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"La Face obscure du soleil", de Terry Pratchett

Publié le par Nébal

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PRATCHETT (Terry), La Face obscure du soleil, [The Dark Side of the Sun], traduit de [l’anglais] par Dominique Haas, Paris, Pocket, coll. Science-fiction, [1976] 1998, 186 p.

 

Si l’essentiel de l’œuvre de Terry Pratchett est constitué par les « Annales du Disque-monde », il n’a cependant pas écrit que cela. Assez récemment, je vous avais par exemple causé de Nation, et j’attends avec une certaine curiosité (mêlée de crainte, je l’avoue) la traduction française de sa collaboration avec Stephen Baxter, The Long Earth, à paraître chez L’Atalante courant 2013. Et, bien sûr, il y a De bons présages avec Neil Gaiman, et quelques autres textes encore. Mais il y avait aussi, avant le Disque-monde, des romans de science-fiction (ou disons de « pure » science-fiction, dans la mesure où les « Annales », pour être une série de « fantasy burlesque », comme ils disent à L’Atalante, usent de nombreux ressorts typiques de la SF, définie par l’auteur comme « de la fantasy avec des boulons »), La Face obscure du soleil et Strate-à-Gemmes ; c’est le premier, au titre passablement pinkfloydien, qui va nous retenir aujourd’hui (notons qu’il n’a été publié en France que plus de 20 ans après sa parution originale, justement du fait du succès des « Annales »…).

 

Nous sommes dans un lointain futur (improbable, mais on va y revenir), où l’humanité n’est qu’une des 52 espèces intelligentes à parcourir la galaxie. Sur la planète Reverseau, nous faisons la connaissance du jeune Dom Sabalos, destiné à devenir le Président de ce monde essentiellement marécageux et à hériter de la colossale fortune de la famille Sabalos (Dom est en outre le filleul de la Première Banque de Sirius, une planète vivante…). Jusqu’ici, tout va bien ; très bien, même.

 

Le problème, c’est qu’on cherche à tuer Dom. Et les mathématiques sont formelles : selon les calculs de son père, un spécialiste des probabilités qui fut assassiné peu de temps après sa découverte, il ne saurait y avoir de doute à cet égard. Dom sera en toute logique tué le jour de son accession à la présidence, et rien ne saurait permettre d’éviter ce sort tragique. Déjà, la veille, on manque le tuer près d’une Tour des Jokers, un mystérieux artefact d’une non moins mystérieuse race extraterrestre, qui a disparu, mais que l’on suppose être la plus ancienne de toutes, et peut-être celle qui a créé le reste de la vie intelligente dans l’ensemble de la galaxie…

 

Seulement voilà : le jour dit, Dom fait mentir les probabilités et survit à la tentative d’assassinat le visant. Il y aura d’autres tentatives d’assassinat, auxquelles il réchappera tout aussi miraculeusement (quitte à s’en tirer avec une peau verte). C’est comme si quelqu’un le protégeait ; et peut-être, justement, les Jokers ? Dom est très tôt persuadé que l’énigme constituée par la race quasi divine est liée à son sort, et il se lance à la recherche de la fameuse planète des Jokers, qu’un poème d’une antiquité inconcevable dit se trouver sur la face obscure du soleil…

 

Le roman de Terry Pratchett est un hommage (évidemment parodique) à une certaine SF à l’ancienne, qu’on n’ira peut-être pas jusqu’à qualifier de « SF à papa », mais pas loin. C’est un livre saturé de références, dont beaucoup sans doute m’ont échappé ; mais, à titre d’exemple, on peut relever que le bon docteur Asimov, entre autres, passe à la casserole : les hautes probabilités omniprésentes ne manquent pas d’évoquer la psychohistoire du « cycle de Fondation », tandis que le « cycle des Robots » est malmené au travers de nombreuses lois et sous-lois de la robotique (sachant en outre que le robot personnel de Dom s’appelle Isaac…). Autre exemple : il me semble avoir repéré une allusion au Solaris de Stanislas Lem. Et j’ai également lu des critiques évoquant Herbert ou Niven, et il y en a sans doute d’autres encore. La Face obscure du soleil emprunte à cette science-fiction, non seulement ses thèmes, mais aussi ses procédés ; d’où, notamment, une certaine tendance à user et abuser du « jargon », et autres Mots Bizarres à Majuscule (ce qui, au mieux, évoque en fait pas mal des mots-valises et autres triturations du langage à la Lewis Carroll, mais se contente souvent d’être un brin pénible, et ne facilite pas toujours la lecture de ce roman court mais dense – on y reviendra).

