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"Necronomicon", de Simon

Publié le par Nébal

Necronomicon.jpg

 

 

SIMON, Necronomicon, [Dead Names: the Dark History of the Necronomicon ; Necronomicon ; Necronomicon Spellbook ; The Gates of the Necronomicon], traduit de l’anglais (États-Unis) par Philippe Touboul, illustrations de Goomi et al., Paris, Bragelonne, [1977, 1981, 1987, 2006] 2012 + [16 p. de pl.], 878 p.

 

On poursuit dans les « livres maudits », cette fois avec un gros morceau, le Necronomicon du mystérieux Simon. Je ne reviendrai pas ici sur l’histoire du Necronomicon selon Lovecraft, j’en ai déjà traité à plusieurs reprises (notamment ici et ). Et, de toute façon, il n’est pas certain que cela soit très pertinent, ce gros livre n’entretenant que des rapports très ténus avec le pôpa de Cthulhu. Et pour cause : c’est du vrai Necronomicon qu’il s’agit, bien sûr ! En tout cas, le mystérieux Simon n’en démord pas… et pousse à vrai dire la plaisanterie très loin, le bougre (ce qui lui avait valu de se faire très justement défoncer la gueule ici, par exemple).

 

Mais ne mettons pas la charrue avant les shoggoths.

 

On va commencer par un compliment : le livre de Bragelonne est beau. Très beau, même. Il a un vrai rendu de « grimoire », est relié avec une couverture assez classe, et abondamment illustré (surtout par des diagrammes à la con, mais on trouve aussi seize planches couleurs de Goomi et d’autres, ou fournies par Sans-Détour). Bon, certes, ça fait 40 €… Mais à n’en juger que par l’esthétique, ça les vaut. Le problème, c’est quand on le lit… Parce que là, autant le dire de suite, on ne peut s’empêcher de trouver que ça fait cher du PQ.

 

Mais ne mettons pas la charrue avant les shoggoths.

 

Ce volumineux Necronomicon comporte en fait quatre livres, dont c’est si je ne m’abuse la première traduction française. On commence par Les Noms morts. L’histoire secrète du Necronomicon, livre paru en 2006 originellement, donc bien après le Necronomicon « à proprement parler » (1977). C’est qu’il s’agit en fait d’une longue introduction. Le mystérieux Simon y rapporte comment le manuscrit grec de l’authentique Necronomicon, traduit de l’arabe, est tombé entre ses mains. Une histoire totalement folle, à base de jeunes couillons devenus prêtres orthodoxes (d’une espèce pas super orthodoxe) pour éviter de partir au Vietnam. Le livre aurait été volé par d’autres prêtres plutôt douteux, qui faisaient leur commerce de vieux bouquins poussiéreux acquis frauduleusement dans des universités ou des collections privées. D’où vient-il ? On ne sait pas. Et maintenant, il est où ? Oh ! Ben, figurez-vous, dites donc, qu’il a été brûlé par un des jeunes couillons sus-mentionnés, qui craignait d’avoir des ennuis avec la police après l’arrestation des voleurs. C’est ballot, tout de même… Toujours est-il que cet authentique Necronomicon s’est retrouvé dans les pattes du mystérieux Simon (qui nous explique sans rigoler qu'en fait c'est lui le héros de La Neuvième Porte) et de ses copains passionnés d’occultisme, dont un seul, semble-t-il, connaissait Lovecraft. L’idée, en fait, c’est que le grimoire en question, bien loin de constituer un canular (non mais oh !), serait une authentique traduction en grec d’un livre écrit par un « Arabe dément » (pas nommé ; forcément, puisque Abdul Alhazred n’est pas un vrai nom arabe, bien joué…), et véhiculant par-delà les siècles la magie de l’ancienne civilisation de Sumer ; Lovecraft, bien loin d’en être le créateur, en aurait entendu parler, et c’est pour cela qu’il l’aurait intégré dans ses récits, en l’adaptant à sa sauce. Du coup, on ne trouve finalement pas grand-chose de lovecraftien dedans, mais j’y reviendrai. En attendant, je vous le demande : mon cul est-il essentiellement constitué de poulet ? Pourtant, cette première lecture m’a étrangement plutôt séduit. Si. Évidemment, c’est con comme un boulon, et, le mystérieux Simon a beau dire (il se défend mal, en plus), le canular est gros comme moi, mais, à la différence du Necronomicon édité par George Hay, il est plutôt bien fait. On n’y croit pas, bien sûr, mais on peut reconnaître malgré tout une belle mécanique et, oui, à ce niveau, c’est plutôt bien foutu, et ça se lit avec un certain plaisir, comme un (bon) roman d’occultisme vaguement conspirationniste, avec plein de personnages hauts en couleurs et de développements saugrenus mais rigolos. Peu importe, ici, qu’on y croie ou pas, en fin de compte : ne serait-ce qu’à titre sociologique, cette longue introduction est même intéressante, constituant une agréable (et rigolote) (et instructive) plongée dans le monde de l’ésotérisme des années 1970. C’est farfelu, ça mélange tout, de Sumer (donc) à Aleister Crowley, et de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy aux meurtres du « Fils de Sam », avec en arrière-plan l’underground occultiste de New York, la guerre du Vietnam, etc. Le livre se serait arrêté là, j’aurais presque pu le conseiller.

