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"The Night Ocean", de H.P. Lovecraft

Publié le par Nébal

The-Night-Ocean.jpg

 

 

LOVECRAFT (H.P.), The Night Ocean, afterword by S.T. Joshi, cover and interior artwork by Jason Eckhardt, West Warwick, Necronomicon Press, [1978] 1982, [n.p.]

 

Une précision s’impose d’emblée quant à la paternité de cette étrange nouvelle qu’est The Night Ocean. Comme vous pouvez le constater à la simple vue de la couverture, cette édition de 1982 ne créditait que H.P. Lovecraft en tant qu’auteur. Mais on savait dès la découverte tardive (1975) de ce texte qu’il s’agissait pourtant d’une « révision » d’une nouvelle de Robert H. Barlow (voir The Hoard of the Wizard-Beast). On a longtemps cru – et S.T. Joshi s’en fait l’écho dans sa postface – que ce texte était néanmoins majoritairement, voire presque totalement lovecraftien ; d’où, sans doute, cette attribution au seul Maître de Providence en couverture (et l’existence d’un recueil français portant ce titre, sans faire davantage mention de Barlow). L’état de la recherche a cependant avancé : dès cette édition, on savait que la contribution de Robert H. Barlow était au moins égale à celle de Lovecraft (étrange, du coup, que la couverture n’en fasse pas encore mention ; ce sera néanmoins le cas pour les rééditions ultérieures). Et aujourd’hui, tout semble indiquer que la contribution de Lovecraft a été en fait relativement minime (voyez I Am Providence), et ce en dépit des apparences ; car, oui, ce texte est bel et bien profondément lovecraftien, dans le fond comme dans la forme.

 

Résumer cette nouvelle serait sans doute un peu vain, dans la mesure où son fil narratif est pour le moins ténu : le narrateur loue une maison à quelque distance de la petite station balnéaire d’Ellston Beach et, au fil de ses errances sur la plage ou de ses observations posté à la fenêtre, constate de déconcertants phénomènes produits par l’océan. C’est à peu près tout, et on ne peut pas vraiment dire, malgré le crescendo stylistique, que la nouvelle ait un véritable point d’orgue, du moins sur le plan narratif. Plus spécifiquement « weird » qu’horrifique à proprement parler, elle se rapproche en fait du poème en prose, reposant largement sur l’ambiance (impeccable, il est vrai), et se révèle surtout propice à des considérations d’ordre plus ou moins philosophique.

 

Le narrateur entretient en effet une relation complexe de fascination et de répulsion pour la mer et ce qu’elle produit, ce qui est déjà passablement lovecraftien en soi. Mais, au-delà, ce qui importe, c’est surtout la prise de conscience par le narrateur de sa petitesse, et même de son insignifiance, face à la terrible majesté de l’océan. Et c’est en cela, surtout, que la nouvelle paraît un pur produit de l’imaginaire de Lovecraft : on peut en effet y voir son « cosmicisme » et son « indifférentisme » à l’œuvre. Peu importent, dès lors, les menus événements auxquels assiste le narrateur – rejet par la mer de débris humains, étrange apparition humanoïde dans la clarté lunaire. L’essentiel est ailleurs, dans la rêverie cosmique où la confrontation à l’océan suscite un tableau de l’effondrement des civilisations et de la disparition de l’humanité, accréditant plus que jamais l’idée de sa vacuité. L’ultime paragraphe mérite à cet égard d’être cité :

 

« Vast and lonely is the ocean, and even as all things came from it, so shall they return thereto. In the shrouded depths of time none shall reign upon the earth, nor shall any motion be, save in the eternal waters. And these shall beat on dark shores in thunderous foam, though none shall remain in that dying world to watch the cold light of the enfeebled moon playing on the swirling tides and coarse-grained sand. On the deep’s margin shall rest only a stagnant foam, gathering about the shells and bones of perished shapes that dwelt within the waters. Silent, flabby things will toss and roll along empty shores, their sluggish life extinct. Then all shall be dark, for at last even the white moon on the distant waves shall wink out. Nothing shall be left, neither above nor below the sombre waters. And until that last millenium, and beyond the perishing of all other things, the sea will thunder and toss throughout the dismal night. »

 

Je sais pas vous, mais moi je trouve que ça claque pas mal, quand même. Et c’est assurément lovecraftien, au sens le plus strict, celui qui ne nécessite pas d’apparition guignolesque du Grand Cthulhu et de lectures insanes de grimoires poussiéreux pour s’afficher comme tel. Ce qui justifie amplement que l’on s’intéresse à cette étrange et fascinante nouvelle qu’est The Night Ocean.

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