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"Kull le roi atlante", de Robert E. Howard

Publié le par Nébal

Kull-le-roi-atlante.jpg

 

HOWARD (Robert E.), Kull le roi atlante, illustrations de Justin Sweet, traduit de l’anglais (États-Unis) par Patrice Louinet, Paris, Bragelonne, 2010, 431 p.

 

Poursuite de la (re)découverte des œuvres de Robert E. Howard, cette fois avec ce beau volume (très) abondamment illustré consacré au roi Kull, que l’on pourrait en quelque sorte désigner comme l’arrière-arrière-grand-père de Conan. Kull, pour moi, outre un nom ridikull (pardon), ça a d’abord été un personnage de bandes-dessinées, et ce n’est qu’avec la parution de cet ouvrage qu’il m’a enfin été donné l’occasion de lire les textes que le barde de Cross Plains lui avait consacrés… dans sa jeunesse, ce qui n’est pas forcément rassurant, on l’a vu notamment avec Les Dieux de Bal Sagoth.

 

(Enfin, si, j’en avais lu un texte, mais j’y reviendrai…)

 

N’empêche : Kull, ce n’est pas rien. Et si Steve Tompkins (eh non, pas Patrice Louinet, pour une fois), dans son « Introduction » (pp.7-19), a l’honnêteté de reconnaître que Robert E. Howard, contrairement à ce que l’on croit souvent, n’a pas inventé avec Kull le genre sword’n’sorcery (il avait été précédé au moins par Dunsany), il n’en reste pas moins qu’il a bel et bien été un des pionniers et des piliers du genre, et a largement contribué à en dessiner les contours, d’abord avec Kull, plus tard avec Conan.

 

Contexte général : l’Âge Thurien, époque pré-cataclysmique qui est en gros à l’Âge Hyborien ce que celui-ci est à notre époque. C’était le temps de l’Atlantide et de la Lémurie, et surtout des Sept Empires. Car l’Atlantide, chez Howard, ce sont des barbares, et Kull en est un représentant éloquent. Mais pas typique, cela dit, car doué d’une intelligence et d’une ambition peu communes chez ses compatriotes ; aussi, quand ceux-ci l’exileront et qu’il échouera dans la décadente Valusie, il ne tardera pas à gravir les échelons, jusqu’à faire un coup d’État contre le tyrannique roi Borna, et devenir ainsi, lui le barbare atlante, roi de Valusie, le plus puissant des Sept Empires. Mais son règne n’est pas de tout repos, et la royauté est parfois pire que l’esclavage…

 

Si l’on excepte la première nouvelle, dont le titre a été donné par Glenn Lord, ainsi que les « fragments d’Am-Ra » en fin de volume (j’y reviendrai), toutes les nouvelles de ce recueil nous présentent donc un Kull roi de Valusie (différence essentielle avec Conan, que l’on fréquente à plusieurs étapes de sa carrière, et non uniquement à son « apogée », si tant est que ce terme soit approprié). Commençons donc par « Exilé d’Atlantide » (pp. 21-30), courte nouvelle où figure également un certain Am-Ra (oui, oui, j’y reviendrai !) ; pas grand chose à dire, en tant que tel, de ce texte qui ne constitue qu’une bien maigre introduction expliquant très vaguement l’exil de Kull, mais peignant déjà quelque peu son caractère rebelle.

 

Les choses sérieuses commencent avec « Le Royaume des Chimères » (pp. 31-82), première véritable nouvelle du roi Kull, première vendue à Weird Tales et publiée dans ladite revue. Et première franche réussite, autant le dire de suite, que cette longue nouvelle au canevas d’inspiration plus ou moins biblique (lire à ce sujet les développements toujours passionnants de Patrice Louinet dans sa postface, « Une genèse atlante », pp. 407-429). La nouvelle a ainsi un contenu allégorique marqué, ce qui ne l’empêche en rien d’être tout à fait palpitante et riche en action. On voit dès ce premier « véritable » texte apparaître Brule, le Tueur à la lance, l’ami picte de Kull, et on a de beaux ennemis avec les fameux hommes-serpents qui seront récurrents dans les BD de Kull (si mes souvenirs sont bons).

