Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

"The H.P. Lovecraft Dream Book", de H.P. Lovecraft

Publié le par Nébal

The-H.P.-Lovecraft-Dream-Book.jpg

 

 

LOVECRAFT (H.P.), The H.P. Lovecraft Dream Book, edited by S.T. Joshi, Will Murray & David E. Schultz, introduction by S.T. Joshi, West Warwick, Necronomicon Press, 1994, 42 p.

 

On commencera inévitablement ce compte rendu par un lieu commun : H.P. Lovecraft était, à l’instar de son alter ego Randolph Carter, un rêveur – ou si l’on préfère un « cauchemardeur » – d’une puissance exceptionnelle. Ce petit volume en témoigne assurément, qui compile divers extraits de lettres du Maître de Providence relatifs aux rêves, lettres adressées à divers correspondants (Rheinhart Kleiner, Maurice W. Moe, le GALLOMO, Frank Belknap Long, Donald Wandrei, Bernard Austin Dwyer, Robert Bloch, Clark Ashton Smith, J. Vernon Shea, Duane W. Rimel, R.H. Barlow, William Lumley, Virgil Finlay et Harry O. Fischer) de 1916 à 1937 (très peu de temps avant son décès, en fait…). On se gardera cependant, de même que les éditeurs, de se livrer à toute psychanalyse de comptoir (d’autant que l’interprétation des rêves freudienne m’a toujours laissé plutôt perplexe). Il s’agit donc de prendre ces extraits pour ce qu’ils sont : le témoignage d’une vie onirique particulièrement riche et étrangement précise.

 

Second lieu commun : les rêves de Lovecraft ont régulièrement inspiré ses fictions. Mais qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas de parler ici des contes dunsaniens dits des « Contrées du Rêve », à quelques exceptions près (essentiellement « Polaris » et « Le Témoignage de Randolph Carter », lequel n’a d’ailleurs rien de dunsanien). Je me rallie ici à l’interprétation de S.T. Joshi, qui y voit plutôt des récits antédiluviens que des récits oniriques (tout en notant avec lui que « La Quête onirique de Kadath l’Inconnue » vient foutre le bordel dans cette construction, mais on aurait de toute façon sans doute tort de vouloir envisager l’œuvre lovecraftienne comme un tout cohérent).

 

Non, les rêves de Lovecraft ont imprégné l’ensemble de sa production fictionnelle. C’est ainsi que l’on trouvera ici, outre des rêves « non exploités » ou qui n’ont guère donné que des entrées dans le « Livre de raison », les sources de divers textes d’HPL : en dehors de l’évocation récurrente des « night-gaunts » de son enfance (les « maigres bêtes de la nuit », si je ne m’abuse, que l’on retrouve dans « La Quête onirique de Kadath l’Inconnue »), nous trouvons dans ces textes l’origine de « Polaris », « Le Témoignage de Randolph Carter », « L’Appel de Cthulhu » (même si ce n’est qu’un détail), « Nyarlathotep » (dont Lovecraft dit avoir entamé la rédaction alors qu’il n’était pas vraiment réveillé) et « Dans l’abîme du temps », ainsi que deux « fragments » publiés en leur temps (de manière posthume, bien sûr) comme étant des nouvelles à part entière (« The Thing in the Moonlight » et « The Evil Clergyman »), sans oublier le fameux et impressionnant « rêve romain », d’une longueur et d’une précision sans pareilles (à vrai dire un peu suspectes, pour le coup…), qui a été intégré par Frank Belknap Long dans son roman The Horror from the Hills (1931), et qui revient ici trois fois (occupant du coup une bonne partie de ce petit recueil).

 

Ces témoignages se lisent avec beaucoup de plaisir – presque, à vrai dire, comme les nouvelles « achevées », sans en avoir bien évidemment le style et la construction irréprochable. Mais cette (relative) spontanéité épistolaire a quelque chose de particulièrement séduisant, qui ne fait que confirmer l’intérêt de la correspondance de Lovecraft (et achève de me persuader qu’il faudra bien un jour que je mette la main sur les volumes des Selected Letters, hélas hors de prix…). Certains extraits constituent de véritables moments d’anthologie, parfois sur un mode horrifique, certes, mais pas toujours, ainsi qu’en témoigne la superbe lettre sur le chat « Old Man ». Ajoutons que ces lettres permettent de dresser un portrait de Lovecraft bien éloigné de la « légende noire » : l’humour du bonhomme ne saurait faire de doute, de même que sa cordialité ; on est bien loin de l’image du « reclus de Providence » engoncé dans son pessimisme et sa misanthropie…

 

Une lecture passionnante et édifiante, donc. Et j’aimerais bien faire des rêves ou cauchemars semblables, moi…

Commenter cet article