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Nébal écoute des bons disques

Dimanche 25 novembre 2007

The-Last-Sucker.jpg

MINISTRY, The Last Sucker.
 
Tracklist :
 
01 – Let’s Go
02 – Watch Yourself
03 – Life Is Good
04 – The Dick Song
05 – The Last Sucker
06 – No Glory
07 – Death & Destruction
08 – Roadhouse Blues
09 – Die In A Crash
10 – End Of Days (Pt. 1)
11 – End Of Days (Pt. 2)
 
Autant vous prévenir d’emblée : j’ai tendance à devenir dangereux et saoulant quand je parle de Ministry. Mea culpa. Mais c’est comme pour Philip K. Dick, Alan Moore et Stanley Kubrick (notamment ; mais je pourrais aussi parler ici de Flaubert, de Kafka, d’Hitchcock, etc.) : ces gens-là font partie de mon panthéon personnel, et j’ai à leur égard une dévotion dénuée de toute subtilité qui n’a rien à envier aux plus abjects fondamentalistes que les religions universelles de salut ont fait pulluler sur notre triste monde tragique (je hais ces gens-là ; d’ailleurs, ils se trompent de Dieu, puisque Dieu c’est Ministry. Et Philip K. Dick. Et Alan Moore. Et… bon, vous avez compris).
 
Là, c’est fait.
 
Dévotion oblige, ceci dit, je ne vais pas vous entretenir immédiatement de The Last Sucker. Cet album tout récent étant présenté comme « le dernier album studio de Ministry », j’ai tout d’abord envie de revenir sur le parcours de ce groupe unique. Parce que là, oui madame, l’histoire rencontre l’Histoire (comment ça, je suis pas crédible ?).
 
Ministry, au début, c’est Al Jourgensen tout seul (le prénom changera au fil des albums : Alain, Alien, plus récemment Al-Qaeda…), jeune Américain né à Cuba, et un peu perturbé, qui commence par une sorte de synth-pop industrielle au début des années 1980 avec l’album With Sympathy. On est très très loin du Ministry ultérieur… Ce n’est pas inintéressant, mais pas encore transcendant. Les choses deviennent déjà bien plus alléchantes avec l’album suivant, Twitch, aux sonorités plus dures, et bien moins mélodique, qui n’est pas sans évoquer à mon sens un Cabaret Voltaire en plus agressif. C’est aussi l’époque où déboule dans Ministry un certain Paul Barker, qui amène des guitares dans ses valises.
 
Ministry, dorénavant, ce sera donc Jourgensen (chant, guitare, programmation) et Barker (basse, programmation), même si nombreux seront les collaborateurs occasionnels, participant à l’enregistrement des albums et aux tournées sans pour autant intégrer à proprement parler le groupe (Bill Rieflin à la batterie, par exemple, exilé si je ne m’abuse de Killing Joke, fondateur de Pigface – qui était d’ailleurs à l’origine un cover-band de Ministry –, et qui a joué depuis au sein de REM, qui n’a effectivement rien à voir). Notons d’ailleurs que Ministry se trouve au centre d’une véritable nébuleuse, les deux compères multipliant les side-projects, parmi lesquels on retiendra surtout les excellents Revolting Cocks (groupe purement industriel à l’origine, fondé avec Luc Van Acker et Richard 23 de Front 242 ainsi que Chris Connelly, puis intégrant lui aussi les guitares, mais dans une perspective moins violente que Ministry, plus punk et rigolarde) et Lard (un peu plus punk que Ministry, et qui s’en distingue essentiellement par la présence au chant de l’hystérique Jello Biafra, charismatique leader des Dead Kennedys – qui apparaît d’ailleurs régulièrement aux côtés de Ministry et des Revolting Cocks, entre autres). Mais il en est bien d’autres, plus discrets ou officieux, comme 1000 Homo DJ’s, avec un tout jeune et encore inconnu Trent Reznor… ou encore le projet country Buck Satan & The 666 Cow-Boys !
 
Je vais néanmoins me concentrer ici sur Ministry, qui livre coup sur coup, au tournant des années 1980-1990, trois albums absolument géniaux et à l’influence incomparable, très différents les uns des autres, mais posant pourtant les bases de ce que l’on appellera désormais le metal industriel.
 
Au commencement était The Land Of Rape And Honey, album fondateur s’il en est, et débutant par trois morceaux riches en guitare, très punk, et définissant le style propre aux meilleurs albums de Ministry, notamment le premier, l’excellent « Stigmata » : un riff simpliste mais parfait, qui court tout le long du morceau, l’aspect répétitif de l’ensemble n’étant qu’apparent, mais contribuant à créer une atmosphère particulière et un quasi-état de transe punk et hystérique. Miam ! « The Missing » et « Deity », plus bourrins, sont moins convaincants, mais néanmoins très originaux pour l’époque, et contribuent à cette étrange conséquence : de plus en plus de têtes chevelues se ruent aux concerts de Ministry, à la stupéfaction de Jourgensen et Barker, issus d’une culture punk et électronique, et non metal. La transition se fait, pourtant. En attendant, The Land Of Rape And Honey contient encore quelques très bons morceaux, comme l’instrumental assez planant « Golden Dawn », comprenant des samples tirés du superbe film de Ken Russel Les diables, l’électro-arabisant « Hizbollah » (décidément, ça après Al-Qaeda, vais me faire ficher, moi…), l’indus martial de « The Land Of Rape And Honey », ou encore l’hystérique « Flashback ». Que du bon, vous dis-je. Et à l’influence immédiate : Trent Reznor reconnaît volontiers l’influence de cet album sur Nine Inch Nails, par exemple.
 
Pourtant le meilleur est encore à venir, avec l’énormissime The Mind Is A Terrible Thing To Taste, qui est tout simplement le meilleur album de tous les temps, là, et aucune contestation n’est possible (sauf si c’est pour donner la première place à Psalm 69, éventuellement, mais on y reviendra). La bible du metal indus. Ministry a trouvé la formule magique : les guitares sont présentes sur la plupart des morceaux, très répétitifs, avec des riffs en béton mais simples en apparence oscillant entre punk et metal, un travail du son énorme et des samples employés judicieusement. D’où une suite de bombes, parmi lesquelles on retiendra notamment le furibond « Thieves » ouvrant l’album à grands coups de perceuse et de samples de Full Metal Jacket (les grands esprits se rencontrent… pour l’anecdote, on rappellera que Ministry, plus tard, écrira deux morceaux pour la bande originale de A.I. de Steven Spielberg et jouera dans le film, et que c’était Kubrick, à l’origine du projet, qui les avait choisis) ; le tubesque « Burning Inside », sans doute le morceau le plus archétypal du groupe ; le planant et déviant « Cannibal Song » avec son monstrueux riff de basse imperturbable ; « Breathe » avec sa rythmique folle à deux batteries (particulièrement impressionnant en live, comme sur la vidéo de In Case You Didn’t Feel Like Showing Up, où il devient le prétexte à une intro épique ; Ministry a souvent joué en live avec deux batteries, d’ailleurs, et ça fait du bien…) ; le fabuleux « So What », trippant et punk à la fois, et qui dure, qui dure, pour le plus grand plaisir des gens de bon goût ; « Faith Collapsing », aussi, avec à nouveau un monstrueux riff de basse et une rythmique tribale à deux batteries agrémentée de samples du très bon Fahrenheit 451 de François Truffaud… et les autres morceaux ne sont pas en reste.
 
La « trilogie » des grands albums metal indus de Ministry s’achève avec le non moins excellent Psalm 69, The Way To Succeed And The Way To Suck Eggs, qui deviendra par un étrange concours de circonstances le plus gros succès commercial du groupe. C’est pourtant un album violent et sans compromis, ce dont témoigne d’entrée de jeu le tout simplement parfait « N.W.O. », virulente charge contre George Bush père reposant sur un riff simpliste au possible de deux notes courant tout au long des six minutes du morceau sans jamais le rendre lassant pour autant ; vient ensuite le très métallique « Just One Fix », introduit par William Burroughs himself et dont le génial riff et la rythmique bourrine seront d’une grande influence par la suite (à titre d’exemple, je considère pour ma part que Rammstein, à peu de choses près, s’est contenté tout au long de ses albums de faire des variations moins violentes et convaincantes, quand bien même sympathiques, sur ce seul et unique morceau…). On retiendra également de cet excellent album le planant et oppressant « Scarecrow », le jouissivement débile et mégalomane « Psalm 69 » qui servira souvent d’intro aux concerts de Ministry par la suite, ou encore l’indus bourrin et tribal de « Corrosion », à se taper la tête contre les murs. Et puis le rigolo « Jesus Built My Hotrod » avec Gibby Haynes des Butthole Surfers, un morceau débile et enthousiasmant… qui rencontrera en tant que single un très grand succès commercial, et boostera à un point inimaginable les ventes de cet album rude dans lequel il joue quelque peu le rôle de friandise, n’ayant pas grand chose à voir avec le reste…
 
Ministry, contre sa volonté, est donc devenu un groupe célèbre et vendeur. Un statut dont Jourgensen et Barker, très clairement, ne veulent pas. On a en effet l’impression que les albums suivants vont se livrer à une véritable entreprise de sabotage, de par leur abord plus difficile, leur son gras et lourd, leur rythme souvent plus lent, le côté répétitif accentué à outrance, etc. Il faut sans doute ajouter à cela que Jourgensen, dont les cures de désintoxication à l’héroïne (c’était déjà le sujet de « Just One Fix ») sont assez violentes, traverse une mauvaise passe qui ne facilite pas toujours des relations de plus en plus tendues avec Barker. Sachant tout cela, on ne sera pas surpris du caractère très noir, lourd et glauque de l’album suivant, Filth Pig. Un album à mille lieues de Psalm 69, qui se fait instantanément descendre par une critique imbécile (je crois me souvenir notamment d'un papier affligeant dans Les Inrockuptibles, écrit par un bouffon borné au possible, et qui figure parmi les pires articles que j'ai pu lire dans cet hebdo pourtant riche en aberrations critiques pédantes, hypocrites et insupportablement bobo...). On peut bien le dire aujourd’hui : Filth Pig est un excellent album, très inventif, mais pas facile d’accès, le son extrêmement lourd et gras de l’ensemble n’y étant sans doute pas pour rien (personnellement, je trouve ce son phénoménal, mais je me souviens de critiques très virulentes à l’époque, où des journaleux stupides se plaignaient de ce qu’ils considéraient comme un bâclage je m’en-foutiste bricolé dans un garage… bande de…). Il contient bon nombre d’excellents morceaux, parmi lesquels on retiendra notamment le très bourrin et lourd « Reload » ouvrant l’album, le très répétitif et planant « Filth Pig » avec son solo d’harmonica sous hélium, le monstrueux « Lava », « Gameshow » et sa rythmique folle, notamment dans l’épique intro, ou encore « The Fall », plus planant, et qui servira souvent par la suite à conclure les concerts. Petite blague, enfin, la reprise de « Lay Lady Lay » de Bob Dylan, mais là je dois dire que je n’accroche pas (Ministry n’est pas fait pour la mélodie et la guimauve, pas de doute là-dessus)…
 