 

Parallèlement, La Face obscure du soleil contient déjà en germe des éléments que l’on retrouvera dans les « Annales du Disque-monde » ; pas seulement l’humour de manière générale, mais parfois des idées plus précises, comme celle, fameuse, de la « chance sur un million », puisque tout, ici, n’est que probabilités, ou encore, même s’ils ne sont qu’évoqués à la va-vite, les « Petits Dieux ».

 

Tout cela pourrait constituer un cocktail roboratif, et, tout du moins, un divertissement plus qu’honnête. Hélas, ce n’est pas vraiment le cas, et ce roman antédiluvien m’a paru dans l’ensemble plutôt raté, ce qui explique sans doute pas mal qu’on ait attendu (ou pas) si longtemps sa traduction… Cela vient surtout de ce que les péripéties picaresques de Dom, qui enchaînent les rebondissements à une vitesse frénétique – le roman est très court, mais très dense, débordant d’idées parfois fort intéressantes, qu’elles soient « originales » ou « empruntées » –, sont pour le moins difficiles à suivre : de manière générale, c’est la confusion qui règne dans La Face obscure du soleil, divertissement qui se révèle étrangement plus qu’à son tour un brin hermétique. On ne pige pas toujours où Pratchett veut en venir, ni, et c’est plus gênant, le comment du pourquoi de tel événement improbable succédant à un autre événement improbable. C’est d’un fouillis presque vanvogtien (une référence, là encore ?). Ainsi, pour donner un exemple frappant, le lien entre les tentatives d’assassinat et l’énigme des Jokers, qui fonde quand même la base de l’intrigue, s’il paraît couler de source aux yeux des personnages, a quelque chose de franchement capillotracté pour le lecteur… Niveau motivation, Dom, aussi sympathique soit-il, pèche un peu ; et il manque en outre, de même que la plupart des autres personnages et au premier chef le robot Isaac et le Phnobe Hrsh-Hgn, de véritable caractérisation, à la différence des meilleurs « héros » des « Annales » à venir. La fin, en outre, est des plus décevante.

 

Aussi, au final, et malgré la brièveté et la densité du roman, c’est un ennui poli, mais un ennui tout de même, qui domine à la lecture de La Face obscure du soleil. Un roman pas franchement mauvais, on n’ira peut-être pas jusque-là, mais au mieux anecdotique, au pire médiocre. Les fans de Pratchett comme les autres feront bien de s’en passer. Ça ne m’empêchera pas de lire prochainement Strate-à-Gemmes, par curiosité, mais le fait est que je suis déçu…

CITRIQ

Commenter cet article

gromovar 07/12/2012 07:52

J'ai eu le problème avec Pratchett au bout de trois ou quatre romans. Difficile de se renouveler sur un unique thème dans l'humour.

Nébal 08/12/2012 06:32



Ah non, pas d'accord. Mais les "Annales" ne deviennent vraiment intéressantes qu'après ; si tu en es resté aux trois ou quatre premiers, tu as clairement raté le meilleur.



chris 05/12/2012 13:57

C'est marrant, mais en ayant le même avis sur les caractéristiques de ce roman : un peu court, un peu fouillis à la Van-Vogt, ect..


j'en étais ressorti avec l'idée d'une œuvre... qui ne restera pas dans les annales (^o^) mais assez plaisante. J'avais passé un bon moment.

Peut-être que la position de fan de Pratchett ou non (notons bien que j'apprécie l'auteur, mais sans être fan)modifie le regard.

Nébal 07/12/2012 07:11



Mmmh, non, moi, décidément, c'est pas très bien passé.


 


Mais je plaide coupable : je suis un peu fan, effectivement.