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"The Graveyard Book", de Neil Gaiman

Publié le par Nébal

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GAIMAN (Neil), The Graveyard Book, with illustrations by Dave McKean, London – Berlin – New York, Bloomsbury, 2008, 312 p.

 

Disons les choses clairement : si j’adule Neil Gaiman, c’est avant tout pour Sandman, une des plus grandes bandes dessinées de tous les temps. En deuxième position, je placerais ses nouvelles, et je maintiens qu’il est à l’heure actuelle un des plus grands maîtres de l’histoire courte, du moins quand il veut bien s’en donner la peine : lisez-moi donc Miroirs et fumée et Des choses fragiles. Pour ce qui est des romans, je suis d’un avis plus mitigé. À mon sens, la plupart sont largement surestimés, et en premier lieu le surprimé American Gods, qui m’a personnellement laissé assez froid, de même que sa « suite » Anansi Boys. J’y préfère déjà Neverwhere, même si bon, et plus encore et de très loin cette fois l’excellent Stardust. Par contre – et même si l’on pourrait peut-être se poser la question dans ce dernier cas (?) – je n’avais jusqu’à présent pas lu d’œuvres de Neil Gaiman destinées à la jeunesse (non, même pas Coraline, même si j’adoré le dessin animé d’Henry Selick) ; j’ai voulu réparer cette incongruité, en VO tant qu’à faire, avec le petit dernier, The Graveyard Book.

 

En traversant la Manche, The Graveyard Book de Neil Gaiman a été bizarrement (?) rebaptisé L’Étrange Vie de Nobody Owens. Et c’est un peu dommage, dans la mesure où ce roman destiné à la jeunesse est une adaptation moderne et morbide – à la Tim Burton ancienne mode, si l’on veut – du Jungle Book, ou Livre de la jungle de Rudyard Kipling ; ce que, je plaide coupable, je n’ai pas pigé avant que l’auteur me mette le nez dedans, mais il faut dire que, honte sur moi, je n’ai jamais lu Le Livre de la jungle ; ça devient pourtant évident une fois qu’on le sait…

 

Voyez plutôt. Une nuit, dans ce que l’on supposera être une ville anglaise mais qui restera non identifiée. Un sinistre individu présenté comme étant « the man Jack » (je crois qu’en français ils ont rendu ça par « le Jack ») assassine au couteau une famille entière : le père, la mère, la fille, et… mais non, le tout jeune fils, presque un bébé, est sorti par la fenêtre ! Un hasard, un pur hasard. De même, c’est par hasard que ses pas hasardeux l’ont dirigé vers le vieux cimetière en haut de la colline. C’est pourtant ce qui va lui sauver la vie : là, les fantômes le protègeront du Jack. Il obtiendra la protection du cimetière, sera adopté par un couple de morts, les Owens, et rebaptisé Nobody Owens (Bod pour les intimes). Quant à sa garde, elle sera confiée à Silas, un étrange individu, ni réellement mort, ni réellement vivant (eh eh…).

 

Pendant près de la moitié du roman, on ne trouve guère de fil rouge : on se contente de voir grandir Bod, et de découvrir avec lui les mystères du cimetière. C’est ainsi qu’on le verra affronter sa peur incarnée dans « the Sleer » (aucune idée de comment ils ont traduit ça) accompagné d’une petite fille, faire un bout de chemin, bien malgré lui, avec une bande de goules, ou encore chercher désespérément à ériger une pierre tombale pour une défunte sorcière de ses amies. Mais – et ce dernier épisode ne fait que le confirmer – les vrais dangers, pour Bod, ne sont pas dans le cimetière, mais à l’extérieur.

 

Car le Jack est toujours à ses trousses.

 

Dans la seconde partie du roman, pourtant, c’est un Bod adolescent, et par-là même têtu, que nous voyons affronter le monde extérieur. Et, à mon sens tout du moins, c’est là que le roman gagne véritablement en intensité.

 

Jusque-là, en effet, The Graveyard Book était « bien », dira-t-on. Sans surprise de la part de Neil Gaiman, c’était bien écrit, très imaginatif, onirique, avec régulièrement la petite touche d’humour so british qui va bien… Bref, ça se lisait avec plaisir, mais sans non plus déchaîner l’enthousiasme. C’était même parfois un peu frustrant, ce côté un peu « fix-up »… Mais passé « l’interlude », les chapitres se font plus longs, et gagnent en tension dramatique, tandis que Bod acquiert vraiment du caractère, lui qui n’avait jusqu’alors qu’une certaine neutralité infantile. La mélancolie, la colère, deviennent des traits prépondérants chez le jeune homme, qui mérite enfin véritablement ce titre. Et quand Bod se retrouve de nouveau – et sans surprise – confronté au Jack, Neil Gaiman se transforme de manière inattendue en véritable maître du suspense.

 

The Graveyard Book sait jouer ainsi sur deux tableaux : d’une part, il régale de par son onirisme morbide, non dénué d’humour, riche en jolies scènes (je pense notamment à une danse macabre de toute beauté) ; d’autre part, il se montre un roman initiatique d’une grande pertinence, culminant dans une apothéose d’action et de suspense maîtrisée avec un talent rare.

 

Cerise sur le gâteau : l’ouvrage est illustré par le grand pote de Neil Gaiman, l’excellent Dave McKean, et cela est bon.

 

 Bref, j’ai passé un très bon moment de lecture avec The Graveyard Book, et en ai tiré deux résolutions : 1° Lire un de ces jours Coraline ; 2° Lire aussi Le Livre de la jungle, parce que hein, bon…

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D

Je partage plein pot ton avis sur tout ^^
cela dit en ce qui concerne la traduction du titre, la réponse est toute simple : un bouquin jeunesse sortait sous le même titre ou quasiment quelques semaine auparavant.


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N


Ah, je ne savions point.



C

Ben moi, même si "Neverwhere" est au-dessus du lot (c'est un de mes livres préférés), j'aime quand même énormément "American Gods", pis seulement les nouvelles. J'ai aimé ce livre-ci, mais pas tant
que ça en fait, il m'a laissé un goût de trop peu par rapport à ce que le monsieur fait d'habitude. C'était très... carré et convenu, même si "féérique" et enchanteur.
De mon côté, j'ai opté pour la version avec les dessins de Chris Riddell, que j'aime beaucoup (oui, plus que ceux de McKean)(même si j'adore McKean habituellement).

Histoire de faire du flagrant "jemelapétisme", j'ai vu l'auteur à Londres en 2008, il nous a lu le chapitre de la Macabray (magique, ce type a un dont incroyable pour lire ses histoires)(j'ai
d'ailleurs "Fragile Things" en audio book) puis a dédicacé mon exemplaire de "Neverwhere".
Tu savais qu'il va épouser Amanda Palmer? Vont bien ensemble je trouve...


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A

Je suis content (on l'est toujours dans ces cas là) de rencontrer quelqu'un qui partage mes sentiments pour les œuvres de Gaiman. Je place en effet au-dessus du lot Neverwhere, Stardust et, bien
sûr, Nobody Owens (désolé, je ne lis qu'en français). Je n'ai guère été convaincu non plus par American Gods. J'ai beaucoup apprécié Coraline (je te confirme que tu dois essayer). Je ne connais pas
encore ses nouvelles mais j'en possède un recueil. Quant à Sandman, j'ai prévu de m'y attaquer très vite.


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