 

Deuxième texte, et deuxième réussite, encore que sur un mode nettement plus mineur, avec « Les Miroirs de Tuzun Thune » (pp. 83-97) ; la nouvelle est à nouveau riche d’introspection, et son contenu métaphysique vous saute littéralement à la gueule. Ce qui autorise à l’occasion quelques belles répliques (dont John Milius et Oliver Stone sauront se souvenir pour Conan le barbare), d’autres un peu plus faibles, voire d’une naïveté confondante. Reste que la nouvelle fonctionne assez bien, et a également été achetée et publiée par Weird Tales.

 

C’est après que les choses se gâtent… Et ce dès « Le Chat et le Crâne » (pp. 99-137), nouvelle qui ne manque pourtant pas d’atouts, mais sent trop le collage d’éléments disparates pour convaincre, voire l’artifice grossier… notamment, en l’occurrence, en ce qui concerne l’identité du meuchant, un certain Thulsa Doom…

 

Suivent plusieurs nouvelles fort courtes, et dans l’ensemble plutôt médiocres, même si la première d’entre elles, « Le Crâne hurlant du Silence » (pp. 139-150), est encore relativement correcte (en dépit de son Kull particulièrement crétin). « Le Coup de gong » (pp. 151-158) se la joue fable philosophique, un peu à la manière des « Miroirs de Tuzun Thune », mais, sans mauvais jeu de mots, avec beaucoup moins d’éclat.

 

Dans les deux textes suivants, Kull n’apparaît même pas, l’Âge Thurien constituant un simple cadre, et le roi atlante étant tout juste évoqué au passage. Pas grand-chose à dire de toute façon sur « L’Autel et le Scorpion » (pp. 159-166) et « La Malédiction du Crâne d’Or » (pp. 167-174), textes médiocres et ultra convenus.

 

On retourne à quelque chose de bien autrement intéressant avec « Par cette hache, je règne ! » (pp. 175-205), nouvelle shakespearienne où le bon roi Kull, survivant à un complot destiné à l’abattre, se mue en dictateur. La nouvelle en elle-même est correcte… mais on avouera qu’elle nous intéresse surtout en ce qu’elle constitue le brouillon de « Le Phénix sur l’épée », la première nouvelle de Conan, à mon sens bien autrement réussie. Je rejoins en outre Patrice Louinet sur l’interprétation qu’il fait de cette nouvelle, comme annonçant l’abandon prochain du personnage.

 

Suit une autre longue nouvelle, « Les Épées du Royaume Pourpre » (pp. 207-246), qui commence plutôt pas mal, mais devient de plus en plus mauvaise au fil des pages. On se dit, arrivé à la fin poussive, que Kull doit en avoir marre de jouer les agences matrimoniales…

 

Mon incapacité à apprécier la polésie m’empêchant de dire quoi que ce soit d’utile sur « Le Roi et le Chêne » (pp. 249-250 ; pp. 247-248 pour la version anglaise), je m’abstiendrai de tout commentaire.

 

Reste une dernière nouvelle, et, heureusement, c’est une réussite, en dépit de son côté nécessairement artificiel. Mais c’est une nouvelle que j’avais déjà lue (donc)… puisqu’elle figurait déjà au sommaire de l’excellent recueil consacré à Bran Mak Morn ! Je veux bien sûr parler de « Les Rois de la nuit » (pp. 253-298), improbable crossover réunissant le temps d’une bataille épique contre les légions romaines le héros picte descendant de Brule et Kull ressuscité à la tête d’une troupe de Vikings. Alors, oui, c’est totalement artificiel, mais on s’en fout : ça marche. Là encore, la nouvelle fut achetée et publiée par Weird Tales, et à bon droit ; les morceaux de bravoure ne manquent pas dans ce récit enlevé et tragique, une pièce de choix pour conclure le cycle de Kull.

