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"Sandman", vol. 1, de Neil Gaiman

Publié le par Nébal

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GAIMAN (Neil), Sandman, volume 1, [Sandman #1-16, The Absolute Sandman Volume 1, The Sandman Companion], préface de Paul Levitz, traduction de Patrick Marcel, [s.l.], Urban Comics, coll. Vertigo Essentiels, [1988-1990, 1999, 2006] 2012, 496 p.

 

AAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!!

 

Sandman

 

Sandman, c’est un monument. Le titre emblématique de Vertigo, à n’en pas douter. Et, au-delà, une des meilleures BD du monde et de tous les temps. Ce que Neil Gaiman a fait de mieux tout au long de sa carrière, j’en suis persuadé (et j’aime beaucoup le reste, hein).

 

Mais aussi une BD qui, en France, a eu une histoire éditoriale compliquée… En fait, sauf erreur, pour le moment, aucun éditeur n’en a publié l’intégrale. Quand j’avais commencé à lire Sandman, c’était chez Delcourt. Ces petits malins avaient commencé par publier les TPB dans le désordre (en commençant par le quatrième, puis le douzième, ensuite seulement le premier, le deuxième et enfin le troisième), en arguant du fait qu’il était possible de lire ces volumes dans n’importe quel ordre (ce qui est à mon sens une erreur, pour ne pas dire une imposture…). Et puis plus rien pendant un bon moment. Pour avoir la suite, il a fallu attendre que la grosse machine de Panini se mette en branle. Mais moi, j’en avais marre d’attendre, alors j’ai sauté le pas, et lu la suite en VO. Je crois que c’est la première BD pour laquelle j’ai fait cet effort, et, disons-le, ce n’était pas la plus évidente, la plume de Gaiman étant extrêmement travaillée, et passant très vite du shakespearien à l’argotique… Mais je me suis régalé.

 

Aujourd’hui, les droits de Sandman (et de DC/Vertigo) sont passés dans le giron d’Urban Comics (dont on peut bien saluer ici l’excellent travail). Aura-t-on enfin droit à une intégrale de Sandman chez un même éditeur ? Je l’espère… et d’autant plus que ces albums sont magnifiques. D’un format plus grand que d’habitude, ils regroupent deux TPB aux couleurs retravaillées, et bénéficient en outre de nombreux bonus ; cerise sur le gateau : une nouvelle traduction de Patrick Marcel. Alors j’ai craqué. J’avais envie de me refaire les Sandman, de toute façon… Aussi, même si j’ai déjà tous les autres (certains déjà en double, anglais et français…), j’ai décidé de faire l’acquisition de cette nouvelle et fort belle édition. Une bonne occasion de redécouvrir cette série culte, qui a tant compté pour moi.

 

Ce gros volume regroupe donc les épisodes de Sandman n° 1 à 16, soit les deux premiers TPB : Préludes & Nocturnes, et La Maison de poupées, complétés par des articles, entretiens et documents tirés du Sandman Companion.

 

Commençons par le commencement (à la différence de Delcourt…) et donc par Préludes & Nocturnes. L’histoire débute en 1916 en Angleterre, alors qu’un magicien à la Aleister Crowley cherche à capturer la Mort, rien que ça. Mais il se plante, et capture en lieu et place le frère de la Mort, le Rêve (ou Morphée, ou le Sandman)… Ce qui déclenche aussitôt une étrange « maladie du sommeil ». Morphée n’est pas un super-héros, ce n’est pas non plus un dieu : c’est une incarnation anthropomorphique d’un concept, qui était là avant les dieux, et qui n’a pas besoin d’un culte (il existe sans que les humains le révèrent ; d’une manière ou d’une autre, il ne s’agit même pas de croyance, ils savent qu’il existe…). Un Éternel. Et le capturer était une très mauvaise idée… Morphée reste prisonnier la majeure partie du siècle, sans céder aux chantages du magicien puis de son fils. Et un jour, enfin, il s’évade. VENGEANCE ! Mais il s’agit alors pour lui de réparer le mal infligé au Songe en son absence. Pour cela, il doit tout d’abord récupérer ses pouvoirs, et part donc en quête de trois objets magiques dans lesquels il a mis un peu de lui… Quête qui l’amènera à croiser la route d’un certain John Constantine (le personnage créé par Alan Moore dans Swamp Thing, « héros » de Hellblazer), à faire un petit tour en enfer, et, enfin, à affronter le Dr. Dee, échappé de l’asile d’Arkham, un sacré guedin qui se voit consacrer trois épisodes de délire et d’horreur (l’épisode de la cafétéria est incontestablement une des BD les plus terrifiantes que j’ai jamais lu…).

