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"Lovecraft Studies", no. 32

Publié le par Nébal

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Lovecraft Studies, no. 32, West Warwick, Necronomicon Press, Spring 1995, 36 p.

 

Où, après une longue pause, l’on retourne donc aux Lovecraft Studies (j’avoue que ce fanzine me parle un poil davantage que le néanmoins très recommandable Crypt of Cthulhu).

 

C’est Robert H. Waugh qui ouvre le bal avec « « The Picture in the House » : Images of Complicity », analyse passablement pointue d’une nouvelle de Lovecraft par ailleurs plutôt mineure à mes yeux. Il s’agit pour l’auteur de rendre un peu moins abstraite une analyse qu’il avait développée dans le volume An Epicure in the Terrible (dont je vous parlerai un de ces jours), reposant notamment sur la distinction entre plusieurs modes de perception. Intéressant, mais ça ne m’a tout de même pas parlé plus que ça (et peut-être aurait-il fallu que je lise d’abord l’article en volume pour vraiment saisir les intentions de l’auteur).

 

Suivent deux articles consacrés à une nouvelle autrement plus importante dans l’œuvre lovecraftienne : « Celui qui chuchotait dans les ténèbres ». L’article de Darrell Schweitzer, « About « The Whisperer in Darkness » » est une critique enthousiaste et sans aucun doute pertinente, mais qui en reste en peu trop aux généralités pour pleinement satisfaire. On y préfèrera la passionnante communication de Steven J. Mariconda « Tightening the Coil : The Revision of « The Whisperer in Darkness » », étude à nouveau très pointue des différents états conservés de la nouvelle, du manuscrit original à la version publiée. On y voit l’évolution, parfois sur des points de détail, d’autres fois au contraire pour des aspects majeurs, du travail de Lovecraft, qui s’est étalé sur plusieurs mois (et plusieurs États, puisque le gentleman pas reclu de Providence l’avait emmené avec lui au cours d’un long voyage). Que ce soit en raison de nouvelles idées ou de critiques formulées par ses amis, le texte a ainsi connu bien des modifications avant de nous parvenir tel qu’on le connaît. De la découverte de Pluton (Yuggoth !) à la mise en scène finale, l’article explore méticuleusement le processus de création lovecraftien, ce qui amène à souligner par ailleurs, outre le brillant de la nouvelle dans son ensemble, un certain nombre de faiblesses, malgré tout…

 

Paul Montelone s’intéresse quant à lui à une autre nouvelle majeure de Lovecraft (pas vraiment du « Mythe », cette fois), à savoir « Les Rats dans les murs ». « « The Rats in the Walls » : A Study in Pessimism » part de la célèbre ouverture de « Arthur Jermyn » : « Life is a hideous thing... » L’auteur montre comment cette sentence définitive, si elle n’éclaire pas vraiment, somme toute, la nouvelle qu’elle introduit, pourrait par contre servir parfaitement à définir celle qu’il étudie. Après avoir méticuleusement décortiqué la nouvelle (en insistant notamment, ce qui m’a paru intéressant, sur la notion de souffrance), l’auteur l’éclaire ainsi à la lumière des écrits de Schopenhauer ; même si Lovecraft n’en avait qu’une connaissance très superficielle, la rencontre opère, et le résultat est tout à fait passionnant. On voit ainsi une première phase proprement « pessimiste » dans la philosophie lovecraftienne, avant qu’il ne développe un « indifférentisme cosmique » plus caractéristique de son œuvre, et notamment des textes dits « du Mythe ».

 

Donald R. Burleson livre enfin « Lovecraft : Textual Keys », qui s’intéresse donc au symbolisme ambigu de la clef (et de tout ce qui va avec) dans l’œuvre lovecraftienne, en commençant bien sûr par « La Clef d’argent ». Mouais. Beaucoup de blabla, trouvé-je ; ce n’est pas inintéressant, mais je n’en ai pas retiré grand-chose pour autant.

 

Le numéro s’achève traditionnellement sur les chroniques. Ben P. Indick s’intéresse tout d’abord à H.P. Lovecraft in the Argosy : Collected Correspondence from the Munsey Magazines, petit volume édité par S.T. Joshi ; on y voit déjà quelques traits majeurs de la pensée lovecraftienne telle qu’elle a pu s’exprimer en public (dont son racisme…), mais aussi, ce qui est amusant, quel petit con le (futur) grand auteur pouvait être quand il maniait la plume pour abreuver de correspondance une revue (plus de détails sur tout cela dans l’indispensable I Am Providence). David E. Schultz s’intéresse aux Miscellaneous Writings de Lovecraft, gros volume cette fois, mais toujours édité par le patron S.T. Joshi (à réserver aux fans). Marc A. Michaud s’intéresse enfin à quatre volumes de lovecrafteries, montrant ainsi bien à quel point les abondants écrits du « Mythe » postérieurs à Lovecraft sont avant tout des derletheries, et s’interrogeant sur leur signification éditoriale. Il se montre très réservé pour Le Cycle de Shub-Niggurath édité par Robert M. Price et pour Encyclopedia Cthulhiana de Daniel Harms (deux titres de Chaosium), ainsi que pour The Starry Wisdom : A Tribute to H.P. Lovecraft édité par D.M. Mitchell, et plus enthousiaste pour Shadows over Innsmouth, édité par Stephen Jones, dont je vous parlerai un de ces jours.

 

Suite au prochain numéro…

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