Ministry se retrouve néanmoins dans une mauvaise passe qui va durer plusieurs années, émaillées de problèmes de drogue, voire de sanctions pénales, et de brouilles récurrentes entre Jourgensen et Barker. Le groupe sortira cependant The Dark Side Of The Spoon (le jeu de mots est assez limpide…), qui poursuivra sur l’atmosphère de Filth Pig tout en revenant à l’occasion à un esprit plus typique des enregistrements antérieurs, ainsi qu’en témoigne notamment le premier morceau, « Supermanic Soul », que l’on peut voir comme une relecture extrêmement primitive de « N.W.O. ». Si l’album obtiendra un plus grand succès que le précédent, notamment du fait de la présence du single « Bad Blood » sur la bande originale de Matrix (et pas dans le film, si je ne m’abuse… c’est d’ailleurs peut-être le morceau le moins intéressant de l’album, je ne comprends pas les gens, des fois), Ministry reste cependant bien loin des sommets atteints avec Psalm 69. The Dark Side Of The Spoon, s’il n’est guère facile d’accès, est néanmoins un excellent album de Ministry. J’ai parfois l’impression d’être le seul à l’affirmer, ceci dit… Mais j’avoue apprécier énormément les morceaux lorgnant plus ou moins débilement sur le jazz, comme le rigolo « Step » ou le planant « 10/10 ». Et surtout, j’affirme sans l’ombre d’un doute que cet album renferme deux des meilleurs morceaux de Ministry, si ce n’est les meilleurs, avec le très planant « Eureka Pile », sa rythmique folle et sa basse claustrophobe, et « Nursing Home », morceau totalement dingue à base de banjo et de saxophone, improbable et génial mélange de dub, d’indus, de free jazz et de folk voire country glauque ! The Dark Side Of The Spoon est ainsi clairement le dernier grand album de Ministry à mes yeux (ou mes oreilles, oui bon d’accord).
 
Nouvelle période de difficultés, puis, enfin, un nouvel album, sur un nouveau label, avec Animositisomina. Plus direct et moins expérimental que Filth Pig et The Dark Side Of The Spoon, il est bien moins intéressant à mon sens. Cet album plus violent n’est cependant pas sans atouts, ainsi avec le virulent « Animosity » qui l’introduit, la reprise assez pop mais très sympathique de « The Light Pours Out Of Me », ou encore l’excellent instrumental final, planant et répétitif au possible, « Leper ». C’est toutefois à mon sens un album un peu en demi-teinte. La bonne nouvelle, ceci dit, c’est que Ministry renoue alors avec la scène, après une longue absence plus ou moins imposée par des sanctions pénales. Et pour les avoir vus à l’époque à l’Elysée-Montmartre, je peux confirmer la puissance scénique de Ministry, d’autant que Jourgensen, qui rechignait auparavant aux tournées, semble dès lors y trouver un plaisir intense facilitant d’autant la communion avec un public très hétéroclite.
 
La mauvaise nouvelle, c’est que Barker quitte le groupe… Je n’en connais pas les raisons précises, même si cela semblait assez prévisible à force. Qu’à cela ne tienne, Jourgensen décide de continuer, mais en changeant l’orientation de son bébé. Ministry va désormais devenir un groupe résolument metal, et plus politique que jamais. Ministry a toujours eu un côté politique, de même que les Revolting Cocks et Lard ; mais l’arrivée à la Maison Blanche du fiston Bush va jouer le rôle de déclencheur, Ministry enchaînant alors les albums virulents presque entièrement dédiés à la satire de l’ancien gouverneur du Texas (rappelons que Jourgensen vit aujourd’hui dans cet Etat emblématique de la pire « Bible Belt ») et à la dénonciation de la politique militariste des néo-conservateurs (ce qui commençait déjà à se faire sentir sur Animositisomina). Ainsi, très vite, avec Houses Of The Molé, un album très efficace mais guère marquant, s’ouvrant néanmoins sur le jouissif et éloquent « No W » et ses samples de Carmina Burana (dans sa première version ; les samples ont dû ensuite en être retirés en raison de problèmes de « droits d’auteur »… mouais…).
 
L’album suivant, Rio Grande Blood,s’il continue dans cette veine, est plus intéressant, contenant quelques pépites comme le très bourrin « Rio Grande Blood » qui l’introduit, un « Senior Peligro » qui fait indubitablement penser à Slayer, « Gangreen » et ses marines débiles, « Yellow Cake » qui retourne à l’indus déviant et primitif de Filth Pig et The Dark Side Of The Spoon, « Ass Clown » où Jello Biafra vient faire un petit coucou, ou encore le très bon et planant « Khyber Pass ». Un très bon album, donc, très violent, mais surtout très trash, et qui tient plus de Slayer que de Ministry, dans un sens. Je dois avouer lui avoir largement préféré, à l’époque, Cocked And Loaded, le tant attendu nouvel album des Revolting Cocks, sorti exactement en même temps et bien plus original.
 
Et on en arrive ainsi à The Last Sucker. « The end is here. Ministry’s final studio release », nous précise un sticker. Vraiment, ou bien n’est-ce qu’un coup de pub ? Je ne me prononcerai pas ; toutefois, Jourgensen avait depuis longtemps déjà clamé son intention de passer à autre chose, et le récent décès du bassiste Paul Raven, venu remplacer Barker, n’est peut-être pas pour rien dans cette décision… Mais que vaut-il donc, ce « dernier » album, où George W. Bush, sans surprise, continue de s’en prendre plein la poire ? Eh bien j’avoue que, à la première écoute, j’ai été extrêmement déçu, l’album ne me paraissant guère accrocheur et inventif. J’ai même dit une abominable méchanceté : « Ouais, il est peut-être temps de s’arrêter, effectivement… »
 
Imbécile…
 
Je l’ai réécouté, cet album. Juste pour voir. Alors peut-être la méthode Coué a-t-elle joué, mais j’en doute ; quoi qu’il en soit, je l’aimais de plus en plus, et, aujourd’hui, je reviens sur ma première impression et sur ce jugement lapidaire, parfaitement injustifié et scandaleux (et je me flagelle avec des orties fraîchement coupées pour expier ma faute). The Last Sucker est bel et bien un bon album ; un très bon album, même ; et j’en viens presque à me demander si ça ne serait pas, au final, le meilleur album de Ministry depuis The Dark Side Of The Spoon
 
Mais décortiquons un brin. Comme souvent chez Ministry, l’album s’ouvre sur un morceau jouissif avec « Let’s Go », l’auditeur étant pris d’une irrépressible envie de secouer la tête. Ceci dit, cette fois, c’est plutôt punk, et, au-delà de l’intro « apocalyptique » et très efficace, c’est finalement bien en-dessous des énormes « Rio Grande Blood » et « No W », pour en rester aux plus récents albums, et donne un peu l’impression d’avoir déjà été entendu ailleurs, tout en restant plus que correct. On regrettera notamment les soli très typés metal et qui tombent un peu comme un cheveu sur la soupe, défaut qui avait déjà tendance à émailler les plus récentes productions de Ministry, et qui ressurgit ici à l’occasion, hélas. Le son excellent laisse cependant présager du meilleur.
 
Preuve en est, immédiatement après, avec « Watch Yourself » et son impressionnante rythmique on ne peut plus metal indus, machinale et pierreuse, et pour ainsi dire irrésistible (on notera par ailleurs que l’album, exceptionnellement, ne crédite aucun batteur ; Ministry semble donc bien être retourné au tout électronique en la matière, mais pour un résultat qui n’amoindrit pas sa puissance sonore et colle parfaitement à l’atmosphère des compositions).
 
« Life Is Good », ensuite, est peut-être un peu moins marquant, mais reste très appréciable, notamment dans ses arabesques à l’arrière-plan, très évocatrices de la grande époque de Ministry, et qui contribuent à sortir le groupe du carcan simplement trash où on aurait pu être tenté de l’enfermer après Rio Grande Blood.
 
Avec « The Dick Song », on retourne à un titre très sombre et haineux, mais en même temps plus trash, après une intro très lourde. On est ici clairement dans la lignée de Houses Of The Molé et Rio Grande Blood, même si quelques claviers et samples en arrière-plan rappellent de temps à autre que Ministry est à la base un groupe industriel. Il y a de bons moments (notamment avec l’intro et le refrain), mais on n’est certainement pas là devant le sommet de l’album.
 
Il en va plus ou moins de même avec « The Last Sucker », qui ne se distingue tout d’abord que par quelques éructations quasiment death metal surprenantes chez Ministry, mais va néanmoins en s’améliorant, les « soli » passant cette fois très bien. Là encore, le refrain, très réussi, l’emporte indéniablement sur le couplet banal. Et la fin est tout à fait satisfaisante.
 
On passe à quelque chose de bien plus intéressant avec le très énervé « No Glory », reposant sur une boite à rythme énorme autorisant une précision et une puissance inhumaines et des syncopes remarquablement efficaces. A nouveau un solo dispensable, hélas (mais qui a l’avantage d’être très bref, comme tous ceux de l’album). Un très bon morceau, indéniablement.
 
La boite à rythme folle compte également pour une bonne part de l’intérêt du morceau suivant, le furibond « Death & Destruction », très violent et remarquablement bien construit (là encore si l’on excepte un solo incongru de quelques secondes à peine). Un morceau très efficace, et qui tire à nouveau l’album vers le haut.
 
Une petite friandise blagueuse pour la suite, avec une improbable reprise des Doors, « Roadhouse Blues », à faire pogoter Jim Morrison tout seul dans son cercueil. Un morceau speed et rigolard au pied hystérique, qui n’est pas sans rappeler « Jesus Built My Hotrod », et sur lequel Jourgensen refait péter son harmonica sous acides.
 
