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"SYR 9 : Simon Werner a disparu", de Sonic Youth

Publié le par Nébal

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SONIC YOUTH, SYR 9 : Simon Werner a disparu

 

Tracklist :

 

01 – Thème de Jérémie

02 – Alice et Simon

03 – Les Anges au piano

04 – Chez Yves (Alice et Clara)

05 – Jean-Baptiste à la fenêtre

06 – Thème de Laetitia

07 – Escapades

08 – La Cabane au Zodiac

09 – Dans les bois / M. Rabier

10 – Jean-Baptiste et Laetitia

11 – Thème de Simon

12 – Au café

13 – Thème d’Alice

 

Il y a pas mal de temps de cela, je m’étais engagé, comme ça, dans une rétrospective de l’ensemble de la discographie du phénoménal groupe qu’est Sonic Youth. Bon, bien évidemment, je ne l’ai jamais terminée… C’est qu’ils ont été productifs, les bougres, en une trentaine d’années de carrière ! Je vous rassure (ou pas), je ne compte pas reprendre ce projet et le mener à terme, si tant est qu’une telle chose soit possible. Cependant, j’ai récemment fait l’acquisition de trois disques soniques qui manquaient à ma collection, et j’ai été tellement séduit par l’un d’entre eux que je ne peux résister à l’envie de vous en toucher deux mots. Il s’agit donc de Simon Werner a disparu, bande originale (pardon : « original enregistrement sonore ») du film éponyme de Fabrice Gobert (a priori une sorte de thriller adolescent ; je n’en sais pas plus, ou si peu, mais il paraît que c’est pas mal) (et pourtant, c’est un film français) (dingue, ça).

 

Simon Werner a disparu constitue donc le neuvième titre de la série des Sonic Youth Records (SYR), mais, disons-le tout net, cette classification peut paraître contestable eu égard aux précédents titres de la série (la plupart du moins) : on est très loin ici de l’expérimentation sauvage de, par exemple, SYR 8 (avec Merzbow ; excellentissime, celui-ci) ou SYR 6 (dont j’ai fait l’acquisition en même temps que cette BO, et qui est de même tout à fait recommandable), sans parler de SYR 4 (que là c’était trop pour ma pauvre petite gueule…). Non : si SYR 9 n’est pas un album de Sonic Youth comme les autres (essentiellement du fait de son caractère purement instrumental), on ne le qualifiera pas pour autant d’album expérimental.

 

Ceci étant, si cet album est plus « normal » et immédiatement accrocheur que les autres Sonic Youth Records, il n’en est pas moins tout à fait séduisant, et, bien loin de toute « compromission », constitue une très belle pièce de musique instrumentale. En fait, j’aurais même envie pour ma part, après seulement quelques écoutes, de le hisser au rang des meilleures productions de nos plus si jeunes gens néanmoins toujours assez soniques, finalement ; beau témoignage de la créativité sans cesse renouvelée des plus illustres vétérans de la no wave et de la noisy pop.

 

Pourtant, les quelques critiques que j’ai pu en lire sont loin d’être très enthousiastes… On a accusé Sonic Youth de se répéter, de faire dans la B-side de luxe, de chercher (comme si c’était encore nécessaire) à en rajouter dans l’affichette arty en collaborant à un film frrrrrrrançais (ce qui n’est pas une première pour le groupe, qui avait déjà travaillé avec Assayas), de se perdre dans une triste impasse en dissociant autant albums expérimentaux et albums « normaux » (critique d’autant plus improbable que Simon Werner a disparu semble justement, à sa mesure, faire le raccord entre les productions « classiques » du groupe et les SYR)…

 

Ben je suis pas d’accord avec tout ça. Si l’on excepte (donc) le superbe SYR 8, improvisation live de près d’une heure avec Merzbow, cela faisait un bout de temps qu’un disque de Sonic Youth, SYR ou pas, ne m’avait pas autant parlé. Non que les derniers albums du groupe soient franchement mauvais, hein (à part peut-être Rather Ripped, le seul album de Sonic Youth à m’avoir laissé totalement froid) ; seulement, ça faisait un bail que je n’avais pas entendu de leur part quelque chose d’aussi bluffant que – allez, choisissons-en un – le long « Thème d’Alice » qui clôt l’album. Peut-être depuis Washing Machine, en fait (même si je n’irais pas jusqu’à dire que c’est aussi bon que « The Diamond Sea », qui reste sans doute mon morceau préféré du groupe, il faut savoir raison conserver).

 

C’est qu’il y en a, quoi qu’on ait pu en dire, des bonnes choses dans cette bande originale. Une composition qui forme un tout, rythmée par des leitmotivs et autres thèmes récurrents, traversée d’explosions guitaristiques rafraîchissantes rappelant les meilleures heures du groupe, et émaillée d’ambiances tout en nuances, mi lumineuses, mi glauques, constituant au final une fort belle assise pour un film. Sans rien connaître de la réalisation de Fabrice Gobert, et en préférant faire l’impasse sur les quelques photographies (peu engageantes) qui ornent ce SYR 9 (couverture mise à part, que j’aime beaucoup), j’ai des images plein la tête à l’écoute de cette bande originale, je sens l’histoire se déployer, faite de rappels et de résurgences soudaines, tantôt apaisée, tantôt angoissante. J’y retrouve avec beaucoup de plaisir le son du groupe à son meilleur, qui ose parfois se livrer à quelques innovations bienvenues (si le piano n’est pas une première, son usage est quand même très limité dans la discographie sonicyouthesque), et oscille avec grâce entre pop léchée et illustration sonore juste un poil plus déviante (mais le poil qu’il faut, celui qui fait toute la différence).

 

Paradoxalement (ou pas), cet album respire la liberté dans sa forme la plus ludique ; on y sent les Sonic Youth enjoués, libérés du carcan de la mélodie pop comme de celui, non moins contraignant, de l’expérimentation à tout crin. On y retrouve, du coup, à mon sens tout du moins, une spontanéité qui faisait souvent défaut dans les plus récentes productions du groupe, généralement trop « ceci » ou trop « cela ». Ici, ben, on a Sonic Youth, quoi ; un groupe libre, donc, qui n’en fait qu’à sa tête pour notre plus grand plaisir (et sans doute aussi le sien). Simon Werner a disparu a en effet quelque chose du pied de nez (pour ne pas dire du gros « fuck ») majestueux à l’égard des règles que le groupe s’est lui-même fixées depuis une quinzaine d’années, à plus ou moins bon droit, et, du coup, des attentes les plus intégristes de certains fans, qui ne sauraient concevoir Sonic Youth que sous son versant pop ou que sous son versant expérimental. Aussi, en n’étant pas véritablement (donc) un Sonic Youth Record, et pas davantage un album « normal », Simon Werner a disparu a quelque chose de la salutaire bouffée d’oxygène, trouvé-je.

 

Finalement, c’est encore comme ça que je les préfère, les Sonic Youth. Et sans cracher pour autant sur ce qu’ils ont fait depuis Washing Machine, je maintiens : cela faisait longtemps qu’un enregistrement de Thurston Moore, Lee Ranaldo, Kim Gordon et Steve Shelley (avec aussi Jim O’Rourke) ne m’avais pas autant parlé, à quelques exceptions près. Aussi, bien loin de faire la fine bouche comme semble-t-il un certain nombre de personnes, je vais laisser s’exprimer le petit fanboy en moi, et vous recommander chaudement ce Simon Werner a disparu.

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