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Sur le meurtre de Clément Méric

Publié le par Nébal

Carre-noir.jpg

 

 

Ce jeudi 6 juin, triste nouvelle : nous avons appris la mort du jeune Clément Méric des suites de son passage à tabac par des connards de skins. Dès l’annonce du drame, la toile a été envahie par de bien compréhensibles et légitimes réactions d’indignation. Sur Facebook et Twitter, mes contacts – qui se ressemble s’assemble… – n’ont certes pas été les derniers à faire part de leur horreur devant ce qui s’est produit. Je ne peux guère que me joindre à eux dans la déploration de cet acte barbare et adresser à mon tour mes condoléances à la famille et aux amis de la victime. Que je ne connaissais certes pas, pas plus que mes contacts j’imagine, mais bon : il s’agit bien d’un événement à portée nationale, et j’imagine que, là encore, l’expression, quand bien même outrée, de la commisération est non seulement sincère mais légitime.

 

Une certaine pudeur – si – m’a cependant incité à ne pas en faire trop de mon côté. D’une part, parce que j’avais le sentiment que ce n’était pas vraiment mon rôle ; d’autre part, parce que certaines réactions – que l’on peut certes mettre sur le compte d’une colère justifiée – m’ont quelque peu navré.

 

J’ai – bêtement – fait part de mon léger scepticisme par un tweet laconique, mais suffisamment transparent, selon lequel je ne dirais rien, non, rien (sous-entendu : à propos de cette affaire qui est au cœur des discussions sur les réseaux sociaux). Je n’aurais pas dû. Ma pensée sur la question a pu être mal interprétée, et maintenant, con de moi, je me sens tenu de clarifier les choses, en somme de faire ce que je souhaitais éviter. Alors voilà. Peut-être vais-je perdre quelques amis à cause de ce texticule, mais j’imagine que c’est dans l’ordre des choses… Pourtant, je ne compte apporter que quelques nuances à l’indignation générale, que je partage largement ; mais peut-être sera-ce suffisant, tant l’émotion est ici de la partie…

 

Plusieurs choses m’ont donc chagriné dans cette vilaine affaire, outre le drame en lui-même. Le premier point, j’imagine, est une certaine stupéfaction – je ne vois pas de terme plus adapté – devant l’ampleur de la vague d’indignation, dans le sens où elle donne le sentiment que la France, à l’occasion de ce tragique fait-divers, prend bien tardivement conscience de l’existence de groupuscules d’extrême droite violents et éventuellement meurtriers. Cela n’a pourtant rien d’un scoop, que je sache. Certes, le fait qu’il y ait depuis un bail des connards dans ce mauvais goût-là ne saurait totalement relativiser (le mot est honni, sans doute pour de mauvaises raisons, mais passons) ce qui s’est produit. Connards ils étaient, connards ils restent ; maintenant, on sait seulement qu’ils ont du sang sur les mains. Mais j’aurais envie d’insister sur le « on sait » : je maintiens – et je ne crois pas que ce soit de la paranoïa – que ceci n’a rien de neuf, que c’est seulement davantage médiatisé. Et je trouve un peu triste qu’il faille passer par la mort d’un jeune homme qui avait le bon goût d’être blanc et militant pour que l’indignation s’exprime. La violence d’extrême droite est pourtant coutumière, voire quotidienne ; et peut-être toutes les victimes n’ont-elles pas eu droit au même sursaut civique, ce que je ne peux m’empêcher de trouver un tantinet navrant.

 

Deuxième point : la fameuse – et sans doute inévitable – « récupération politique ». Celle-ci me paraît répugnante, et ce d’où qu’elle vienne. Je trouve regrettable qu’un esprit de parti vienne s’insérer dans la polémique pour distribuer plus ou moins aléatoirement bons et mauvais points, disant qui a le droit d’être indigné et de l’exprimer, et qui n’en a pas le droit. Cependant, refusant par principe tout rattachement à un parti, je n’ai guère plus à dire sur la question.