La suite est tout simplement géniale, faisant appel à une guest-star inattendue, le chanteur de Fear Factory Burton C. Bell. Dans un registre pourtant aux antipodes des compositions de Dino Cazares industrialisées par Rhys Fulber : la fin de l’album n’est en effet guère metal. On ne s’en plaindra pas : elle est excellente, et permet à Ministry de retrouver une certaine originalité qui tendait à lui faire défaut ces dernières années. Ainsi, immédiatement, avec le jouissif « Die In A Crash », véritable tube post-punk très dansant et efficace, et qui ne ressemble à vrai dire à rien de connu. Et c’est tant mieux ! Le résultat est imparable.
 
La suite, et conclusion de l’album (et du groupe ?), c’est l’excellent « End Of Days », partagé entre deux pistes, et faisant à nouveau appel à Burton C. Bell. Si la première partie très métallique et assez brève, n’est pas inintéressante, c’est surtout la longue deuxième partie (un peu plus de dix minutes) qu’il faut noter ici : une conclusion parfaite pour Ministry, plus planante que violente, très répétitive et lancinante, dix minutes de pur bonheur de rock indus. On en vient à espérer, peut-être pas que Ministry enregistre un nouvel album après ce « dernier » opus, mais en tout cas que Jourgensen poursuive sa carrière, éventuellement dans un autre projet, « Die In A Crash » et « End Of Days » révélant à mon sens une nouvelle voie pour l’inventeur du metal indus, lui permettant de se renouveler éventuellement loin du trash metal où il avait eu tendance à se perdre plus ou moins ces dernières années.

The Last Sucker, ainsi, ne constitue certainement pas le meilleur de Ministry ; il est indéniablement loin derrière The Land Of Rape And Honey, The Mind Is A Terrible Thing To Taste et Psalm 69, et je lui préfère également pour ma part, et sans l'ombre d'un doute, Filth Pig et The Dark Side Of The Spoon. Si on peut lui reprocher d'être un peu inégal et guère accrocheur à la première écoute, on ne peut, par contre, que se féliciter des quelques pépites qui l'émaillent, et notamment de certaines prises de risques, qui viennent à point nommé nous rappeler, en bout de course, que Ministry n'a jamais véritablement été un groupe de metal, mais bien une usine folle à expérimentations, un groupe inventif comme peu peuvent prétendre l'être, un groupe de légende enfin, souvent imité, jamais égalé. Ite missa est.
Par Nébal
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Mardi 6 novembre 2007

Part-2.-The-Endless-Not.jpg

THROBBING GRISTLE, Part 2. The Endless Not.
 
Tracklist :
 
01 – Vow Of Silence
02 – Rabbit Snare
03 – Separated
04 – Almost A Kiss
05 – Greasy Spoon
06 – Lyre Liar
07 – Above The Below
08 – Endless Not
09 – The Worm Waits Its Turn
10 – After The Fall
 
Chose promise, chose due : petit retour sur cet excellent dernier album de Throbbing Gristle.
 
Et rappel des épisodes précédents : Throbbing Gristle, le groupe fondateur de la musique industrielle, s’est séparé en 1980, à la fois en raison du succès naissant du groupe, s’accordant mal avec son discours hautement subversif, et pour cause de dissensions internes entre ses quatre membres. Ceux-ci n’abandonnent pas la musique pour autant : Genesis P-Orridge forme presque instantanément Psychic TV, et est dans un premier temps accompagné par Peter « Sleazy » Christopherson, qui le quitte cependant assez rapidement pour fonder Coil avec John Balance, tandis que le couple formé par Chris Carter et Cosey Fanni Tutti se lance dans un projet d’abord intitulé Chris & Cosey, puis Carter/Tutti. Si les trois derniers semblaient être restés assez proches les uns des autres, les tensions étaient par contre devenues très rudes à l’égard de Genesis P-Orridge. Autant dire qu’une reformation de Throbbing Gristle paraissait hautement improbable, d’autant que l’attitude revêche et subversive de TG ne semblait guère se prêter à l’exercice souvent tristement mercantile du come-back.
 
Et pourtant reformation il y a eu.
 
On pouvait craindre un retour de papys croulants – quand bien même androgynes –, uniquement désireux de payer leurs impôts, comme il y en a eu hélas tant ces dernières années, l’idéologie punk étant remisée au placard et laissant la place au rock de stade le plus émétique. De la part de TG, ç’aurait quand même été sacrément douloureux… Heureusement, ces craintes n’étaient pas fondées. Si ce TG 2 n’a pas la virulence jusqu’au-boutiste du premier, il n’en continue pas moins de livrer avec sincérité et passion une musique inventive et largement au-dessus du lot.
 
Ce nouvel album s’est pourtant fait attendre, après les reformations « ponctuelles » du groupe ; cela faisait plus de deux ans que l’on en parlait (les morceaux semblent d’ailleurs dater de 2004 et 2005)… Mais il est enfin sorti, sans aucun attirail promotionnel. Ce petit bijou s’intitule étrangement (ou à bon droit, comme on voudra) Part 2. The Endless Not ; un album de toute évidence plus abordable et bien plus calme que les brûlots industriels de la fin des années 1970, mais néanmoins passionnant, et faisant preuve d’une maîtrise technique à laquelle TG ne nous avait pas forcément habitués jusque-là. On sent bien qu’entre temps les expériences de Coil (surtout), Psychic TV et Chris & Cosey ont porté leurs fruits.
 
L’album débute (assez classiquement pour le groupe) sur une de ses compositions les plus hermétiques, avec cet étrange et fascinant « Vow Of Silence » aux allures de mantra industriel, porté par une rythmique jouant un peu la carte de la nostalgie et noyé sous les cris déviants d’un Genesis P-Orridge à la voix trafiquée au possible.
 
Cette excellente introduction laisse bientôt place à une authentique perle, bien plus originale, avec le sublime « Rabbit Snare », mélancolique morceau de jazz minimaliste, déviant et gazeux, superbement écrit et interprété ; c’est notamment l’occasion de constater les remarquables prouesses émotionnelles auxquelles parvient désormais Genesis P-Orridge, dont la voix nasillarde et souvent hors de ton n’a jamais été aussi pertinente et séduisante. Mais la musique n’est pas en reste : une rythmique à la fois mécanique et jazzy, soutenue par de sourdes impulsions de basse, un piano maladif complété à l’occasion de fines touches d’orgue, les explosions de cornet ou de stridences électroniques… Tout cela compose un paysage sonore à la fois glauque et apaisant, terriblement bien pensé, pour ce qui est peut-être la plus grande réussite de l’album.
 
On enchaîne ensuite sur une composition instrumentale de Chris Carter, avec la belle pièce d’ambient « Separated », où la guitare de Cosey Fanni Tutti, si elle garde encore quelque chose des attentats sonores originaux, témoigne néanmoins là encore d’une plus grande maîtrise, et n’est pas sans évoquer à l’occasion le jeu de Robert Fripp dans ses collaborations avec Brian Eno.
 
Suit un très beau, doux et douloureux « Almost A Kiss », superbe ballade minimaliste et vaguement trip-hop dans sa rythmique chaloupée et sa ligne de basse descendante à la « Glory Box ». La voix de Genesis P-Orridge, quelque part entre chant, parlé et hurlement, n’a jamais été aussi déchirante et maladive, pour un résultat qui touche directement au cœur. On avait connu TG virulent et agressif, on le découvre désormais subtil et émouvant (ce que je mettrais pour ma part sur le compte de l’expérience de « Sleazy » au sein de Coil, mais, le talent mélodique de Chris Carter, notamment, n’étant plus à démontrer, je peux très bien me tromper…).
 
« Greasy Spoon », ensuite, le plus long morceau de l’album, renoue quelque peu avec l’hermétisme de l’introduction, pour une pièce instrumentale ambient / industrielle plus directement évocatrice du Throbbing Gristle original, parcourue de glitches à la ELpH et de hurlements moqueurs et acides de cornet ou de guitare vrillant le crâne à la façon d’un effet doppler, tandis qu’une rythmique mécanique et monotone fait l’autoroute avec une basse si sourde qu’elle tient presque du bourdon.
 
Avec « Lyre Liar », on reste dans l’angoisse et le sordide, ces deux seuls mots étant répétés en boucle par un Genesis P-Orridge vaporeux et éthéré par-dessus des sons machinaux, la rythmique monotone agrémentée d’une unique note de basse pouvant éventuellement faire penser à certaines compositions parmi les plus réussies de Nine Inch Nails (ou si l’on préfère de Trent Reznor, notamment dans sa remarquable bande originale pour le jeu vidéo Quake) : beau retour à l’envoyeur, les maîtres s’imposant définitivement aux disciples plus ou moins talentueux. Un quasi-instrumental au son remarquable, paranoïaque et claustrophobe, que je déconseille fortement d’écouter au petit matin si l’on souhaite partir du bon pied et passer une bonne journée…
 
« Above The Below », ensuite, est une composition instrumentale de Cosey Fanni Tutti, ambient industriel minimaliste très cinématographique avec sa discrète mélodie sur trois notes, qui confirme au moins une chose : il serait temps, décidément, que je jette une oreille aux productions ambient du couple Carter/Tutti ; si elles sont toutes de cet acabit, cela promet d’être un véritable régal.
 
Avec « Endless Not », on revient à un morceau chanté, mais guère moins audacieux, la structure étant difficilement discernable dans ce magma sonore délicat de dissonances électroniques accompagné par une rythmique plus présente que sur les compositions précédentes. Une belle réussite, une fois de plus.
 
« The Worm Waits Its Turn », coécrit par Genesis P-Orridge et son confrère Bryin Dall, s’il n’est pas mauvais, me semble cependant moins convaincant, moins original et moins bien construit, l’introduction comme un cheveu sur la soupe d’une discrète rythmique « big beat » ne servant guère la pourtant jolie mélodie à l’atmosphère éthérée sur laquelle se pose avec monotonie le « spoken word » lancinant du leader de Psychic TV.
 
Heureusement, c’est sur un authentique bijou – dont le seul défaut (mais en est-ce vraiment un, connaissant les pratiques similaires de Throbbing Gristle sur certains des albums de la première époque ?) est sa brièveté – que s’achève l’album, avec un « After The Fall » de Peter Christopherson qui nous ramène aux plus belles expérimentations ambient de Coil. Les mots me manquent pour en dire plus, à vrai dire…

Part 2. The Endless Not n
’est donc pas un vain album de come-back, écrit à la va-vite dans un but purement mercantile, mais bien une somme, un bilan en forme d’ouverture, témoignant des passions contemporaines de quatre génies de la musique électronique, toujours aussi sincères, toujours aussi inventifs, toujours aussi talentueux. Les intégristes du TG original n’y trouveront peut-être pas leur compte, pas plus que les amateurs de cet album ne trouveront nécessairement le leur dans les enregistrements les plus bruitistes du groupe. Mais pour ma part, j’y vois un album parfaitement digne de figurer dans la phénoménale discographie de ce groupe de légende. Je ne sais pas ce qu’il en est de l’avenir de Throbbing Gristle (pas plus que des projets de Peter Christopherson depuis le décès de John Balance mettant fin à l’expérience de Coil) ; mais si cet album devait connaître une suite éventuelle, aussi dénuée de compromissions et aussi brillante, je m’estimerais on ne peut plus heureux.
Par Nébal
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Jeudi 11 octobre 2007

Laibach---Laibach.jpg

LAIBACH, Laibach (DVD).
 