 

Restent les appendices, comme d’hab’. Outre les habituelles versions de travail qui n’intéresseront vraisemblablement que les exégètes les plus acharnés, on y trouvera quelques textes inachevés qui méritent bien quelques remarques. Ainsi, le « Fragment sans titre, inachevé (Lala-Ah et Felgar) » (pp. 309-335), s’il débouche sur une impasse insoluble, contient d’assez beaux moments et est d’une lecture agréable. « La Cité noire (texte inachevé) » (pp. 369-372) est par contre trop court pour que l’on puisse en dire quoi que ce soit, si ce n’est que Brule semble y jouer un rôle majeur ; impression confirmée par le texte suivant, « Fragment sans titre (Ronaro atl Volante) » (pp. 373-377), où le Tueur à la lance décrit le système politique picte, ce qui n’est pas sans intérêt.

 

Suivent « Les Fragments d’Am-Ra » (pp. 385-406), soit plusieurs poèmes (dont au moins un qui pue sévère…) et récits en prose inachevés ou incomplets décrivant un héros préhistorique (vous vous rappelez de « Lance et croc » ? Brrr…) du nom d’Am-Ra, fondamental dans la genèse de Kull, à l’origine simple personnage secondaire, mais qui a pris le devant de la scène : c’est ce que l’on voit dans « Exilé d’Atlantide ». Pour de plus amples détails, je vous renvoie là encore à l’excellent Patrice Louinet. Notons que le nom d’Am-Ra reviendra plus tard dans l’œuvre d’Howard, sans la césure, pour désigner Conan.

 

 Bilan ? Plus que mitigé… Seules deux nouvelles valent vraiment le détour (trois en comptant « Les Miroirs de Tuzun Thune », un bon cran en-dessous ; quatre si on est bon prince avec « Par cette hache, je règne ! », m'enfin bon...), dont une figure également dans un autre recueil de bien meilleure qualité… Aussi, si Kull le roi atlante sera probablement une acquisition indispensable pour les fanatiques howardiens et pourra à la limite (je dis bien : à la limite) satisfaire les simples amateurs de Conan, je conseillerais plutôt aux autres de faire l’impasse sur ce volume… et éventuellement de se reporter sur l’excellent Bran Mak Morn.

CITRIQ

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N

Je ne suis pas sûr que la prose de Dunansy soit de la S&S.
Mais par Seth, tu n'as pas vraiment aimé ce recueil et la poésie. Cela me déçoit.
NicK.


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G

J'ai plutôt préféré "Par cette hache je règne" que "le phénix sur l'épée".
Dans les deux, la discussion entre le souverain et son homme de confiance est présente, c'est probablement la partie la plus intéressante des deux nouvelles.

Par ailleurs, l'audience au jeune premier et la scène champestre avec la jeune fille éplorée remplacent avantageusement les histoires de magiciens, de démons et de rêves de phénix.

La fin de l'original claque plus que celle du remake, qui tombe un peu à plat en ce qui me concerne.


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V

Figure-toi que j'ai une édition similaire mais différemment traduite publiée par Eurédif dans la collection... "Playboy SF" (oui, avec une jolie demoiselle dévêtue en 1e de couv, ce qui m'a valu
pas mal de reproches et de commentaires scabreux sur le contenu du livre). Je l'avais trouvé à l'époque où, amateur du Conan en comics (Roy Thomas et John Buscema, aaaah, toute une époque !), je
cherchais à en savoir davantage sur le créateur du mythe.
De ce que j'ai pu voir, il y a une bonne partie des textes dont tu parles (pour les autres, impossible à savoir sans les lire car c'est peut-être dû à la traduction).


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E

Mille excuses en ce cas...


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E

Bran Mak Morn je n'ai pas pu alors je passe encore fois pour préférer Leiber à Howard.

Sinon une petite coquille en passant : "Mon incapacité à apprécier la polésie".

Heureux de te relire au fait. ;)


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N


Ce n'est pas une coquille, mais une référence à l'immense Pierre Desproges. Elle ne fera probablement rire que moi.


Sinon, effectivement, mieux vaut pour toi faire l'impasse sur celui-ci...