 

Il va ensuite de soi que la « légitime défense » invoquée par certains dans cette affaire pour justifier l’injustifiable est une absurdité parfaitement scandaleuse, et que ceux qui brandissent cette « excuse » juridique sont des individus hautement détestables. Mais je ne participerai pas pour autant de la glorification sans condition, et quasi mythologique, du mouvement « antifa ». En ce qui me concerne, les « antifa » sont le plus souvent des gamins qui veulent jouer au soldat, et je n’ai jamais aimé les soldats, quel que soit leur uniforme. Il est regrettable qu’il se trouve parfois parmi eux des gens véritablement violents, même si leur violence n’atteint pas les proportions de celle du camp d’en face. Mais là n’est sans doute pas la question ; simplement, je n’ai pas de sympathie pour les extrêmes : si mes inclinations politiques me rapprochent évidemment du bord gauche, et si les prétentions de certaines personnalités de droite quant aux supposées « violences de gauche » sont honteuses en l’espèce, je n’ai pas envie, pour autant, d’icôniser « l’antifascisme de terrain » contemporain en France tel qu’il s’exprime dans ce mouvement.

 

Revenons d’ailleurs sur ce mot de « fascisme ». Sans m’attarder dans le détail sur quelques bêtes diatribes qu’on a pu lire ici ou là de la part de gens qui mélangent un peu tout, je tiens cependant à ce que l’on use des mots correctement. « Fasciste », ce n’est pas « facho » ou « faf », et c’est encore moins synonyme de « d’extrême droite ». D’aucuns trouveront sans doute cette distinction sophistique, mais j’attache pour ma part du sens aux mots, et n’aime pas qu’on les maltraite, craignant que leur usage inconsidéré ne vienne nuire à la pertinence du discours. En l’occurrence, oui, les enflures qui ont tabassé Clément Méric peuvent très justement être qualifiées de « fascistes » : ce sont des nationaux-révolutionnaires, ce qui est l’avatar contemporain le plus proche de la réalité historique qu’était le fascisme. D’aucuns vont cependant plus loin, et qualifient l’extrême droite en général et le FN en particulier de « fascistes ». C’est là à mon sens une erreur, qui peut porter préjudice à la justesse de l’analyse et, par contrecoup, à la pertinence des mesures adoptées pour lutter contre le fascisme. Alors je vais le dire à mon tour, ce truc qui a tant choqué : non, le FN n’est pas un parti « fasciste ». Attention, ce sont des connards quand même, hein ! Simplement, il n’y a qu’une frange minoritaire du FN qui puisse se voir attribuer ce qualificatif – en l’occurrence, les nationaux-révolutionnaires, comme ceux qui ont tué Clément Méric. Pour le reste, le FN est – et a toujours été – une nébuleuse rassemblant tant bien que mal les différentes branches de l’extrême droite française autour de la personnalité charismatique du Borgne, puis de sa connasse de fille. Le Pen lui-même pouvait à la limite se voir attribuer le qualificatif de « néo-fasciste », mais même cela est discutable (et je ne suis pas certain que cette notion recouvre grand-chose de concret).

 

Ce qui nous amène au dernier point. Il s’en est trouvé – beaucoup, d’ailleurs – pour réclamer à l’occasion de ce drame la dissolution de certains groupuscules, sites ou partis d’extrême droite. Et là – je vous rappelle que je suis un odieux libéral qui travaillais fut un temps sur la répression politique – je ne peux qu’exprimer mon désaccord. Il va de soi que les mouvements radicaux clairement criminels voire terroristes, tombant de ce fait sous le coup de la loi, méritent cette sanction, mais ceci est vrai en tout temps. Mais je ne peux pas accepter que l’on sanctionne quelqu’un, quel qu’il soit, simplement pour avoir exprimé ses « idées », aussi abjectes soient-elles. Je ne crois pas en la « responsabilité collective », et ai toujours trouvé cette notion dangereuse ; il en va de même pour « l’incitation ». On sort là du champ du juridique pour intégrer celui du politique. Aussi la lutte contre ces personnes et ces théories fumeuses doit-elle être politique, et non juridique. Je crains trop ce qu’un gouvernement de droite (je veux dire, se revendiquant comme tel…) pourrait faire à l’encontre de mouvements, de sites, etc., de gauche et d’extrême gauche pour accepter qu’un gouvernement prétendument de gauche agisse de la sorte contre des mouvements, sites, etc., de droite ou d’extrême droite. C’est comme ça : j’assume mon libéralisme sans doute un brin candide, mon attachement – extrémiste, je l’admets – à la liberté d’expression et par conséquent mon hostilité à toute forme de censure, quelle qu’elle soit.

