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"Lovecraft Studies", no. 13

Publié le par Nébal

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Lovecraft Studies, no. 13 (vol. 5, no. 2), West Warwick, Necronomicon Press, Fall 1986, 40 p.

 

Lovecraft Studies, suite. On attaque en force avec « Who Needs the « Cthulhu Mythos » ? » de David E. Schultz, article qui vient répondre à la proposition très polémique de Will Murray dans le numéro précédent, consistant à ne retenir comme textes du « Mythe » que trois nouvelles de Lovecraft en tout et pour tout. Si, dans les termes, l’auteur du présent article se montre autrement moins virulent (dans les termes, hein : Derleth ne se fait cette fois pas traiter « d’idiot », mais dans le fond…), sa position peut à certains égards paraître plus radicale encore (mais à mon sens plus cohérente) : en effet, à l’en croire, le prétendu « Mythe de Cthulhu » est une pure création derlethienne, et pas seulement pour ce qui est de sa désignation (ça, c’est un fait admis) ; cette notion, plus embarrassante qu’autre chose, témoigne surtout de l’incompréhension fondamentale d’August Derleth à l’encontre de l’œuvre de Lovecraft (Richard L. Tierney, d’ailleurs, parlait carrément de « Mythe de Derleth » plutôt que de « Mythe de Lovecraft » comme S.T. Joshi). Dès lors, et même si l’on peut pinailler sur la désignation la plus juste (« Yog-Sothoth Cycle of Myth » ?), c’est en définitive se tromper de débat, et y introduire une notion qui n’a tout simplement pas lieu d’être ; aussi, plutôt que d’ergoter sans fin sur le terme le plus juste et dresser des listes concurrentes de textes « canoniques », mieux vaut tout simplement abandonner ce concept « artificiel », injustement imposé après la mort de Lovecraft pour, en gros, « légitimer » les lovecrafteries approuvées par Derleth, et seulement elles, et en premier lieu les prétendues « collaborations posthumes » de sinistre mémoire. On pourrait ainsi se recentrer sur les fondamentaux, c’est-à-dire l’horreur cosmique, la confrontation des personnages lovecraftiens à des choses qui les dépassent et les font prendre conscience de leur petitesse ; car c’est en définitive de cela que nous parle avant tout Lovecraft, et non de monstres aux noms imprononçables ou de grimoires peu ou prou interchangeables. Une fois de plus, c’est à mon sens aller peut-être un peu loin, mais je reconnais à cet article une plus grande cohérence qu’à celui de Murray ; à tout prendre, il est vrai qu’il me paraît plus sensé d’abandonner purement et simplement la notion controversée plutôt que de la restreindre ainsi que le précédent auteur le faisait, de manière sans doute tout aussi arbitraire, finalement, que Derleth dans son « ouverture ». Pour ma part, je suis tout à fait d’accord pour conférer la première place des préoccupations à l’horreur cosmique ; de là à abandonner totalement la notion de « Mythe de Cthulhu » (ou quel que soit le nom qu’on lui donne ; autant s’en tenir à celui-ci, il a pour lui l’usage…), il y a un pas que je ne saurais franchir ; même s’il s’agit d’un artifice et d’une création posthume due à un type qui n’y comprenait de toute évidence pas grand-chose (euphémisme), et même si l’absence de cohérence du prétendu Mythe chez Lovecraft (et lui seul) ne saurait guère faire de doute, le simple fait qu’on y ait « cru » (l’expression n’est bien entendu pas à prendre au pied de la lettre…), et pendant des années, suffit à lui conférer une certaine existence, quand bien même c’est pour de mauvaises raisons ; et s’il est juste de distinguer le corpus lovecraftien « pur » des contributions contemporaines ou posthumes, il ne m’en semble pas moins intéressant d’envisager la « création collective » d’une manière globale : simplement, c’est un autre angle d’analyse…

 

