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"Mordre le bouclier", de Justine Niogret

Publié le par Nébal

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NIOGRET (Justine), Mordre le bouclier, postface de Jean-Philippe Jaworski, Saint Laurent d’Oingt, Mnémos, coll. Icares, 2011, 221 p.

 

L’expérience  Chien du heaume ayant été dans l’ensemble largement satisfaisante, je ne pouvais pas faire l’impasse sur sa suite, Mordre le bouclier (d’autant que je suis censé causer bientôt de Gueule de Truie et que je voulais au préalable approfondir ma connaissance de l’œuvre de Justine Niogret). Ce n’est pourtant pas sans une légère appréhension que j’ai abordé ce second tome, dans la mesure où les quelques échos que j’avais pu en avoir étaient assez généralement négatifs ; peut-être pas au point d’en faire un mauvais bouquin, non, mais l’idée dominante était celle d’une nette baisse de qualité entre les deux tomes, voire, pour employer un abominable vocabulaire rugbystique, d’un essai pas transformé, en somme. Mais bon : comme d’hab’, j’ai voulu me forger ma propre opinion. Je n’ai donc peut-être pas lu Mordre le bouclier sans quelques préventions, mais j’ai essayé de m’en dégager autant que possible. Sans peut-être y parvenir totalement, mais vous verrez par vous-mêmes.

 

Nous sommes quelques mois après la fin des événements rapportés dans    Chien du heaume. Sauf que ça ne va pas sans poser un petit problème temporel. En effet, rappelez-vous (ou pas), la quatrième de couverture (…) de ce premier roman, plus il est vrai que le roman en lui-même mais ça paraissait coller, en situait l’action durant le haut Moyen-Âge ; or, ici, nous disposons d’un repère temporel (relativement) précis : nous sommes après une croisade, et probablement la première (encore que son déroulement puisse paraître différent de ce qui s’est produit dans notre univers, puisque c’est l’idée de l’échec qui domine). Ce qui fait tout de même une sacrée différence (et ce, même si la thématique du passage d’un monde païen à un monde chrétien reste très présente dans Mordre le bouclier, mais d’une manière moins frontale que dans Chien du heaume). Que faut-il en déduire ? Que la quatrième de couverture du premier tome racontait des bêtises (ça serait pas une première, notamment chez Mnémos) ? Que Justine Niogret s’en fout un peu (pas impossible, son Moyen-Âge ayant quelque chose de fondamentalement abstrait, de toute façon, et l’anachronisme, ou si l’on préfère l’achronisme – pardon – ne semblant pas la rebuter) ? Point ne le sais. Mais j’avoue que ça m’a un peu perturbé. Bon. Tant pis.

 

Conservons donc le seul repère temporel qui ne laisse aucun doute, celui faisant le lien entre les deux histoires : nous sommes donc (re) quelques mois après Chien du heaume. Chien, qui n’a pu mener sa quête à bien, est dans un sale état, dans la mesure où elle s’est bousillé les doigts lors de son retour épique au castel de broe (ce qui n’est pas très cool pour une mercenaire jouant de la hache). Le forgeron Regehir essaye tant bien que mal de réparer les choses à l’aide d’une griffe de fer, mais on ne peut pas dire que la joie règne dans la demeure de Bruec. Notre héroïne sombre un peu dans la dépression. Aussi la guerrière Bréhyr va-t-elle essayer de rebooster Chien en lui offrant l’opportunité (un peu tardive…) de découvrir enfin son « véritable » nom. Ce qui, disons-le tout de suite, sera très vite expédié (un peu trop facilement, sans doute, après les atermoiements du premier tome, mais il faut dire que ce second volume s’étend sur une période autrement resserrée et bon, admettons). En échange – parce que rien n’est tout à fait gratuit, faut pas déconner, non plus –, elle engage Chien dans sa longue quête de vengeance, qui touche presque à son terme : ne reste plus à buter qu’un seul enfant de putain, un porte-étendard retour de la croisade (donc).

 

Et c’est ainsi que nos deux guerrières, plutôt que de courir le pays dans tous les sens, s’en vont (tout simplement) attendre le petit salopiaud dans une forteresse en ruine, genre il est obligé de passer par-là. Elles rencontreront en chemin un étrange duo de combattants, le chevalier et ex-croisé avec une jambe en moins Saint Roses, et l’arbalétrière qu’on appelle la Petite (ou la Garce), ce qui fait beaucoup de femmes en armes, tout de même (Justine Niogret fucke la parité, mais pas comme à l’UMP).

