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"Offices & Humans", de Roope Eronen

Publié le par Nébal

Offices---Humans.jpg

 

 

ERONEN (Roope), Offices & Humans. Le livre dont vous êtes l’être humain, [Offices & Humans], traduit du finnois par Kirsi Kinnunen, [s.l.], Misma, [2013] 2014, [n.p.]

 

Quand j’ai commencé le jeu de rôle, vers onze ou douze ans, ce fut avec des univers célèbres par ailleurs : Star Wars et, dans une moindre mesure, Le Jeu de Rôle des Terres du Milieu. J’avais Vampire en ligne de mire, mais j’étais décidément trop gamin pour l’apprécier… Cependant, le jeu qui m’a vraiment plongé dans cette passion et a constitué un déclencheur pour mes petits camarades, ce fut très classiquement Donjons & Dragons, le grand ancêtre créé par Gary Gygax (même si je jouais pour ma part à AD&D 2, et essentiellement dans les univers Dark Sun et Ravenloft – pas les plus classiques, donc). Je me rappelle avec une nostalgie douce-amère l’enthousiasme de ces longues parties où le délire le disputait à la bourrinade… Et mes persos ! Mon gladiateur demi-géant (oui, l’était plutôt du genre brutal, celui-là…), mon nécromancien avide de puissance (eh eh…)… Oui, de bons souvenirs, dans tout ça.

 

Et, de toute évidence, je ne suis pas le seul pour qui Donj’ a joué ce rôle fondateur. J’imagine qu’une bonne part de la population des rôlistes est également passée par là. Et c’est probablement le cas de Roope Eronen, l’auteur de la brève bande dessinée (au format et au graphisme très gamins, mais il ne faut pas s’y tromper…) qui nous intéresse aujourd’hui, et vient répondre à cette question fondamentale : si nous autres humains rêvons de mondes pleins de donjons et de dragons, à quoi donc rêvent les petits dragons ? Mais au monde des humains, bien sûr ! Et au plus périlleux, au plus fascinant et incompréhensible de ces mondes, celui de l’entreprise et des marketeux. Nos petits dragons – d’abord un maître et un joueur, puis, dans Offices & Humans Evolution, un maître (un dragon à deux têtes forcément un brin schizo) et deux joueurs – jouent avec la bénédiction de leurs parents (qui ont eu la chance de ne pas connaître Mireille Dumas, Jacques Pradel, etc.) des employés de bureau, des commerciaux généralement, impliqués dans des intrigues palpitantes : espionnage industriel, débauchage, ou encore création d’un nouveau jouet pour les gamins (à base de hérisson)…

 

Nos petits dragons (mais attention, hein, répétons-le : « Ce livre ne convient pas aux dragons de moins de 150 ans. »), armés de leurs fiches de personnages (des prétirés dans le deuxième scénario), se lancent ainsi à coups de dés dans des actions héroïques et palpitantes : faire marcher une photocopieuse, regarder ses e-mails, faire un power-point… et profitent de leur temps libre pour prendre une boisson énergisante, mater du porno sur Internet ou encore jouer à Sonic (mais c’est de la documentation pour le jouet à base de hérisson !).

 

On pourrait croire que ce dispositif, très amusant au premier abord, ne tiendrait pas la route bien longtemps, et lasserait vite le lecteur. Mais Roope Eronen se montre très malin, et sait ménager de belles surprises qui entretiennent l’enthousiasme. On admirera notamment, outre la plaisanterie efficace sur la vie des marketeux, la narration à deux niveaux – les dragons et leurs personnages humains – qui rend la lecture de ce petit volume parfois un peu acrobatique, mais avec toujours beaucoup d’astuce. De même, le graphisme très enfantin, déstabilisant au premier abord, se montre en fin de compte très approprié, et très utile pour faire passer les émotions des dragons, de l’enthousiasme à la frustration, en passant par la colère et la gourmandise.

 

Certes, on ne fera pas d’Offices & Humans une lecture indispensable (et on avouera au passage que c’est assez cher pour quelque chose qui se lit aussi vite…). C’est néanmoins une belle idée, bien concrétisée, et, si je ne suis pas certain que le public en général s’y retrouvera, je pense néanmoins que cette bande dessinée originale saura séduire les rôlistes, et pas seulement ceux qui ont fait leurs armes sur Donj’. Une friandise, en somme, aussi acidulée que ses protagonistes, bien vue, et porteuse d’une satire mordante de la vie de bureau qui vient transcender le gag originel de ces petits dragons jeteurs de dés bizarres avec plein de faces. Très rigolo.

CITRIQ

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Fabien 01/05/2014 12:41

ça a l'air effectivement très sympa, merci pour la découverte !
Le concept me rappelle le jeu vidéo Simon The Sorcerer II, au cours duquel on peut également croiser des personnages jouant à un JDR situé dans nôtre monde et dans lequel ils incarnent des employés
de bureaux.

gromovar 30/04/2014 09:12

Très tentant.