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"Le Réveil de Cthulhu", de Brian Lumley

Publié le par Nébal

Le-Reveil-de-Cthulhu.jpg

 

LUMLEY (Brian), Le Réveil de Cthulhu, [The Burrowers Beneath], traduit de l’anglais par France-Marie Watkins, Paris, Albin Michel, coll. Super-Fiction, [1974] 1976, 247 p.

 

Ouééééééééééé ! C’est les vacances ! L’esprit de Nouwël descend sur moi ! Du coup, j’ai envie de lectures festives, déviantes, stupides et vide-crâne. Voire carrément perverses.

 

MORT À LA LITTÉRATURE !

 

Là, présentement, je veux du gros qui tache. Pas envie de me prendre la tête avec des choses aussi superflues que la beauté ou l’intelligence. Pas envie de bons livres, en fait. Envie de trucs efficaces, même cons. Et va y avoir du lourd, autant vous le dire de suite.

 

FUYEZ, PAUVRES FOUS !

 

Mouhahahaha.

 

 

Gnihihihihihi.

 

 

Ben, par exemple, j’avais envie de me refaire le « cycle de Titus Crow » de Brian Lumley, que j’avais hâtivement parcouru étant gosse dans une édition « abominable » au Fleuve Noir. Je me suis donc pris les cinq bouquins parus dans la très kitsch collection Super-Fiction, histoire de.

 

Et là, j’aimerais m’attarder un peu sur l’emballage de ce premier tome qu’est Le Réveil de Cthulhu, parce que c’est quand même un beau cas-limite. Maquette et illustration hideuses, coquille sur le nom de l’auteur, titre français crétin et racoleur qui n’a rien à voir, ni avec l’original, ni avec le contenu du bouquin, et savoureuse présentation de l’auteur, que je ne peux m’empêcher de vous livrer in extenso :

 

« Brian Lumley, bien que né exactement neuf mois après la mort de H.P. Lovecraft, nie être la réincarnation de l’âme hallucinée du Maître de l’horreur.

 

« Les apparences, notamment la passion évidente de Lumley pour le mythe de Cthulhu et le fait qu’il est de plus en plus souvent reconnu comme l’héritier du talent littéraire de Lovecraft, tendraient plutôt à témoigner du contraire.

 

« D’autant que Lumley n’est pas un simple imitateur mais un innovateur génial dans la science-fiction fantastique, que Lovecraft lui-même aurait été heureux de saluer. »

 

 

And my ass, is it some chicken ?

 

Ça pousse quand même bien mémé dans les shoggoths. N’exagérons rien, donc, et essayons d’envisager plus sereinement ce roman de Brian Lumley. Oui, il s’agit bien d’un héritier de Lovecraft ; mais de sa création, pas de son talent littéraire ; et encore faut-il reconnaître que cette succession s’est faite via August Derleth, dont Lumley reprend certaines mauvaises idées, s’éloignant du rationalisme et du matérialisme de l’horreur cosmique lovecraftienne stricto sensu (même s’ils ressurgissent à l’occasion, comme, par exemple, dans la perception d’Azathoth, ici). Ainsi, on retrouve ce fâcheux panthéon « élémentaire » typiquement derlethien, et, pire encore, cette quasi-trahison qu’est l’intervention d’Anciens Dieux « bons » contre les maléfiques Grands Anciens… Méfiance, donc.

 

Nous avons deux héros, deux occultistes chevronnés : Titus Crow, donc, et son ami Henri-Laurent de Marigny (le fils du pote à Randolph Carter). C’est essentiellement à travers les carnets de Marigny que nous vivrons la terrible aventure qui va, pour la première fois, confronter véritablement les deux hommes au Mythe, aux terribles DCC (Divinités du Cycle de Cthulhu) (si). Mais de Cthulhu à proprement parler, et a fortiori de son réveil, il ne sera en fait quasiment pas question dans ce roman, qui tourne principalement autour des Cthoniens et de leur vilain pas beau de pater, l’indicible Shudde-M’ell. Affaissements de terrain et étranges secousses sismiques ont mis la puce à l’oreille de Crow ; et il en est arrivé à cette conclusion effroyable :

 

LES CTHONIENS ENVAHISSENT LA GRANDE-BRETAGNE !