Tracklist :
 
01 – Drzava
02 – Opus Dei
03 – Geburt einer Nation
04 – Sympathy For The Devil
05 – Across The Universe
06 – Wirtschaft ist tot
07 – Final Countdown
08 – In The Army Now
09 – War
10 – Alle gegen Alle (Live)
11 – God Is God
12 – Tanz mit Laibach
13 – Das Spiel ist aus
BONUS – A Film About WAT
 
Le groupe slovène Laibach, légende de la musique industrielle, a comme qui dirait suscité quelques malentendus... Alors autant poser les choses clairement d’entrée de jeu : non, Laibach n’est pas un groupe de vilains nazis. Non, Laibach n’a rien de fasciste. Laibach se contente de cultiver, jusqu’à l’outrance, l’apparence du fascisme.
 
Mais il est vrai qu’à ce jeu-là, on peut légitimement se poser quelques questions. L’utilisation d’une imagerie fascisante dans le but de déstabiliser l’auditeur (et éventuellement de susciter sa réflexion sur la différence entre apparence et réalité, signifiant et signifié) remonte, parallèlement au mouvement punk (la fameuse croix gammée de Sid Vicious), aux origines mêmes de la musique industrielle, avec les fondateurs du genre, les géniaux Throbbing Gristle, et elle a souvent été reprise par la suite, avec plus ou moins de pertinence. Aujourd’hui, plus personne n’oserait qualifier les membres de Throbbing Gristle de nazis (et il fallait à vrai dire être sacrément crédule pour avancer cette accusation même dans les années 1975-1980…) ; en-dehors de quelques irréductibles bornés, Front 242, de même, n’en est plus guère accusé ; et, dans la version « rock de stade », il faut vraiment être le dernier des ahuris fondamentalistes pour qualifier de nazillon un Marilyn Manson… ou, au delà, un David Bowie (si si, c’est arrivé…). Mais le fait que quelques (rares) artistes majeurs de la scène industrielle aient conservé une certaine ambiguïté à cet égard (comme le néanmoins génial Boyd Rice aka NON, très très très douteux, ou – et là je n’oserais pas vraiment me prononcer, il y a de nombreux éléments à charge et à décharge – Death In June) a eu les conséquences que l’on sait sur Laibach.
 
Il faut reconnaître que les Slovènes l’ont bien cherché, étant sans doute ceux qui ont le plus joué sur cette imagerie et continuent encore à le faire aujourd’hui, comme on en jugera avec cette compilation de clips. Et il y a bien – hélas – d’authentiques fafs parmi les admirateurs de Laibach, c’est indéniable… J’avoue avoir été pris de doutes, parfois, et même avoir ressenti un brin de gêne à l’écoute de leurs albums ; mais ce n’est plus le cas depuis un certain temps. A qui voudrait se forger sa propre opinion sur la question, je suggérerais notamment de regarder l’intéressant documentaire de Saso Podgorsek Divided States Of America, prenant le prétexte de la tournée américaine de Laibach en 2004 pour dresser un portrait de l’Amérique contemporaine en interviewant notamment les fans du groupe (plutôt que le groupe lui-même, qui ne parle pas à la caméra, et se contente de temps à autre d’émettre des textes aux allures de slogans extrêmement provocateurs – et souvent très drôles…) à la sortie des concerts. Si l’on y ajoute un visionnage honnête de ces clips souvent hilarants, ainsi que quelques observations relevant du simple bon sens (imagine-t-on vraiment un groupe se réclamant du nazisme et faisant une propagande ouverte en ce sens avoir un tel succès critique – dans une presse musicale et artistique généralement très ancrée à gauche, mais aussi auprès de certaines « institutions » ou « icônes » intouchables, comme le légendaire et regretté John Peel, qui a grandement contribué à les faire connaître en Europe – et commercial – les concerts attirant des milliers de fans à travers le monde, lesdits fans, parmi lesquels les skinheads sont heureusement extrêmement minoritaires, n’éprouvant par ailleurs pas la moindre difficulté pour se procurer les albums du groupe, qu’on trouvera, ainsi en France, dans n’importe quelle Fnac ou Virgin ?), et tout doute disparaîtra bien vite. Non, Laibach n’est pas fasciste ; par contre, à l’instar de Throbbing Gristle en son temps, et de manière plus poussée encore à certains égards (puisque se concentrant essentiellement sur la thématique politique), les membres de Laibach se posent en véritables maîtres du détournement, bien plus convaincants et efficaces que les situationnistes à l’origine de cette « arme ». Laibach n’est pas qu’un groupe de musique (à l’intérêt variable, soyons honnêtes) : c’est une vaste entreprise de subversion par le détournement, utilisant la musique, mais aussi l’art contemporain sous toutes ses formes, le théâtre, etc., pour délivrer un message critique de nature essentiellement politique qui a le bon goût (si, si) d’être à la fois pertinent et drôle, ce que cette compilation de clips démontre avec brio.
 
Le premier titre, « Drzava » (« L’Etat »), donne le ton. Musicalement, on est encore assez proche du premier Laibach, particulièrement hermétique, très nettement industriel, même s’il y a déjà le « chanteur » actuel. Dans ce beau clip en noir et blanc, les membres du groupe, arborant déjà leur fameuse dégaine de nazis, livrent une musique martiale, bruitiste et difficile, peu aidés par un son assez franchement lamentable. Mais la puissance est déjà là, et une beauté troublante aussi, le clip étant un prétexte pour une collaboration de Laibach avec une troupe de danse contemporaine (Laibach est coutumier de ce genre de collaborations ; ils ont ainsi mis en musique un certain nombre de pièces pour des compagnies théâtrales, notamment le Macbeth de William Shakespeare).
 
Mais la suite révèle bien vite le propos véritable de Laibach, puisque l’on enchaîne immédiatement sur leur premier succès européen, à savoir « Opus Dei », leur reprise martiale du lamentable tube d’Opus « Life Is Life ». Dans un beau paysage montagnard et sylvestre, le chanteur aux allures d’improbable prophète et les trois autres membres du groupe en randonneurs du Tyrol tout droit sortis d’un film de propagande supervisé par Goebbles chantent en un chœur viril (et étrangement entraînant !) ce tube pop incroyablement niais, révélant ainsi un inquiétant message caché sous le sirupeux de la pop FM. Laibach entame véritablement ici son entreprise de détournement, qui reposera souvent sur la récupération de tubes pop a priori anodins dont le message et le sens profond semblent être transfigurés par le simple habillage que lui confère le groupe… Un nouvel exemple suit immédiatement, avec le très arty (pour ne pas dire abominablement kitsch) « Geburt einer Nation », c’est-à-dire leur reprise, à nouveau très martiale, et en allemand s’il vous plaît (les paroles étant cette fois un brin « retouchées »…) du « One Vision » de Queen. On continue ensuite avec l’hilarant clip « gothique » de leur excellente reprise de l’excellent morceau des Rolling Stones « Sympathy For The Devil », le chanteur à la voix abominablement trafiquée semblant alors un authentique gourou sataniste en costume de SS, tandis que ses trois confrères forment un chœur décadent d’aristocrates nazis tout droit sortis des 120 journées de Sodome version Pasolini ! Détournement de tube pop toujours avec l’étrange et superbe « Across The Universe » des Beatles, cette fois interprété par une jolie jeune femme accompagnée d’un chœur angélique… de gamins des Jeunesses hitlériennes ! Le résultat, musicalement, est magnifique ; le clip n’en est pas moins extrêmement troublant… et très drôle aussi, notamment quand le chanteur, toujours très démoniaque, vient apporter son unique contribution à cette douce ballade, sous la forme de deux éructations en guise de conclusion…
 
On revient enfin à une composition de Laibach à proprement parler, suscitant une esthétique différente, avec « Wirtschaft ist tot », un morceau assez étrange et un brin métallique, accompagné à nouveau d’un clip très arty (et donc kitsch…) à l’ambiance de SF totalitaire glacée.
 
Plus drôle et pertinent, bien que très moche, le clip de la reprise de l’improbable et affligeant tube d’Europe « The Final Countdown », entièrement réalisé en images de synthèses, bien désuètes aujourd’hui. La reprise est à peu près aussi lamentable que l’original (en dehors de quelques jolis chœurs par ailleurs assez risibles dans ce contexte), mais là ne réside de toute façon pas l’intérêt. Il s’agit en effet ici pour Laibach de faire de la propagande en faveur de son Etat indépendant sans assise territoriale, NSK (pour « Neue Slovenische Kunst », « le nouvel art slovène ») : « Devenez vous aussi citoyen du premier Etat global de l’univers : l’Etat NSK », ce slogan est répété dans une quinzaine de langues (latin inclus !), tandis que le clip nous présente les membres du groupe (eux aussi en images de synthèse) sous forme d’oscars hollywoodiens supervisant la fabrication de milliers de passeports NSK, entourés par des obus et l’omniprésente croix de l’OTAN. C’est alors la guerre en Yougoslavie, et, si la Slovénie a pu obtenir son indépendance en une dizaine de jours, sans véritables difficultés, ailleurs les combats font rage, et l’intervention occidentale passe entre autres par des bombardements qui n’arrangent guère la situation… Laibach, à cette époque, aurait d’ailleurs donné un concert dans Sarajevo assiégée, distribuant des passeports NSK aux spectateurs, et déclarant même pendant un temps que Sarajevo avait été « annexée » à l’Etat NSK ! Cette reprise insipide, et le clip qui l’accompagnent, prennent dès lors une tout autre résonance… On retrouve ensuite cette même esthétique et ces mêmes thématiques sur la reprise du célèbre « In The Army Now », bien plus intéressante musicalement (même si le clip, cette fois, ne présente pas vraiment d’intérêt particulier). « War », ensuite, un très bon morceau porté par de jolis chœurs néoclassiques, poursuit sur l’utilisation de l’image de synthèse, mais avec bien plus de finesse et pour un résultat plus esthétique, une multitude de symboles du pouvoir (politique, religieux, économique, scientifique…) défilant à toute vitesse à l’intérieur de la croix de Laibach secouée d’une pulsation métronomique, ce défilé épileptique n’étant interrompu que pour le bref refrain, où le chanteur retrouve son éructation de « Across The Universe », le chœur étant à nouveau « tenu » – visuellement, en tout cas… – par des enfants, deux petites filles cette fois, n’apparaissant qu’au travers de photos sépia… Très troublant, encore une fois.
 