Will Murray, justement, prend la suite, avec « In Search of Arkham Country », étude extrêmement précise de la Nouvelle-Angleterre selon Lovecraft, et plus précisément des villes d'Arkham, Kingsport, Dunwich et Innsmouth. L’auteur cherche à quelles villes les créations lovecraftiennes correspondaient « réellement »… c’est-à-dire au-delà des déclarations de Lovecraft lui-même dans sa correspondance, qui assimilait notamment Arkham à Salem, etc. En fait, non, surtout pour ce qui est d’Arkham… dont l’auteur montre qu’elle s’est en fait « déplacée » dans le temps, de l’arrière-pays à la côte, en coexistant avec Salem. Témoignage, en fait, de l’évolution de l’œuvre de Lovecraft, de ses sources d’inspiration et de ses intentions. C’est très pointu, plutôt convaincant, parfois même assez édifiant (les « changements de lettres », par exemple)… mais très franchement, je ne peux m’empêcher de trouver ce genre d’exégèse assez vaine, et même en l’espèce un brin risible : honnêtement, s’en prendre bec et ongles au « Mythe » pour ensuite s’acharner à trouver – contre l’auteur ! – les sources « réelles » d’une contrée de toute façon fantasmée ? Même en tant que fan hardcore, je trouve que c’est pousser le bouchon un peu loin…

 

Suit… euh… un truc. Un texte de H.P. Lovecraft, intitulé « Correspondence between R.H. Barlow and Wilson Shepherd of Oakman, Alabama – Sept.-Nov. 1932 ». Il s’agit d’un résumé (très détaillé…) d’un échange de pulps qui tourne mal pour l’ami de Lovecraft (et futur exécuteur littéraire) qu’était Barlow, lequel s’est retrouvé confronté, au choix, à un escroc ou à un dingue (je penche clairement pour la première possibilité). C’est à peu près aussi intéressant qu’une liste de courses de Lovecraft, et même probablement moins : l’exégèse, c’est bien beau, mais à ce point de complétisme, ça en devient tout de même un peu ridicule… Disons qu’on hallucine un peu devant la puérilité dont témoigne cette affaire, de la part de tous ses protagonistes, Lovecraft inclus, mais c’est franchement tout ce qu’on peut en tirer.

 

On change complètement de registre (ouf) avec un article d’analyse littéraire de Donald R. Burleson, « Lovecraft and Chiasmus, Chiasmus and Lovecraft », qui se penche donc sur l’usage abondant que faisait le Maître de Providence de ces deux figures de style complémentaires que sont le parallélisme et le chiasme, tant en poésie qu’en prose, nombreux exemples à la clef. Un héritage, sans doute, des auteurs anglais du XVIIIe siècle que Lovecraft révérait tant. C’est bien fait, mais je ne peux pas prétendre que cela m’ait intéressé plus que cela… et surtout, il me semble que cela met quelque peu fâcheusement l’accent sur ce que le style de Lovecraft peut avoir, disons, « d’emprunté »…

 

Deux reviews, enfin. Steven J. Mariconda tresse des lauriers à David E. Schultz pour son édition critique du Commonplace Book de H.P. Lovecraft, visiblement un travail de titan riche d’enseignements (mais qui aboutit à cette conséquence rigolote que le commentaire est beaucoup plus long et complexe que ce qui est commenté…). Robert M. Price salue quant à lui l’édition des Uncollected Letters de H.P. Lovecraft par S.T. Joshi (la base des Lettres d’Innsmouth). Deux publications de Necronomicon Press…

 

J’en arrive presque au bout des Lovecraft Studies que l’on m’a si aimablement procurés. Plus qu’un – très distant de celui-ci – et c’est fini, pour un bon moment du moins… Mais je vous rassure (ou pas), je n’en ai pas pour autant terminé avec les fanzines lovecraftiens américains, puisque je vais enchaîner sur une montagne de Crypt of Cthulhu

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