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"La Science-fiction en France", de Simon Bréan

Publié le par Nébal

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BRÉAN (Simon), La Science-fiction en France. Théorie et histoire d’une littérature, préface de Gérard Klein, Paris, Presses de l’université Paris-Sorbonne, coll. Lettres françaises, 2012, 501 p.

 

Contrairement aux apparences, et même si son nom apparaît trois fois sur la couverture, le présent ouvrage n’est pas dû à la plume de Gérard Klein, mais bien à celle de Simon Bréan, talentueux jeune chercheur s’il en est (aussi lui pardonnera-t-on sa passion immodérée pour les Bisounours). Et – rendez-vous compte, ma bonne dame – il s’agit d’une thèse.

 

Sur la science-fiction. Oui.

 

Publiée par les bons soins de la Sorbonne. Wow.

 

Tout arrive.

 

Le titre, à vue de nez, pouvant être un poil ambigu, délimitons le corpus. Simon Bréan s’intéresse donc ici à la science-fiction française, certes, mais essentiellement aux romans et aux collections (et à leur réception critique, notamment dans les pages de Fiction – où il y avait tout de même à vue de nez une sacrée bande d’ayatollahs…), tout au long de la période 1950-1980. Pour être passé par là – même si moi, je n’ai rien achevé… –, je ne saurais blâmer l’auteur d’avoir ainsi restreint son sujet. Pourtant, je dois avouer d’entrée de jeu que j’ai du coup un peu regretté cette délimitation. Dans le temps, tout d’abord : ainsi, même si Simon Bréan traite bien – rapidement, mais bien – de « l’imagination scientifique » française antérieure à 1950, je confesse ne pas avoir été totalement convaincu par la distinction fondamentale effectuée entre cette « proto-SF » et la SF revenue des États-Unis à partir de 1950 (d’autant que, mais j’y reviendrai sans doute, bon nombre de ces vieux bouquins me semblent avoir mieux passé l’épreuve du temps que les premières productions françaises étiquetés SF) ; à l’autre bout du spectre, je regrette un peu également que la SF des années 1980 (au moins) ne soit évoquée qu’aussi brièvement : le cyberpunk, Limite, tout ça, ça aurait pu amener des pages fort intéressantes. L’exclusion presque totale des nouvelles me semble aussi regrettable (même si, vu la masse, encore une fois, elle est tout à fait compréhensible ; mais la SF étant un genre particulièrement approprié à la forme courte, et qui a souvent trouvé à s’y épanouir…).

 

Mais je chipote, et sans doute à tort. Car il faut bien reconnaître qu’en l’état, le corpus des œuvres étudiées par Simon Bréan sur ces trente années est considérable. Et là, d’emblée, j’avoue être passablement admiratif : non seulement parce que Simon Bréan s’est farci une somme considérable de romans publiés dans cette période (exhaustive ? je manque des connaissances pour en jurer, mais ça y ressemble), mais aussi parce que, du coup, il s’est enquillé un paquet de drouilles. Enfin, à mes yeux, hein : décidément, même si les pages qui y sont consacrées sont tout à fait passionnantes, dans la mesure où ces romans sont effectivement passionnants en tant qu’objet d’étude, je ne peux que constater ce dont je me doutais déjà, à savoir que la SF à papa du FNA, pour l’essentiel, c’est vraiment pas ma came, et j’ai frémis plus d’une fois devant les titres et les résumés, sans même oser imaginer les couvertures. C’est comme ça : dans la distinction qui est souvent faite entre les différents types de lecteurs de SF, je crains d’être – pour l’essentiel : après tout, je ne crache pas sur un bon divertissement de temps en temps, et j’ai su trouver mon bonheur dans quelques rééditions du FNA –, je crains d’être, donc, un abject « littéraire »…

 

Mais assez. Revenons au livre, qui s’ouvre donc (enfin, après la préface et l’introduction pertinente mais parfois complexe, ainsi sur la question des régimes ontologiques) sur une partie « historique » : chacune des trois décennies étudiées est envisagée dans un chapitre propre, et Simon Bréan attribue à la production science-fictive française de ces années trois paradigmes différents (ce qui est peut-être un peu arbitraire, mais se tient bien, tout de même). Sans surprise, pour ma part, je me suis surtout reconnu dans celui des années 1970, avec ses mondes hostiles et/ou truqués, et ça m’a donné plein d’envie de lectures (je sens notamment que, dans l’année qui vient, je vais bouffer du Pelot), là où les deux premières décennies ne m’ont inspiré qu’assez peu d’envies d’achats compulsifs (il y en a eu, tout de même ; j’avais déjà des Klein en réserve, je vais en rajouter quelques-uns, il va falloir que je découvre Stefan Wul au-delà du seul Niourk que j’avais lu et apprécié dans ma prime adolescence, je vais probablement jeter un œil également à certains Kurt Steiner… donc, oui, il y eut bien des exceptions, y compris au FNA).

