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"To Bring You My Love", de PJ Harvey

Publié le par Nébal

To-Bring-You-My-Love.jpg

 

PJ HARVEY, To Bring You My Love.

 

Tracklist :

 

01 – To Bring You My Love

02 – Meet Ze Monsta

03 – Working For The Man

04 – C’Mon Billy

05 – Teclo

06 – Long Snake Moan

07 – Down By The Water

08 – I Think I’m A Mother

09 – Send His Love To Me

10 – The Dancer

 

Pour ce bref et temporaire retour aux chroniques musicales, je m’en vais vous entretenir d’un des plus grands albums de tous les temps.

 

Là, c’est dit.

 

Je ne me qualifierais pas personnellement de fan extatique de Miss Polly Jean Harvey (même si j’ai pas fait mon malin quand je l’ai vu sur scène, j’avoue, j’en ai foutu partout...). J’aime ce qu’elle fait, mais je trouve bon nombre de ses albums surestimés, que ce soit au tout début de sa carrière (Dry et Rid Of Me, pour ne pas les nommer) ou ultérieurement.

 

Mais, entre les deux, la dame a pondu deux merveilles incomparables. Et, rien que pour ça, elle aura droit à ma gratitude éternelle, et à mon admiration de tous les instants. C’est en effet l’époque où PJ Harvey a su accommoder son incontestable talent pour le songwriting d’une très légère touche électronisante et d’une production à l’avenant, riche en effets, sonnant presque industrielle à l’occasion (j’assume). Cela a donné tout d’abord cet extraordinaire chef-d’œuvre – dans tous les sens du terme – qu’est To Bring You My Love, dont je vais vous parler aujourd’hui. Puis, un peu plus tard, le très bon également – même si, paraît-il, mal reçu à sa sortie (mais je n’en ai pas le souvenir… ?) – Is This Desire?, dont il est fort probable que je vous entretienne prochainement.

 

Mais d’abord, donc, To Bring You My Love. Un des plus grands albums de tous les temps, disais-je. Un album qui – j’assume entièrement mon propos – se rapproche de la perfection. Un album, enfin, avec une patte unique, indéfinissable, quelque part entre folk glauque, torride et poisseux, pop énervée portée sur le bruit, et expérimentations vaguement électronisantes, riches en basses sourdes et lourdes et en orgues minimalistes.

 

Minimalisme. Un mot-clef, sans doute, pour appréhender cet album, le plus souvent caractérisé par le principe antique du « rien de trop ». Du faussement simple, pour un modèle d’écriture épurée.

 

L’album s’ouvre sur « To Bring You My Love » (désolé, le morceau est coupé un peu brutalement, je n’ai pas trouvé mieux…), ou la meilleure des introductions, au léger crescendo parfait, et à la saturation délicieuse. Le riff est tout simple, mais d’une efficacité diabolique, et l’orgue se fait le compagnon idéal et céleste de la voix grave de Polly Jean. Pas exactement la chanson d’amour la plus positive que l’on puisse concevoir, mais une vraie petite merveille, qui instaure d’ores et déjà l’ambiance lourde et poisseuse caractéristique de l’album.

 

On enchaîne sur « Meet Ze Monsta », un incontournable live, à la (aux ?) basse(s) et à la rythmique également monstrueuses (eh…), et pour le coup passablement énervées. Un déluge de sonorités quasi industrielles, là encore merveilleusement saturées. C’est très très lourd, et effroyablement bon.

 

Suit « Working For The Man ». On change assez radicalement de registre, même si le morceau est à nouveau porté par la basse, sourde et répétitive ; une sorte de quasi-dub glauquissime, oppressant, claustrophobe, au chant chuchoté, semi dissonant quand il vire dans les aigus… une vraie réussite.

 

Nouveau changement de registre avec « C’Mon Billy », ballade folk érotico-funèbre à la mélodie imparable et aux arrangements sublimes. Un morceau très charnel, sensuel, et d’une efficacité redoutable.

 

Après quoi « Teclo » retourne quelque peu aux ambiances de « To Bring You My Love », avec son riff bluesy très simple et pourtant génial qui fait quelque peu l’autoroute, secoué de trémolos, sur lequel vient se poser la voix grave de PJ Harvey. Là encore, ce n’est pas la joie qui domine… Très beau, et très planant.

 

Quant à « Long Snake Moan », il semble s’inscrire dans la continuité de « Meet Ze Monsta » : une pop énervée, rythmée et saturée, riche en basse. Bien, mais un peu moins convaincant que le reste, peut-être. Car un peu plus classique, sans doute… Cela dit, on ne va pas bouder notre plaisir : cela reste très bon.

 

L’effet de miroir se poursuit sur le morceau suivant, « Down By The Water » n’étant pas sans évoquer « Working For The Man » ; là encore, on se trouve devant un morceau pour le moins électronisant, porté par une basse sourde et blindée d’effets, quelque part entre dub et bossa nova. Très efficace, et à nouveau très glauque, a fortiori sur le finale chuchoté…

 

« I Think I’m A Mother », très bluesy, poursuit « To Bring You My Love » et « Teclo ». La voix de PJ Harvey n’a jamais été aussi grave, c’est à faire peur… Un morceau assez angoissant, que j’aurais irrésistiblement envie de qualifier de lynchien, si tant est que ça veuille dire quelque chose (peut-être parce que ça m’évoque BlueBob ?)…

 

Avec « Send His Love To Me », par contre, c’est clairement l’atmosphère de « C’Mon Billy » que l’on retrouve, avec encore une fois de beaux arrangements. À nouveau une jolie ballade, pas ce qu’il y a de plus joyeux, mais tout ce qu’il y a d’efficace. Une mélodie qui rentre dans le crâne et n’en ressort pas, mais c’est tant mieux.

 

Reste enfin « The Dancer », qui conclue l’album sur une note chaloupée et orgasmique, vibrante d’émotion au rythme de la guitare.

 

Dieu que cet album est bon…

 

 Allez, en principe, je vous causerai bientôt de Is This Desire?, puisque c’est ça.

Commenter cet article

yossarian 12/06/2010 08:42


Yep ! Is this desire mérite qu'on s'y arrête.
Par ailleurs, j'avoue ma faiblesse pour White Chalk, un petit miracle de dépouillement éthéré. Je l'ai écouté la première fois, au lever du jour avec la silhouette du château de Chambord se
découpant sur l'horizon ( fin de 3615 MyLife).
Et pis, nous parleras-tu des collaborations de PJ avec John ? Genre Dance hall at louse point.


Nébal 12/06/2010 08:44



Plus tard, peut-être... mais pas tout de suite.



philippe 12/06/2010 07:54


entièrement d'accord avec toi, cet album est magnifique... the dancer reste celle que je préfère - pas de raison particulière... et oui, cause nous de is this desire, je dois dire ne pas avoir trop
accroché au reste de sa discographie, mais tu serais capable de me faire changer d'avis...


Cachou 11/06/2010 23:55


Youpi, un CD!!!! (quoi, ça faisait longtemps quand même!)
Je suppose qu'on a tous un chanteur dont la voix nous fait cet effet. Pour ma part, celle de P.J. Harvey (que je ne connaissais que de nom je dois dire) n'a pas cette "influence" (dirai-je pour
rester délicatement élégante)(en même temps, c'est peut-être normal...), j'ai bien aimé mais sans plus. Maintenant, peut-être que dans de meilleures conditions d'écoute, ça me plairait plus. J'ai
bien accroché à "C'mon Billy" et "Teclo" en tout cas.