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"Transmetropolitan", t. 6. "Une dernière fois", de Warren Ellis et Darick Robertson

Publié le par Nébal

Transmetropolitan-6.jpg

 

ELLIS (Warren) & ROBERTSON (Darick), Transmetropolitan, t. 6. Une dernière fois, Saint-Laurent-du-Var, Panini France, coll. Vertigo Big Book, [2000-2002, 2004] 2010, [n.p.].

 

Cette fois, ça y est.

 

C’est fini.

 

Avec Une dernière fois, sixième et ultime tome de la série Transmetropolitan, les aventures du plus génial et déjanté des journalistes de tous les temps, j’ai nommé Spider Jerusalem himself, touchent à leur terme. On n’y croyait pas forcément au début, mais ça y est, la série entière a été publiée en français.

 

Ouf.

 

On peut souffler, maintenant, et se réjouir, car il s’agit tout de même, là, d’un véritable monument de la science-fiction en bande-dessinée, et assurément d’une des meilleures BD que j’ai lues ces dernières années. J’irai même plus loin : c’est la meilleure BD que j’ai lue ces quinze dernières années, si l’on fait abstraction de celles qui ont été scénarisées par Alan Moore et de Sandman (oui, parce que bon, quand même). Carrément. Ouais. Et le premier qui me contredit se prend un coup d’agitateur d’intestins, réglé sur la position « prolapsus » (un classique indémodable).

 

Je pourrais m’étendre sur des pages et des pages sur tout ce qui fait la qualité exceptionnelle de ce comic book, mais je vais faire ma feignasse : reportez-vous donc à mes anciens compte rendus, et en priorité à celui du tome 1 (oui, je sais, je n’ai pas chroniqué la série complète, et c’est mal, mais bon, tant pis…).

 

Passons plutôt directement à ce dernier tome, qui est composé de deux parties bien distinctes, chacune occupant environ la moitié du TPB.

 

La première partie est elle-même subdivisée en deux sous-parties, « Laissez-moi partir » et « La Lie de la ville » (une cinquantaine de pages chacune), et est illustrée par une kyrielle de dessinateurs (la liste est longue comme le bras ; je me contenterais d’en citer quelques-uns parmi les plus célèbres : Glenn Fabry, Steve Dillon, Tim Bradstreet, David Mack, Steve Pugh, Jill Thompson, Chris Sprouse, Bill Sienkiewicz, Yanick Paquette, Klaus Janson, Garry Leach…). Il ne s’agit pas de bande-dessinée à proprement parlée, mais d’illustration des articles de Spider Jerusalem, couvrant les six tomes de la saga. La plume de Warren Ellis s’y révèle souvent délicieuse, et certains passages sont tout à fait savoureux. On pourrait en citer plusieurs, mais il en est un que j’ai trouvé particulièrement intéressant, notamment en ce qu’il concerne les préoccupations habituelles (enfin… en temps normal…) de ce blog (miteux, oui) :

 

« Cela étant dit : avez-vous remarqué combien le futur est parti en sucette ?

« Je veux dire, le futur n'était pas censé être comme ça, si ? On a tous grandi avec le futur imaginé par la télévision et par les vieux films du dimanche après-midi, après les brochettes de lézard en famille. Le futur était censé être énergique, vif, glamour, de superbes rayons laser peignant le ciel de traits bariolés tandis qu'ils pourfendaient, phasaient, disruptaient, blastaient ou dépeçaient l'opposition. Les hommes portaient des tenues de gym féminines mais restaient des hommes, et les femmes étaient faciles et criaient beaucoup, comme ma première copine.

« C'était ça, le futur qu'on nous avait promis. Et voilà qu'on regarde toujours la lueur triste de la télé, au-dessus d'un Faiseur qui ressemble à un vieux lave-linge... C'est une des pires choses au monde, la façon dont le futur finit toujours par s'avérer chiant»

 

Ça, dans une BD d’anticipation, ben moi, je trouve ça couillu. Pour reprendre le profond concept théorique développé par l’ami Captain Spaulding, Transmetropolitan est en effet, à l’instar de Preacher (toujours chez Vertigo – loué soit Vertigo), une BD caractérisée avant tout par le βυρνος, ce qui ressort tout particulièrement dans les insultes et menaces que s’adressent mutuellement les personnages. J’avoue avoir un faible pour celle-ci, dans le présent tome :

 

« J'apprécierais beaucoup que vous m'arrêtiez. Car cela garantira que d'ici une semaine, vous serez dans une prison des plus inconfortables, l'érection mutante d'un violeur de chiens récidiviste bien calée au fond de votre colon. »

 

Merci, Monsieur Warren Ellis, pour toutes ces merveilles.

