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"J.G. Ballard. Hautes altitudes", de Jérôme Schmidt & Emilie Notéris (dir.)

Publié le par Nébal

J.G.-Ballard.-Hautes-altitudes.jpg

 

SCHMIDT (Jérôme) & NOTÉRIS (Émilie) (dir.), J.G. Ballard. Hautes altitudes, Alfortville, è®e, 2008, 216 p.

 

Ayé, voilà, ça n’a pas manqué : avec leurs conneries, là – à savoir le Bifrost spécial Ballard –, me voilà de nouveau atteint de ballardite aiguë. C’est malin ! Résultat immédiat, en attendant avec impatience la sortie (pour octobre normalement) du troisième et dernier tome de l’intégrale des nouvelles du génial auteur britannique, la lecture, enfin, d’Empire du Soleil et, ce qui va nous préoccuper aujourd’hui, de ce petit (trop petit, ça se lit vraiment très vite…) recueil d’essais qui traînait depuis quelque temps déjà dans ma volumineuse étagère de chevet (enfin, maintenant, c’est une commode) (vous savez tout).

 

L’ouvrage, petit, donc, mais fort joli car abondamment illustré, le plus souvent avec goût si ce n’est toujours avec pertinence, a été publié sous la supervision de Jérôme Schmidt, musicien et « co-animateur » d’Inculte (la revue et la maison d’édition), et d’Émilie Notéris, écrivain et plasticienne, ce qui explique sans doute le ton étrangement artisteux de leur introduction, « Dystopia » (pp. 7-11 ; où l’on voit décidément qu’il y a des cons partout, surtout p. 9). Pour continuer sur la forme, rapprochons-nous un peu… et là le bilan est moins glorieux : de nombreuses coquilles, et quelques traductions foireuses (j’ai vu passer un « caractère » pour « personnage », notamment…), émaillent le bouquin, qu’on aurait pu espérer davantage soigné.

 

Évacuons d’emblée le sympathique texte de Jacques Barbéri, « Slowing Apocalypse », hommage façon cut-up à Ballard, unique en son genre dans le recueil (on notera juste que, parmi ses « samples », il cite mal Kraftwerk ; un comble !). On peut alors en gros découper J.G. Ballard. Hautes altitudes en trois parties d’importance inégale : des entretiens, des articles de fond, et enfin un guide de lecture.

 

Commençons par les entretiens. À tout seigneur tout honneur, J.G. Ballard s’en voit accorder deux. Le premier, conduit par Jérôme Schmidt et datant de 2008 (« Shepperton 2008 », pp. 13-24), n’est que moyennement intéressant, en raison même de sa forme : c’est un peu l’auberge espagnole, un fourre-tout où le sage glisse ses maximes comme il peut, et c’est du coup un peu too much… Aussi y préfèrera-t-on l’entretien bien plus traditionnel mené par Stan Barets & Yves Frémion en 1977 (« Zones d’influence », pp. 27-37), et ce en dépit de son caractère nécessairement daté… Eh ! ma bonne dame, il semblerait bien qu’on ne puisse pas tout avoir… Victime suivante de l’Inquisition, David Cronenberg, essentiellement à propos de Crash, bien sûr, mais pas que (« Mécanique du désir », pp. 39-45) ; pas mal. Plus loin dans le recueil – zwoof –, ce sont deux confrères de Ballard qui passent sur la sellette : tout d’abord Bruce Sterling, qui livre probablement à Chris Nakashima-Brown l’intervention non ballardienne la plus intéressante du recueil, encore qu’elle ne soit sans doute pas exempte de contradictions internes (« Bruce Sterling face à Ballard », pp. 103-114) ; reste enfin Norman Spinrad, qui parle autant de lui que de Ballard, mais fait ça très bien (« À bras-le-corps », pp.147-155).

 

