Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

"The League Of Extraordinary Gentlemen: Black Dossier", d'Alan Moore & Kevin O'Neill

Publié le par Nébal

The-League-Of-Extraordinary-Gentlemen---Black-Dossier.jpg

 

MOORE (Alan) & O’NEILL (Kevin), The League Of Extraordinary Gentlemen: Black Dossier, La Jolla, DC Comics – Wildstorm – America’s Best Comics, 2007, [n.p.]

 

Première chose : Alan Moore est Dieu.

 

Deuxième chose : ayé.

 

 

ENFIN !

 

YEE-AH ! (zboing zboing zboing) YEE-AH !

 

J’ai ENFIN lu le Black Dossier ! ENFIN ! EEEEEEEEEEEENFIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIN !!!

 

(zboing zboing zboing)

 

...

 

« You know what? I’m happy. »

 

...

 

Broumf.

 

Je disais donc : Alan Moore est Dieu, et j’ai enfin lu le Black Dossier. D’où : je suis content. Parce que ça faisait un petit moment que je voulais lire la bête, et qu’il semblait que, pour une obscure raison de droits à ce que j’ai cru comprendre, il n’était même pas concevable d’en attendre un jour une traduction française.

 

Or, le Black Dossier, ce n’est pas rien, tout de même ; c’est en quelque sorte (mais pas vraiment non plus, voir plus bas) la « suite » de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, fantabuleuse série dont je vous ai dit le plus grand bien ces derniers jours, suite à ma redécouverte de la chose dans la langue de Shakespeare. Un passage presque obligé avant d’aborder cette « suite » (…), justement ; car, je me répète encore une fois – oui, je sais, mais c’est important, et maintenant que j’ai lu le Black Dossier je peux le confirmer pleinement –, cette bande-dessinée est à mon sens incompréhensible si l’on n’a pas lu au préalable le « New Traveller’s Almanac » figurant dans le Volume II de la série, et qui n’a semble-t-il été traduit en français que pour une édition collector en coffret. Une lecture ardue, exigeante, parfois pénible, mais indispensable.

 

Et une lecture qui, déjà, changeait quelque peu la donne, faisait prendre à la série une orientation qui n’était pas celle à laquelle on s’était habitué jusqu’alors – c’est-à-dire, pour schématiser, un très bon divertissement rendant un hommage enthousiasmant à la culture populaire (essentiellement) de l’époque victorienne (en gros). Déjà, le « New Traveller’s Almanac » semblait porté par une ambition plus grande, qui se traduisait de manière évidente par de drastiques changements d’échelle : on passait de l’Angleterre, en gros (les séquences égyptienne, française... et martienne étant pour le moins expédiées), au monde entier, et de l’époque victorienne (et encore ! de 1898, en fait…) à une période d’environ trois siècles, mais riche en vestiges d’un lointain passé…

 

Et Black Dossier renforce considérablement cette dimension historique, notamment par le biais des premiers documents constituant le « dossier » à proprement parler (j’y reviendrai). La série s’inscrit ainsi désormais dans l’Histoire (avec un énoooOOOooorme H), et, dotée d’une symbolique puissante et d’une ambition démesurée à la limite de la mégalomanie pure et simple (on est bien loin du gentil divertissement), rappelle, bien davantage que les premiers épisodes de la Ligue, le final bluffant et délirant de From Hell, ou, dans la même veine magique, mais plus contemporaine, l’extraordinaire Prométhéa (la conclusion de Black Dossier en est vraiment très proche dans l’esprit).

 

Aussi, vous êtes prévenus : ce n’est pas parce que vous avez adoré les volumes 1 et 2 de la Ligue que vous adhérerez nécessairement au propos de Black Dossier. Car, à vrai dire, cela n’a plus grand-chose à voir. Black Dossier, ainsi, n’est pas véritablement une « suite », et encore moins un « spin off ». C’est… autre chose.

 

Ceci étant posé, voyons voir ce qu’il y a à l’intérieur de la bête. Celle-ci se divise en deux parties bien distinctes, mais enchâssées l’une dans l’autre : il y a d’une part une bande-dessinée « classique » (même si…) et d’autre part un ensemble de « documents » très divers constituant le « Black Dossier » à proprement parler.

