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"The League Of Extraordinary Gentlemen, Volume One", d'Alan Moore & Kevin O'Neill

Publié le par Nébal

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MOORE (Alan) & O’NEILL (Kevin), The League Of Extraordinary Gentlemen, Volume One, La Jolla, DC Comics – Wildstorm – America’s Best Comics, [1999] 2000, [n.p.]

 

Je ne sais pas si je vous l’ai déjà fait remarquer, mais Alan Moore est Dieu.

 

 

Ah, tiens, maintenant que j’y pense, si.

 

Mais vous reconnaîtrez qu’en plus il a la tête de l’emploi.

 

Et parmi Ses œuvres non négligeables, il y a la fameuse Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Qui n’a évidemment rien à voir avec l’étron filmique du même nom, pour lequel on ne remerciera pas Sean Connery. Jusqu’à présent, comme tout le monde (…), j’avais lu la Ligue en français, dans la très belle édition en format FRANÇOUAIS publiée par les Éditions USA.

 

Mais ce que je ne savais pas, c’est que cette édition était incomplète.

 

Non, je ne parle pas ici de Black Dossier et de Century: 1910, qui n’avaient pas été publiés en France (le premier semblant ne devoir jamais l’être, d’ailleurs… [EDIT : tandis que le second l'est déjà, ai-je appris depuis]) ; je parle bel et bien des deux premiers volumes de la Ligue. Il y manquait en effet nombre de petits « suppléments », certes pas forcément indispensables, mais quand même bien drôles, mais surtout de très longs textes publiés en « feuilleton », très utiles pour la compréhension de l’ensemble. En gros, pour vous donner un point de comparaison, c’est un peu comme si, dans Watchmen, l’éditeur français avait décidé unilatéralement de sabrer tous les passages « non-BD » ; et en volume, c’est même pire que ça…

 

En fin de compte, j’avais donc l’impression de n’avoir pas vraiment lu La Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Et quand m’a été donnée l’opportunité de lire enfin Black Dossier et Century: 1910, j’ai d’abord voulu relire (en VO, donc) les deux premiers volumes de la série, avec ce qui m’avait manqué jusqu’alors. D’où la série d’articles que j’entame aujourd’hui.

 

Ce premier volume de The League Of Extraordinary Gentlemen peut dès lors être découpé approximativement en deux parties (sans compter les divers gags et autres suppléments en une planche, et la galerie de couvertures à la fin) : la première comprend la bande-dessinée à proprement parler, un story arc de six épisodes ; la seconde correspond à une longue nouvelle en « feuilleton » prenant place immédiatement avant les événements décrits dans la BD (mais qu’il vaut mieux lire après), intitulée « Allan And The Sundered Veil ».

 

Mais commençons de manière plus générale par présenter le principe de la Ligue. Nous sommes dans un monde que l’on pourrait largement qualifier de « steampunk », ou si l’on préfère de « rétro-futuriste », à la fin du XIXe siècle, en Angleterre essentiellement. Dans ce monde-là, où l’Empire victorien est à son sommet mais présente ses premiers signes de déliquescence, Alan Moore s’amuse à brasser tout ou partie de la culture plus ou moins populaire de l’époque, avec quelques pics vers le passé et d’autres vers le futur, pour élaborer un réjouissant team comic faisant appel aux plus célèbres figures du genre, et d’une richesse folle en références (pour ceux qui ne le connaîtraient pas, je recommande ce site – enfin, cette page d’archives, le site est mort, tiens donc ?).

 

Seront donc membres de la Ligue : Mina Murray, anciennement Mina Harker, dont l’écharpe rouge autour du cou rappelle assez qu’elle s’est échappée de Dracula de Bram Stoker ; le capitaine Nemo, de 20 000 lieues sous les mers et L’Île mystérieuse de Jules Verne (c’est dans ce dernier roman que son identité indienne est dévoilée, pour ceux qui s’en étonneraient) ; Allan Quatermain, son antithèse colonialiste crée par Henry Rider Haggard (Les Mines du Roi Salomon, etc.) ; Henry Jekyll et tant qu’à faire Edward Hyde, cette fois un colosse contrairement à ce que l’on trouvait dans le texte original de Robert Louis Stevenson ; et enfin Hawley Griffin, L’Homme invisible d’H.G. Wells, dont j’aurai bientôt l’occasion de vous reparler.

 

Le début du story arc présente les différentes étapes de la constitution de la Ligue, comme souvent dans les team comics, dans cet ordre. C’est déjà l’occasion de pages très réjouissantes, et de rencontres annexes non négligeables, comme celle, à Paris, d’Auguste Dupin, vieillissant mais toujours perspicace.