 

Voilà. C’est à peu près tout. Cela suffira-t-il à éloigner de moi certains amis et contacts ? J’espère que non. Mais traiter de ces questions me chiffonnait trop, j’imagine, pour que je continue à me réfugier lâchement dans le silence. Seulement, vous comprendrez maintenant pourquoi je ne peux pas honnêtement me joindre unilatéralement aux loups qui hurlent, avec toute la sympathie que j’ai pour eux, et toute la tristesse que m’inspire le drame horrible à l’origine de cette polémique.

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gf 14/06/2013 23:22

Damned, j'ai oublié un truc. J'ai reçu, sur une liste de diffusion quelconque, ce texte, à propos de la "baston" qui a provoqué la mort de Clément. C'est quelqu'un d'alternative libertaire qui
assume avoir causé à la police, ce qui ne coule pas de source, et j'ai donc plutôt tendance à avoir confiance dans ce témoignage...
On verra si les résultats de l'enquête confirme ça, évidemment.

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"Nous imaginons très bien l'émotion qui doit être la vôtre à l'annonce de la mort du camarade Clément Méric. Vous voulez certainement comprendre, voilà donc ce qui s'est passé : mercredi
après-midi, vers 17h, nous nous sommes rendus, A., S. et moi, à une vente privée de vêtements rue Caumartin. En sortant du lieu, A. et moi avons croisé trois skinheads néo-nazis arborant des
t-shirts « white power » et « blood and honor ». Nous les avons vus glisser dans leur sac à dos les coups de poings américains, avant de rentrer. S., qui n'était pas encore sorti, les a
apostrophés, ulcéré par leur panoplie. Nous en sommes restés-là.
Nous avons ensuite attendu Clément qui se rendait avec quelques minutes de retard à la même vente. Nous l'avons prévenu de la présence des néo-nazis et avons décidé d'attendre qu'ils sortent pour
retourner à la vente avec Clément. Un des vigiles est venu nous voir pour nous demander de ne pas déclencher de bagarre devant le magasin. Nous lui avons promis que nous ne comptions pas nous
battre, ce qui était vrai au regard de la configuration (gros sacs, caméras et de nombreux passants). Nous avons également signalé que les skins portaient des armes sur eux et le vigile nous a dit
qu'il allait les fouiller et les remettre aux deux policiers qui étaient présents sur les lieux.
Quelques minutes plus tard les deux policiers sont ressortis seuls, et derrière les vigiles, cinq skins ont quitté les lieux. Ils se sont dirigés vers nous. Ils nous ont encerclés, sortis des coups
de poing américains et se sont jetés sur nous. Nous ne nous attendions pas à un tel affrontement, mais nous ne pouvions pas fuir, littéralement dos au mur. Clément a été touché au visage par un
coup de poing américain. Nous avons finalement réussi à les faire fuir, mais trop tard ; Clément est mort sur le coup.
Nous avons été entendus par la brigade criminelle qui poursuit son enquête pour homicide volontaire.
Nous n'oublierons jamais notre camarade et ami Clément Méric, militant à Solidaires Etudiant-e-s et l'Action Antifasciste Paris-Banlieue.
Un grand merci pour tous les camarades présents devant l'hôpital et qui ont veillé jusque tard dans la nuit. Merci également à tous ceux qui nous ont envoyé des messages de soutien.

gf 14/06/2013 23:16

@Nébal, en slalommant entre les trolls.