 

Mais, justement, cette tirade nous amène à la deuxième partie de Une dernière fois, plus traditionnelle. Sauf qu’on y rigole beaucoup moins que d’habitude. L’atmosphère est résolument dramatique : c’est que l’on aboutit au choc des titans, le vrai, la confrontation finale entre le Sourire et Spider Jerusalem, le Président et le Journaliste, l’exécutif et le « quatrième pouvoir ». Dans une ambiance de pur chaos urbain : le Sourire a décrété la loi martiale, et Spider Jerusalem et ses Sordides Assistantes risquent leur peau ; tout cela dans l’indifférence, semble-t-il, des autres médias, qui ont trop peur du Sourire pour entraver son action. Seul Le Trou est encore à même de le faire vaciller sur son trône. Et c’est un Spider Jerusalem physiquement très diminué qui va s’y employer ; mais le journaliste gonzo a plus d’un tour dans son sac… tandis que le président se voit de plus en plus acculé et contraint de recourir aux méthodes les plus extrêmes.

 

Ce finale apocalyptique, qui entre en résonance avec les premiers épisodes de Transmetropolitan, est bien digne de la génialissime série de Warren Ellis et Darick Robertson. Le ton est plus grave, certes, mais l’aventure est palpitante, l’intrigue bien ficelée, les dialogues superbement écrits… Bref, tout ça coule parfaitement.

 

 Une fois la dernière page retournée, le sourire aux lèvres, on se dit qu’on a décidément lu quelque chose d’exceptionnel, une BD hors-normes, comme on n’en croise que trop rarement. Alors lisez Transmetropolitan (bordel de pompe à chiottes), vous ne le regretterez pas. Ou si vous le regrettez, c’est que vous n’avez pas de goût. Na. Hop.

CITRIQ

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U

A ta place, je commencerai par ses nouvelles.


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N


Un ou des titre(s) à recommander ?



B

Perso, je trouve que Transmetropolitan, ça a un petit air de ressemblance avec ce que peut écrire John Varley.

Donc c'est bien.

Mangez en.


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N


N'ayant pour l'instant lu qu'une seule et unique nouvelle de John Varley (celle du Bifrost spécial Robert Heinlein...), je ne peux guère me prononcer...


Mais si c'est bien le cas, alors faut vraiment que je m'y mette (et que j'avance Gens de la Lune dans mon étagère de chevet).



L

Je jette un voile pudique sur ta chro pour ne pas me spoiler. Je n'ai lu que les deux premiers et l'aspect foisonnant du 1 me manque déjà un peu, mais je ne savais pas qu'une BD avait eu une telle
ambition...


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C

Ah, une série finie! C'est tellement rare...
Il faut dire que d'Ellis, j'adore "Fell". Mais je suis très très frustrée parce que ça va faire trois ans bientôt que je guette la parution du deuxième tome de cette série sans qu'il ne se décide à
arriver (ma meilleure amie m'en veut aussi à cause de ça, parce que je lui ai offert cette BD, qu'elle a aussi adorée, et elle a droit à une réponse négative à chaque fois qu'elle me demande si la
suite est sortie). Du coup, j'ai un peu tendance à me méfier d'Ellis et Templesmith (même si j'adore les dessins de Templesmith).
Là, le p'tit extrait que tu nous a choisi m'a sacrément mis l'eau à la bouche (plus que la couverture, dont les dessins ressemblent plus à ceux que je n'aime pas trop dans les comics). Mais je n'ai
jamais vu cette série dans les magasins où je vais. Je pense que je vais devoir rajouter ce titre à la longue liste des choses à trouver à Bruxelles et Lille lors de mes prochaines visites (surtout
que ça fait quelques mois que je n'ai pas lu de comics).


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N


Chaudement recommandé.


J'avais aussi beaucoup aimé le premier tome de Fell, mais, effectivement, je ne crois pas avoir vu de suite chez Delcourt...