 

Mais l’histoire à proprement parler ne commence qu’ensuite, quand nos aventuriers sont chargés par Campion Bond, leur intermédiaire par rapport à leur chef suprême simplement désigné par la lettre « M » (et que Mina Murray suppose dès le début être Mycroft Holmes, le frère de Sherlock), de contrecarrer les plans d’un mystérieux et satanique « Docteur » asiatique de Limehouse, jamais nommé mais dans lequel on reconnaîtra aisément Fu-Manchu. À partir de là, nos héros iront de surprise en surprise, jusqu’à un finale pour le moins apocalyptique…

 

Que du bonheur. On voit bien là tout l’art narratif d’Alan Moore, qui parvient à faire une bande-dessinée à la fois intelligente et drôle, et extrêmement érudite sans jamais assommer ni perdre le lecteur, qui, au contraire, se régale d’autant plus du jeu de piste. À vrai dire, relire la Ligue après La Brigade chimérique (que je continue de bien aimer quand même, hein), ça m’a fait comme un choc… Définitivement, les deux projets, bien que ressemblants à bien des égards, ne jouent clairement pas dans la même catégorie ; et nos auteurs français, ici, ont bien des leçons à prendre du Maître (mais qui ne serait pas dans ce cas ?)…

 

Je ne m’étendrai pas sur les petits « suppléments » que l’on trouve ici ou là dans ce premier volume, même s’ils sont souvent fort amusants. Il faut par contre accorder quelques développements à la longue nouvelle (« feuilletonesque » : elle est composée de six chapitres, rappelant chaque fois au début ce qui s’est produit dans les épisodes précédents) intitulée « Allan And The Sundered Veil », et qui ne figurait donc pas dans l’édition française de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires (ce qui est un peu scandaleux tout de même…).

 

L’histoire se situe donc avant la constitution de la Ligue, mais postérieurement à la mort simulée d’Allan Quatermain ; celui-ci n’est pas encore un opiomane, mais nous verrons justement dans cette nouvelle pourquoi il le deviendra… En attendant, il se rend chez Lady Ragnall pour prendre la plus précieuse des drogues : le taduki. Celui-ci le plonge dans un état comateux, qui lui fait faire un rêve étrange, un rêve où il croise de non moins étranges personnages : un certain Randolph Carter, rêveur de son état (la nouvelle est avant tout lovecraftienne), son grand-oncle John Carter, obsédé par Mars (eh eh !), puis un anonyme qui se présente comme étant « le voyageur temporel » (bien évidemment, il s’agit de celui de Wells). S’ensuivra un voyage halluciné dans le rêve, l’espace et le temps, entre les dimensions, là où rampent et murmurent de sinistres créatures qui cherchent à pénétrer dans notre monde…

 

Si la nouvelle a ses côtés pénibles – le rappel systématique des événements antérieurs –, il n’en reste pas moins qu’Alan Moore, qui a une jolie plume, sait instaurer une très belle ambiance et rendre hommage à Lovecraft et à Wells. Rien que pour ça, la nouvelle vaut le détour. Mais elle explique en outre des éléments de la BD, de ce premier tome a posteriori, mais aussi du second volume à venir, et peut-être (cela, je ne peux pas encore le dire) de ce qui va suivre : c’est dire si sa lecture est capitale, ce qui rend d’autant plus incompréhensible son absence dans l’édition française de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires

 

La suite très bientôt avec le volume II.

 

Commenter cet article

Tietie007 14/12/2010 17:19


Mais les daubes américaines sont toujours plus présentables que les franchouillardises hexagonales !


Nébal 15/12/2010 07:57



Malgré mon appartenance à l'AntiFrance, dans ce cas précis, je dois répéter : non.



Tietie007 14/12/2010 16:33


L'adaptation cinématographique était fort sympathique !


Nébal 14/12/2010 16:51



Non.


C'était une grosse merde, une trahison, un blasphème, une honte, une purge, j'en passe et des pires.



Efelle 08/12/2010 19:27


Le coffret intégral aux Editions USA contient ces bonus (notamment la nouvelle) dans un troisième album... ainsi que le DVD du film (mais là on se demande bien ce qu'il fout là).


Nébal 08/12/2010 20:53



Ah ? Là, tu m'apprends quelque chose.



Vance 07/12/2010 19:17


Ah ben crotte alors ! Ben papa Noël serait bien avisé de me fournir avec la VO car l'édition française va se retrouver très vite en vente ! Merci pour l'info !


Ubik 07/12/2010 08:06


Cette série est une vraie madeleine tartinée de caviar.
(So british)