Passons maintenant aux articles de fond. Le premier, je dois l’avouer, m’a laissé plus que perplexe (« Suburbia. Du monde (urbain) clos à l’espace (suburbain) infini », pp. 47-64, texte publié à l’origine dans le catalogue de l’exposition du Centre Georges Pompidou Airs de Paris). Outre le fait que ce concept (intéressant en tant que tel) de « suburbia » me paraît difficilement généralisable (la situation ici et outre-Atlantique me semblant assez différente), j’ai tout simplement l’impression de ne pas vivre sur la même planète que le philosophe de formation Bruce Bégout. Mais il est vrai que je n’ai jamais vécu dans la « suburbia », seulement à la ville ou à la campagne (la grande oubliée de l’histoire) ; et que je fais partie de ces gens étranges qui n’ont ni voiture ni télévision. En fait, les seuls passages qui m’ont véritablement interpellé dans cet article sont ceux (fort brefs qui plus est)… où il cite Ballard, parfois à contre-emploi d’ailleurs. Pour le reste, j’ai eu une impression de sous-Houellebecq sans l’humour et la pertinence, mais en beaucoup plus pédant. Je passe, d’autant qu’on est à la limite du hors-sujet. Bien plus intéressant à mon sens, Rick McGrath en étonnera sans doute plus d’un avec « J.G. Ballard à propos de la ‘fiction expérimentale’ » (pp. 77-87) ; où l’on voit que l’auteur de La Foire aux atrocités, dès ses débuts en littérature, avait des idées révolutionnaires en la matière (bien plus, à vrai dire, que dans ce célèbre ouvrage !) ; cet article autorise le suivant, casse-gueule mais passionnant, l’enquête de David Pringle intitulée « Toi, moi et le continuum : à la recherche du roman perdu de J.G. Ballard » (pp. 89-101) : un exercice de haute-voltige, mais qui semble confirmé sur bien des points par l’auteur lui-même. On ne s’attardera par contre guère sur l’ultra journalistique (mais quoi de plus naturel pour un article du New York Times ?) « Légendes de l’obscurité » de Luc Sante (pp. 117-132), qui n’a pas grand-chose à faire dans ce recueil s’adressant de toute évidence à des lecteurs de Ballard relativement confirmés. Tout au plus mentionnera-t-on, pour le plaisir comme disent Julien et Herbert, cette anecdote dont l’authenticité me paraît plus que douteuse, mais bon (p. 128) :

 

« Lorsque Ballard l’envoya [il s’agit de Crash !] pour la première fois à son éditeur, les lecteurs de la maison d’édition retournèrent le manuscrit à leurs employeurs avec la mention suivante : « Cet auteur est bien au-delà de toute possibilité de traitement psychiatrique. NE PAS PUBLIER. » »

 

Ben tiens, à propos de Crash !, justement, Rick Poynor livre une étude assez intéressante sur les différentes couvertures (essentiellement anglaises) du roman (« Effondrement du donjon : les couvertures de Crash », pp. 135-145). Pas mal du tout.

 

Reste enfin « l’œuvre commentée », comme ils disent (pp. 157-208).

 

 

Mais c’est un bien grand mot pour quelque chose d’aussi inepte et bourré d’erreurs (parfois rigolotes : dès la première « fiche », Le Vent de nulle-part, 1961, « écrit en 1962 »…). Même « guide de lecture » me paraît contestable, surtout quand, à l’occasion, les « auteurs » se contentent de pomper les quatrièmes de couv’… Et hop ! Une cinquantaine de pages qui pourraient tout aussi bien filer directement à la poubelle.

 

Bilan ? Ben bof, bof, bof. Comme on peut virer « l’œuvre commentée » (et mon cul, c’est du poulet ?), on se retrouve avec un bouquin de 150 pages trèèèèèèèèès aéré pour 18 €. Pardon pour le matérialisme de bas étage, mais ça fait un peu mal au cul, quand même. D’autant que sur ces 150 pages, peu, somme toute, se révèlent vraiment intéressantes, au point de justifier un achat (les entretiens ne se montrant guère indispensables, s’il fallait en sélectionner, je parierais sur les articles de Rick McGrath et David Pringle, clairement les plus saisissants du lot… or ce sont des textes qui font un peu double emploi, et que l’on trouve en anglais sur rickmcgrath.com !). À l’époque de sa sortie, ce petit livre pouvait à la limite paraître utile au ballardien frustré qui sommeille en nous ; mais aujourd’hui, maintenant qu’il y a le Bifrost spécial Ballard… Vous allez dire que je suis de parti pris, j’imagine. N’empêche : le numéro spécial de la revue du Bélial’ est beaucoup plus intéressant et riche à mon goût ; et si son dossier Ballard ne fait « que » 75 pages (auxquelles il faut ajouter les 75 pages de nouvelles, cela dit), elles sont bien autrement denses et ciblées que celles de ce J.G. Ballard. Hautes altitudes, qui y est par ailleurs très gentiment chroniqué.

 

 Dans un vrai guide de lecture, certes non exhaustif, mais véritablement « commenté ».

CITRIQ

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É

La couv est en tous cas merveilleusement choisie.

É.


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