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"The Strange Case of Dr Jekyll & Mr Hyde", de Robert Louis Stevenson

Publié le par Nébal

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STEVENSON (Robert Louis), The Strange Case of Dr Jekyll & Mr Hyde, London, Penguin Books, coll. Penguin Red Classics, [2002] 2006, 87 p.

 

Être confronté à un mythe moderne n’est pas sans inconvénients. Or c’est bien de cela qu’il s’agit avec The Strange Case of Dr Jekyll & Mr Hyde de Robert Louis Stevenson : l’histoire, dans ses grandes lignes, que l’on ait lu ou pas le (très) court roman en question, on la connaît. On sait qui sont Henry Jekyll et Edward Hyde, on n’a pas besoin de dire « attention, spoiler ! » avant de préciser que le nœud du problème, c’est qu’il s’agit de la même personne, présentée sous ses deux faces, l’une claire, et l’autre obscure… Tout simplement parce que le (très) court roman de Robert Louis Stevenson a infusé dans notre culture, et qu’on n’en compte pas les adaptations plus ou moins fidèles, sans parler des pastiches, hommages et parodies. Tenez, là, immédiatement, je pense à Alan Moore et à son excellente Ligue des Gentlemen Extraordinaires (même si son Edward Hyde est peu ou prou, physiquement en tout cas, l’antithèse de celui décrit par Stevenson, qui parle lui quasiment d’un « nain »), ou encore à Serge Gainsbourg, ou plus récemment à la série télévisée Jekyll

 

Difficile de déterminer ce que l’auteur de L’Île au trésor aurait bien pu penser de tout ça, ou s’il avait pu songer ne serait-ce qu’un instant que sa création, révolutionnaire, rencontrerait un tel écho. Car, là encore, on peut bien parler de création révolutionnaire, tant le Dr Jekyll constitue une des plus belles variations sur le savant fou qu’ait connu la proto-science-fiction, avec ses confrères Frankenstein et Moreau. Et, bien sûr, au-delà, il y a cette magnifique idée du dédoublement de personnalité… qui deviendra bien vite un parfait cliché. Mais, si je ne m’abuse, n’était-ce pas Baudelaire qui définissait le génie comme étant la faculté de créer des lieux communs ?

 

Mais le fait est que tout cela ne facilite pas la tâche pour le lecteur contemporain qui, tournant les pages, connaît déjà les principaux rebondissements, et sait quel sera le dénouement, pour l’essentiel. Ne lui restent à découvrir que les détails de la narration, le cheminement de cette « étrange affaire »… en espérant que cela suffise à le passionner.

 

Nous sommes donc à la fin du XIXe siècle, à Londres. Le personnage principal est un juriste faisant plus ou moins fonction de notaire, Mr Utterson. Celui-ci, lors d’une promenade, se voit confier une histoire par un sien cousin : une nuit, ce dernier avait vu un homme d’aspect répugnant percuter puis piétiner une petite fille avant de continuer son chemin comme si de rien n’était ; mais le cousin de Mr Utterson l’intercepta, et une petite foule s’assembla, réclamant un dédommagement pour la fillette ; la brute s’exécuta, et rapporta un chèque signé Henry Jekyll.

 

Or Utterson connaît bien Jekyll, et s’étonne de ce qu’il fréquente de telles personnes. C’est ainsi qu’il commence son enquête sur celui qu’il apprend bientôt à désigner sous le nom d’Edward Hyde, que le Dr Jekyll lui assure être de bonne compagnie et ne présenter aucun danger. Mais la fable cesse le jour où Hyde est identifié comme le coupable d’un meurtre particulièrement sauvage sur la personne d’un membre du Parlement… L’enquête d’Utterson se poursuit, tandis que Jekyll se montre de plus en plus fuyant et asocial…

 

Tout s’éclaircira, en définitive, par le biais de deux lettres, deux « confessions » : celle du Dr Lanyon, un ami commun, et enfin celle du Dr Jekyll lui-même, expliquant toute l’affaire.

