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"Les Tours de Samarante", de Norbert Merjagnan

Publié le par Nébal

Les-Tours-de-Samarante.jpg

 

MERJAGNAN (Norbert), Les Tours de Samarante, Paris, Denoël – [Gallimard], coll. Folio Science-fiction, [2008] 2011, 393 p.

 

Je ne sais pas pourquoi, je me suis d’emblée méfié de ce bouquin. De manière complètement irrationnelle sans doute, et que je serais en tout cas bien en peine d’expliquer, je l’ai senti mal dès sa sortie en Lunes d’encre en 2008. Ce qui explique (?) d’ailleurs pourquoi je n’en avais pas fait l’acquisition à l’époque. Mais voilà : récemment, un sympathique personnage m’a filé la suite de ce roman, Treis, altitude zéro, alors que ce premier tome venait de sortir en poche. Je me suis dit, du coup, que je n’avais pas vraiment, si tant est que j’en aie jamais eu, de raison de ne pas le lire. Allez, zou, j’achète, et je lis.

 

 

Enfin, j’essaye. Autant le dire de suite, ce fut terriblement laborieux. À un point tel, à vrai dire, que je me sens obligé de remonter au sinistre Monde des Ā de Van Vogt pour évoquer un refus d’obstacle similaire. Mais j’y reviendrai…

 

Bon, là, en principe, je devrais résumer brièvement l’histoire de ce roman. Mais, problème : pour des raisons qui deviendront bientôt évidentes pour tous, je n’y ai quasiment rien panné. Je me suis même demandé, en préparant ce compte-rendu, si je n’allais pas recourir au détestable expédient si commun dans la blogosphère consistant à reproduire la quatrième de couverture, ce qui m’aurait pas mal simplifié la vie. Mais bon.

 

Nous sommes… euh, quelque part, à un moment donné (113 ans avant le Seuil, qui doit marquer un bond radical dans l’évolution humaine : hop, singularité, transhumanisme, toussa). Le roman se situe essentiellement dans la cité de Samarante, dominée par six tours, et entourée par l’Aliène, une sorte de vaste désert qui fleure les carrières post-apo.

 

Trois points de vue (pour l’essentiel) nous seront proposés pour visiter ce monde où les idées fusent, les bonnes comme les mauvaises (mais là encore, j’y reviendrai), mais qui n’en a pas moins un certain fond « old school », pas forcément désagréable d’ailleurs. Tout d’abord, Cinabre, une « préfigurée » (comprendre : créée en labo pour une tâche précise, quand bien même mystérieuse), qui fréquente en temps normal les salons bobo-artisteux, mais se retrouve sans que l’on sache trop pourquoi avant un bon moment avec des tueurs aux trousses, tueurs dont le caractère « officiel » n’est en rien rassurant. Il y a ensuite Triple A, un jeunot vaguement simplet en quête d’une mère et qui rêve d’escalader les tours, lequel va se trouver comme de bien entendu transfiguré par son périple initiatique. Il y a enfin Oshagan, un guerrier furtif de l’Aliène, porteur d’armes uniques en leur genre, et dévoré par le besoin de vengeance.

 

Évidemment, ces trois-là sont (plus ou moins) amenés à se rencontrer, et, par une suite de coïncidences, se trouveront éminemment liés dans le gros bordel qui va tomber sur Samarante. Mais ça, quand bien même on s’en doute évidemment dès le départ, ça n’arrivera que très tardivement dans le roman, qui joue pendant un long moment de son hermétisme.

 

En temps normal, voilà qui n’est pas du genre à me rebuter. Au contraire, même : j’apprécie souvent d’être largué en immersion dans un univers qui me dépasse, pour en comprendre les tenants et aboutissants au fur et à mesure, sans que l’on me prenne par la main.

 

Mais ici ça n’a pas marché. Parce que trop, c’est trop.

 

 

Et parce que du coup je me suis fait chier comme un rat mort, enfin non, plus encore (vu que le rat, lui, il est mort). J’ai mis un temps fou à lire ce livre. J’ai même failli – j’ai honte de le dire – l’abandonner en cours de route, ce qui ne m’arrive normalement jamais, même pour les pires daubes (et, malgré tout, je ne crois pas que Les Tours de Samarante entre dans cette catégorie). Je me suis forcé, en fait – en me répétant que si j’étais arrivé au bout de La Cité infernale, il n’y avait pas de raison pour que je ne fasse pas de même avec le présent truc…

 

Mais quel ennui ! Très franchement, je ne parvenais pas à en lire plus de dix pages sans m’endormir. C’était radical – je me suis trouvé un bon somnifère, du coup. Un moment, j’ai mis ça sur le compte des circonstances, me disant que peut-être, en ce moment, je n’y arrivais tout simplement pas… Mais dans la mesure où je me suis enquillé hier La Nuit du Jabberwock de Fredric Brown en une seule soirée, il faut bien que je me rende à l’évidence : c’est ce bouquin, là, qui ne fonctionnait pas. Sur moi en tout cas.

