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"The Major Works of H.P. Lovecraft", de John Taylor Gatto

Publié le par Nébal

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GATTO (John Taylor), The Major Works of H.P. Lovecraft. A Critical Commentary, New York, Simon & Schuster – Monarch Press, coll. Monarch Notes, 1977, 110 p.

 

Allez, une dernière lovecrafterie pour la route, après quoi je fais une pause.

 

Voici un petit livre dont je n’attendais sans doute pas grand-chose : S.T. Joshi avait émis à son encontre un jugement négatif (mais laconique) dans I Am Providence, et Celui Qui M’a Généreusement Permis De Lire Tout Ça (que Son nom soit loué au cours d’infinis éons) m’avait prévenu que son contenu était largement obsolète. Tout cela est assez vrai, et on ne saurait nier que l’exégèse lovecraftienne a fait bien des progrès depuis la parution de ce The Major Works of H.P. Lovecraft.

 

D’un autre côté, l’existence même de ce petit ouvrage du professeur John Taylor Gatto m’a passablement surpris, et plutôt agréablement – je ne pensais franchement pas qu’il était possible de trouver dès 1977 un « Monarch Notes » (équivalent américain de « Profil d’une œuvre », en gros ; HPL aurait sans doute aimé cette désignation, lui qui n’avait que mépris pour l’abjecte révolution américaine qui a coupé les colonies de la Mère Patrie…) consacré au Maître de Providence. En soi, ce simple fait mérite d’être noté, et sans doute loué ; c’est probablement une étape importante dans la reconnaissance et légitimation de Lovecraft et de son œuvre.

 

C’est donc avec un sentiment mitigé, quelques appréhensions mais aussi une sincère curiosité, que j’ai entamé la lecture de ce petit volume « scolaire ». Et, au final, même si j’ai effectivement de nombreuses réserves à émettre sur le travail de John Taylor Gatto, je n’ai quand même pas trouvé cela « si » mauvais que ça. Remis dans son contexte, ce The Major Works of H.P. Lovecraft me paraît donc plutôt appréciable, même s’il n’a plus guère aujourd’hui d’intérêt qu’en tant que curiosité.

 

Mais le terme a été lâché : il s’agit bel et bien d’un ouvrage « scolaire », rédigé et organisé en fonction des attentes d’un public étudiant (« l’étudiant » est régulièrement interpellé tout au long du livre), avec tout ce que cela peut impliquer d’analyse un peu artificielle et de vulgarisation (je ne m’étendrai d’ailleurs pas sur la fin de l’ouvrage, qui, avant de se pencher sur la bibliographie, livre des sujets de dissertation et des thèmes clefs de l’œuvre).

 

The Major Works of H.P. Lovecraft s’ouvre en toute logique sur un chapitre biographique. C’est bref, trop sans doute, mais plutôt convaincant eu égard à ce que l’on pouvait savoir de la vie de l’auteur en 1977. Pas trop mal, donc, même si on se serait sans doute passé de quelques interprétations psychanalysantes plus ou moins bienvenues.

 

Suit un chapitre insérant Lovecraft dans la tradition du « grotesque ». Développements plutôt intéressants, quand bien même on frôle plus qu’à son tour le hors-sujet. L’accent est cependant mis sur certaines particularités non négligeables de la plume de Lovecraft, dont une qui est trop peu souvent évoquée : son humour…

 

Brèves considérations ensuite sur « l’esthétique de l’horreur », avant de passer à une étude hélas assez laborieuse et beaucoup trop englobante (Lovecraft s’y perd dans son « premier cercle » d’imitateurs) du « Mythe de Cthulhu », nécessairement imprégnée, même si c’est bien entendu regrettable, de la vision derlethienne de la chose, avec ses dieux « bons », « l’expulsion » des Grands Anciens, et en guise de « justification » la fameuse lettre sans doute apocryphe faisant de l’ensemble de l’œuvre de Lovecraft un « cycle » plus ou moins cohérent ; on notera cependant que John Taylor Gatto rejette à bon droit le parallélisme établi par Derleth avec la tradition chrétienne, ayant bien conscience de l’athéisme et de l’indifférentisme de Lovecraft. Mais, du coup, ce chapitre-là est passablement confus, et résolument obsolète, pas de doute cette fois.

 

La suite, c’est le gros morceau : l’analyse (généralement peu poussée, et mettant toujours l’accent sur un point particulier au détriment de tout le reste) de quelques unes des principales œuvres de Lovecraft. On notera pour commencer que cette sélection, nécessairement arbitraire, a de quoi laisser perplexe. On y trouve en effet un texte aussi mineur et dispensable (et puant, mais c’est autre chose, et Gatto ne le nie pas) que « The Horror at Red Hook », là où d’authentiques classiques de Lovecraft sont tout simplement ignorés (parmi lesquels, pour retenir quelques exemples frappants, « L’Abomination de Dunwich », « La Quête onirique de Kadath l’Inconnue » et plus généralement les textes dits « des Contrées du Rêve », ou encore, et c’est là à mon sens particulièrement regrettable dans la mesure où ces œuvres témoignent d’un aspect fondamental de la fiction lovecraftienne et d’une évolution considérable de sa conception du « weird » et, en fait, de la science-fiction, « Les Montagnes Hallucinées » et « Dans l’abîme du temps »). On y trouve donc des commentaires pour le coup effectivement très scolaires de « Les Rats dans les murs » (interprétation plutôt alambiquée), « L’Appel de Cthulhu », « La Couleur tombée du ciel », « Celui qui chuchotait dans les ténèbres », « L’Horreur à Red Hook », « Le Cauchemar d’Innsmouth », « La Maison de la sorcière », « L’Affaire Charles Dexter Ward », « Celui qui hantait les ténèbres » et, en guise de conclusion, « Épouvante et surnaturel en littérature ». L’analyse, toujours un brin superficielle, parfois un peu capillotractée, et même à côté de la plaque à l'occasion, ne convainc jamais totalement (et vire parfois dans le délire intégral…), mais n’est pas entièrement à jeter. On notera par contre, ce qui est à la fois admirable, étonnant, et un peu malvenu dans un ouvrage « critique », l’enthousiasme sans mélange dont fait preuve l’auteur à l’égard de l’œuvre lovecraftienne ; il ne tarit pas de louanges, et pas toujours à très bon droit…

 

Reste enfin, avant les annexes les plus « scolaires », un chapitre consacré à la redécouverte, à la résurrection même, de l’œuvre de Lovecraft, et à sa réception critique. De l’eau a bien entendu coulé sous les ponts, qui rend cette partie de l’ouvrage franchement datée, mais, à titre de curiosité, ce n’est pas inintéressant.

 

Jugement qui vaut à mon sens pour l’ensemble de The Major Works of H.P. Lovecraft, finalement. C’est certes très dispensable, mais, bon, pas si pire… Et je ne peux m’empêcher de noter, encore une fois, que la publication de ce petit volume en 1977, avec tout ce qu’elle a de surprenant, constitue plutôt une bonne chose. Contexte…

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