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"Retour à Arkham", de Robert Bloch

Publié le par Nébal

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BLOCH (Robert), Retour à Arkham, [Strange Eons], traduit de l’américain et présenté par François Truchaud, Paris, NéO, coll. Fantastique/Science-fiction/Aventures, [1979] 1980, 238 p.

 

Robert Bloch, peut-être surtout connu aujourd’hui pour avoir été l’auteur de Psychose, fut en son temps le plus jeune membre du « cercle Lovecraft ». S’il n’a jamais rencontré en personne le pôpa de Cthulhu, il a entamé avec lui une importante correspondance, et livré, surtout dans sa jeunesse donc, un certain nombre de lovecrafteries, allant du franchement médiocre au très correct, ainsi que je vous en avais entretenu en rendant compte de ma lecture des  Mystères du Ver.

 

Mais si Bloch s’est ensuite tourné vers d’autres domaines – un fantastique moins connoté, du polar également –, il est néanmoins retourné à ses premières amours en 1979, avec un roman cette fois, ce Retour à Arkham dont je vais traiter aujourd’hui (notons d’emblée que ce titre français est très mal choisi : dans le roman, Arkham reste une ville fictive, issue de l’imagination de Lovecraft, et il ne s’agit donc en rien d’y « retourner » ; est par contre évoqué un « Projet Arkham » très Delta Green… Mais on préfèrera donc le titre original, Strange Eons, autrement approprié). Enfin, un roman… Il est découpé en trois parties (« Maintenant », « Plus tard » et « Bientôt ») aux liens finalement assez relâchés ; mais on y reviendra.

 

Tout commence à Los Angeles, lorsqu’un homme du nom d’Albert Keith – qui ne connaît rien à l’œuvre de Lovecraft – tombe en fascination devant un étrange tableau, dans lequel les amateurs du maître de Providence ne manqueront pas de reconnaître celui du « Modèle de Pickman ». Waverly, un ami de Keith, qui, lui, connaît bien Lovecraft et son œuvre, établit par contre le rapport. Mais en cherchant à se renseigner sur l’origine de ce tableau macabre, les deux hommes tombent sur un cadavre… exactement comme dans  La Peur qui rôde. Et ce n’est pas fini, loin de là : bien des événements auxquels ils auront le malheur d’assister (ou de participer…) évoqueront les fictions lovecraftiennes. Et évidemment, ça va mal se finir pour eux… Dans la deuxième partie (mal rattachée à la première…), nous suivons l’ex-femme d’Albert Keith, Kay, qui se retrouve bien malgré elle entraînée dans une spirale d’événements lovecraftiens, et fait notamment la rencontre d’un mystérieux révérend Nye, chef de la secte de la Sagesse des Étoiles… Enfin, la troisième et dernière partie – peut-être la plus réussie, du fait de son atmosphère – nous plonge dans un futur proche passablement apocalyptique, avec le journaliste Mark Dixon. Avec cette interrogation sous-jacente à chaque fois : « L’art imite-t-il la réalité ou est-ce l’inverse ? »

 

Retour à Arkham est donc un hommage à Lovecraft et à son œuvre, saturé de références, tombant parfois comme un cheveu sur la soupe, sans que l’histoire ne le nécessite vraiment. Mais, à la limite, ce côté-là est plutôt amusant, et François Truchaud, le traducteur, a sans doute raison, dans son indicible préface souffrant d’exclamationnite aiguë (à tel point qu’elle en est franchement pénible à lire ; on notera au passage qu’il ne manque pas une occasion de faire la promo de son cahier de l’Herne…), de mettre l’accent sur l’humour de Bloch. Las, en dehors de ces nombreux clins d’œil pour fans, ce roman n’est pas vraiment drôle… ou alors malgré lui.

 

On ne fera pas de mystère : Retour à Arkham est en effet un roman raté. Mal écrit (et probablement traduit itou), mal construit (l’enchaînement entre la première et la deuxième parties est particulièrement foireux), ce polar ou thriller lovecraftien ne suscite guère que l’ennui, quand ce n’est pas la consternation, devant ses innombrables rebondissements aussi prévisibles que grotesques (hélas généralement dans le mauvais sens du terme). Alors parfois, on sourit, oui ; mais plus du livre qu’avec le livre…

 

Il faut dire que ce Retour à Arkham, même en étant bon prince ou bon public, n’a pas grand-chose pour lui. Passé le jeu de références qui devient vite lourdingue, il fait montre d’un complet manque d’intérêt : difficile (comme chez Lovecraft, certes) de s’intéresser au sort de ses « héros » en mousse ; plus difficile encore de frémir devant ses meuchants ridicules (et souvent basanés) ; difficile enfin de croire ne serait-ce que deux secondes à ce qui nous est raconté, et qui évoque, bien plus que Lovecraft lui-même, une mauvaise partie de  L’Appel de Cthulhu (ou peut-être plus encore de Delta Green, donc, du fait du cadre contemporain et de l’ambiance – faut le dire vite – conspirationniste), mal écrite, mal préparée, et mal gérée par un Gardien enthousiaste mais débutant (alors que Bloch commençait tout de même à avoir de la bouteille à ce moment-là).

 

Retour à Arkham est donc un roman raté, hommage poussif oscillant entre le nanar et le navet, qui ne retiendra véritablement l’attention que des collectionneurs les plus acharnés ou des rôlistes désireux de découvrir ce qu’il ne faut pas faire. Dommage…

CITRIQ

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SGérard Klein 18/11/2012 15:31

Raté sans doute. Mais le traducteur-préfacier n'a-t-il pas encore aggravé les choses?

Nebal devrait d'autre part enfin lire les Lettres politiques et économiques (titre approximatif) de Lovecraft chez Encrage, sauf erreur, que j'ai excellemment préfacées et dont le choix et la
traduction doivent beaucoup au zèle de Notre Grand Initié, j'ai dit Joseph Altairac.

Nébal 19/11/2012 07:17



Je ne le connais pas, celui-là...