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"Les Princes vagabonds", de Michael Chabon

Publié le par Nébal

Les-Princes-vagabonds.jpg

 

CHABON (Michael), Les Princes vagabonds, [Gentlemen of the Road], illustrations de Gary Gianni, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle D. Philippe, Paris, Robert Laffont, coll. Pavillons, [2007] 2010, 203 p.

 

J’ai déjà eu l’occasion de dire beaucoup de bien de Michael Chabon sur ce blog miteux, et ce à deux à deux reprises : pour Les Extraordinaires Aventures de Kavalier & Clay (Prix Pulitzer ô combien mérité), et pour Le Club des policiers yiddish (Prix Hugo, bientôt adapté au cinéma par les frangins Coen). Oui, rien que ça. Aujourd’hui, nous le retrouvons dans un tout autre registre.

 

Encore que…

 

Pas si sûr, en fait.

 

Dans un sens, y’a une logique. Mais ce qui est certain, c’est qu’il a dû en étonner plus d’un avec son dernier roman, notamment parmi les jurés du Pulitzer. Rendez-vous compte : avec Les Princes vagabonds, Michael Chabon a cette fois clairement pris le parti de la littérature de genre ; il a dit, purement et simplement, qu’il allait livrer un roman d’a-ven-tu-re.

 

Un-pur-di-ver-tis-se-ment.

 

Oh mon Dieu !

 

Et à l’ancienne, en plus, avec des illustrations à l’intérieur (de Gary Gianni, qu’on a notamment vu œuvrer pour les intégrales d’Howard ces derniers temps), avec la légende et tout et tout.

 

Oh mon Dieu !

 

Un roman dédié à Michael Moorcock (p. 7), et qui cite parmi ses références Conan et D’Artagnan (p. 199) ; ajoutons que les personnages principaux pourraient tout autant, même si ce n’est pas revendiqué (alors peut-être me goure-je ?), faire penser à Fafhrd et au Souricier Gris, les héros du « Cycle des épées » de Fritz Leiber (que je n’ai cependant pas lu, honte sur moi, et ne connais que par l’adaptation en BD de Mignola).

 

Oh mon Dieu !

 

Rassurez-vous, cependant : il ne s’agit ni de science-fiction, ni de fantasy.

 

Ouf. C’est toujours ça…

 

Nous sommes ici en plein dans la grande tradition du récit d’aventure historique, sur le versant le plus populaire. Autant dire, pour rester sur nos contrées, que les amateurs du Robert Howard du Seigneur de Samarcande, notamment, devraient être comblés…

 

Mais voyons un peu de quoi c’est-y donc qu’y nous cause, là, le Michael Chabon.

 

Eh bien, sans surprise…

 

De Juifs.

 

Oui, c’est un peu une habitude…

 

Mais des « Juifs d’épées » – tel était le titre de travail du roman, ce qui faisait beaucoup rire les proches de l’auteur. « Ils se représentaient Woody Allen en train de battre en retraite vers la sortie la plus proche, sous un flot de vannes, brandissant un sabre tremblant. » (p. 194) Mais non ! Non, pour Chabon, ses Juifs d’épées, ce sera un duo de princes vagabonds, ou de fieffés bandits, c’est selon, composé du gringalet franc Zelikman, médecin dépressif armé d’une anachronique rapière baptisée Lancette, et du colosse Amram, aussi Noir que Juif (ça fait beaucoup pour un seul homme…), habile tacticien et terriblement dangereux quand il en vient à manier sa hache viking, répondant au nom de (j’adore) « Profanateur-de-ta-Mère ». Les deux compères écument le Moyen-Orient et le Caucase aux environs de l’an 950, et enchaînent les aventures.

 

Mais voilà qu’un beau jour leur tombe dans les mains un jouvenceau khazar à la langue bien pendue, héritier d’un empire usurpé de fraîche date par une ignoble fripouille comme il y en a tant. Le jeunot ne rêve que d’une chose : restaurer son frère sur le trépied d’Itil, ou à défaut le conserver en attendant, bref : en chasser l’usurpateur, Boulan. Plus facile à dire qu’à faire. Et Zelikman et Amram sont-ils prêts à se lancer dans cette folle aventure ?

 

Prétexte classique, on le voit, à un déferlement de rebondissements en tous genres, certains gros comme une maison – mais c’est le jeu –, et à une avalanche d’action sans répit sur 200 pages (oui, c’est assez court ; juste ce qu’il faut, en fait). C’est très adroit, très bien ficelé (tout au plus pourra-t-on trouver quelques ellipses un peu brusques vers la fin du roman), superbement écrit (Chabon fait du divertissement, certes, mais il s’applique comme d’habitude), et, surtout, surtout, c’est extrêmement drôle et tout à fait jubilatoire. On ne s’ennuie pas un seul instant tout au long de ce court roman, qui nous happe dès la première page pour ne plus nous lâcher jusqu’à la postface. Ça se lit en quelques heures à peine, mais c’est délicieux comme peu de livres le sont.

 

Et en plus, il y a des éléphants.

 

En somme, Chabon a parfaitement réussi son pari, une fois de plus. Les Princes vagabonds correspond en tous points au cahier des charges : roman d’aventure historique efficace et bien écrit, il ne constitue en rien une compromission, mais bien une succulente friandise, de type lecture estivale idéale. Certes, quand on lit ce roman, on peut se permettre de poser un peu son cerveau, mais on n’en a même pas honte ; au contraire, on s’en réjouit, et on en veut davantage.

 

 Tiens, me f’rais bien du pulp, là… Ça tombe bien, j’ai (encore) du Howard qui m’attend…

CITRIQ

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E

Howard je ne peux pas mais Chabon par contre... :)


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