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"Le Contrôle de la parole. L'édition sans éditeurs, suite", d'André Schiffrin

Publié le par Nébal

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SCHIFFRIN (André), Le Contrôle de la parole. L’édition sans éditeurs, suite, traduit de l’anglais [Etats-Unis] par Éric Hazan, Paris, La Fabrique, 2005, 91 p.

 

Autant vous prévenir tout de suite, les gens : pendant les deux prochaines semaines, je vais dans l’ensemble bachoter comme un furieux, à tout hasard, et donc consacrer l’essentiel des comptes rendus livresques de ce blog à des bouquins concernant les livres et l’édition ; suivra une petite pause parisienne, après quoi je pourrai revenir à des préoccupations plus normales, et notamment science-fictionnelles. En attendant, désolé, les gens, mais vous allez plus ou moins partager mon boulot… Boah, en même temps, je suis sûr que ça peut être intéressant, des fois, non ?

 

Tenez, L’Édition sans éditeurs d’André Schiffrin, c’était pas mal, non ? Ben là, voilà la « suite », Le Contrôle de la parole, paru en 2005, toujours l’édition princeps en français chez les ultra-gauchiss’ de La Fabrique. Il faut dire que, cette fois, André Schiffrin se fonde beaucoup moins sur son expérience personnelle, et se penche beaucoup plus sur le cas français. Ce qui l’intéresse essentiellement, dans ce petit opuscule, ce sont les phénomènes de concentration, dans l’édition, la presse et les autres médias (cinéma, radio, télévision) et la librairie, que l’on a pu constater un peu partout, mais notamment en France, après les États-Unis et le Royaume-Uni. Le propos est donc bien plus vaste (et bien plus sombre, dans l'ensemble, même si les accents utopiques reviennent sur la fin...) que dans L’Édition sans éditeurs, et bien loin de ne s’intéresser qu’au seul champ éditorial… ce qui n’a pas été sans me décevoir quelque peu, je ne vous le cacherai pas. Mais nous aurons l’occasion d’y revenir.

 

On commence, après une brève introduction, par l’étude de trois cas français, bien symptomatiques, le premier étant « l’affaire Vivendi ». Merci Jean-Marie Messier ! Le phénomène de concentration éditoriale est bien disséqué ici, et l’on voit comment, au nom d’un certain « patriotisme », on a de peu échappé au pire, avec la constitution d’un grand groupe Hachette-Vivendi, qui aurait littéralement bouffé tout le reste. C’est l’occasion de dresser un instructif panorama de l’édition française (pp. 22-23, d’après L’Expansion). Le deuxième cas est plus symbolique, sans doute, mais dans le prolongement du précédent : c’est le rachat du Seuil par La Martinière.

 

Le troisième cas nous éloigne de l’édition pour nous faire entrer dans le monde glauquissime de la presse française (que l’auteur juge pourtant d’une qualité exceptionnelle ! Qu’est-ce que ça doit être ailleurs, alors…). Il s’agit de voir comment Dassault a construit son empire de la presse, parallèlement à Lagardère ; bref, comment la presse française est aux mains de marchands d’armes dépendant étroitement des commandes de l’État et qui entendent bien faire de ces journaux « leurs » journaux. Mais disons-le franchement : pour un Français, dans ce chapitre, rien de nouveau sous le soleil…

 

Suit un très bref chapitre – assez anecdotique, à vrai dire – sur les changements dans la distribution, où l’on note cependant la part de plus en plus importante des grandes surfaces, voire à l’étranger des discounters, dans la vente de produits culturels.

 

Le processus de concentration est ensuite analysé en Grande-Bretagne, d’abord dans l’édition et ensuite dans la presse (Murdoch, of course).

 

Après quoi l’auteur procède de la même manière pour les États-Unis, mais en deux chapitres distincts. Celui sur l’édition ne rajoute pas grand chose à ce que l’on avait déjà pu voir dans L’Édition sans éditeurs, dont il constitue une simple mise à jour, témoignant de l’hypocrisie des grands groupes, assurant que rentabilité et qualité littéraire ne sont en rien antinomiques…

 

Celui sur les médias est plus intéressant… encore que. C’est là, en fait, le problème majeur de ce petit ouvrage : on le lit avec intérêt, mais sans avoir l’impression d’apprendre grand chose, pour peu que l’on soit un tantinet sorti de chez soi ces dix dernières années.

 

C’est d’autant plus flagrant au chapitre suivant, sur la collusion entre les médias et le gouvernement à propos de l’Irak : eh, on est en France…

 

 

Alors on appréciera davantage, avec le sourire, le très pertinent dernier chapitre sur le conformisme intellectuel en France. Eh eh...

 

 Mais pour le reste… On a lu, oui. Sans déplaisir, oui… Mais on n’a pas appris grand chose. Aussi, je ne ferais pas de cette « suite » à L’Édition sans éditeurs un ouvrage aussi important, aussi salutaire, que celui qui l’a précédé. À vrai dire, en bien des pages, j’ai trouvé qu’on était à la limite du café du commerce… André Schiffrin a sans doute eu tort de vouloir excessivement s’éloigner de son expérience personnelle et de sa grande connaissance du milieu éditorial. Confronté au reste, il n’est finalement qu’un citoyen lambda, avec des réflexions de citoyen lambda… et c’est tout de même un peu dommage. Bref : on peut faire allègrement l’impasse sur celui-ci.

CITRIQ

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C

T'es un peu dur là, non? Je dois dire que, malgré ça, celui-ci m'intéresse aussi (des restes de mes études, je suppose)(et, si, en effet, ces articles-là sont intéressants à lire aussi, même si la
SF - et la musique - me manquent...). Surtout le dernier chapitre en fait, parce que je me rends de plus en plus compte que les français ont des idées bien plus arrêtées sur la Littérature que de
notre côté de la frontière. D'ailleurs, je ne suis plus que de très loin la conversation sur ActuSF qui ressemble plus à un dialogue de sourds qu'à autre chose... Mais ce fil-là est très
significatif je trouve, de voir comme des clans se forment et affichent presque leur mépris pour la manière de concevoir la littérature de l'autre, comme s'il n'y en avait qu'une seule bonne (et
ceux aussi bien du côté des défenseurs que des détracteurs de la littérature populaire). Je me souviens avoir choqué une française (tu devineras laquelle) quand je lui ai appris que j'ai étudié les
genres paralittéraires à l'unif par exemple, ou que nous avions étudié Dumas dans le cadre d'un de mes cours ("Monte Cristo" qui était une belle parabole de la communication). Je me demande ceux
que les grands défenseurs de la Littérature en penseraient...


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N


Non, je ne crois pas être particulièrement dur...


Sur le reste, par contre, oui, il se trouve encore des abrutis pour qui, hors Balzac, point de salut, alors bon... Mais les "ghettoïsants" ne valent pas mieux. Allez, une bouffe à chacun, et au
lit !