Pas grand chose à ajouter, que ce soit ici ou en ayant lu les réactions sur fb.
Ou, plutôt, si, mais on pourrait ergoter longtemps sur les mots ou les sous-entendus, et ça n'amènerai pas grand chose. Disons simplement que, après plusieurs relectures à froid, je trouve ta
réaction intéressante (c'était un chouilla risqué socialement, effectivement) mais pas à la hauteur de ce qui se passe en Europe. Je ne partage pas l'avis de ceux qui crient au retour du climat des
années 30, mais les signes de montée de l'extrême-droite sont suffisamment nombreux (Voir l'Aube Dorée, les éructations des néo-fachos assumés en Italie, Sarkozy et l'UMP, depuis le discours de
Grenoble, les anti-mariages pour tous, la Hongrie, les liens entre FN, JNR, BI, etc...) pour qu'on puisse sentir et respecter la colère provoquée la mort de Clément. Avoir droit à une leçon sur la
définition du fascisme ou la valeur des principes dans un démocratie libérale (on est vraiment en démocratie, tu trouves ? mais passons), bon, c'est un peu, comment dire, maladroit (?)

Mais j'arrête, je commence à pinailler et à faire long. Il semble clair, sur le fond, que nos points de vue sur les fachos sont beaucoup plus proches que nos divergences sur le sujet... :)

Nébal 16/06/2013 08:18



Maladroit, peut-être. J'imagine que c'est là que tu as vu de la "condescendance". Mais bon, ça doit être mon côté prof difficilement refoulé... En même temps, je pense sincèrement que c'était
tout ce que je pouvais en dire, et ressentais le besoin de le faire.


 


Mais oui, pas de doute sur ta conclusion.


 


(Par contre, oui, on est bel et bien démocratie : gouvernés par des cons, et comme des cons ; si c'est pas la preuve !)



BLAM 14/06/2013 20:42

Fasciste!

Nébal 16/06/2013 08:15



Stoi fachiss.


 


(Ca faisait longtemps, sire !)



Verti 14/06/2013 11:08

Je trouve ça dingue que tu doives prendre de telles précautions pour enrober ton propos et ne pas heurter ton entourage internet. Je trouve ça encore plus troublant que le refus de commenter ce
genre d'événement à la con puisse te faire courir le risque de perdre "des contacts" ou de te mettre à dos des amis. Encore une preuve qu'on vit vraiment dans une société aseptisée où il faut
adhérer au même dogme que les autres.

Je suis aussi surpris que tu sentes qu'il faille rappeler que tu tends plutôt à gauche, comme si ne pas être scandalisé par cette affaire te rendait infréquentable ou faisait planer un doute sur
tes tendances politiques.

Perso, j'ai rien à branler de ces deux imbéciles de skin, mais je trouve que la réaction des médias et des internautes est symptomatique de notre société de bisounours bien pensants et hypocrites.
On s'insurge contre toute effusion de violence physique ou verbale et lorsque survient un banal fait divers, il faut alors hurler avec la meute et crier au crime.

Nébal 16/06/2013 08:14



J'ai peut-être été un peu parano, mais bon : l'unanimité était telle que... et il y a bien eu un peu de réaction épidermique, mais rien de tragique.



Tallis 11/06/2013 16:28

@Ab': je confirme que tu n'as absolument pas compris la phrase qui signifie juste qu'il est définitivement plus facile pour les politiques et autres médias de parler et de s'indigner sur ce genre
d'affaires lorsque la victime est blanche. D'où ce "bon goût"...

Nébal 12/06/2013 08:00



Voilà.



Ab' 11/06/2013 15:25

« Et je trouve un peu triste qu’il faille passer par la mort d’un jeune homme qui avait le bon goût d’être blanc et militant pour que l’indignation s’exprime. »

Ta note est prudente et intelligente, et j'y adhère, mais je ne comprends absolument pas cette phrase. Le bon goût d'être blanc... La couleur de peau de Clément Méric a-t-elle été la raison de sa
mort ? Une des raisons ? Ses agresseurs étaient-ils donc racistes ? Si oui, étaient-ils noirs ? Arabes ? Ou alors blancs et antiracistes ? Le goût... Le bon goût. Le bon goût d'être blanc ! C'est
toi le raciste, alors !

D'autre part, ce n'est pas un meurtre, jusqu'à preuve du contraire.