 

Tout ça, c’est déjà très bien. Mais, à mon sens, et je ne suis visiblement pas le seul à le penser, ce n’est pas encore véritablement Sandman, et on aurait donc tort de se baser sur les sept premiers épisodes pour juger la série. L’aspect « quête », l’insertion dans l’univers DC (avec la Ligue de Justice, l’Asile d’Arkham…), en font encore un comic book relativement traditionnel, et presque super-héroïque. J’adore, hein. Mais Sandman, pour moi, ça commence véritablement à l’épisode 8, qui est… ben oui, un monument. Morphée déprime. Il a achevé sa quête, et ne sait pas trop quoi faire (même s’il a bien du boulot vu l’état dans lequel se trouve le Songe). Alors il nourrit des pigeons. Et qui c'est qui vient pour lui remonter le moral ? Ben tiens ! La Mort. Sa sœur adorée, petite punkette gogoth incroyablement charismatique et sympathique, qui l’emmène en tournée dans son boulot, accompli le sourire aux lèvres. Et là, on a vraiment Sandman : le thème essentiel est introduit (Sandman, c’est quand même un peu l’histoire d’un dépressif, à bien des égards…), la famille des Éternels est entraperçue, et la BD se passe volontiers d’action (contrairement à la relative frénésie des épisodes précédents) ; mais elle est loin d’être ennuyeuse pour autant ! Car la plume de Neil Gaiman fait des miracles…

 

L’épisode 9 est un beau conte africain, lié à un passage antérieur comme à des épisodes futurs, mais « indépendant » autrement.

 

La narration reprend véritablement dans le deuxième TPB, La Maison de poupées. Dans lequel Morphée joue parfois un rôle très secondaire (et ça aussi, c’est assez caractéristique). C’est essentiellement l’histoire d’une jeune fille qui devient un vortex des rêves, et qui, après avoir retrouvé sa véritable grand-mère, se lance en quête de son petit frère. Elle croisera en route des personnages hauts en couleurs, c’est rien de le dire… et atterrira dans une bien étrange convention (idée de génie que je ne vous dévoilerai pas ici). C’est incroyablement bien fait et intelligent, et j’ai redécouvert avec un plaisir intact la multiplicité de tons et de genres de Sandman (et notamment, encore une fois après les épisodes du Dr Dee, à quelle point ça a pu être une brillante série d’horreur… le Corinthien ! le Corinthien !).

 

Notons aussi, en plein milieu, un superbe épisode d’entracte, introduisant le personnage de Hob, l’homme qui refuse de mourir, et que l’on suit à travers les siècles. C’est magnifique, et accessoirement (ou pas) l’occasion d’introduire un autre personnage récurrent de la série, un certain William Shakespeare…

 

Je ne veux pas en dire plus, de crainte de déflorer excessivement. Après tout, il doit s’en trouver parmi vous qui n’ont pas encore lu cette merveille… Et je les engage à se précipiter dessus ; quant aux autres, ils peuvent bien relire Sandman ; c’est comme Watchmen, une BD dans laquelle on découvre toujours quelque chose de nouveau, un truc résolument à part, et qui achève de confirmer que oui, madame, la BD, c’est (entre autres) de la littérature. Et de l’excellente en l’occurrence. Je me répète : ce que Neil Gaiman a fait de mieux, et ce n’est pas peu dire.

 

Mais saluons aussi les différents illustrateurs (nombreux sur toute la série), qui ont généralement fait du très bon travail (même si d’une approche un peu délicate, parfois), que la nouvelle colorisation permet de mieux apprécier, sans doute (même si je reste parfois un peu réservé sur l’encrage, mais je dis ça, je suis un béotien, hein…). L’alliance parfaite de la littérature et du graphisme, d’ailleurs, c’est ici, notamment, une mise en page exceptionnelle, digne… ben oui, d’un Alan Moore.

 

Sandman !

 

Une BD culte, oh oui. Et un monument, vous dis-je. Je me suis régalé à cette relecture, et compte bien poursuivre. Je vous parle bientôt du volume 2…

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