On passe à quelque chose de totalement différent avec une version live de « Alle gegen Alle », intéressante sur le plan musical (le morceau est rythmé et entraînant) mais guère convaincante sur le plan de la réalisation à mon avis (on a vu plus intéressant depuis, avec les brefs passages musicaux de Divided States Of America).
 
« God Is God », ensuite, décale assez logiquement le propos sur la thématique religieuse, ainsi que l’ensemble de l’album dont il est issu, l’excellent Jesus Christ Superstar, qui a grandement contribué à faire sortir Laibach de l’underground avec ses sonorités plus metal-indus qui ne sont pas sans évoquer, en moins primaire, leurs rigolos plagiaires teutons de chez Rammstein, qui percent à la même époque. Un très bon morceau, bien écrit, mais le clip ne présente guère d’intérêt, en dehors de sa tendance à la mégalomanie.
 
« Tanz mit Laibach », par contre, est une petite merveille ! Les membres du groupe retrouvent leurs tenues militaires hautement connotées (même si l’uniforme serait celui d’officiers américains, ai-je cru comprendre…) pour un morceau rythmé et drôle, aux paroles sarcastiques renvoyant aux plus beaux détournements de Laibach (« Wir tanzen Ado Hynkel, Benzino Napoloni […] Mit Totalitarismus, und mit Demokratie, wir tanzen mit Faschismus, und roter Anarchie ! »). Un excellent morceau, très martial et entraînant, que l’on a envie de passer en boucle, servi par un clip dynamique et efficace, drôle, esthétique (on retrouve par moments l’arrière-plan de « War », parmi de nombreuses références à de précédents clips) et bien vu (la botte du chanteur marchant au pas semblant à tout instant prête à écraser la figure du spectateur…). Une sympathique façon de prôner l’amitié germano-américaine (« née durant et après la seconde guerre Mondiale », nous disent-ils, ajoutant que, comme les Etats-Unis sont autrefois venus en aide à l’Allemagne, l’Allemagne d’aujourd’hui, à la tête des Etats-Unis d’Europe, doit venir à la rescousse des Etats-Désunis d’Amérique en phase terminale…) ! Les mêmes thématiques sont reprises, sur un mode moins brutal, dans « Das Spiel ist aus », qui conclue la sélection de clips, et contient lui aussi quelques très sympathiques passages (probablement filmés lors de la tournée américaine de 2004 précédemment évoquée ; on y voit notamment les membres du groupe, vêtus de leurs uniformes, faire leurs courses dans un mall gigantesque…).
 
Un intéressant bonus, enfin : un documentaire d’environ 45 minutes réalisé une fois de plus par Saso Podgorsek (par ailleurs réalisateur des clips de « God Is God », « Tanz mit Laibach » et « Das Spiel ist aus »). Dans un premier temps, fortement mégalomane, l’histoire contemporaine depuis 1945 se voit rappelée à grands renforts d’images d’archives et d’assertions troublantes, et mise en parallèle avec l’histoire de Laibach, présenté comme le groupe de tous les scandales, et plus encore comme des visionnaires dont il est crucial d’adhérer aux propositions… Suit une présentation et « explication » (qui en rajoute en fait encore dans l’ambiguïté, le plus souvent, même si, dans certains cas, le détournement ne saurait vraiment pas faire de doute, plusieurs chansons étant ainsi présentées comme traitant de la différence entre apparence et réalité…) de l’intégralité des morceaux de l’album WAT, accompagnée de vidéos souvent très intéressantes (avec quelques redites, ceci dit : on a droit à peu près trois fois à « Tanz mit Laibach » !). Dans tous les cas, les commentaires – prononcés par une femme sur la première partie, puis par, c’est du moins ce que je suppose, leur ami Peter Mlakar, philosophe et citoyen de NSK, pour la présentation de WAT – se font lapidaires, provocants (voir les exemples plus haut, sur « Tanz mit Laibach »)… et souvent très drôles aussi. Petits échantillons : « Nous aimons beaucoup le mot allemand « Achtung ». […] En fait, c’est un appel à la révolution. Une révolution sociale, politique, religieuse. Nous l’avons fait car nous croyons aux règles du « diamat », le matérialisme dialectique. Nous pensons que chaque action a sa réaction et que chaque chose doit trouver sa vérité et son sens dans son opposition, dans son propre reflet, avant qu’il ne soit trop tard. [Suivent cinq secondes de silence] Mais on peut se tromper, bien sûr. On ne sait jamais vraiment. » J’aime. Et ça ne me semble définitivement pas facho, pour le coup…
 
Une compilation indispensable pour les amateurs de Laibach – qu’on ne saurait décidément pas limiter à sa seule musique –, et utile pour ceux qui veulent se forger une opinion, que ce soit sur le véritable fond idéologique du groupe ou sur la pratique intelligente du détournement. Je vous suggère enfin de l’écouter à très fort volume, histoire de vous faire plein de nouveaux amis.
Par Nébal
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Samedi 4 août 2007

Coil---The-Remote-Viewer.jpg

COIL, The Remote Viewer.
 
Tracklist :
 
CD 01
01 – Remote Viewing 1
02 – Remote Viewing 2
03 – Remote Viewing 3
 
CD 02
01 – Remote Viewing 4
02 – Remote Viewing 5
 
The Remote Viewer est une des plus récentes productions du légendaire groupe Coil, et même la dernière, dans un sens, le premier disque étant paru à l’origine en 2002, et le second en 2006, soit deux ans après le décès de Jhonn Balance ayant entraîné la disparition du groupe. Et c’est peut-être un des albums les plus fascinants de Coil, tant Balance et son compère échappé de Throbbing Gristle Peter Christopherson, assistés de leur petite troupe, y font preuve d’une inventivité sans pareille.
 
Coil a toujours été un groupe difficile à cerner, alternant entre des morceaux chantés relativement mélodiques et abordables (comme leur célèbre reprise de « Tainted Love »), et des albums conceptuels très divers, largement expérimentaux, parfois rebutants, aux méthodes de composition toutes plus frappadingues les unes que les autres, et où le génie semble rencontrer plus qu’à son tour le pur et simple délire sous acide et le foutage de gueule pseudo-ésotérique…
 
Ici, c’est clairement dans cette deuxième catégorie que nous nous trouvons. Et tant mieux, parce que c’est une franche réussite. Si « Remote Viewing 2 » fait partie des compositions les plus abstraites de Coil, succession de glitches sur fond ambient, portée par une très discrète rythmique industrielle (ce qui peut rappeler le « side-project » de Coil dénommé ELpH, par exemple sur l’album Worship The Glitch), les autres morceaux sont plus directement évocateurs, et notamment les sublimes « Remote Viewing 1 » et « Remote Viewing 3 » avoisinant chacun les 20 minutes. On pense parfois à certains groupes de Krautrock ici, comme Can ou, peut-être plus encore, Ash Ra Tempel. Mais il y a indéniablement quelque chose de plus ; Coil développe ici une musique à la croisée des chemins, empruntant à l’ambiant, à l’indus, au progressif et au néofolk, pour un résultat qui touche directement au cœur et à la tête.
 
Sur ces longues compositions, sombres et répétitives, souvent fondées sur un bourdon, viennent progressivement se superposer d’étranges sonorités évoquant un orgue abâtardi avec une flûte démente, un khène ou un melodica sous acide, en somme, et… ben… quelque chose comme une cornemuse électronique, peut être… Derrière, c’est aussi une orgie de glitches et de bleeps plus ou moins industriels, qui apporte une touche supplémentaire de malaise écartant définitivement la fausse classification type « new age » que pourraient oser avancer les mauvaises langues bouffies de préjugés. Et puis, il y a la rythmique, à la fois tribale et industrielle, soufflant le chaud et le froid, et portant avec délice une basse discrète et ronde qui achève de transporter l’auditeur dans un ailleurs tant désiré. De temps à autre, une légère esquisse de guitare ou de claviers plus traditionnels vient apporter la touche finale au tableau de maître. Le travail du son est admirable, comme souvent chez Coil, et toutes les possibilités les plus avant-gardistes de la musique électronique sont ici employées à bon escient. Ainsi, notamment, sur « Remote Viewing 4 » et « Remote Viewing 5 », qui prolongent le rêve visionnaire, en une sorte d’audacieuse variation sur les thèmes du premier disque, certainement pas stérile, mais bien au contraire étonnement enrichissante.
 

Un album remarquable, à écouter et à ré-écouter.

Par Nébal
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Jeudi 2 août 2007

Einst--rzende-Neubauten---2x4.jpg

EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN, 2x4.
 
Tracklist :
01 – Fleisch « Blut Haut » knochen (Belgium 1982)
02 – Sehnsucht (nie mehr) (Berlin 1983)
03 – Womb (Hamburg 1980)
04 – Krach der schlagenden Herzen (Belgium 1982)
05 – Armenisch Bitter (Berlin 1982)
06 – Zum Tier machen (Berlin 1982)
07 – Sehnsucht (still stehend) (Berlin 1982)
08 – Durstige Tiere (Amsterdam 1982)
 
Einstürzende Neubauten. Rien que le nom de ce groupe mythique en a déjà fait trébucher plus d’un de ma connaissance ; tant mieux, dans un sens : prononcé à la ramasse, ça aurait presque quelque chose de cthulhien. Mais les gens de chez Roir ne sont pas joueurs : à tout hasard, ils précisent « Collapsing New Buildings » dans le livret de cette réédition en CD de ce live classique, qui n’avait connu qu’une édition en cassette en 1984.
 
On est là au tout début de la bande à Blixa Bargeld. Et autant dire que ça dépote. Rien à voir avec le néanmoins excellent double-album live intitulé 9-15-2000, Brussels, qui présente la facette la plus récente d’Einstürzende Neubauten, toujours expérimentale, mais bien plus douce. Ici, on fait dans l’agression sonore, dans le terrorisme musical ; on est même avant Halber Mensch, c’est-à-dire : encore pire. Chouette !
 