 

Et en attendant (donc), nos quatre héros papotent.

 

Beaucoup.

 

Trop.

 

Ça philosophaille dur, et ça s’interroge avec plus ou moins de bonheur sur le sens de la vie (alors que la réponse est toute simple : c’est par-là) (pardon).

 

Bon.

 

Si les préventions évoquées plus haut et cette petite présentation ne vous rebutent pas, et que vous avez donc envie de vous faire le livre, tout va bien : vous pourrez en lire une analyse très pertinente dans la postface (et non « préface », damnée quatrième de couverture) de Jean-Philippe Jaworski, qui a quand même la classe, et vous explique tout très bien comme il faut. Je ne saurais prétendre faire mieux, ouh-là non, et ne pense de toute façon pas que ce soit mon rôle que d’analyser ici Mordre le bouclier. Ça tombe bien, je vais ainsi éviter de vous livrer de fâcheuses révélations.

 

Parlons donc simplement, au risque de faire jaser les cons, de pur ressenti, de plaisir de lecture. Et là, le constat est sans appel : ça reste bien voire très bien écrit, Mordre le bouclier (même si, une fois de plus, une couche supplémentaire de relecture n’aurait pas été de trop, histoire de décoquiller la chose et de sabrer dans les répétitions – je ne compte pas les « enfançons » et autre variantes sur le même terme, notamment au début du roman, pour m’en tenir à un unique exemple). Sur la forme, donc, pas grand-chose à redire.

 

Sur le fond, finalement, ça va aussi : ce n’est pas bête, non (même si bon, le sens de la vie, hein, bon), et si on a un peu l’impression, à l’occasion, d’un auteur qui expédie les choses laissées en plan dans le surprimé premier tome (outre l’épisode du nom sus-mentionné, la conclusion est à cet égard éloquente), il reste néanmoins amplement de quoi faire frétiller le neurone (ou les neurones, pour ceux qui ont de la chance).

 

N’empêche que je me suis pas mal emmerdé, moi. Parce que ça tchatche, ça tchatche, et ça n’en finit pas ; le roman est court, certes, mais il fait dans la lecture dilatée. Amateurs d’action frénétique, passez votre chemin, ce roman n’est de toute évidence pas pour vous. Amateurs de fantasy échevelée, vous pouvez également faire l’impasse, la surnature brille peut-être encore plus par son absence que dans Chien du heaume (hors substrat mythologique, voyez Jaworski). Les autres, j’espère que vous aimez les longs monologues ; sinon, ouste.

 

Reste quoi ? Ben, un roman bizarre, au cadre plus abstrait tu meurs ; un roman de l’attente, peut-être, variation niogrétique sur Le Rivage des Syrtes ou Le Désert des Tartares (mais du coup, à la comparaison…) : En attendant le salopard avec son étendard. Pourquoi pas, hein ? Sauf que les personnages de Mordre le bouclier ont l’ennui communicatif, et leur manque de motivation (notamment celui de Chien, qui a ici un rôle autrement secondaire que dans le premier volume) déteint sur le lecteur. Qui baille régulièrement. Et qui, au final, a quand même un peu l’impression de s’être fait avoir. Doublement : versant positif (ou ce qui en tient lieu), il admirera in fine, grâce au sieur Jaworski notamment, l’habileté du propos ; versant négatif, il pourra quand même trouver que bon, tout ça pour ça, hein, bon.

 

À la toute fin du bouquin, Justine Niogret confie qu’elle espère avoir livré « un bon peigne ». Je ne remets pas en cause sa sincérité (même si…). Hélas, j’ai l’impression qu’elle a un peu foiré son coup. On m’avait prévenu, hein (ce qui a peut-être déteint sur mon appréciation, je ne le nie pas) ; mais effectivement, ce Mordre le bouclier ne me paraît vraiment pas à la hauteur de Chien du heaume. Et me laisse au final un arrière-goût désagréable en bouche, celui d’un livre publié (écrit ?) trop vite, peut-être ; ambitieux à sa manière, mais raté ; et en définitive profondément anecdotique.

 

Bon, allez, je passe à Gueule de Truie (on change de registre, a priori).

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