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"Suleyman", de Simon Sanahujas

Publié le par Nébal

Suleyman.jpg

 

SANAHUJAS (Simon), Suleyman, Encino, Black Coat Press, coll. Rivière Blanche, 2005, 201 p.

 

Simon Sanahujas, jusqu’à présent, je le connaissais en tant qu’essayiste et fanatique howardien (voyez notamment Les Nombreuses Vies de Conan). Ah, et pour avoir croisé le bonhomme, je peux vous dire qu’il est très sympathique. Mais je n’avais pas encore lu l’auteur de fictions. Pourtant, j’avais deux de ses romans (ses deux romans ?) qui traînaient dans mon étagère de chevet depuis pas mal de temps déjà (car le bonhomme avait attisé ma curiosité, dois-je dire). Alors, mieux vaut tard que jamais, hop, c’est parti, voyons voir ce que donne ce Suleyman.

 

Eh bien le premier constat, c’est celui d’une grosse bourrinade bière-cahuètes. Le genre où l’on pose son cerveau à côté, sur la table de chevet, là où personne ne viendra vous le prendre. Ce qui fait du bien des fois. Un chapitre = une baston. Yeah ! Mais en fait, on aurait tort d’en rester à cette première impression, qui vaut surtout pour le début du roman.

 

La seconde impression, par contre, est la bonne. Simon Sanahujas s’amuse bien ici à pasticher Robert How… PERDU ! Non, s’il y a bien ici ou là quelques allusions au papa de Conan (cité in english in ze text, d’ailleurs), c’est en fait Michael Moorcock la cible essentielle. Déjà, parce que nous sommes confrontés dans cette histoire à un Multivers qui ne manquera pas de faire penser à celui où zone le champion éternel. Ensuite parce qu’un des personnages, le sobrement dénommé Mercenaire, rappelle pour le moins le plus célèbre avatar du champion éternel : un guerrier ultime, mais albinos et taciturne, à la morale douteuse, mmmh, suivez mon regard… voui bon.

 

Mais commençons par le commencement.

 

C’est-à-dire une couverture particulièrement hideuse qui…

 

Non, bon, j’arrête, l’auteur semble en être content en plus (va comprendre, Charles…).

 

Commençons par le commencement, disais-je. Nous suivons l’essentiel du roman par les yeux d’une jeune Terrienne, Zoé, Lyonnaise de son état mais ce n’est pas sa faute, embarquée dans cette histoire où elle ne comprend rien pour avoir flâné quelques instants de trop au Parc de la Tête d’Or. Là, elle a vaguement surpris une conversation entre deux énergumènes accompagnés d’une horde de sbires, et n’a dû la vie sauve qu’à l’intervention de deux personnages, les énigmatiques Suleyman, tout de noir vêtu, treillis à l’appui et nunchaku en main, et Mercenaire, plutôt genre armure de plaques et fidèle destrier.

 

Ceux-ci lui expliquent vaguement la nature du Multivers, fondé sur les rêves de tout un chacun, et comprenant une infinité de mondes entre lesquels on peut naviguer dès l’instant que l’on connaît les portails adéquats. Ils conduisent la jeune Zoé, dont les souvenirs sont précieux, auprès du Conseil dirigé par la troublante Schamsralia, et c’est alors que la vérité se fait jour : les deux énergumènes, à savoir Monsieur Yargast et le Saâris Zangetoy, complotent rien de moins que la destruction et la recréation selon leurs rêves du Multivers ! Évidemment, il faut les en empêcher. Et devinez qui c’est qui s’y colle ? Mmmh ?

 

Sur ce canevas somme toute assez classique, Simon Sanahujas, bien que pâtissant d’un style plutôt médiocre, bâtit une histoire plus que correcte et divertissante, mêlant pastiche de Moorcock (donc) et aventure vancienne riche en détails sur les mondes traversés et leurs civilisations le cas échéant. Si les quelques traits d’humour qui figurent ici ou là ne font pas toujours mouche, l’action, très enlevée, est assurément efficace, et il y a quelques beaux moments de pathos, appropriés à l’atmosphère épique de l’ensemble, plutôt bien rendue.

 

Certes, tout cela n’est pas sans défauts, loin de là. À l’évidence, ce roman aurait mérité une ou deux bonnes grosses couches de relecture, tant les coquilles, répétitions et tournures malencontreuses abondent. On pourra ajouter que ce Multivers ne tient pas totalement debout – les mondes devraient être beaucoup, mais alors beaucoup plus nombreux que ça, rendant leur « immatriculation » beaucoup, mais alors beaucoup plus complexe… – ou s’amuser devant tous ces « extraterrestres » qui ont la bonne idée de parler français…

 

 Il n’en reste pas moins que, malgré un dernier tour de passe-passe un peu décevant (sur lequel je ne dirai rien, cherchez pas, je suis incorruptible), c’est sur une note plutôt positive que l’on conclut cet honnête roman de gare, dont on lira volontiers la suite (la suiiiiiiiite !), tout en l’espérant plus mature.

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S

Alors moi, mais c'est juste mon avis, la suite est vachement mieux. En tous cas positivement épurée de toutes ces lourdeurs d'adolescent attardé ;-).


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N


J'aurai l'occasion de vérifier ça bientôt. ;)