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"L'Argent et les mots", d'André Schiffrin

Publié le par Nébal

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SCHIFFRIN (André), L’Argent et les mots, traduit de l’anglais par Éric Hazan, Paris, La Fabrique, 2010, 103 p.

 

Et un nouveau André Schiffrin, un ! Après L’Édition sans éditeurs et Le Contrôle de la parole, voici donc L’Argent et les mots, toujours chez les ultra-gauchiss’ de La Fabrique. Et un premier constat s’impose rapidement : c’est que notre auteur a tendance à se répéter, et que ses livres, dont une bonne partie est constituée de simples mises à jour, sont de moins en moins intéressants…

 

Cela se vérifie assurément ici, quand bien même le champ d’investigation est étendu, géographiquement (l’enquête se fait au niveau mondial) et thématiquement (elle porte sur l’édition, le cinéma, la librairie et la presse). Mais si l’on excepte le long chapitre sur la presse, qui occupe une petite moitié de l’ouvrage, pour le reste, nous sommes surtout confrontés à des mises à jour ou à des développements, soit trop légers pour être vraiment consistants, soit n’apportant pas grand-chose de neuf au lecteur français s’intéressant un minimum à ces questions.

 

Pour ce qui est de l’édition, ainsi, on a surtout affaire à des rappels et mises à jour (notamment le rachat d’Editis par Planeta). Sont cependant brièvement esquissées quelques « solutions » possibles, passant par l’aide publique, notamment des collectivités locales (voir l’exemple édifiant de Chambon-sur-Lignon…) ou du CNL. Est également esquissé le rôle possible en la matière des universités et des bibliothèques.

 

Mais un (bref) chapitre est consacré intégralement à « l’exemple norvégien » (pp. 36-43), à la fois pour la presse, l’édition et le cinéma. Le bilan dressé par l’auteur a l’air effectivement paradisiaque, pour ce riche petit pays… Reste à voir si le « système exceptionnel » mis en place par la Norvège sans qu’elle se gargarise d’une quelconque « exception norvégienne » (p.43) pour autant (heureux pays !) serait véritablement applicable ailleurs.

 

On passe ensuite au cinéma, pour un chapitre assez bref là encore, et qui n’apprendra pas forcément grand-chose au lecteur français.

 

Autant passer de suite au bref chapitre suivant, consacré à la librairie… sauf qu’il est là encore largement constitué de redites et de mises à jour.

 

On passe alors au long chapitre sur la presse. Si les redites et mises à jour ne manquent pas là non plus, c’est néanmoins (et heureusement !) la partie la plus intéressante de ce petit ouvrage, en ce qu’elle confronte enfin véritablement médias anciens et nouvelles technologies, et notamment Internet. Le déclin de la presse dans les pays occidentaux y est analysé assez finement (pour le reste, on trouvera quelques conneries ; j’en relèverai une : quel est le rapport entre « l’intoxication » – p. 68 – supposée des Japonais aux jeux vidéos et la lecture des journaux ? Tsk tsk tsk…). Se pose alors la question, qui occupe approximativement la moitié du chapitre, de comment sauver la presse. Plusieurs solutions sont esquissées. Ainsi – mais l’auteur n’en est guère partisan – celle de l’endowment à la manière des universités américaines ; mais la plupart des autres solutions impliquent un minimum d’intervention publique, chose qui tend à effrayer quelque peu les Américains qui y voient une « socialisation » de la presse, néfaste à son « indépendance » supposée (la bonne blague…). Diverses autres possibilités sont néanmoins esquissées, comme l’aide de fondations ou d’universités.

 

La conclusion poursuit sur la confrontation entre les médias traditionnels et les nouvelles technologies. Ici, ce sont clairement Google et son programme de numérisation des livres, d’une part, et Amazon d’autre part, qui sont en ligne de mire, pour l’essentiel. André Schiffrin propose tout simplement une taxe… Mais il évoque aussi en passant d’autres sujets, comme le « Mickey Mouse Protection Act »…

 

 Il n’en reste pas moins que L’Argent et les mots déçoit. Le Contrôle de la parole était déjà plus dispensable que L’Édition sans éditeurs, et il en va a fortiori de même pour celui-ci. L’auteur tend à se répéter dans son analyse, ou bien à n’en livrer qu’une vision par trop fragmentaire pour qu’elle se montre convaincante. Sans doute le format est-il en cause : ces éternels petits bouquins de 100 pages ne permettent guère une analyse autre que purement « journalistique » et lapidaire. On en vient à « rêver » (façon de parler…) d’une somme, plus dense et plus complexe, plus longue assurément, qui viendrait, non pas clore la question et apporter une solution définitive au problème, ce qui serait illusoire, mais du moins témoigner d’une expérience (comme L’Édition sans éditeurs) et d’une analyse plus solides, résistant davantage au passage des années et à la contre-expertise. Car il ne fait à mon sens aucun doute qu’un tenant du néo-libéralisme un minimum motivé briserait en deux ce petit bouquin les doigts dans le nez et avec une seule jambe si jamais il lui en prenait l’envie, tant la conviction l’emporte ici largement sur la solidité et la pertinence de la démonstration. Et ça serait quand même bien dommage…

CITRIQ

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G

En ce qui concerne la Norvège, j'espère que Schiffrin souligne que cette munificence est due aux revenus pétroliers considérables de ce pays, où les salaires sont déjà beaucoup plus élevés que dans
l'UE, le déficit inconnu et dont la gestion de considérables excédents est par ailleurs assez sage.
Quant on a des sous, on peut avoir des idées.


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N


Certes. Il l'évoque, mais comme en passant, sans vraiment s'attarder dessus... Mais c'est sûr que ça doit aider...