Personnellement, je trouve légitime qu'on parle de ce fait divers jusqu'à la nausée : en voilà un qui est mort pour ses idées ! Ça nous change de tous ceux qui y passent sans n'avoir rien demandé.

Nébal 12/06/2013 08:00



Voir la réponse de Tallis.



gf 10/06/2013 13:46

Merci à tous les deux pour vos réponses, c'est plaisant d'avoir une discussion cordiale, malgré les désaccords. C'est pas si courant, sur le sujet, l'air de rien.

@Nébal
J'ai un peu hésité longtemps à utiliser "condescendance" dans mon post, c'est un peu tranchant, j'en conviens, mais l'impression était là, malgré toutes les nuances. Et ce genre de terme fait
réagir...
Plus précisément, j'ai eu l'impression d'un texte loin du terrain et du concret, dans une tour d'ivoire quelconque, alors que mon vécu de l'extrême-droite de rue, pour m'y être coltiné de près
(sans être dans une orga antifa pour autant, le dress-code rangers/manche-de-pioche dans le drapeau ne m'attirant pas du tout), c'est du stress, de la peur, de l'agacement devant les discours
médiatiques "bande contre bande", de l'attente devant les commissariats pour attendre les antifas en garde à vue parce qu'ils on eu le malheur de balancer un coup de lacrymo dans la tronche des
fafs qui voulait leur défoncer la gueule, des réunions de coordination où il faut négocier ferme avec le PS et la LDH pour ne pas les laisser faire les relouds, alors qu'on aurait très envie de les
mettre dehors pour arrêter d'avaler des couleuvres, des soirées dans le froid à sécuriser les alentours une réunion de quartier pour sensibiliser les habitants, etc...
Bref, ce sont des idées et des principes, mais pas seulement. Du coup, la lecture d'un texte qui reste uniquement sur les principes et les idées, ça m'a un peu piqué les yeux.

Sans connaître très précisément les antifas parisiens, même si je surveille les infos autour du sujet, on doit pas être loin de ce genre de fonctionnement.
Et on est par contre très loin de ce qui se faisait autour des chasseurs de skins dans les 90's. Les antifas, contrairement à ce qu'on croit, sont loin d'être des p'tits cons, même s'ils apportent
peu de soin à leur image médiatique pour éviter ça (de mon point de vue, c'est tant mieux, mais c'est un autre problème).

@W
Les discours cherchant à savoir "qui a tapé le premier ?, qui a provoqué l'autre ?", c'est, à mon avis, 1/assez puéril 2/ignorer le contexte autour. Quand on s'intéresse au sujet, qu'on milite de
manière active et "au quotidien", c'est relativement stressant (aller d'un point A à un point B en surveillant ses arrières parce qu'on peut se faire prendre en embuscade, c'est fatiguant, j'ai
encore le souvenir de copines exposées, parce qu'ayant répondu à la presse avec leur vrai nom apparent, passer des mois à flipper, crasher leur couple sous la pression, se balader équiper
systématiquement,etc...), et il n'y a pas de stratégie symétrique de ce type chez les antifas...
Au niveau du traitement médiatique, c'est un vrai problème, parce qu'il y a une dose assez élevée d'incompétence et de mauvaise foi dans pas mal de médias. Le progrès (PQR lyonnaise) a tenu le
discours de la bagarre de bande pendant deux ans, pendant que des gens se faisaient défoncer, qu'on est passé plusieurs fois près d'un mort (ça a été peu su, par exemple, mais une petite blonde de
17 ans, repérée comme antifa, qui prend un coup de cutter à 5cm de la jugulaire, en pleine après-midi place des terreaux, c'est arrivé; idem pour une embuscade plus viol d'un nana, dans le hall de
son immeuble, en retour de soirée, même si là, le blackout public et médiatique était volontaire).
Pour être franc, vu les réactions (ou plutôt l'absence de) des médias et des pouvoirs publics, il faut être très très sélectif dans ce qu'on regarde et ce qu'on lit, parce les articles sont très
très loin de la réalité de ce qui se passe.

