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"Warlock", d'Oakley Hall

Publié le par Nébal

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HALL (Oakley), Warlock, [Warlock], traduit de l’anglais (États-Unis) par David Boratav, Paris, Rivages, coll. Noir, [1958, 2010] 2011, 704 p.

 

Western encore, avec une nouvelle fois un pavé, bien digne de Lonesome Dove ou Deadwood mais plus ancien, et loué par des gens très recommandables tels que Thomas Pynchon ou encore Rick Bass (préfacier de l’édition en grand format chez Passage du Nord-Ouest). Warlock d’Oakley Hall fait à vrai dire figure d’incontournable du genre, même si j’ai entendu à son sujet divers sons de cloche ; quant à moi, j’ai cependant choisi mon camp, camarades, et je n’hésite pas à parler de chef-d’œuvre. Ben oui. Encore…

 

Nous sommes à l’aube des années 1880, dans la ville minière imaginaire de Warlock. Mais pour être une construction de l’auteur, Warlock n’en fait pas moins penser à d’autres lieux entrés dans la légende de l’Ouest, et notamment Tombstone (OK Corral étant remplacé ici par Acme Corral, etc.). La ville est en plein développement, principalement en raison de ses mines, mais n’a pas véritablement de statut officiel, ce qui n’est pas sans lui poser quelques soucis… En effet, la ville est la cible des exactions d’une bande de cow-boys guère fréquentables, notamment ceux du clan McQuown. Les autorités, à Bright’s City, ne font rien pour aider les citoyens de Warlock, et leur shérif, terrorisé, vient de quitter la ville.

 

Alors le comité des citoyens – dont l’épicier Goodpasture, dont le journal est régulièrement cité – décide de lutter à armes égales en engageant un marshal, autant dire un tueur, nomme Blaisedell ; un « héros » de l’Ouest, et déjà reconnu comme tel : un écrivain (ou écrivaillon) lui a offert une paire de Colts à la crosse d’or pour le récompenser… Mais Blaisedell ne vient pas seul à Warlock ; il est peu ou prou accompagné de son ami Morgan, joueur invétéré et lui aussi fine gâchette, qui ne tardepas à ouvrir un saloon en ville. L’affrontement entre Blaisedell et McQuown sera dès lors inévitable, et un grand moment de cette confrontation sera le règlement de comptes de l’Acme corral…

 

Warlock, à l’instar des deux grands romans précités, fait intervenir une multitude de personnages ; le mot est à vrai dire faible : au début, on a franchement tendance à se perdre dans tous ces noms qui nous sont livrés à la mitrailleuse le long de pages extrêmement denses… Mais on s’y fait, et l’on en vient ainsi à s’impliquer résolument dans la ville même, en fin de compte le personnage essentiel du roman. Il faut dire que tous ces personnages – ou du moins la plupart – sont remarquablement campés, notamment en ce que leur complexité les rend tout à fait humains. Rares, d’ailleurs, sont les personnages totalement bons (à vrai dire, je ne crois pas qu’il y en ait) ou totalement mauvais (à part peut-être McDonald, le sinistre patron de la mine de la Medusa ? et peut-être Dad McQuown ?) ; on fait ici dans les nuances de gris, pas dans le tout noir ou tout blanc : le « héros » Blaisedell a sa part d’ombre (plus ou moins incarnée, d’ailleurs, par Morgan – le roman vaut aussi pour son remarquable tableau de l’amitié dans ce qu’elle peut avoir de plus délétère), tandis que les « méchants » cow-boys de McQuown suscitent plus qu’à leur tour l’empathie, leur chef inclus.

 

Au-delà, Warlock est un roman d’une extrême noirceur, un western « sauvage » et passablement nihiliste, jusque dans sa dimension sociale. Les « héros » y sont impitoyablement questionnés, l’hypocrisie du comité des citoyens stigmatisée sans états d’âme (voyez notamment le beau personnage du pseudo-juge Holloway, ivrogne porté sur les sermons…), et la violence est au cœur du propos. C’est ainsi, derrière Warlock, la nation américaine dans son ensemble qui se retrouve interrogée, avec un brio tout à fait remarquable.

 

Et pour illustrer ce mythe d’entre les mythes, Oakley Hall use d’une plume tout à fait appréciable, parfois un brin confuse peut-être (du fait de la multiplicité des intervenants), mais qui connaît plus qu’à son tour des fulgurances étonnantes, des moments de pure beauté. On se laisse emporter, du coup, par la virtuosité de la narration, et l’on devient part intégrante de la ville (l’identification se faisant à vrai dire surtout avec deux personnages, l’épicier Goodpasture donc, mais aussi l’adjoint au shérif Bud Gannon, superbe figure qui personnifie à elle seule tous les enjeux légaux et moraux de l’affrontement entre Blaisedell et le gang McQuown).

 

Roman très dense, saga fourmillante, d’une richesse impressionnante, Warlock demande peut-être quelques efforts, mais le jeu en vaut indéniablement la chandelle. Western exemplaire, véritable chef-d’œuvre du genre, précurseur probable du « néo-western », c’est un livre indispensable pour qui s’intéresse à cette littérature. Un grand roman, assurément, qui laisse une empreinte indélébile.

CITRIQ

Commenter cet article

Verti 17/11/2013 02:44

Apparemment le mélange western+fantastique s'appelle Weird West: http://en.wikipedia.org/wiki/Weird_West

Ca donne bien envie d'en lire.

juko 08/11/2013 09:36

tu me lacherais qqs titres où c surprises?

Nébal 09/11/2013 08:20



Ben, le problème, c'est que à part Journal des années de poudre de Richard Matheson (où l'élément fantastique est franchement anecdotique...), je ne les ai pas encore lus, et ne saurais
donc pas quoi conseiller...



juko 07/11/2013 23:18

et tu connais des western qui melent fantastique?

Nébal 08/11/2013 06:29



Voui, plein. J'ai surtout lu des westerns "classiques" jusque-là, mais il y en a pas mal de fantastiques dans ma pile à lire. Ca viendra.



Kilasome 07/11/2013 18:24

Génial tes chroniques sur les romans Western. Cela donne envie de s'y plonger. Comptes-tu chroniquer du Louis L'amour(a.k.a le pape du western)?

Nébal 08/11/2013 06:29



Peut-être Le Canyon hanté, un de ces jours.



Efelle 07/11/2013 18:15

Ah ouais quand même...

Nébal 08/11/2013 06:28



Ouais.