 

Simon Bréan s’intéresse donc à la production romanesque sur ces trente années, mais aussi – c’est inévitable – sur les conditions de cette production, autrement dit, pour l’essentiel, sur les possibilités offertes aux écrivains français de SF de publier leurs œuvres. C’est là encore tout à fait passionnant (et – décidément j’arrête pas les exceptions – on y voit notamment le rôle fondamental joué par le FNA, longtemps seul espace de publication envisageable). Après une sorte « d’âge d’or » (aha) dans les années 1950, avec un premier enthousiasme pour la SF américaine de la part notamment d’une certaine intelligentsia, on assiste ainsi à une grave crise dans les années 1960, jusqu’à ce que l’après-68 génère une floraison incomparable de collections (et une production à l’avenant).

 

Toutes ces pages « historiques » sont non seulement pertinentes et fort intéressantes, mais qui plus est admirablement composées et d’une lecture agréable, ce qui est loin d’être toujours le cas pour les ouvrages universitaires. Chapeau bas.

 

On passe ensuite à la partie « théorique ». Si celle-ci se fonde sur le corpus français détaillé dans les chapitres « historiques », les considérations qui y sont exprimées dépassent largement ce seul champ, et sont à vrai dire applicables à la science-fiction dans son ensemble. Ici, je dois reconnaître que Simon Bréan fait dans le pointu, ce qui est tout à son honneur, mais que, du coup, certaines propositions me sont largement passées au-dessus de la tête, ne disposant pas du bagage nécessaire pour apprécier pleinement ces développements parfois ardus et subtils (ainsi sur le passage de la xéno-encyclopédie au vade-mecum). Dans l’ensemble, toutefois, et ces réserves qui ne s’appliquent qu’à moi du fait de mon ignorance étant mises de côté, cette lecture est à nouveau fort intéressante, et a priori tout à fait pertinente (j’ai beaucoup apprécié, notamment, tout ce qui porte sur le macro-texte, et les analyses détaillées des œuvres de Gérard Klein et Pierre Pelot).

 

Le bilan ne saurait donc faire de doute : cette Science-fiction en France est une lecture plus que recommandable, un ouvrage à certains égards salutaire et dont on peut espérer qu’il constituera une rampe d’accès pour d’autres études aussi enrichissantes. On saluera donc le travail titanesque accompli par Simon Bréan, qui mérite bien les félicitations unanimes du jury nébalien.

 

Bon, allez, j’ai plein de livres à lire, moi, du coup…

CITRIQ

Commenter cet article

Jeanne-A Debats 16/12/2012 12:05

ah toi aussi t'as ramé sur les régimes ontologiques ?
c'est cool, je me sentais un peu seule

Nébal 16/12/2012 16:24



Un peu, mais sans plus, ça restait correct.


 


C'est surtout le premier chapitre de la partie "théorique" qui m'a fait mal au neurone.



SGérard Klein 08/12/2012 01:09

Pas de familiarités déplacées.
Et Ni Dieu ni Maitre.

Dieu

Nébal 08/12/2012 06:33



Je dirais même plus : ni Dieu n'y mettre.



La Mettrie 07/12/2012 23:42

Je croise régulièrement le monsieur dans les couloirs sombres de la Sorbonne. Ta chronique me donne une bonne raison de le choper un de ces quatre et de le questionner à propos de notre Maître.
(au passage, on remarque que notre Gégé national est toujours derrière les bons coups)

Nébal 08/12/2012 06:33



(Allons bon.)



SGérard Klein 07/12/2012 14:06

Félicitations auxquelles je m'associe pleinement, mais on va encore dire que c'est intéressé…
Non, c'est intéressant.

Nébal 08/12/2012 06:32



Voilà.