 

Horreur ! Malheur ! Il faut faire quelque chose ! Et Titus Crow et Henri-Laurent de Marigny de partir en croisade contre les terribles Fouisseurs des profondeurs. Voilà, en gros, pour le pitch.

 

Comme vous l’aurez compris, Le Réveil de Cthulhu, ou plutôt The Burrowers Beneath, s’il s’inscrit bien dans la tradition lovecraftienne, le fait un peu à la manière d’un Stuart Gordon au cinéma : on fait ici, plus que dans le pastiche « sérieux » de ce qui relevait bel et bien d’une forme de littérature populaire, dans la franche bisserie tendance feuilletonesque, avec plus ou moins de talent. Aussi le roman oscille-t-il tout du long entre série B plus qu’honnête, voire jubilatoire (si), et série Z consternante, en se tapant quasiment tout l’alphabet en cours de route. Certains passages, les plus lovecraftiens d’ailleurs, sont très réussis : cela vaut notamment pour tout le début du roman, et en particulier pour ce moment d’anthologie qu’est le récit de Paul Wendy-Smith, qui dévoile la sinistre réalité derrière les Fragments de G’harne.

 

Hélas, au fur et à mesure que l’on avance dans le roman, l’investigation cède le pas à l’action, et Lumley fait de plus en plus péter les effets spéciaux. Mais le manque de budget se ressent, et certaines scènes qui se voudraient terrifiantes se révèlent en définitive plus ridicules qu’autre chose…

 

Dommage, parce que, en dépit de ses nombreuses « imperfections » (le mot est un peu faible) et d'un style lamentable remarquablement rendu par une traduction abjecte, The Burrowers Beneath se lit plutôt bien : on tourne les pages l’air de rien, et on respire avec bonheur les effluves de bière et de pop-corn. Lovecraft, contrairement à ce que prétend la quatrième de couv’, s’en est peut-être à l’occasion retourné dans sa tombe, mais pourtant, c’est à bon droit que l’on fait de Lumley un des plus célèbres (sinon des plus talentueux) continuateurs de l’œuvre du Maître de Providence. Bon, on a plus l’impression, parfois, de lire un compte-rendu d’une partie de L’Appel de Cthulhu qu’un véritable récit lovecraftien, mais, dans l’ensemble, on s’amuse bien, et on apprécie, du moins dans la partie « investigation » du roman, la manière dont l’auteur reprend à son compte les codes du Mythe.

 

Bien entendu, je ne saurais faire de ce Réveil de Cthulhu une lecture recommandable. Je suis très bon public, là, comme vous l’aurez deviné (et ça vaudra pour mes autres comptes-rendus pervers) ; objectivement, je devrais plutôt reconnaître que tout cela n’est « pas très bon »… Mais je me suis bien marré quand même, parfois aux dépends du bouquin certes, mais peu importe au final : bière, pop-corn, tout ça… Je n’en demandais pas plus. Alors je vais bel et bien jouer le jeu du cliffhanger final, écrivant à peu de choses près en lettres capitales « SUITE AU PROCHAIN ÉPISODE », et poursuivre le cycle avec La Fureur de Cthulhu.

 

Burp…

Commenter cet article

chris 27/12/2011 10:43

Perversion ? Comme manger un délicieux big mac.

Doh, un big mac...

Pour l'instant dans mon top 10 de :
- l'atroce rigolo : Elminster la jeunesse d'un mage (add);
- l'atroce même pas rigolo : Mark of chaos (warhammer).

Je cherche à détrôner le premier, mais pas en collection harlequin, faut pas déconner (ça c'est grommovar le courageux Inc.)

juko 26/12/2011 12:32

"un style lamentable remarquablement rendu par une traduction abjecte"
Nebal, tu es un grand!

chris 26/12/2011 11:58

Série B, voir Z ?

Bien que n'étant pas à l'origine un fan de Lovecraft,tiens, là cela me donne envie d'y jeter un coup d’œil.

(

Nébal 26/12/2011 20:02



Non mais là c'est de la perversion...