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"Sistac", de Charlie Galibert

Publié le par Nébal

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GALIBERT (Charlie), Sistac, [s.l.], Phébus, coll. Libretto, [2005] 2013, 190 p.

 

« Western Summer », suite, avec un petit bouquin qui n’était pas prévu à la base. Mais comme Phébus vient juste de le ressortir en Libretto (il était auparavant paru chez Anacharsis), et vu que ça avait l’air plutôt pas mal – ou du moins suffisamment intrigant pour que j’y jette un œil –, je me suis emparé de ce Sistac de Charlie Galibert, ethnologue de son état.

 

« Sistac », ça fait pas très « western », comme nom. Effectivement, le dénommé Jean Sistac est né de notre côté de l’Atlantique, et même, plus précisément, à Toulouse, dans le quartier des Minimes (tiens donc). Fils d’un armurier et d’une femme fascinée par les récits vantant de manière utopique une sorte de rêve américain avant l’heure, il a embarqué gamin pour les États-Unis. Mais, à l’arrivée, le rêve n’était pas exactement au rendez-vous… et l’odyssée des colons a bientôt tourné au cauchemar.

 

Sistac, quelques années plus tard – à l’aube de la guerre de Sécession –, a gagné l’Ouest, et s’est fait petit truand. Hélas pour lui, il a eu maille à partir dans un bordel avec des soldats confédérés, et les a tués… Sa tête est dès lors mise à prix, et Jean Sistac n’a d’autre choix que de fuir. Il est poursuivi par les Rebs, déjà. Ben oui. Mais aussi par un abject chasseur de primes, un des derniers de son espèce, répondant au surnom de Goodfellow (tiens donc), mais que Sistac ne cesse de rebaptiser au fil des pages, Goodbrothel, Goodbrother, Fuckfellow, etc.

 

Mais il devient bientôt difficile de déterminer qui, des deux hommes, est le chasseur, et qui le chassé. Sistac et Goodfellow se tournent autour dans les déserts torrides comme les blizzards, jouant au chat et à la souris en inversant régulièrement les rôles… Le roman tourne pour partie autour de la relation ambiguë de ces deux personnages, le très concret Sistac et l’évanescent Goodfellow, dont l’existence même est insidieusement remise en doute. Car la folie de Sistac est aussi questionnée, à travers ses obsessions et sa solitude. Et sans doute, au-delà, est-ce une certaine Amérique qui se retrouve sur la brèche, une Amérique mythique, faite de somptueux panoramas en technicolor et de fusillades incessantes.

 

Le roman est (dé)construit comme un film un peu barré, en une succession de toutes petites saynètes (rarement plus d’une page) plus ou moins isolées, d’ailleurs pas nécessairement reliées à la traque de Sistac et Goodfellow. On croise au fil des pages nombre de personnages, plus ou moins bavards, qui n’ont absolument rien à voir avec nos deux (?) héros (?). Pour le reste, le style est des plus laconique : des phrases courtes, qui constituent souvent à elles seules des paragraphes. Il s’en dégage une certaine monotonie en même temps qu’une impression de sécheresse vaguement maladive.

 

C’est sans doute délibéré, et probablement pertinent, mais il y a parfois des dommages collatéraux ; et, au final, quand bien même notre outlaw toulousain ne manque pas de chair, le récit hermétique de ses errances la mort aux trousses emballe plus ou moins le lecteur, tantôt séduit, intrigué et happé par l’astuce de l’auteur, mais aussi, parfois, lassé de ces divagations dont on se met à chercher vainement le sens…

 

Cela dit, Sistac, du fait de sa brièveté aussi, sans doute, reste un moment de lecture tout à fait correct. Bien évidemment, il fait petit bras par rapports à certains des monumentaux westerns que j’ai lus récemment, et ne me laissera de toute évidence pas un souvenir impérissable (j’en ai déjà pas mal oublié…) ; reste un hommage étrange et sans doute assez bien vu, western plutôt cérébral mais tout de même relativement divertissant. Un truc bizarre, quoi, et pas mal, mais pas indispensable non plus.

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