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"Sheol", de Jean-Pierre Fontana

Publié le par Nébal

Sheol.jpg

 

 

FONTANA (Jean-Pierre), Sheol, Paris, Denoël, coll. Présence du futur, 1976, 188 p.

 

‘tain, sauf erreur, c’est là mon premier Eons, puisque le fameux éditeur de beaux livres a repris ce roman de Jean-Pierre Fontana en 2004. Ça se fête !

 

 

Faut dire, c’est déjà ma fête.

 

Mais passons.

 

Si j’ai lu ce roman, c’est encore une fois à cause de La Science-fiction en France de Simon Bréan ; il n’y était évoqué que brièvement, mais le peu qui en était dit me paraissait potentiellement intéressant. Aussi me suis-je emparé de la chose, qui a intégré mon cycle de lectures science-fictives frrrrrrançaises.

 

Sheol (ce qui désigne le séjour des morts en hébreu) est un roman post-apocalyptique (eh oui, encore) teinté de dystopie (eh oui, encore) ; on y trouve aussi semble-t-il quelques relents vanvogtiens, mais bon, on va faire avec, hein.

 

Un futur qu’on espèrera lointain. La Terre est ravagée (probablement, en partie du moins, par un holocauste nucléaire), et l’humanité peine à y survivre. En fait, à peu de choses près, on ne trouve plus d’humains que dans la dernière des « villes-bulles », VILLE-ULTIME, qui se déplace régulièrement à la recherche de sources d’énergie. Elle est suivie par des nomades adaptés aux conditions terribles qui règnent sur la Terre, qui en dépendent et lui vouent une sorte de culte religieux.

 

VILLE-ULTIME est divisée en deux étages : en bas, on trouve les usineurs, sorte de prolétariat ultime exploité dans le cadre d’une organisation totalitaire ; en haut, les autres, divisés en deux castes à leur tour (les « sans-jambes » formant une sorte d’aristocratie) ; et, tout au sommet de la pyramide, il y a le Gouverneur, Jarle.

 

Tout commence quand un certain Art sort du coma. Si l’on en croit le mystérieux frère Théosophe qui vient lui rendre visite durant sa convalescence, Art est un usineur, qui devra bientôt reprendre son poste à l’étage inférieur. Mais Art est amnésique ; et, en même temps, il a quelques souvenirs perturbants d’un monde différent… Aussi ne croit-il pas être véritablement un usineur ; il trouve le moyen (assez facilement, d’ailleurs) de gagner le niveau supérieur, et c’est alors que débutent véritablement ses aventures, tandis qu’il émerge dans les appartements de Livine, la fille de Jarle (belle coïncidence).

 

Parallèlement, nous suivons aussi Yargo, un jeune étudiant de la cellule de Stoire, qui a des informations importantes à communiquer au Gouverneur. Las, alors qu’il se rend à son audience, il est tout d’abord attaqué par une petite bande d’assassins, puis coffré par la Garde. En prison, il ne tardera pas à faire la connaissance de cet invraisemblable intrus qu’est Art…

 

Et là, je n’en dirai pas plus, histoire de ne pas spoiler le gros twist qui scinde le roman en deux parties.

 

Le thème me plaisait bien, donc ; et il faut dire que j’aime beaucoup les genres post-apocalyptique et dystopique. J’avouerai toutefois que je m’attendais à quelque chose de plus ambitieux : en l’état, Sheol est cependant un pur roman d’aventure, dans la tradition la plus populaire (à vrai dire, il me semble qu’il aurait parfaitement eu sa place au Fleuve Noir « Anticipation »).

 

Petite déception à cet égard, donc, d’autant que tout ceci, malgré les quelques idées de base formant un cadre séduisant, ne se montre guère original. En fait, on y trouve à peu près tous les poncifs du genre post-apocalyptique ; certes, ici, l’ancienneté du roman plaide en sa faveur, mais le fait est que l’on a déjà lu tout cela, dans des romans plus anciens comme, évidemment, plus récents.

 

Cela dit, ça se lit plutôt bien, malgré quelques artifices de narration ici ou là (je n’ai guère été convaincu, notamment, par les « révélations » en cascade à la fin du roman, par ailleurs moyennement crédible). Et quelques idées sont malgré tout intéressantes, comme celle de la révolte « de confort » des citoyens de VILLE-ULTIME. Sheol constitue donc un honnête divertissement, sans doute.

 

 

Mais il est bel et bien un point qui m’a quelque peu gêné, et m’a empêché d’apprécier pleinement cette lecture (au risque de passer à nouveau, après Rayons pour Sidar, pour un infâme lecteur imprégné de « politiquement correct »…). Et c’est le discours sur la sexualité, assez consternant, qui occupe une place relativement importante dans Sheol et, du coup, le plombe pas mal.

 

En effet, dans VILLE-ULTIME, l’hétérosexualité est un vice (pour des raisons guère convaincantes, on s’en doute), une pratique répugnante, suscitant l’indignation de tous ; aussi la reproduction passe-t-elle par « l’Acte obligatoire », ponctuel, et accompli avec dégoût. Un des éléments fondamentaux du caractère cauchemardesque du futur décrit par Sheol est que les habitants de la ville-bulle se sont « réfugiés dans l’homosexualité ou l’onanisme », ce qui est MAL. Diantre. Et horreur glauque.

 

Or, c’est bien connu, l’amour ne saurait exister chez les pédés… Du coup, la relation amoureuse qui s’instaure très vite (pour de pures raisons de cul dans un premier temps) entre l’étalon macho Art et la vorace femelle Livine est-elle nécessairement unique en son genre, et à même de tétaniser d’incrédulité les autres habitants de VILLE-ULTIME, dont certains offrent d’impressionnantes caricatures de pédales (et notamment Ronse, le directeur de Stoire).

 

Tout cela est tour à tour risible et puant. Certaines scènes sont du plus grand comique involontaire, mais, si je n’irais pas jusqu’à dire qu’on a là du Serge Dassault dans le texte, y a de l’idée, tout de même. Et l’auteur d’enfoncer le clou dans les dernières pages avec une allusion quelque peu saugrenue à la destruction de Sodome… De manière générale, la sexualité comme les genres sont envisagés de manière passablement réac dans Sheol, et c’est quand même regrettable.

 

Mais si l’on veut bien fermer les yeux sur cet écart de conduite (…), reste un roman relativement divertissant… C’est très dispensable, cela dit.

CITRIQ

Commenter cet article

Célia 31/12/2012 07:45

Le discours sur l'homosexualité que tu évoques me fait penser à ce qu'on trouve chez Haldeman dans la Guerre éternelle (quasi-contemporain du Fontana, tiens.) Ceci dit, ce genre de travers est ahma
beaucoup moins gênant dans un roman qui tient par ailleurs du chef-d'oeuvre - vieux débat, mais j'avoue que les discours réactionnaires en fiction ne me dérangent pas en tant que lectrice, tant que
le talent est là.

Nébal 01/01/2013 06:28



Ah tiens, oui, j'avais oublié, ça (ceci dit, je n'avais pas trop aimé le bouquin...).


 


Mais parfaitement d'accord autrement.