construite, ridicule, j’en passe et des pires… Suit « L’Invasion » (pp. 183-196) de Sébastien Tomassini, un autre texte « honnête », le narrateur se disant (p. 185) « obsédé par des rêves de grandeur littéraire que – je le crains – mon maigre talent ne me permettra pas de conquérir ». S’il faut en juger par le style atroce et ridicule de cette histoire de goules, c’est en effet probable. Remarquez, il y a de la concurrence : tenez, Sébastien Soubré-Lanabère, par exemple, lequel, avec « Rien de plus beau au monde » (pp. 211-225), pose pour sa part son narrateur en écrivain fantastique renommé (p. 214), ce qui ne l’empêche pas d’adopter un style pourri à un point difficilement imaginable et de balancer de « l’indicible » toutes les trois pages. Ridicule. Un de mes chouchous, ensuite : « La Cité indicible » (justement ; pp. 257-267) de François Fierobe. L’approche sword’n’sorcery, vaguement « Contrées du Rêve », aurait pu être intéressante, elle est en tout cas originale… mais c’est sans compter sur un style lourd au possible, saturé de tics, à tel point que ça en devient une caricature : j’ai compté, sur les neuf pages de la nouvelle, quatre fois « indicible » (titre inclus), trois fois « cyclopéen » et trois fois « géométries étranges » ; je vous épargne les variantes… Et de conclure sur un autre « cas », avec Pierre de Beauvillé pour « R’lyeh » (pp. 269-285 ; un point pour l’originalité du titre) : ça commence comme un thriller ésotérique d’une connerie abyssale, ça se prolonge dans la connerie abyssale. Là encore, j’espère que c’est une blague… mais elle n’est pas drôle.

 

Bref : ne commettez pas mon erreur, n’achetez pas cette merde. Parce que bon : d’accord, Lovecraft était un salaud ; mais quand même : il ne méritait pas ça.

 

Personne ne mérite ça.

CITRIQ

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K

Mais qui sont tous ces gens ? Des amis du patron ?


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