A mort la mélodie ! Dans la foulée des époustouflants concerts de Throbbing Gristle, les Berlinois se livrent ici à des performances scéniques particulièrement physiques, tout entières vouées au culte du bruit sous toutes ses formes. Blixa Bargeld ne chante pas : il hurle, déclame, se livre à des incantations. Derrière lui, les musiciens s’acharnent sur des batteries « concrètes » faites de divers objets métalliques, n’hésitant pas à rompre la rythmique (comme sur « Fleisch « Blut Haut » knochen ») pour mieux perturber l’auditeur, ou sur des instruments électroniques de leur propre fabrication. La basse se fait discrète, mais la guitare rugit de temps à autres ; pas d’arpèges ou d’agréables solis, ici : la musique, c’est avant tout du bruit, à l’état pur. Et les morceaux jonglent ainsi, dans leur construction unique, entre silence et rage.
 
Car il y a malgré tout des moments plus calmes, par exemple avec les étranges sonorités orientalisantes de « Womb » ou « Armenisch Bitter ». Ce n’est pas moins perturbant, à vrai dire, et c’est remarquablement jouissif.
 
Ce sont les racines de la musique industrielle, cet étrange courant à la fois populaire et hermétique éclos parallèlement au punk. La musique d’Einstürzende Neubauten est difficile d’accès, c’est vrai ; elle tient, finalement, tout autant de la composition savante que de l’art contemporain, du théâtre expérimental et du pamphlet anarchiste. Elle est brillante et rebutante. Elle est unique.
 

Et ce bref album live est à vrai dire indispensable à qui veut se plonger dans les abysses de l’underground du début des années 1980, et frémir avec jubilation devant cette inventivité extraordinaire, cette folie génialement créatrice, qui n’a pas vraiment connu d’équivalent depuis.

Par Nébal
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Mardi 31 juillet 2007

Laurent-Garnier--etc.---Public-Outburst.jpg

LAURENT GARNIER, BUGGE WESSELTOFT, PHILIPPE NADAUD, BENJAMIN RIPPERT, Public Outburst.
 
Tracklist :

CD 01 (audio)
01 – 63
02 – Butterfly
03 – MBass
04 – Controlling The House
05 – The Battle
06 – First Reactions
07 – Barbiturik Blues

CD 02 (Live Videos)
01 – Man With The Red Face
02 – MBass
 
 
Laurent Garnier : un nom qui ne laisse guère indifférent. Nombreux sont ceux qui lui vouent un véritable culte, et j'en suis. Mais, depuis sa Victoire de la musique et l’engouement pour la soi-disant « French Touch » (avec laquelle il avait pour seul point commun la nationalité…), le bonhomme n’a pas toujours bonne presse auprès de certains cercles bobos (pas tous, heureusement) qui en font une sorte d’icône commerciale. Pour ma part, j’ai jamais compris pourquoi… Le fondateur du label F Com, pionnier de la techno et de la house en France, m’a toujours semblé être au contraire un modèle d’intégrité, d’humilité et de bon goût, qui aurait à vrai dire tout pour se poser en donneur de leçons, et a cependant la délicatesse de s’en abstenir. Et il a du parcours, le type, de ses débuts dans une Madchester découvrant dans la fièvre les joies de la musique électronique à aujourd’hui, en passant par l’âge d’or des raves et leur triste décadence ; il fait partie de ceux qui ont traversé l’histoire de la techno, et qui ont contribué à la faire (au passage, il la raconte fort bien : je vous recommande chaudement la lecture d’Electrochocs).
 
Et il a su évoluer sans se compromettre, contrairement à une étrange idée reçue. Ainsi, s’il n’a pas renié, loin s’en faut, son passé d’artisan du dancefloor (… souvenir ému de ce qui a constitué ma seule véritable expérience en club, avec Garnier « chez lui », derrière les platines du Rex Club…), il a cependant, ces dernières années, fait état d’une indéniable volonté de se livrer à d’autres expériences : dès sa Victoire de la musique, à vrai dire, puis à l’Olympia, il n’hésite pas, désireux de conférer à la techno une crédibilité qui lui faisait défaut jusqu’alors, à faire péter le grand orchestre. De même, quand, pour une compilation avec Carl Craig (The Kings Of Techno), il sélectionne une History Of Detroit, bien loin de se limiter aux légendes électroniques des « pères fondateurs » ou à Underground Resistance, il cite tout à fait légitimement les Stooges, Aretha Franklin ou les Temptations. Lors de ses sets, ce DJ de légende entrecoupe les tubes d'électronique pure de remixs audacieux de The Cure ou de Pulp, et lorgne du côté du hip hop ou du dub avec une passion et une envie d'initier son public à d'autres horizons musicaux qui sont pour beaucoup dans sa réputation et son talent. Mais ce sont surtout le jazz et la musique de film qui l’attirent, et il ne s’en cache pas. A plusieurs reprises, ainsi, ses productions se voient agrémentées de sonorités jazz du plus bel effet, comme avec le célèbre saxophone possédé de « The Man With The Red Face », sur Unreasonable Behaviour ; on le voit régulièrement aux côtés du pianiste acid jazz Bugge Wesseltoft, ce qui a pu donner lieu à de mémorables sessions, dont quelques échos ont pu être conservés (ainsi, dans Retrospective, les versions particulièrement dantesques de « The Man With The Red Face », justement, mais aussi « d’Acid Eiffel », morceau composé il y a de cela un certain nombre d’années avec son compère Shazz au sein du projet Choice, sur lequel officiait également un certain Ludovic Navarre aka Saint-Germain…). Et son dernier album studio, l’excellent The Cloud-Making Machine, à mille lieux des hits clubesques d’antan, nous régale d’atmosphère ambient jazz du plus bel effet.
 
Et puis Garnier a une perception de la performance live qui n’est pas forcément très répandue au sein de la scène techno ; DJ de profession, il n’a guère envie de se contenter alors de faire un set agrémenté de vidéos, mais fait régulièrement appel à des musiciens qui humanisent et enrichissent l’électronique originelle. Et c’est ainsi qu’on a pu voir Garnier en concert avec Bugge Wesseltoft, donc, mais aussi avec le saxophoniste Philippe Nadaud ou le pianiste Benjamin Rippert. Et ce sont ces moments uniques qu’entend retransmettre ce Public Outburst cosigné, véritable régal pour les oreilles.
 
La sélection commence calmement avec un « 63 » agrémenté de basses profondes qui travaillent l’auditeur ; la tension monte un peu plus sur « Butterfly », puis les sonorités drum’n’bass du teigneux « MBass » achèvent d’instaurer un climat de dance intelligente, complexe et jazzy, véritablement irrésistible. « Controlling The House », à mon sens le morceau le moins convaincant de The Cloud-Making Machine (peut-être parce que le seul éventuellement dansable ?), est ici transfiguré et d’une efficacité remarquable, de même que les frénétiques « The Battle » et « First Reactions », aux lyrics enfiévrées. « Barbiturik Blues », en fin d’album, vient calmer le jeu, mais on ne s’en plaindra pas, tant cette composition downtempo est efficace et planante.
 
Vous en voulez encore ? Moi aussi. Ah ben ça tombe bien, cette édition limitée se voit augmentée d’un deuxième CD contenant deux vidéos. Tout d’abord, une version de « The Man With The Red Face », hélas anodine sur le plan de la réalisation et péchant un peu pour ce qui est de la puissance sonore, mais sur laquelle Philippe Nadaud est particulièrement en forme. Et puis une sublime et hargneuse version de « MBass », pour un concert exceptionnel dans un site qui ne l’est pas moins : le pont du Gard, rien que ça…
 

Allez, on répète tous ensemble : Laurent Garnier est grand. Cet album ravira ses amateurs, et pourra probablement lui en gagner de nouveau, les inévitables réfractaires à la techno qui auront ici l’occasion de saisir enfin que, non, ça n’a rien à voir avec ce qu’ils croyaient…

Par Nébal
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Samedi 28 juillet 2007

The-DFA-Remixes--Chapter-Two.jpg

VARIOUS ARTISTS, The DFA Remixes, Chapter Two.
 
Tracklist :
01 – TIGA – Far From Home.
02 – JUNIOR SENIOR – Shake Your Coconuts.
03 – HOT CHIP – Colours.
04 – N.E.R.D. – She Wants To Move.
05 – NINE INCH NAILS – The Hand That Feeds.
06 – GOLDFRAPP – Slide In.
07 – CHROMEO – Destination Overdrive.
08 – UNKLE – In A State.
 
C’est dangereux, un remix. Ca peut donner des très jolies choses, parfois. Ca peut même donner des petites perles qui enfoncent les originaux, avec un peu de chance. Mais ça peut, aussi, hélas, n’être qu’un incontournable marketing, fait à la va-vite et par-dessus la jambe…
 
Ici, les artistes remixés sont plus ou moins alléchants : il y a du très bon (N.E.R.D., Nine Inch Nails, UNKLE), du correct (Hot Chip, Goldfrapp)… et du douteux (Tiga, Chromeo). Mais les remixeurs sont ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle, la crème de la crème. The DFA, pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est James Murphy (aka « le type de LCD Soundsystem ») et Tim Goldsworthy ; DFA, c’est aussi leur chouette label new yorkais, abritant ou ayant abrité quelques pépites disco punk (ou mutant disco, comme on voudra), parmi lesquelles, outre LCD Soundsystem, on comptera notamment The Rapture, Radio 4, Playground, Metro Area, The Juan MacLean, Fisherspooner et bien d’autres encore. DFA, du coup, ça peut être les deux à la fois, production et remix, au travers de compilations très recommandables, comme par exemple Muzik Presents – Disco Punk – Dance To The Underground, où l’on pouvait notamment se régaler avec le très chouette remix de Le Tigre « Deceptacon », le premier réalisé par les deux zoziaux, ou encore ceux des tubes de The Rapture « House Of Jealous Lovers » et de Radio 4 « Dance To The Underground » ; autre exemple, plus directement représentatif des jolies choses que l’on peut trouver dans la maison, DFA Compilation #2 (j’essayerai d’y revenir à l’occasion).
 
Mais le disque qui nous intéresse est un peu différent, puisqu’il s’agit d’artistes extérieurs au catalogue DFA qui ont demandé un remix à Murphy et Goldsworthy pour égayer leurs maxis et autres éditions limitées, etc. D’où mon introduction ; et la possibilité que ça soit franchement pas top, quelle que soit l’estime que l’on porte aux deux remixeurs (et pour ma part ça tient presque du culte…).
 
