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"Sous des cieux étrangers", de Lucius Shepard

Publié le par Nébal

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SHEPARD (Lucius), Sous des cieux étrangers, traduit de l'américain par Pierre K. Rey, Jean-Daniel Brèque et Olivier Girard, Paris, Le Bélial' – J'ai lu, coll. Science-fiction, [1992, 2000, 2003, 2007, 2010], 2012, 508 p.

 

Je ne prétendrais pas être un connaisseur de l'oeuvre de Lucius Shepard : je n'en avais lu en tout et pour tout, jusqu'à présent, que son recueil Aztechs et son court roman Louisiana Breakdown. Mais j'ai appris à le goûter, et à apprécier notamment son ouverture d'esprit, qui l'amène à dépasser les frontières au sein des genres de l'imaginaire (et au-delà, d'ailleurs). Aussi m'étais-je procuré Sous des cieux étrangers en grand format lors de sa sortie au Bélial' en 2010. Mais les hasards de la pile à lire ont fait que ce n'est qu'aujourd'hui, en poche et un Grand Prix de l'Imaginaire pour l'ensemble du recueil plus tard, qu'il m'a été donné de le lire.

 

J'attendais beaucoup de ce recueil, dont j'avais entendu dire partout le plus grand bien, et qui nous permet de suivre Lucius Shepard sur sa distance de prédilection : la novella. Sous des cieux étrangers comprend en effet cinq textes, d'une centaine de pages chacun, dont trois inédits. L'auteur y travaille à la limite des genres, sauf dans le premier texte, clairement SF, et pour le coup un peu surprenant de la part de cet auteur.

 

Ce premier texte, « Bernacle Bill le Spatial », a collectionné les récompenses (Hugo, Asimov's, Locus et Science Fiction Chronicle), et je dois avouer ne pas comprendre pourquoi. Je ne vous cacherai en effet pas plus longtemps que cette entrée en matière m'a terriblement déçu, et franchement laissé sur ma faim. Cette sorte de variation sur le thème du simplet brillant (Des fleurs pour Algernon dans l'espace ?) m'a paru totalement vide sur le plan émotionnel, et m'a surpris par sa tendance à faire parler la testostérone. En fait, j'y ai surtout vu une sorte de remake d'Outland, le western SF de Peter Hyams. Sauf que voilà : Outland, c'est sympa, mais ça ne casse pas des briques non plus ; cette nouvelle, c'est la même chose : de la part de Shepard, elle m'a paru clairement médiocre, et pas à la hauteur de sa réputation. C'est donc sur une déception que j'ai entamé la lecture de ce recueil ; mauvais signe pour la suite...

 

Entendons-nous bien : il n'y a pas de mauvais texte dans ce recueil. Même celui dont je viens de parler est au pire médiocre. Mais je n'ai jamais par la suite été renversé comme je l'espérais, d'où ce sentiment d'un recueil surestimé et le vilain arrière-goût amer que j'avais en bouche à la fin de chaque texte...

 

« Dead Money » est ensuite une nouvelle à mettre en rapport avec un roman de l'auteur, Les Yeux électriques. Amusante rénovation du thème du zombie vaudou dans le milieu des joueurs de poker, elle m'a paru bien plus convaincante que la précédente. Ambiance, personnages, sont irréprochables. Pourtant, j'ai eu l'impression qu'il manquait là aussi quelque chose pour me faire vibrer et adhérer pleinement au propos, sous tous ses aspects. Reste une novella correcte, oui, et sans doute un peu plus que cela, mais guère plus.

 

J'avais déjà lu « Radieuse Étoile verte » dans un numéro de Bifrost. Cette troisième novella ne m'avait guère laissé de souvenirs dans l'absolu, même si je me suis vite retrouvé en terrain familier à sa relecture. Là encore, le cadre est parfait, et les personnages sont très riches. Cette histoire de vengeance et d'instrumentalisation se lit fort bien... mais une fois de plus, on ne dépasse pas le stade du bon texte pour atteindre à quelque chose de vraiment bon, ce qui fait toute la différence, et justifierait la réputation de Sous des cieux étrangers. De même que dans les deux textes précédents, j'ai en outre eu l'impression d'une sorte de parasitage pulp un peu superflu, et noyant les aspects les plus intéressants du texte dans l'action et la narration conventionnelle...

 

« Limbo » est, à la réflexion, le texte qui m'a le plus séduit, du moins j'en ai l'impression. Intéressante ghost story dans laquelle se retrouve plongé un truand en cavale, qui tourne à la descente aux enfers (d'une manière qui m'a évoqué, à tort ou à raison, Clive Barker), c'est là un texte parfaitement maîtrisé, où tous les éléments sont bien dosés. Le résultat est cette fois bien plus qu'honnête, et remonte le niveau global du recueil.

 

Il en va de même, quoique dans une mesure un peu moindre, pour le dernier texte de Sous des cieux étrangers, à savoir « Des étoiles entrevues dans la pierre ». Le cadre rock est intéressant, le fond de légendes locales aussi, et tout ce qui ne relève pas à proprement parler du fantastique ou de l'insolite est nettement irréprochable. Le reste, ma foi, m'a un peu fait l'impression d'un épiphénomène plus ou moins intéressant, mais en conservant un niveau correct.

 

Reste qu'au final j'ai été terriblement déçu par ce recueil, dont, il est vrai, j'attendais beaucoup. Je n'ai vraiment pas l'impression d'avoir lu ici le meilleur de Lucius Shepard, qui m'avait bien plus convaincu au travers d'autres lectures. Et j'espère que Le Dragon Griaule saura me séduire davantage ; parce que franchement, de Sous des cieux étrangers, il n'y a pas de quoi en faire tout un plat, à mes yeux en tout cas. Un bon recuei, oui ; mais guère plus. J'en suis le premier surpris et le premier déçu...

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Riton 22/05/2012 16:39

A peu près la même impression pour ma part, "Dead Money" est sympa sans plus et les 2 dernières novellas sauvent le lot. Aztech m'avait laissé dans l'ensemble tout autant sceptique, à quelques
nouvelles près. Par contre j'ai relu la nouvelle "Salvador" dans l'antho des Utopiales, et j'ai repris une baffe, comme quand j'avais lu le recueil "Le Chasseur de jaguar" (je n'ai d'ailleurs pas
compris la critique de Thomas Day dans Bifrost, avec un commentaire "comparé aux nouvelles récentes on voit le chemin parcouru" ou quelque chose comme ça).
Et le Dragon Griaule, c'est de la bonne!

Gérard Klein 22/05/2012 13:46

Peut-être te faudrait-il lire La Vie en temps de guerre que je tiens pour son meilleur roman, même s'il est composé de nouvelles qui se font suite, ou Les Yeux électriques, peut-être un cran au
dessous mais très étrange, sur un thème d'avant-garde au moins pour l'époque si l'on considère la production actuelle, puisqu'il s'agit de zombies.
Ma préface du Livre de Poche tente de dégager ce qui fait ou plutôt faisait l'originalité de Shepard. J'avoue que par la suite il m'a déçu.