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"Où cours-tu mon adversaire ?", de Ben Bova

Publié le par Nébal

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BOVA (Ben), Où cours-tu mon adversaire ?, [Foeman, Where Do You Flee?], traduction de l’américain de Ben Zimet, Neuvy-en-Champagne, Le Passager clandestin, coll. Dyschroniques, [1969] 2013, 110 p.

 

Nouvelle fournée de « Dyschroniques » au Passager clandestin. Ayant été plutôt convaincu par La Tour des damnés de Brian Aldiss et Le Mercenaire de Mack Reynolds, je n’ai guère hésité à me procurer les petits derniers de la collection, à commencer par cette novella de Ben Bova publiée originellement en 1969. Si je connaissais l’auteur de nom, je n’avais jusqu’alors jamais rien lu de lui (il faut dire qu’il a été relativement peu traduit en français), et c’était là une bonne occasion de le découvrir.

 

Où cours-tu mon adversaire ?prend place alors que la conquête de l’espace commence tout juste à prendre une nouvelle dimension. Nous y suivons en effet la première expédition terrienne, à bord du Carl Sagan, à destination de Sirius, où l’on a repéré une planète semblable à la Terre, susceptible d’abriter la vie et – qui sait ? – peut-être même une vie intelligente.

 

Notre héros, Sydney Lee, est un anthropologue. Dépressif et vaguement paranoïaque (on se demande un peu, du coup, comment il a pu être sélectionné pour cette mission essentielle, mais bon, admettons…), il est obsédé par les étranges machines découvertes sur Titan, et l’idée d’un conflit interstellaire antédiluvien qui pourrait être amené à se reproduire, et entraîner la disparition de l’humanité (sur la base d’intuitions guère rationnelles…).

 

Or, quand les membres de l’expédition arrivent aux abords de la planète en question, ils découvrent qu’elle est habitée… par un tout petit groupe d’êtres humains, vivant de manière « primitive », et probablement originaire d’une autre planète. Lee fait tout son possible pour amener l’expédition à se poser au plus tôt sur la planète, puis pour partir seul en mission d’observation au sein de cette communauté inattendue : il pense en effet y trouver la clef de ce conflit qui l’obsède tant…

 

La suite ? Eh bien, elle est cousue de fil blanc, hélas… Cette nouvelle était peut-être relativement originale en 1969, mais le moins qu’on puisse dire est qu’elle a très mal vieilli. Si Où cours-tu mon adversaire ? soulève des problématiques intéressantes (notamment en rapport avec le paradoxe de Fermi, la tendance à l’auto-destruction de l’humanité, le choc des civilisations, et en filigrane, peut-être, la domination coloniale), elle le fait de manière plutôt malhabile et confuse, et n’emporte guère l’adhésion du lecteur. Il faut dire que – cela n’arrange rien – la nouvelle de Ben Bova n’est pas très bien écrite, probablement pas très bien traduite non plus, et n’a de toute évidence pas été relue (le texte est bourré de coquilles)…

 

Et Où cours-tu mon adversaire ? accuse indéniablement son âge relativement vénérable, surtout dans la mesure où les questions qu’elle soulève ont été depuis abordées de manière autrement satisfaisante, dans le fond comme dans la forme. Ainsi, par exemple, le héros a beau être un anthropologue, il ne faut pas s’attendre ici à une « ethno-SF » à la Ursula K. Le Guin : la description des us et coutumes des humains de Sirius est limitée au strict minimum, et si l’observation participante est bel et bien questionnée, notamment sous l’angle du choc des cultures entre une civilisation « évoluée » et une société dite « primitive » comme l’est celle de Sirius, c’est hélas d’une manière guère satisfaisante, rapidement expédiée, et qui ne s’embarrasse pas de contradictions ultérieures pour le moins fâcheuses. De même, pour ce qui est du paradoxe de Fermi, on a lu autrement plus intéressant (chez Stephen Baxter, pour n’en citer qu’un).

 

Novella très artificielle, formellement lourde et semblant aujourd’hui un peu creuse, Où cours-tu mon adversaire ? ne présente pas vraiment d’intérêt autre que purement documentaire aux yeux du lecteur contemporain (et encore…). Déception, donc : cette fois, la réédition ne s’imposait pas vraiment. J’espère être davantage séduit par le second titre publié récemment, 37° centigrades de Lino Aldani ; je vous en parlerai prochainement.

CITRIQ

Commenter cet article

Bidibulle 24/08/2013 00:04

Alors et de un: Ben Bova, franchement, c'est pas terrible et c'est un peu justifié que ça ne traverse pas souvent l'Atlantique. C'est souvent consternant.
Et de deux: la novella d'Aldanie est très bien, et ce salopard de Van Hamme l'a allegrement plagié, pour faire le scénario de sa série de BD SOS Bonheur...

http://fr.wikipedia.org/wiki/SOS_Bonheur

Si tu lis les deux, et notamment, l'épisode À votre santé de SOS Bonheur, c'est flagrant...

Nébal 24/08/2013 02:16



Pour ce qui est de Bova, je te crois volontiers.


 


Pour Aldani, je verrai bientôt (et ne connais pas le plagiat).