 

Presque.

 

Hélas, après, on passe au Necronomicon « à proprement parler ». Et là, l’illusion ne tient plus. Ce charabia pseudo-sumérien, passé l’amusant « Témoignage de l’Arabe dément », est à se pisser dessus. Ou à pleurer. Ou les deux (en même temps, tant qu’à faire). On y trouvera sans surprise beaucoup plus de références à MARDUK ou INANNA qu’à KUTULU, AZAG-TOTH ou ISHNIGARRAB, malgré quelques « IA ! » de temps en temps, et autres prétendus « mots de pouvoir ». Bien loin, en outre, d’être un livre « maléfique », ce Necronomicon est censé être un outil pour contrer le retour des méchants Grands Anciens (enfin, des trois que je viens de citer, les autres passent à la trappe), avec la bénédiction des dieux de Sumer, qui font figure de Dieux très anciens à la Derleth (youpi). C’est à la fois chiant à mourir et désopilant. Mais, ce qui est certain, ce que l’on n’y croit plus ; enfin, on n’y croyait pas avant non plus, mais on pouvait reconnaître que c’était bien fait… Mais c’est décidément le problème : une fois rédigé, le Necronomicon perd toute son aura de malignité (déjà bien écornée ici, de toute façon, puisque « l’Arabe dément » est un « gentil »), et ne reste plus qu’un gros foutage de gueule (certains diagrammes font vraiment caricatures…), qui ne convaincra que les plus schizophrènes, incultes et cons des dégénérés de Dunwich ou d’Innsmouth.

 

Les choses ne s’améliorent pas avec le très court Livre de sorts du Necronomicon, sorte de spin-off cynique et mercantile au précédent, qui se contente de reprendre les cinquante noms de MARDUK avec de brèves « explications ». Le foutage de gueule atteint ici des proportions épiques.

 

Mais le pire est à venir, avec le gros Les Portes du Necronomicon. C’est le plus gros livre, avec le premier (ils sont sortis en même temps, à peu près). Et là, on se dit que la (mauvaise) plaisanterie a assez duré. On en a franchement marre des élucubrations du mystérieux Simon, de son discours à la con infesté de charlatanerie à dix sous, avec des vrais morceaux d’astrologie dedans (Lovecraft a dû s’en retourner dans sa tombe, et continuer encore à vrai dire…), et des délires (décidément répandus dans certains milieux) sur des visiteurs extra-terrestres qui auraient apporté la civilisation à l’humanité, et autres fadaises du même genre. C’est très pénible. On ne rigole plus. Du tout. Et je vous l’avoue, très chers lecteurs : j’ai vite décidé de me contenter de parcourir ce torchon en diagonales, c’est tout bonnement illisible (à moins d’être un demeuré complet ou un psychiatre), et répugnant de cynisme.

 

Gardez vos sous, ça fait bien trop cher du barbecue. Le mystérieux Simon est un connard, et son livre un torchon. Il n’a quasiment rien de lovecraftien, et son contenu est puant. Pardonnez-leur, mon Yog-Sothoth, ils ne savent que trop bien ce qu’ils font…

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john warsen 12/12/2013 14:36

En fait, je ne comprends pas cette obsession pour Lovecraft. Mais il faut bien être obsédé par quelque chose, sinon on risque l'ennui, peut-être ? Si j'étais graphiste, je t'offrirais une
collection de fausses couvertures de bouquins de Lovecraft (que tu pourrais chroniquer, en plus !)sur le modèle des fakes de Martine qui ont fleuri il y a quelques années, genre "Martine a retrouvé
son poney" (image : elle soulève le couvercle d'une marmite)"Martine prend son premier space cake" (devant un superbe gateau avec ses amis)on pourrait décliner ça avec Lovecraft... "Cthulhu à la
plage", "Yog Sothoth va au supermarché" hum...

Johnny La Warsenure 07/12/2013 10:43

il ne te reste plus qu'à te consoler avec le Neonomicon d'Alan Moore, très bien inspiré.

Nébal 08/12/2013 03:51



Va falloir, oui.