Allez, je finis sur un dernier truc. Il est possible que Clément Méric et ses potes ait chauffé la bande de skins qui encombrait leur horizon. Il est possible que, rendus confiant par la
supériorité numérique et malgré leurs petits gabarits, ils se soient emballés et ait tenté de jouer l'intimidation. C'est peut-être pas classe, mais c'est pas bien grave, et ça aurait pu marcher.
La satisfaction de, "pour une fois, on reprend la main". Oui, mais voilà, les fafs reviennent en nombre et armés, et ça chie. Je ne vois pas le petit groupe d'antifas aller les chauffer, en pleine
rue, une après-midi. L'évaluation du rapport de force est une compétence importante, l'air de rien, quand on se frotte à des gens comme ça.
Donc, lire que "il ne s'agirait plus pour moi que d'une bagarre de rue entre jeunes ultra violents", hum... comment dire, ça me pique vraiment les yeux.

Nébal 12/06/2013 08:11



Je plaide coupable : oui, ce texte est loin du terrain et du concret, et j'admets la tour d'ivoire. J'ai eu la chance de ne jamais être confronté à cette forme d'extrême droite, et, si lors de
mes études j'ai été amené à cotoyer des fafs bien propres sur eux, je n'ai jamais vu un skin de ma vie. Je comprends volontiers que ton expérience t'amène à avoir un ressenti différent.


 


Mais j'aurais envie de dire que c'est justement à dessein que j'en suis resté aux idées et aux principes. Parce que c'était donc la seule chose dont je pouvais légitimement parler, et, à bien des
égards, re-du fait de mes études et de mes centres d'intérêt, ce qui me paraissait le plus pertinent en l'espèce. C'est d'ailleurs pour ça que je n'ai pas voulu parler des faits en eux-mêmes,
mais plutôt des réactions qu'ils ont suscité. Une approche différente, mais qui ne me paraît pas moins valable, surtout dès l'instant où ce sont bien les idées et principes qui seront amenés à
souffrir (ou pas) des torsions que le drame et les réactions diverses a provoqué.


 


Peu de temps après la publication de ce texticule, d'ailleurs, le gouvernement a parlé de dissoudre les JNR, après tout... Certes, je ne pleurerai pas cette bande de cons. Mais je maintiens
qu'une telle mesure est au mieux inutile, au pire contre-productive. Ce qu'il n'est possible d'affirmer qu'à condition de s'en tenir aux principes et idées. Dans la lignée d'un Constant, j'y
accorde beaucoup d'importance : dans une démocratie libérale, l'exception aux principes, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres, si j'ose dire.


 


Donc, je plaide coupable pour les reproches que tu m'adresses : ils sont légitimes, et je peux comprendre que ton expérience différente t'amène à ressentir quelques picotis à la lecture d'un
texte aussi éloigné du terrain. Mais j'aurais envie de dire que, cette position éloignée du terrain, non seulement je l'assume, mais je tends à la revendiquer... On peut certes me blâmer pour ça,
mais c'est, je le crains, passer à côté de l'essentiel de ce que je voulais dire.



W 10/06/2013 11:01

Tu t'en doutes, je suis d'accord avec toi Nébal.

Je vais tenter d'apporter quelques éléments de réponse à GF.
Oui, les violences des groupes d'extrême droite ne sont pas nouvelles et elles se sont clairement intensifiées ces dernières années. Et oui, ce qui se passe à Lyon est absolument surréaliste.
Ce qui me gène très fortement dans le cas de Clément Méric, c'est que ce qui s'est passé est pour l'instant tout sauf clair, certains articles dans la presse évoquant plus que des provocations de
la part de Clément Méric. Si cette thèse - citée dès le début par la presse puis de moins en moins rapportée, mais jamais démentie - venait à être confirmée, il ne s'agirait plus pour moi que d'une
bagarre de rue entre jeunes ultra violents. En l'absence d'éléments clairs, la circonspection me parait de mise.
Si je vois d'un très bon œil une mobilisation politique contre les violences de l'extrême droite, la récupération politique de ce fait divers me parait plutôt mal choisie. D'autant qu'avec les fafs
lyonnais, ce n'est pas comme si la presse et les politiques manquaient d'occasion.

