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"Josey Wales hors-la-loi", de Forrest Carter

Publié le par Nébal

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CARTER (Forrest), Josey Wales hors-la-loi, [The Rebel Outlaw Josey Wales], traduit de l’anglais (États-Unis) par Jean Guiloineau, préface de Xavier Daverat, Albi, Passage du Nord-Ouest, coll. Short Cuts, [1973, 1976, 2008] 2013, 221 p.

 

On connaît sans doute aujourd’hui Josey Wales hors-la-loi avant tout pour le film qu’en a tiré Clint Eastwood, et dans lequel beaucoup ont vu un message humaniste, de tolérance, de paix et de rédemption. La réalité est cependant quelque peu différente, ainsi que l’explique fort bien Xavier Daverat dans une très instructive préface : le fait est que l’auteur Forrest Carter, de son vrai nom Asa Earl Carter, était un beau salaud. Ardent partisan de la suprématie blanche et même Klansman notoire, Carter a fait ses débuts en politique, du côté qui ne sent vraiment pas bon, avant de se mettre à écrire des romans. On pourrait dès lors s’étonner de ce que cet ignoble personnage ait livré une œuvre aussi forte et a priori à l’opposé de ses convictions politiques premières. Mais ce serait en faire une lecture bien naïve, sans doute ; Josey Wales hors-la-loi reste en fin de compte un roman très ancré politiquement, en ce qu’il décrit le combat d’un homme (un vrai : dur teinté de bouseux) contre le « système » (aha) incarné par le vilain gouvernement yankee, contre lequel l’auteur n’a pas de mots assez durs, et qu’il stigmatise impitoyablement au travers des exactions commises par les moins présentables de ses séides, tout en fermant les yeux sur leurs équivalents rebelles (même si un Bloody Bill Quantrill est cité, mais, justement, comme un héros…).

 

En effet – on retrouve ici, avec quelques années d’avance, la thématique de Chevauchée avec le diable de Daniel Woodrell, dont je vous avais parlé il y a de cela quelque temps –, le roman trouve son origine dans la guerre de Sécession, et même avant, dans un sens, puisque les abominations commises tant par les Jayhawkers que par les Bushwhackers dans le Kansas et le Missouri avaient commencé plus tôt. La femme et le fils de Josey Wales ont été tués par des salopards de Yankees, aussi est-il devenu un guérillero rebelle, aux côtés d’un Quantrill, donc, ou plus encore de Jesse James et de ses associés. Quand la guerre s’achève, Wales refuse de déposer les armes ; il faut dire qu’il n’a nulle part où aller… Homme pétri de haine et dévoré par la soif de vengeance, Josey Wales devient ainsi au plein sens du terme un hors-la-loi.

 

Au cours du braquage audacieux d’une banque, son jeune camarade Jamie est grièvement blessé. C’est ce qui va lancer Josey Wales dans une fuite éperdue constituant la majeure partie du roman, en direction des Territoires indiens tout d’abord, puis du Mexique, en passant par le Texas. Jamie – on s’en doute, je ne vous spoile rien… – ne tarde pas à mourir, et notre héros se retrouve sans autre objectif que de survivre pour lui-même. Mais une série de rencontres va changer cet état de fait : tout d’abord, deux Indiens, Lone Watie (parent de Stand Watie, seul cas de général confédéré indien) puis la jeune Petit Clair de Lune ; ensuite, deux pionnières parties s’installer au Texas, Grand-Mère Sarah et sa petite fille Laura Lee. Cette petite communauté – à laquelle on peut ajouter un chien galeux… – va tenter de trouver la paix dans un ranch isolé et fort utopique, mettant ainsi un terme à la fuite que l’on aurait pu croire sans fin du hors-la-loi rebelle Josey Wales.

