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"La Véritable Histoire de la mort d'Hendry Jones", de Charles Neider

Publié le par Nébal

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NEIDER (Charles), La Véritable Histoire de la mort d’Hendry Jones, traduit de l’anglais (États-Unis) par Marguerite Capelle et Morgane Saysana, postface d’Aurélien Ferenczi, Albi, Passage du Nord-Ouest, coll. Short Cuts, [1956, 1984, 1993] 2014, 221 p.

 

Chose promise, chose due, même si c’est hélas bien tardif : après avoir fait un détour par la Corse avec l’excellent Orphelins de Dieu de Marc Biancarelli, je reviens au western plus traditionnel. Et pour commencer, donc, La Véritable Histoire de la mort d’Hendry Jones de Charles Neider.

 

On l’aura compris dès le titre en forme de pied de nez au célèbre ouvrage de Pat Garrett, c’est donc de Billy the Kid que nous allons une fois de plus parler ici. Enfin, presque… Car Hendry Jones est le vrai Kid (et on ne l’appelle quasiment que sous ce sobriquet tout le long du roman), un meilleur pistolero encore que Billy, évoqué en début d’ouvrage. Doc Baker, le narrateur, nous conte donc ici ses derniers jours, essentiellement à partir de sa célèbre évasion jusqu’à ce qu’il se fasse buter par le shérif Dad Longworth, son ancien compadre. L’action a lieu entre le Vieux-Mex et la Californie, avec l’océan à l’horizon (cadre pas si banal pour un western, et assez intéressant).

 

Mais il ne s’agit ici de tromper personne : bien sûr, Hendry Jones est conçu comme un hommage à Billy the Kid, et c’est bien à lui que l’on pense à chaque page, jusqu’à ses dernières paroles, ce fameux « Quién es ? » frénétique. Mais ce Kid-là est, si l’on ose dire, plus vrai que nature ; il a pour lui toutes les « qualités » de notre Kid, mais en plus exacerbées. Post-ado jovial et souriant, il suscite l’empathie, et même la sympathie, malgré sa puérilité d’autant plus dangereuse qu’elle s’exerce l’arme au poing.

 

Il y a en effet un côté jubilatoire dans le récit de Doc Baker, le dernier camarade du Kid, désireux ici, donc, de rétablir la « vérité » (« Print the legend », ouais), et le profond réalisme, par ailleurs, du récit, suscite une très forte implication du lecteur, qui se retrouve lui aussi à chevaucher aux côtés de ces hors-la-loi qu’a réunis le Kid, et, de bourrades en bailes, partage leur quotidien absurde.

 

D’autant plus absurde, à vrai dire, que la mort marquera bel et bien la fin du voyage, donnant à cette Véritable Histoire de la mort d’Hendry Jones un parfum de tragédie. Ici, le Kid est un jeune homme marqué ; en dépit de son sobriquet, ce n’est plus tout à fait un gamin ; et la chance honteuse dont il a toujours bénéficié, notamment lors de son évasion rocambolesque, est en train de tourner et il le sait. Personnage haut en couleurs, le Kid n’en est pas moins dans l’attente de la balle qui porte son nom, celle à laquelle il ne pourra échapper d’aucune manière…

 

Mais, en attendant, il vit. Et c’est une sorte de liberté, quand bien même puérile et fortement égoïste, que ce Kid-là incarne, avec ses compadres. Une liberté sans véritable motif, même si l’idée de vengeance reste toujours présente ; le Kid, Doc Baker, Harvey et Bob peinent parfois, ainsi dans le trajet qui les conduit au Vieux-Mex puis les en ramène, mais prennent aussi pas mal de bon temps. « Embrasse-moi, chérie », dit-on ici en portant la bouteille au goulot. Et de chéries, il est aussi question avec la belle et farouche Nika, qui s’est mariée dans l’attente de la pendaison du Kid (raté…), et qu’il compte bien récupérer aux bras de son mourant de mari Miguel. Qu’il respecte, cela dit. Comme les « basanés » du coin, Mexicains et Peau-Rouge, le respectent lui. Cette histoire de mort est aussi une histoire d’amitiés.

 

Tout n’est pas réussi à mon sens dans le roman de Charles Neider, cependant. Si les personnages sont brillants, si l’empathie qu’il parvient à susciter est tout à fait remarquable, si les dialogues sont enthousiasmants, et si certaines scènes marquent durablement (j’ai pour ma part surtout apprécié le séjour en prison du Kid), le style comme la construction (encore que ça se discute, notamment sur ce dernier point) m’ont paru assez critiquables. J’avoue d’ailleurs, même si je me méfie tout naturellement de plus en plus de ce que je peux avancer ici, que la traduction m’a semblé parfois bien lourde (et j’ai renâclé notamment devant cette façon de mêler sans cesse passé simple, passé composé et présent…).

 

Reste néanmoins un western assez poignant, finalement plutôt original malgré son sujet rebattu (et je n’en ai de toute évidence pas fini avec Billy the Kid…). Rien d’exceptionnel, mais ça se lit bien.

 

Notons au passage l’intéressante postface d’Aurélien Ferenczi, qui s’intéresse essentiellement à l’adaptation très libre que Marlon Brando fit de ce roman (en en ôtant visiblement tout le sel pour tourner à la gloire de son ego…), La Vengeance aux deux visages. On y croise les noms de Sam Peckinpah, ce qui n’est sans doute que justice, puis, plus étonnant, de Stanley Kubrick… et c’est sans doute l’occasion de s’intéresser à ce qui fait l’essence du western puis du néo-western, le roman de Charles Neider constituant une belle transition.

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