GF 08/06/2013 10:58

Le fond est intéressant, et tous mes désaccords avec ton texte ne m'empêcheront pas de continuer à lire avec un plaisir toujours évident tes chroniques, cr de lecture, etc...
Ceci étant, sans faire de réponse point par point (c'est rarement intéressant, il faut avouer), il y a, dans ton texte, un brin de condescendance qui me déplait beaucoup.
Que la colère soit sélective (pas mal d'agressions racistes/fascistes passent effectivement sous le radar militant et médiatique, notamment dès que la couleur de peau n'est pas blanche), c'est un
fait, qui s'explique sociologiquement par la structure des orgas et des médias, d'ailleurs.
Par contre, je trouve que tu réduis trop rapidement la mort de Clément à un "truc d'extrémiste". Qu'il y ait des bourrins chez les antifas, c'est vrai. Mais, pour ce que j'en sais (cad,
particulièrement, ce qui se passe à Lyon), ils se tiennent, et les stratégies de baston de rue ont été mises de côté. En terme de violence physique, l'autodéfense reste la norme, pour la simple et
bonne raison que les fafs* sont plus costauds, plus organisés et qu'ils cherchent ça. Accessoirement, c'est peu efficace, hors trucs très ciblés et ponctuels.

Ensuite, l'analyse selon laquelle ça a toujours existé et qu'il n'y a pas matière a en faire tout un plat est un peu rapide. Vu le déplacement du centre de gravité du FN depuis une poignée d'année,
l'espace politique pour toute l'extrême-droite "de rue" (je met le bloc identitaire dans le lot) s'est ouvert et ça se traduit par un regain de violence physique. Je t'invite à regarder ce qui se
passe à Lyon (via le site du collectif de vigilance 69, les quelques articles parus sur rue89 Lyon, voire Rebellyon, si les sites militants ne te rebutent pas) où la violence est unilatérale et à
atteint un seuil élevé depuis la mi-mandat de Sarkozy.

Bref, je ne m'y retrouve pas, dans ton texte. En arrêtant deux minutes de justifier ça par l'analyse, il y a aussi le fait que les fafs me foutent la trouille, et qu'entre amis militants bien à
gauche, ça fait pas mal de temps qu'on craint qu'un mort arrive. Ca aurait pu être moi, ça aurait pu être un ou une de mes potes, et ça peut être encore le cas à l'avenir. Alors oui, la dissolution
n'est pas la panacée, oui, je serais la premier à gueuler si un gouvernement de droite fait la même chose dans l'autre sens (c'est déjà arrivé et ça re-arrivera sans doute), mais si désorganiser
ces types passe par ce genre de batons dans leurs roues, je prends, ça laissera le temps de souffler, ça évitera sans doute des agressions voire des morts, et tant pis pour la petite limite à leur
liberté d'expression. Les mots et les idées ont leurs limites, quand on a des fafs en face.

A la relecture, c'est confus, mes excuses, mais ce sont les tripes qui parlent, et ça sort de manière décousue...
Merci pour le billet, néanmoins.


*On peut (on doit) passer du temps à comprendre les différentes nuances de droites extrêmes. Ceci étant, il y a des temps et des lieux pour ergoter sur le vocabulaire et les dénominations justes.
De toute façon, vu la dangerosité de ces types, j'ai peu de scrupules à faire parfois quelques raccourcis historiques pour ne pas tomber dans le confusionisme, comme on dit.

Nébal 10/06/2013 08:53



Condescendance ? M'enfin... Je n'ai pas cette impression...


 


Je ne dis pas qu'il ne faut pas en faire tout un plat parce que ça a toujours existé. Je m'étonne juste - naïvement, sans doute - de l'ampleur de l'émoi.


 


Sur le reste, ma foi, je ne sais que dire, tant cela renvoie à une expérience personnelle. Je ne peux que te remercier d'avoir apporté ton point de vue ici, point de vue que je respecte si je ne
le partage pas vraiment.



kilasome 08/06/2013 09:30

Je ne sais si tu connais ce blog fait par des historiens spécialistes de l'extrême droite :http://tempspresents.wordpress.com/
C'est ce qui se fait de mieux sur la question.