 

Humanisme et tolérance : oui, certes. Il y a de ça. Mais pas que. Et il ne faut sans doute pas se contenter d’une lecture trop hâtive, qui pourrait conduire à des contresens. Ainsi en ce qui concerne les Indiens (notons au passage que Forrest Carter prétendait avoir du sang indien, et que son plus célèbre ouvrage, Petit Arbre, a longtemps été vendu, y compris en France, comme le récit autobiographique de l’enfance d’un Indien…) : ici, ils sont avant tout des incarnations, paradoxales seulement en apparence, d’une certaine forme de gentlemen sudistes victimes de l’oppression des Yankees… Tout, par ailleurs, relie le mode de vie indien idéalisé chez Lone Watie et Petit Clair de Lune à la figure du « montagnard » Josey Wales. La question est sans doute un peu plus délicate pour ce qui est du chef comanche Dix Ours (à qui est dédié le livre), mais on sait néanmoins ce qu’il en est, dans certains milieux, de la fierté guerrière du « sauvage », du « naturel »…

 

Qu’on n’y attache pas trop d’importance, cela dit : Josey Wales hors-la-loi gagne à être lu selon ces éclairages, c’est ma conviction, mais on peut bel et bien se contenter d’une lecture plus « premier degré », et s’attacher au message de fraternité et à la quête de « rédemption » (mais en est-ce vraiment une ?) du héros. Et ce n’est certes pas, par ailleurs, un lecteur de Lovecraft tel que votre serviteur qui oserait prétendre que le livre est illisible au seul motif que l’auteur est largement infréquentable…

 

Et il y a certes dans le roman de Forrest Carter de beaux morceaux de bravoure, de grands moments de western, du passage du bac au nez et à la barbe des cavaliers yankees à la très forte pénultième scène de « l’identification » de Josey Wales, en passant par l’attaque des comancheros et, bien sûr, le défi à Dix Ours. Josey Wales, figure héroïque par excellence (encore que j’y préfère pour ma part le décidément remarquable Shane de L’Homme des vallées perdues, je m’étais longuement expliqué à ce sujet), ne manque pas de charisme, et s’il est sans doute trop taciturne (et trop balaise…) pour s’attirer pleinement la sympathie, il n’en va pas de même de Lone Watie et Petit Clair de Lune, personnages très attachants. Autant d’aspects qui font de Josey Wales hors-la-loi un bon western.

 

 

Mais, à mon sens, pas un si bon western que ça, et je ne peux que confesser avoir lu autrement plus convaincant dans le genre, en dépit du statut de « classique » de cet ouvrage. La faute essentiellement à un style au mieux insipide, au pire franchement pénible, mal (ou trop bien ?) rendu par une traduction qui m’a paru pour le moins contestable à l’occasion (mais je vais arrêter de dire des bêtises sur la traduction, désormais…). J’ai en effet grincé des dents régulièrement à la lecture de Josey Wales hors-la-loi, roman dont la forme laisse tout de même pas mal à désirer… Alors si l’on y ajoute le côté tout de même un peu « too much » de Josey Wales, qui le fait parfois ressembler à une caricature, et enfin, malgré tout, certains éléments un brin puants du sous-texte…

 

Bref : à dire le vrai, et même si je lui reconnais d’indéniables qualités, Josey Wales hors-la-loi m’a tout de même un peu déçu, et ne me paraît pas tout à fait à la hauteur de sa réputation. Me reste cependant à voir le film de Clint Eastwood (eh oui, honte sur moi, je ne l’ai pas vu…), et aussi, tant qu’à faire, à lire la « suite » qu’a donnée Forrest Carter à ce roman, publiée en son temps au Masque, et que j’ai récupérée grâce à la bienveillance de généreux donateurs, que leurs noms soient sanctifiés pour les siècles des siècles (amen). Verra bien…

CITRIQ

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G
Bonjour,
il est effectivement regrettable que vous n'ayez pas vu le film, qui étonne par son propos bien à l'opposé des prises de position souvent sujettes à caution de son auteur Forrest Carter, connu
essentiellement comme membre du Klu Klux Klan et proche collaborateur du sénateur de l'Alabama, George Wallace, de sinistre mémoire.
Un article intéressant sur le film d'Eastwood est disponible dans le n° 14 de la revue Politéia, préfacé par le même Xavier Daverat qui a préfacé cette nouvelle édition de "Josey Wales", et
consacré aux "Images croisées de la présidence américaine". L'article s'intitule "Eastwood et les fantômes du Père-Président".
Bonne lecture
GH
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