Heureusement, James et Tim sont des gens sérieux. Quel que soit le matériau original, ils entendent en faire quelque chose de chouette, quitte à se réapproprier totalement le morceau comme cela arrive souvent ici. Ils n’hésitent pas non plus à faire durer le plaisir, avec plusieurs remixs avoisinant ou dépassant les 10 minutes. C’est le cas, par exemple, du « Far From Home » de Tiga, sympathique morceau electro-pop, mais aussi du « She Wants To Move », de N.E.R.D., dont le remix, s’il est beaucoup moins sensuel et funky que l’original, n’en est pas moins une franche réussite. De même pour ce qui reste à mon sens (et pour cause, diront les mauvaises langues…) un des meilleurs du lot, le remix du « The Hand That Feeds » de Nine Inch Nails, morceau à l’origine assez moyen issu du très moyen With Teeth : The DFA ont choisi de n’en conserver que la voix de Trent Reznor ; pour le reste, c’est du LCD Soundsystem de la plus belle eau… Alors les puristes house critiqueront les envolées plus ou moins criardes de Reznor ; et les puristes indus seront interloqués devant cette basse terriblement ronde et ces claviers limpides… Moi, j’adore ce mélange inattendu, et les puristes, je les empapaoute ! Na ! On pourrait continuer ainsi pour chacun des morceaux de la compil, par exemple le très disco « Slide In » de Goldfrapp, mais mon stock de superlatifs n’est pas inépuisable…
 
Bien sûr, il y a quelques (rares) passages moins enthousiasmants : le remix d’Hot Chip, par exemple, n’a rien d’exceptionnel, et les voix filtrées de Chromeo agacent (avant d’être subermergées par une basse saturée du meilleur effet…) ; de même, le dernier morceau, qui est aussi le plus long (13:34), le remix d'UNKLE, commence pas terrible, avec un aspect éthéré tout doux tout gentil guère convaincant, et puis la basse s’installe, les petits blips saturés s’accumulent, ça se répète, ça hypnotise au fur et à mesure que les nappes se font plus envahissantes, et ça monte, ça monte, ça monte… pour devenir tout bonnement orgasmique.
 

Une très bonne compilation, qui satisfera sans aucun doute les amateurs de DFA. Il n’est pas garanti, par contre, que les fans des artistes remixés y trouveront leur compte ; mais peut-être cela leur ouvrira-t-il d’autres horizons musicaux ?

Par Nébal
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Dimanche 22 juillet 2007
Une bien belle affiche, à tonalité assez electro-pop, pour cette deuxième édition du festival Summercase à Barcelone, les 13 et 14 juillet 2007 ; on en jugera bientôt.
 
Mais commençons par poser le cadre, on en sera débarrassés… Le festival avait lieu au Parc del Forum, dans la périphérie de Barcelone, face à la mer (enfin, celui auquel j’ai assisté, le festival ayant lieu, avec la même programmation mais un petit décalage, à la fois à Madrid – Boadilla del Monte – et à Barcelone). Le site ouvrait chaque jour à 18h00 pour fermer ses portes vers 6h00 (et il n’y avait nul endroit où planter sa tente, par ailleurs). Un joli site, ma foi, à l’architecture très contemporaine, mais gardant une certaine dimension humaine. Pas facile d’y accéder, par contre : c’était terriblement mal indiqué… et on y est arrivés, mes compères et moi, un peu par hasard. D’autant plus qu’il n’y avait pas de parking spécialement dédié au festival.
 
Le site, assez vaste, comprend quatre scènes. Sur la droite en entrant se trouve la scène S, sous chapiteau, de taille moyenne, et à la programmation très éclectique, avec quelques grosses pointures comme PJ Harvey, LCD Soundsystem et !!!, et d’autres groupes beaucoup moins connus. Il y règne très vite une chaleur à crever, ce qui peut éventuellement gâcher le spectacle… Un peu plus loin sur la gauche, un deuxième chapiteau abrite la scène N, de loin la plus petite, destinée à accueillir les artistes les moins connus (quelques noms détonnent, cependant, par exemple Electrelane). On atteint ensuite la scène O, qu’on a pris l’habitude d’appeler, sans doute à tort, « la grande scène » ; cette fois, on est en plein air, et des milliers de personnes peuvent y assister aux performances de groupes particulièrement attendus comme Arcade Fire, Scissor Sisters, The Jesus And Mary Chain ou encore Kaiser Chiefs. Face à la scène, mais à relativement bonne distance tout de même, on trouve deux « zones vertes » destinées au repos des festivaliers, très appréciables, mais vite surchargées. Enfin, dos à la Méditerranée se trouve la scène E, vaste amphithéâtre aboutissant sur une gigantesque fosse, et prolongé sur les ailes par une pente douce ; il s’agissait en fait de la plus vaste scène, même si l’on pouvait en douter le premier jour : mais il deviendra très vite évident que le public qui y assiste aux concerts de Bloc Party, DJ Shadow, Air et surtout des Chemical Brothers se chiffre en dizaines de milliers ; l’effet, depuis l’esplanade, est particulièrement saisissant. Pour en finir avec les scènes, on notera juste qu’il est très aisé de s’y repérer, et que l’on circule de l’une à l’autre très facilement.
 
Quelques mots sur des détails plus sordides, qui n’ont sûrement pas gâché la fête, mais bon quand même hein : les boissons et la bouffe étaient très chères (avec un pénible système de tickets, d’autant plus agaçant que les tickets achetés le vendredi ne pouvaient être utilisés le samedi…) ; la bouffe, en outre, était littéralement immonde : je me méfie des superlatifs dans ce genre de circonstances, mais je peux vous assurer que je n’ai jamais rien mangé d’aussi dégueulasse (et on n’a pas manqué de noter ce détail pour le lendemain…). Petit détail glauque toujours : pas du tout de poubelles ; très vite, l’ensemble du site devient un véritable dépotoir croulant sous les verres en plastique et autres sandwichs pas finis parce que non vraiment non. Et pour finir sur une note de bon goût, les chiottes ont rapidement débordé, dans tous les sens du terme…
 
Mais bon, c’est pas ça qui va nous empêcher d’apprécier le festival, tout de même. Rentrons (enfin…) dans le vif du sujet. Nous sommes arrivés le vendredi soir un peu avant 20h00, et après un bref instant de panique dû à nos billets achetés à la Fnac en France qui ne sont pas reconnus par la machine, on parvient enfin à rentrer sur le site, étiquetés cela va de soi. Vite vite vite : de la bière ! Ah, non, en fait : des tickets, puis de la bière…
 
Bon. OK. On se pose devant la scène O, où les Editors entament leur set. Leur pop énergique et carrée, sous haute influence des années 1980, constitue une mise en jambes des plus sympathiques. Ce n’est certes pas transcendant, on a un peu l’impression d’écouter toujours le même morceau, mais c’est quand même plus qu’honnête, et les mélodies rentrent insidieusement dans la tête.
 
Sitôt fini, on se promène un peu, et l’on subit par la même occasion la variétoche sauce reggae de Lily Allen à destination des minipoufs vaguement chichoneuses (scène E). On se rend bien vite sous le chapiteau de la scène S, où les Guillemots achèvent leur concert, relativement sympathique, en dépit de quelques fautes de goût.
 
Mais c’est ensuite au tour de PJ Harvey de monter sur scène. Pas « PJ Harvey et ses musiciens », non : PJ Harvey. Seule. Avec sa guitare, un piano et un sampler. Première baffe, du coup, et pour le mieux. Le concert n’en est que plus original, plus énergique, plus punk à certains égards. La grande dame, vêtue d’une robe blanche à la coupe, heu, « particulière », se donne toute à son public, avec une jubilation visible et qui force l’adhésion d’une salle conquise d’emblée. Les morceaux – souvent issus des premiers albums, pour mon plus grand plaisir, même s’il y a quelques inédits – sont brefs et intenses, et Miss Polly Jean nous réapprend ainsi, avec une simplicité appréciable, ce que c’est, au juste, que le charisme, ma bonne dame. Et ce malgré quelques petites imperfections techniques (le piano pas super bien sonorisé, un micro qui cafouille, et de même pour une table de mix…), sans que jamais la chanteuse ne se départisse de son sourire. Ce soir, PJ Harvey, qui m’avait plutôt déçu ces derniers temps, est clairement remontée dans mon estime (bon, elle était pas tombée trop bas, non plus…).
 
Fait chaud, par contre. Après quelques rappels, on quitte le chapiteau pour prendre un peu l’air en face de la scène O. Un de mes compères, guère séduit par la performance de PJ Harvey (c’était spécial, faut dire…), s’était rendu au concert de The Whitest Boy Alive (scène N), particulièrement bon semble-t-il. Pendant ce temps, on perçoit quelques échos du concert de The Flaming Lips (scène E), qui nous font regretter de ne pas pouvoir y assister… Le programme, hélas, ne nous permet pas de faire autrement. Le concert de Phoenix s’est achevé sur la scène O à peu près en même temps que celui de PJ Harvey, et les Arcade Fire vont bientôt prendre le relais.
 
Et cette petite troupe a une fort jolie scène. Au fond, un immense écran bordeaux accueillera bientôt quelques projections, sobres, mais à l’effet esthétique remarquable. Sur la gauche de la scène, un immense orgue joliment éclairé attire les regards intrigués, de même que les quatre petits écrans sphériques qui parsèment le décor. Les Arcade Fire entament enfin un set irréprochable, nous régalant de leurs superbes mélodies et de leur énergie unique ; si le chanteur reste très stoïque, ce n’est pas le cas du batteur et de la chanteuse, hilares, cette dernière nous gratifiant même d’une reprise inattendue… de « Poupée de cire, poupée de son ». Mais ce n’est qu’une petite blague, pas déplaisante au demeurant, permettant de relâcher la tension entre deux perles pop, a fortiori les nombreux extraits du sublime Funeral. Mais… Car il y a un « mais », hélas. A savoir un public insupportable… Je n’ai jamais vraiment fréquenté les festivals avant celui-ci, et ne saurais donc dire s’il s’agit d’une spécialité locale ou de quelque chose d’inévitable. Toujours est-il que les cons encocaïnés et / ou tazés jusqu’au sphincter qui passent leur temps à tchatcher en hurlant et en se foutant totalement du concert, mais en bouffant l’espace des autres spectateurs malgré tout, moi, ça m’énerve. Il se seraient mis un peu en retrait pour parler avec leurs potes, ça ne m’aurait sûrement pas dérangé, je fais après tout la même chose… Mais en plein milieu du public, c’est quand même particulièrement pénible ; ça témoigne d’un profond manque de respect pour les artistes, et ça gâche le plaisir des admirateurs. Mes chers camarades, du coup, ont trouvé le concert nul et ont déclaré forfait. Pas moi (d’autant plus que j’ai fini par trouver un endroit plus calme, qui m’a permis d’assister à la fin du concert sans souffrir davantage de ce parasitage). Mais je n’ai sûrement pas apprécié le concert autant qu’il le méritait, à cause de ces blaireaux. Pourtant, Arcade Fire faisait partie des groupes que je voulais voir à tout prix…
 
Je me rends ensuite scène S, où j’ai appris que le concert de Mika était annulé. M’en fous, mais je me demande naïvement si, pour cette raison, le concert de LCD Soundsystem ne va pas être avancé… Mais non, bien sûr. A la place, on a droit à un groupe d’illustres inconnus parfaitement médiocres, qui font trois petits tours et puis s’en vont. Moi aussi.
 
