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"The Illustrated Challenge From Beyond", de H.P. Lovecraft, A. Merritt, Robert E. Howard, C.L. Moore & Frank Belknap Long

Publié le par Nébal

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LOVECRAFT (H.P.), MERRITT (A.), HOWARD (Robert E.), MOORE (C.L.) & LONG (Frank Belknap), The Illustrated Challenge From Beyond, illustrated by David Ireland, West Warwick, Necronomicon Press, [1935] 1978, [n.p.]

 

Étrangement (ou pas), je ne crois pas avoir jamais lu cette courte nouvelle qu’est « The Challenge From Beyond » (rien à voir avec « From Beyond ») en français, aussi ai-je sauté sur l’occasion de la lire en anglais dans le texte.

 

Il s’agit d’un « round robin » (c’est-à-dire une histoire dont chaque segment est écrit successivement par un auteur différent), composé à l’initiative de Julius Schwarz pour le troisième anniversaire du Fantasy Magazine (septembre 1935), qui voulait une collaboration « weird » et une de science-fiction ; celle-ci est la première des deux (l’autre, que je ne connais pas, et qui n’est semble-t-il pas glop du tout, faisant intervenir Stanley G. Weinbaum, Donald Wandrei, E.E. « Doc » Smith, Harl Vincent et Murray Leinster). Le moins que l’on puisse dire est qu’il y a ici du beau monde, Frank Belkap Long, le grand ami de Lovecraft à qui l’on doit notamment le chouette pastiche « Les Chiens de Tindalos », étant clairement le moins célèbre des cinq (aujourd’hui, a fortiori)… ce qui lui a d’ailleurs porté préjudice : il avait à l’origine écrit le deuxième segment, mais A. Merritt ayant refusé de poursuivre dans son sillon, il s’est d’abord retrouvé exclu de l’histoire, avant de revenir, mais en dernière position, à l’instigation de Lovecraft (toutes informations que je tire de la lecture de I Am Providence de S.T. Joshi)…

 

Envisageons donc brièvement chaque segment. C’est C.L. Moore qui entame les hostilités, de manière plutôt inoffensive d’ailleurs, en nous présentant simplement un campeur du nom de George Campbell qui « tombe » sur un étrange cube d’apparence antédiluvienne et semblant pourtant artificiel. Un point de départ un peu faiblard…

 

Cela dit, le ronchon A. Merritt n’arrange rien à l’affaire, sa contribution ne faisant très certainement pas avancer le schmilblick. Rien à en dire, en fait. Tout ça pour ça ?

 

Le gros de la nouvelle est finalement rédigé par H.P. Lovecraft : son fragment est le plus important en taille comme en matière de développement d’une intrigue jusque-là fort terne. Mais on ne peut pas dire qu’il se foule vraiment, dans la mesure où il ne s’agit guère que d’une variation (sur le plan spatial) de « Dans l’abîme du temps », excellente nouvelle qui forme un bloc avec celle-ci (les deux gagnent à être lues en parallèle ; de manière amusante, on pourra cependant noter que ce texte-ci a en fait été publié avant la nouvelle de Lovecraft…). On a un peu l’impression d’un auteur qui se contente de recycler une idée obsédante (sur le transfert d’esprit), sans trop s’appliquer (ou s’impliquer), mais peut-être cette impression vient-elle de la lecture antérieure de « Dans l’abîme du temps », nouvelle autrement aboutie…

 

C’est Robert E. Howard qui prend le relais. De manière aussi amusante que pathétique, il se livre à une véritable caricature de sa propre production ; autrement dit : BASTON ! Pas très convaincant. Dommage, le retournement de situation qu’il suscite aurait pu être intéressant – et se révèle étrangement lovecraftien sur le plan philosophique à maints égards –, mais, dans les faits, tout cela est bien artificiel…

 

À Frank Belknap Long de conclure, donc. Il renchérit sur le retournement de situation opéré par le pôpa de « Conan », en moins caricatural, mais le côté « fable » auquel tout cela aboutit, avec un sorte de « morale amorale », ne convainc pas vraiment…

 

Cette édition, comme son titre l’indique, comprend en outre quatre illustrations (vertes, très vertes) de David Ireland, assez correctes.

 

Au final, voici donc un texte très franchement anecdotique d’un point de vue objectif. Par contre, on peut très clairement en faire, plus qu’un « round robin » à proprement parler, un texte de Lovecraft, dans la mesure où c’est à peu de choses près le Maître de Providence qui fait tout le (sale ?) boulot. Au regard des noms des auteurs impliqués dans la chose, c’est sans doute un peu décevant, mais c’est ainsi. Pour les fans uniquement, donc.

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