 

Nous sommes en Angleterre, en 1958. Mais pas n’importe quelle Angleterre, bien sûr : une Angleterre uchronique, qui sort tout juste du régime oppressif de Big Brother… Deux individus, un homme et une femme (sur lesquels je ne dirai rien, même si leur identité ne fait guère de doute…), manipulent un abruti d’agent secret (un certain Jimmy, qui boit des « vodka martini over ice » ; oui, c’est bien le petit-fils de…), et profitent de sa stupidité pour dérober un épais dossier à couverture noire. Les services secrets britanniques se mettent bientôt sur la piste du jeune couple, qui va faire tout son possible pour quitter l’Angleterre… mais parcourt en chemin le « Black Dossier ».

 

Ce dossier comporte une kyrielle de documents sur les différentes incarnations de la Ligue au fil des âges, ainsi que des pièces permettant d’éclairer les raisons de son existence ou la destinée de ses membres, triés dans l’ordre chronologique de leur sujet. Après des avertissements en novlangue, nous avons ainsi affaire à un premier document, un essai de l’occultiste Oliver Haddo, remontant aux Grands Anciens, puis descendant jusqu’à l’époque contemporaine en passant par l’Âge Hyborien et Melniboné… Suit une tout aussi passionnante autobiographie en bande-dessinée « à l’ancienne » (avec le texte en-dessous des cases) de l’immortel et androgyne Orlando, de sa naissance dans la Thèbes grecque de l’Âge de bronze à 1943…

 

Je ne vais pas citer tous les « documents » composant le « Black Dossier », ni, bien évidemment, détailler leur contenu ; je me contenterai ici d’évoquer les plus marquants d’entre eux. On peut noter, ainsi, une remarquable série de pastiches : Alan Moore, qui n’a peur de rien, écrit rien de moins qu’un bref acte d’une pièce perdue de Shakespeare ; il publie ensuite de nouvelles aventures de Fanny Hill (« racontées à John Cleland »…), ce qui nous vaut une amusante pièce érotique ; mais il se livre aussi à un hilarant pastiche lovecraftien de P.G. Wodehouse (dont l’auteur serait Bertie Wooster, bien sûr), avant d’emprunter l’alias de Jack Kerouac pour nous livrer quelques pages hallucinées (pas de ponctuation, écriture phonétique) d’un roman beat à la plume fascinante mais dont la compréhension est pour le moins ardue pour le béotien dans mon genre (mais là encore il y a du Lovecraft). Très impressionnant, n’empêche (même si, j’imagine, on pourrait renâcler devant l’exercice de style…).

 

Mais d’autres documents sont également intéressants, comme les mémoires de Campion Bond (oui, le grand-père, donc), qui comprennent en fait un long extrait du journal de Mina Murray narrant sa première rencontre avec le capitaine Nemo. Autre pièce de choix : celle qui décrit les groupes parallèles à la Ligue formés en Allemagne (dirigé par le Docteur Mabuse, tiens, tiens) et en France (Jean Robur, Arsène Lupin, Monsieur Zénith, le Nyctalope et Fantômas).

 

Cerise sur le gâteau : les dernières pages de la bande-dessinée… sont en trois dimensions !

 

(Enfin, trois… et plus, puisque affinités…)

 

De quoi conclure ce Black Dossier pour le moins fascinant sur une note de grand spectacle (qui pète un peu les yeux, cela dit…). Vous me direz, à vue de nez, ça fait un peu gadget, mais, non, je pense qu’il y a vraiment quelque chose, là-dedans… quelque chose qui participe du caractère hors-normes de Black Dossier. Difficile, à vrai dire, de recommander fermement cet ouvrage : il ne sera sans doute pas du goût de tous. Et l’on peut légitimement trouver la partie « BD » un peu « faible » par rapport aux « documents » (à l’exception de la conclusion, brillante… dans tous les sens du terme). Ici, une fois n’est pas coutume, je ne parlerai donc en définitive que pour moi : je me suis régalé à la lecture de cette bizarrerie inclassable. Je ne puis qu’espérer qu’il en ira de même pour vous.

 

« Suite » avec Century: 1910.

Commenter cet article

L

Salut, c'est Jokari Joestar de Nanarland (entre autres identités). Je voulais savoir s'il faut avoir un très bon niveau d'anglais pour comprendre l'histoire, vu que ce bouquin ne sortira sans doute
jamais en France pour raisons de droits.


Répondre
N


C'est très variable, cette BD étant constituée d'une mosaïque de fragments et pastiches. Certains exigent un bon, voire un très bon niveau, d'autres sont accessibles sans trop de difficultés...
Bon, dans l'ensemble, ça reste jouable : mon niveau d'anglais n'est pas forcément fameux, et ça a coulé tout seul quand même.