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Les brèves de Tondeuse Directe #3

Publié le par Nébal

Tondeuse Directe

 

La semaine débute en fanfare avec l’annonce par les Américains de la mort de Ben Laden.

 

Mais boarf, les Auvergnats, un de moins, c'est pas bien grave ; c'est quand ils sont plusieurs que...

 

Cela dit, le vrai problème – qui entre en résonance avec le titre de cette rubrique, tiens – c’est que, comme disaient les talibans aux Américains menaçant de tout raser, « c’est pas grave, ça repousse »…

 

Autrement, les réactions à ce qu’il convient bien d’appeler l’exécution sommaire de ce qu’il convient bien d’appeler un sacré connard ont hélas été tristement prévisibles ; mais je ne saurais dire ce qui m’a le plus peiné, de la liesse façon talion de certains – le désormais historique mais non moins cynique « Justice est faite » d’Obama (qui se pose là pour un prix Nobel de la paix), les répugnantes unes de certains journaux américains, les manifestations de joie ici ou là –, qui ne sent certes « pas très bon » mais me paraît en même temps compréhensible, à moi l’opposant à la peine de mort qui me suis consacré un temps aux questions afférentes à la criminalité « politique » et à sa répression légale comme extra-légale, ou de la tendance bien franco-française à dénoncer hautainement le fait accompli, que ce soit par la minimisation de l’événement ou au contraire l’exacerbation d’un sordide sentiment anti-américain (ben oui, ça existe bel et bien) pour les causes évoquées plus haut – bordel, fallait s’attendre à quoi ? un deuil national ? –, le tout se teintant parfois (souvent ?) d’une tendance au conspirationnisme particulièrement agaçante.

 

Je ne saurais dire avec certitude ce que je pense de cette affaire, d’ailleurs, tant elle soulève de complexes questions d’ordre philosophique, éthique et politique. Encore une fois, mes principes qu’on pourrait j’imagine qualifier de « libéraux » m’empêchent de plébisciter toute forme d’exécution sommaire, or nous sommes bien en présence d’un assassinat. Mais je crains qu’il ne soit un peu hypocrite de s’arrêter là ; et je peux difficilement m’empêcher de penser à toute la réflexion, fort ancienne, sur le tyrannicide, et sur l’état de guerre qui offrait son cadre à cet événement. Je prends tout de suite, et je l’assume, mon point Godwin : aurait-on condamné dans les mêmes termes un commando qui aurait assassiné Hitler ? Si frapper à la tête, au prix d’un assassinat, permet d’éviter des morts supplémentaires, peut-être par milliers, alors n’est-il pas préférable de procéder ainsi, plutôt que de se cantonner à des principes qui ne sauraient guère avoir cours dans un état d’exception ? En d’autres termes, il s’agit bien de se demander – éternelle question de la philosophie politique – si la fin justifie les moyens… Et ici le paradigme « réaliste » des relations internationales comme Machiavel ont leur mot à dire face aux principes libéraux.

 

Non, je crois qu’on aurait tort de minimiser la portée de cet événement. Il y a là quelque chose de grave, d’important, mais de bien plus complexe et bien moins manichéen que ce que les réactions diverses suscitées par la mort de Ben Laden dans un premier temps laissent véritablement entrevoir. Sans doute est-il encore trop difficile de raisonner « à froid » sur ce qui s’est passé, tant la charge émotionnelle est forte ; mais il sera probablement utile d’y revenir dans quelques années.

 


Semaine plutôt calme sur la scène intérieure, par contre. Très franchement, je n’ai pas envie de gloser sur la Porsche à DSK ou la candidature de « Super Rebelle », tout cela – et bien d’autres choses qui ont eu lieu ces derniers jours – relevant de la politique avec un tout petit « p », pour ne pas dire du populisme pur et simple. L’appel au drapeau de Royal ne me touche guère davantage. Quant aux quotas dans le football (ça c’est de la politique, coco !)…

 

Je noterai juste – mais on retourne à un cadre international, et j’en avais déjà parlé la semaine précédente – la triste attitude de Bruxelles semblant donner raison à la France pour ce qui est des questions d’immigration ; et le rejet par le Sénat de la proposition de loi socialiste visant à réprimer la négation du génocide arménien, là encore une question bien plus complexe qu’il n’y paraît.

 

 Du coup, je ne sais pas s’il sera pertinent de conserver un rythme hebdomadaire pour cette rubrique (ou de la conserver tout court, d’ailleurs). Bon, on verra bien.

 

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U

The show must go on !
Le reste, c'est des trucs d'intellos.


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C

Rien à voir, mais puisqu'on est dans la partie politique : je propose aux candidats à l'élection présidentielle de mettre sur ce qu'on achète des labels de dignité humaine (un peu comme les labels
écologie).
On se baserait sur les salaires des actionnaires, les gains en bourse, le comportement vis-à-vis des salariés, les stock-options et les paradis fiscaux où l'on sait que l'entreprise et les
actionnaires traînent.
Ce serait sympa un plein chez TOTAL avec sur la facture le label : je t'encule jusqu'aux amygdales.
Ou encore une facture EDF avec marqué : je te le mets bien profond.


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C

En plus des questions que tu soulèves, je voudrais aussi remarquer l'aspect "communication" de tout cela. Les informations divergentes, changeantes, arrangées (?)... On a assisté en une semaine à
une perpétuelle réorganisation de l'information (et de la non-information) autour de cet assassinat qui montre à quel point la "vérité" est ajustable et les journalistes prêts à écrire ce qu'on
leur dit.
Cet aspect-là me trouble énormément mais personne ne semble en parler, je ne comprends pas pourquoi... Pourtant, il montre à quel point nous sommes tributaires des informations qu'on veut bien nous
donner et comment la sacro-sainte opinion publique est prête à réagir au quart de tour à celle-ci, et à réagir exactement de la manière dont on s'attendait qu'elle agisse même parfois (et donc de
la "nécessité" de sélectionner (et de sucrer) cette même information, comme cela a été fait).


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C

En ce qui concerne Ben Laden, est-ce que la question la plus fondamentale n'est pas "et l'Habeas corpus dans tout ça?" Je ne me souviens pas avoir appris que les terroristes avaient moins de droits
que les autres avant procès et condamnation. Ou alors c'est moi qui n'ai pas compris que Guantanamo était légitime par rapport au droit international.

Le sentimentalisme après on s'en tamponne le coquillard, je te parie mon diplôme de civilisation italienne que le père Machiavel aurait jugé pertinente et opportune l'attitude d'Obama, voire même
l'aurait qualifié de CésarBorgiesque (encore un prix Nobel de la paix, héhé) toutes proportions gardées.


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N


Ben, on peut pas parler de droits de la défense (et certainement pas d'Habeas corpus) puisqu'il n'y a eu ni arrestation ni procès... La logique de cet assassinat, c'est de considérer
l'état de guerre ; ils parlent maintenant de "légitime défense" à l'échelle nationale... On est clairement dans un champ extra-légal. D'où problème.