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"The Invisible Man", de H.G. Wells

Publié le par Nébal

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WELLS (H.G.), The Invisible Man, London, Penguin Books, Penguin Classics – Red, [1897, 2005] 2007, 150 p.

 

C’est avec raison que l’on a fait de H.G. Wells le « père de la science-fiction moderne » (ou son « parrain », à en croire le Guardian sur la couverture…), avant même que Hugo Gernsback ne forge le terme. Difficile, en effet, de passer outre certains chefs-d’œuvre tels que La Machine à explorer le temps, L’Île du docteur Moreau ou La Guerre des mondes, pour citer seulement ceux que j’avais eu le bonheur de lire jusqu’à présent. Ce qui m’en laissait une palanquée à découvrir, n’est-ce pas ? Et parmi les grands classiques wellsiens, s’il en était un qui me paraissait constituer une lacune insurmontable à réparer au plus tôt – il y en a d’autres, mais là je considérais qu’il y avait urgence –, c’était bien L’Homme invisible.

 

L’Homme invisible, on croit tous le connaître, tant il a été adapté et réadapté au cinéma et à la télévision, notamment. Nous avons tous en tête cette image, véhiculée en particulier par cette vieille série en noir et blanc, de cet homme enrubanné comme une momie, en chapeau mou et imperméable, avec ses inévitables lunettes teintées… Je me souviens plus particulièrement d’un épisode où l’on entendait le rire diabolique de l’homme invisible tandis que l’on ne voyait plus que ses bottes se déplacer toutes seules à l’écran… Mais, si je ne m’abuse, dans cette série, l’homme invisible avait quelque chose d’un justicier… ce qui est très éloigné de l’esprit du roman de Wells. À vrai dire, maintenant que j’ai lu le roman, je peux bien vous le dire : toutes les adaptations de l’homme invisible que je connais, qu’elles en fassent un justicier ou un criminel, un bourreau ou une victime, sont bien éloignées de Wells. Et cela vaut, à bien des égards, pour le traitement qu’en fait Alan Moore dans La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (disons que, de même que pour Hyde, le génial scénariste britannique a « grossi les traits »). D’où cette conclusion : nous croyons tous connaître l’homme invisible de Wells ; mais à moins de lire le roman – pardon pour la lapalissade –, nous ne le connaissons en fait pas du tout…

 

D’autant que la bête en question, de la part de Wells, se révèle surprenante à plus d’un titre. Le roman peut en effet se découper en approximativement trois parties, la première occupant en gros la première moitié, et les deux suivantes chacune un quart. Nous n’apprendrons comment Griffin (puisque son nom n’apparaîtra qu’à ce moment-là) est devenu l’homme invisible qu’au cours du long flashback constitué par la deuxième partie, qui entame le moment « sérieux et grave » du roman. « Sérieux et grave », oui. Parce que jusque-là, aussi surprenant que cela puisse paraître de la part de Wells, que j’avais toujours jusque-là connu « sérieux et grave » (dans les trois romans précités, qui ne manquent pas de scènes d’horreur pure, de même que celui-ci sur sa fin, encore qu’il joue davantage la carte du suspense), jusque-là, donc, Wells livrait un roman étonnament drôle, et même burlesque ! On aurait pu croire qu’à changer ainsi de registre il se serait cassé les dents, mais, bien au contraire, ça coule tout seul…

 

Nous sommes donc à la fin du XIXe siècle (du moins je le suppose), en Angleterre, dans la petite bourgade d’Iping. Un « étranger », ainsi qu’on le désignera longtemps, couvert de bandages, se présente à l’auberge « The Coach and Horses », et réclame une chambre. L’individu est antipathique au possible, et s’attire bientôt la suspicion des villageois – très jolie satire des mœurs rurales, et Wells s’amuse comme un petit fou à retranscrire leur patois… Cette situation ne fait que s’aggraver quand l’étranger se fait livrer une impressionnante quantité de « bouteilles » et autres ustensiles chimiques pour se livrer à de mystérieuses expériences… Au bout d’un certain temps, l’étranger se voit contraint de révéler sa véritable nature à la femme de l’aubergiste… et c’est la panique ! Contraint de fuir, l’homme invisible entame bientôt une campagne de terreur, plus ou moins malgré lui, volant, blessant, et finalement tuant…

 

Car Griffin a été rendu fou par ses expériences. Il est l’égoïsme incarné, et sa propension à la mégalomanie est incomparable. On connaît sa fameuse phrase, reprise par Alan Moore (p. 134) :

 

« This announces the first day of the Terror. Port Burdock is no longer under the Queen, tell your Colonel of Police, and the rest of them; it is under me – the Terror! This is day one of the new epoch, – the epoch of the Invisible Man. I am Invisible Man the First. »

 

Aussi est-il un personnage fascinant, à la fois un salaud et une victime. S’il se montre généralement extrêmement antipathique, on ne peut pourtant s’empêcher, régulièrement, de se prendre de compassion pour son sort – à l’imaginer ainsi, nu, affamé, dehors, en plein hiver, traqué par une foule en colère qui ne le comprend pas et a peur de lui sans vraiment trop savoir pourquoi…

 

Quoi qu’il en soit, Wells fait très fort avec ce roman. Durant toute la première partie, il sait se montrer très drôle, maniant avec brio comique de situation, quiproquos, burlesque – notamment avec le personnage de Mr Marvel – et satire sociale, tout en ménageant – déjà – quelques scènes de suspense tout à fait remarquables. La deuxième partie, toute en flashback, est passionnante, passant en revue tout ce que cela implique que d’être un homme invisible dans l’Angleterre victorienne, et peignant le portrait de Griffin avec brio, tout en ménageant là aussi une tension que ne renierait pas, plus tard, un Hitchcock ; quand à la dernière partie, c’est une véritable apothéose, très cinématographique, tout simplement brillante.

 

Aussi peut-on bien parler de chef-d’œuvre, une fois de plus, pour ce remarquable Homme invisible qui n’a étonnament pas pris une ride. La marque d’un vrai génie, auteur d’une science-fiction intemporelle.

 

 Bon, faut décidément que je continue ma découverte des œuvres de Wells, moi…

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A

Salut Nébal, meilleurs voeux (on peut encore !)
Je viens de finir L'homme invisible et me suis permis d'ajouter un lien vers ton article dans celui que j'ai rédigé. Je te laisserai le soin, si le coeur t'en dit, de venir voir cela sur mon blog
et de me dire, le cas échéant, ce que tu en penses, à ton tour.
Par ailleurs, j'ai lancé un challenge sur des auteurs Anglais. J'en parle également dans un article.
Bonne soirée et à très vite, j'espère.
Amicalement,


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