 

Un ennui sans nom… Ou peut-être que si, mais ça pourrait donner une impression de méchanceté, or je n’ai malgré tout pas véritablement envie d’être méchant… Mais voilà : cet ennui, j’aurais envie de le qualifier de vanvogtien, en remontant, encore une fois, au Monde des Ā, qui m’avais fait exactement le même effet. Et peut-être en partie pour les mêmes raisons : un déluge d’idées, plus ou moins intéressantes et plus ou moins originales, qui tombent sur la gueule du lecteur dans le bordel le plus total. D’où, en ce qui me concerne en tout cas, le sentiment d’être complètement perdu, de ne pouvoir se raccrocher à rien, et, en définitive, de s’emmerder veugra.

 

Alors, certes, il y a bien une différence : contrairement au détestable AEVV, Norbert Merjagnan n’écrit pas véritablement ou totalement comme une pine. Pourtant, la forme non plus ne m’a pas séduit dans ce roman. Le style est atrocement bavard et jargonneux, souvent en décalage avec le fond, et il en fait des caisses ; un peu comme du Barbéri ou du Gibson, la fluidité en moins (ce qui fait un sacré moins).

 

Aussi, quel ennui ! Je me répète, je sais. Mais je ne vois pas vraiment quoi dire de plus. J’imagine que je pourrais trouver révélateur que ces farceurs de sénateurs du lundi aient remis à ce livre le (aha) Nouveau Grand Prix de la science-fiction française 2008, mais révélateur de quoi, je préfère ne pas trop m’engager sur ce terrain…

 

Allez, n’en jetez plus, je me suis fait suer de la première (quasiment) à la dernière page, et c’est tout ce que je peux retenir de ces Tours de Samarante. Comme quoi, ma méfiance instinctive, une fois n’est pas coutume, avait quelque chose de fondé. Et malgré l’offre, je crois que Treis, altitude zéro, ça sera sans moi.

CITRIQ

Commenter cet article

Nick 15/12/2011 09:55

Comme Nébal, je me suis ennuyé à lire ce roman. J'ai eu l'impression de lire un roman de SF "Old School" comme j'ai pu en lire dans les années 80/90.

Verti 15/12/2011 09:22

Tout à fait d'accord avoir toi Nébal. Roman ennuyeux, pas original, mais bien écrit...

juko 13/12/2011 21:33

Dans le genre "j'arrive pas à finir je m'endors avant la fin des phrase", quelqu'un a lu et critiquer le dernier Simmons "Drood". C'est le deuxieme Simmons qui me tombe des mains apres celui sur
l'olympe, c'est triste, il sait écrire et quand meme Hyperion (patatipatata) c'etait qqchose, mais là, ouah, dur.
Oui, bon , c pas Van bidule non plus

chris 13/12/2011 17:48

Pour une fois pas d'accord avec Nébal (ce qui est rassurant au moins).

Moi qui n'aime pas le jargonneux et m'ennuie assez vite, qui a du mal avec du Barbéri ou du Gibson, j'ai trouvé ça bien, mais effectivement comme un demi volume, donc insuffisant (du point de vue
de l'histoire).


Les circonstances de la lecture ?

PS : le parallèle avec Van vogt m'a fait sourire (je me suis dis - sans méchanceté - qu'il abuse le Nébal (rires)).

Ubik 13/12/2011 14:17

Ah ah ah !
J'adore le troisième commentaire. Premier ou deuxième degré ?

Pontiac 13/12/2011 13:31

J'ai beaucoup aimé ce livre. Mais il faut accepter de découvrir autre chose.

Efelle 13/12/2011 10:05

J'avais un avis similaire au tien que j'ai nuancé à la lecture de Treis, Altitude zéro.
Cela dit faut bien reconnaitre que les Tours de Samarante ne se suffit pas à lui même.

gromovar 13/12/2011 07:34

Pas d'accord avec ton point de vue, mais je pense que tu le sais déjà.