 

Ce (très) court roman – allez, disons-le enfin : cette nouvelle – adopte ainsi une structure plutôt originale, et assez intéressante en tant que telle. Mais est-ce suffisant pour maintenir l’intérêt du lecteur contemporain ? Hélas, je ne le crois pas… Parce que nous connaissons décidément cette histoire. Nous savons ce qui se cache derrière les moindres faits et gestes du Dr Jekyll qui intriguent tant Utterson. Nous connaissons le lien unissant Jekyll et Hyde. Nous connaissons le fond de l’affaire, tant sur le strict plan narratif que sur le plan symbolique, et, osons le vilain mot, philosophique. Aussi le lecteur contemporain – mais non, je ne devrais parler qu’en mon nom propre : aussi me suis-je ennuyé à la lecture de The Strange Case of Dr Jekyll & Mr Hyde.

 

J’ajouterais que le style de l’auteur, assez contourné, ne m’a pas facilité la tâche, et ne m’a pas rendu cette lecture plus agréable…

 

 Alors on peut certes reconnaître du génie à Robert Louis Stevenson pour The Strange Case of Dr Jekyll & Mr Hyde ; lui enlever son mérite serait injuste, et probablement faire preuve d’anachronisme. Mais peut-on encore aujourd’hui s’enthousiasmer à la lecture de cette longue nouvelle ? Ici, je serais beaucoup plus réservé… Ce ne fut pas mon cas, quoi qu’il en soit. Je ne regrette pas d’avoir lu ce qu’il convient bien d’appeler un monument du genre, en raison même de ce statut, mais n’en ferais pas une lecture recommandable ou encore moins indispensable. Parce que ce livre aussi, à l’instar de son personnage-titre, a sa malédiction : celle d’être trop connu.

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G

Globalement je suis d'accord avec toi. La structure même du récit ne permet pas, en ouvrant le bouquin de nos jours, de découvrir avec plaisir ce mythe. Et c'est suffisamment court pour que son
statut de classique lui assure une lecture. Mais, et c'est là uniquement une question d'appréciation, j'ai plutôt apprécié l'écriture de l'auteur. D'ailleurs, si tu souhaites découvrir ma critique
(empreinte de naïveté, en espérant qu'il existe une seule personne encore ignorante du mythe), c'est par là :

http://foudre-olympienne.over-blog.com/article-l-etrange-cas-du-docteur-jekyll-et-de-m-hyde-57932187.html


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G

Il est quand même très important de situer Jekyl dan son contexte historique, 1886, l'apogée de l'ère victorienne. D'où l'écriture qui a certes "vieilli". C'est l'occasion de s'interroger ici sur
le statut prêté à certaines traductions fidèles mais réputées vieillies alors qu'elles reflètent seulement souvent le style de l'œuvre originale, en tout cas son époque. L'idée de la coexistence de
deux versants de la même personnalité, surtout chez un membre de la gentry, médecin de surcroît, est révolutionnaire dans un monde où les gens biens ne peuvent être que du côté du bien. Elle sonne
freudienne à plus d'un titre (et Freud est un quasi contemporain de Stevenson). Stevenson a ainsi combattu nombre de préjugés sociaux, notamment à propos des races "inférieures", bref des
indigènes.
À noter parmi les plagiaires, le cinéaste Renoir dans son très médiocre Testament du Docteur Cordelier où il n'avoue même pas sa dette.


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N


Ah mais tout à fait, je ne nie rien de tout cela ! Simplement, je me suis ennuyé...



C

Je l'ai lu plus jeune, je n'ai pas été "emportée" alors que le mythe me plaît énormément. Du coup, je n'ai même jamais songé à le donner à lire... En effet, peut-être connait-on trop le mythe. Mais
quand j'ai abordé ce court roman, je n'avais vu que l'"adaptation" avec Julia Roberts (revue récemment, pas si mal en fait) et "Dr Jekyl et Mrs Hyde" (ouai, bon, tout le monde a été jeune, hein).
J'adore l'adaptation de la BBC en mini-série (que tu connais apparemment). J'en ai une autre en souffrance, avec John Hannah, acheté à un euro mais qui me laisse dubitative quant à sa pochette (je
sais, never judge a DVD by its pochette).


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