Je me dirige vers la scène E, où Bloc Party fait son show. Impossible de dépasser l’esplanade, déjà bondée, ce qui ne me permet guère d’apprécier le concert ; mais de là haut, en tout cas, on peut voir une foule énorme se trémousser dans la fosse, et qui a l’air de bien s’amuser. Vu de loin, ça avait l’air autrement plus convaincant que leur poussif concert à Ramonville, il y a de ça quelque temps (juste après la sortie de Silent Alarm), qui m’avait terriblement déçu. Dommage…
 
Je retourne scène S, où la laborieuse balance de LCD Soundsystem s’achève enfin. Le groupe déboule assez rapidement sur scène et entame un set très énergique, punk et dansant, malgré un son moyen. James Murphy, par contre, n’est pas à l’aise et ça se voit ; il dandine mollement son petit bidon, trippe avec ses cloches et sa cymbale et présente ses musiciens à la moindre pause (le monstrueux batteur, « Pat », se voit même accorder cet honneur deux fois…). Il se détend quand même progressivement, et adopte une excentricité un peu forcée et maladroite, qui rend le bonhomme encore plus sympathique, finalement. Les morceaux de Sound Of Silver ("Get Innocuous!", "Time To Get Away", "North American Scum"...) et LCD Soundsystem ("Daft Punk Is Playing At My House", "Tribulations", "Movement"...) s’enchaînent avec bonheur, tout le monde danse, le son s’énerve, ça monte, ça monte… et le concert de s’achever sur une version particulièrement hystérique du génial « Yeah (Crass Version) ». Ca fait du bien. Le meilleur concert de la soirée en ce qui me concerne.
 
Ceci dit, la suite n’est pas mauvaise pour autant, loin de là. En effet, tandis que James Murphy et ses potes achèvent leur concert, les joyeux frappadingues des Scissor Sisters entament le leur sur la scène O, devant laquelle s’est réunie une foule impressionnante de grandes folles, authentiques ou pour un soir, et qui s’amusent de toute évidence beaucoup. Le début fut un peu mou, à ce qu’on m’en a dit plus tard. Mais, au moment où j’arrive, ça commence à se déchaîner sur la grande scène submergée d’éclairages roses et violets. Jake Shears est littéralement dingue, et parcourt la scène de long en large, en sautillant, les yeux exorbités et le sourire au lèvres ; son costume de dandy perd progressivement des éléments, et il finit le concert quasiment à poil (étonnant, non ?). Mais, quoi qu’il fasse, il conserve toujours une voix parfaite. Un type très charismatique et un excellent chanteur. Mais pour ce qui est du charisme, à vrai dire, Ana Matronic n’est pas en reste, très professionnelle dans son rôle de meneuse de revue. Elle parle ainsi à son public, entre chaque morceau, de sexe, de drogue, de musique et de politique, avec une aisance égale ; loin de constituer des entractes ennuyeux, ces petits interludes font partie du spectacle, et le public en redemande. Pour le reste, de toutes façons, il est comblé. Le son est d’une qualité exceptionnelle, et les tubes s’enchaînent : « Take Your Mama », l’inévitable et cultissime reprise de Pink Floyd « Comfortably Numb », « Paul McCartney », « I Don’t Feel Like Dancin’ », « Kiss You Off », j’en passe et des meilleures. Tout le monde danse, toute résistance est inutile. Le concert s’achève enfin sur une nouvelle version du tubesque « Filthy/Gorgious », sans doute moins énergique que l’originale, mais très efficace néanmoins, et fort bien vue. Le groupe salue à la manière d’une troupe de comédiens, et quitte la scène sous les applaudissements de la foule qui en redemande. Un excellent concert, qui clôt agréablement cette première soirée.
 
Qui la clôt, oui, parce que franchement, mes chers camarades et moi, on n’en peut plus. On est contents, repus, crevés. Il est environ 5 h du matin, et les 2manydjs mixent scène S. On comptait d’abord les voir, mais on n’en a franchement pas la force... Perso, je m’en foutais un peu, donc ça ne me dérange pas plus que ça de me diriger vers un repos bien mérité.
 
On s’en va clochardiser sur la plage, quelques centaines de mètres plus loin ; sans surprise, d’autres ont eu la même idée que nous, étrangement peu nombreux cependant. Trois heures plus tard, le soleil, qui tape déjà dur, nous réveille dans un sale état ; il y a bien pire à côté de nous, néanmoins, dont un couple passablement défoncé qui en chie visiblement, et, plus loin, un type face contre terre et littéralement carbonisé (quelque temps plus tard, on entend une ambulance ; m’étonnerait pas qu’il y ait fait un petit tour…). La journée est longue et chaude. C’est difficile, mais on reprend quand même des forces. Le temps de préparer quelques sandwiches pour ne pas refaire la même erreur que la veille, et l’on reprend le chemin du Parc del Forum.
 
On arrive un peu à la bourre, ceci dit. Certains d’entre nous souhaitaient voir Soulsavers feat. Mark Lanegan (scène S), d’autres James (scène O). On passe devant les deux concerts, bien entamés, et ça n’est guère convaincant…
 
Du coup, on préfère se poser directement dans l’amphithéâtre de la scène E, où DJ Shadow va bientôt commencer son set. La gapette vissée sur le crâne, celui monte bien vite sur scène, et commence à bidouiller ses platines et son sampler, s’interrompant de temps à autre pour papoter avec son public (assez nombreux). Derrière lui défilent de fort sympathiques vidéos, à la tonalité très politique le plus souvent ; et au-delà, la mer… C’est un peu mou, dans un premier temps, même si la technique du bonhomme ne saurait faire de doute. Et puis arrive « Organ Doner » ; Shadow s’amuse avec son public, qui connaît nécessairement par cœur cette petite ritournelle à l’orgue (derrière lui, sur l’écran, on peut lire « Yeah, yeah, I know what you’re thinking… Still that organ thing ? Couldn’t he play something new ? Well, the fact is I play it since 1997, as I know it always turns the audience. Crowd’s pleasure... » Je cite de mémoire, hein, et probablement en très mauvais anglais…). Il s’amuse, le bougre. Il se fait désirer… Et puis ce tube démarre vraiment, et le concert s’enflamme définitivement. Les morceaux de bravoure s’enchaînent, mixes et scratches sont à chaque fois plus virtuoses sans être vains pour autant, et des échantillons piochés un petit peu partout dans l’ensemble de la production du DJ sont réutilisés sans cesse pour aboutir à des morceaux totalement différents et toujours intéressants. Plaisir des yeux et des oreilles. Pour ma part, je retiens surtout, vers la fin, un dantesque mix basé principalement sur des morceaux d’UNKLE, qui commence calmement avec le joli « Celestial Annihilation » pour être ensuite emporté par le furibard « Nursery Rhyme », sur lequel vient finalement se coller la voix éthérée et mélancolique de Thom Yorke sur le très beau « Rabbit In Your Headlights »… Très belle performance. Shadow remercie humblement son public, et quitte la scène sous les applaudissements. Ce samedi soir s’annonce plutôt bien…
 
Sur la scène O, c’est bientôt le tour de The Jesus And Mary Chain. Je connais très mal ce groupe culte (honte sur moi…), mais ça me fait quand même bien envie. Aïe. A peine entré en scène, le groupe se foire lamentablement sur son premier morceau… Ca s’annonce pas top. Le son est pourri, le groupe amorphe, le public aussi. Cruelle déception…
 
Autant aller voir ailleurs. Sous le chapiteau de la scène S, c’est bientôt le tour de The Gossip. Je connais pas du tout. Certains, qui ont écouté l’album, me disent que c’est sympa, sans plus. Pourquoi pas ? Et là, surprise : la chanteuse, passablement bouboule, débarque sur scène comme une furie hystérique qui saute partout… et le groupe se plante sur son premier morceau. C’est une malédiction, ou quoi ? Non. Oh que non. Parce que la suite est une énorme baffe. Les morceaux sont très simples (batterie qu’on qualifiera poliment de « minimaliste », guitare OU basse, jamais les deux à la fois, et chant). Après quelques problèmes de son au début (chaque fois que la chanteuse se lâchait un peu, ça donnait un horrible larsen qui vrillait méchamment le crâne, petit souci technique heureusement vite réglé), le concert débute vraiment. Et c’est, en ce qui me concerne, la révélation du festival. La chanteuse y est pour beaucoup. Pas complexée un seul instant par son physique à l’opposé des canons de beauté de notre triste époque superficielle (là, c’est dit), elle se déchaîne avec une exubérance et un charisme sidérants, sa robe à paillettes ras-la-touffe succombant bientôt sous ses gesticulations frénétiques. Elle souffre, ceci dit : il fait terriblement chaud, et elle a la moitié du temps une serviette humidifiée collée au front ; mais rien à battre ; rrrriot grrrrrrl hystérique, elle continue de sauter partout et de faire le spectacle, tout en conservant du début à la fin une voix véritablement exceptionnelle, puissante, très soul ; on pense à Janis Joplin, ou à Aretha Franklin… La musique, par contre, est très sobre, très rock’n’roll, très punk, très dansante. Un excellent concert, qui file une patate d’enfer à tout le monde. On sort de là ébahis. Plus qu’une surprise agréable, c’est bien d’une véritable révélation qu’il s’agit. Je sais, je me répète, mais c’était vraiment très très bon.
 
Le concert fut relativement bref, par contre. The Jesus And Mary Chain, de leur côté, n’ont toujours pas achevé le leur. Et force est de reconnaître que la fin n’a plus rien à voir avec le calamiteux début. Les derniers morceaux sont très bons, plus bruitistes, plus sauvages, et imparables. Rien à redire. L’honneur est sauf. Enfin, presque… Parce que The Gossip, c’était mieux, na !
 
On attend un peu devant la scène N. Electrelane commence son concert un peu tard. Problème : c’est bientôt Air qui doit jouer scène E, et une énorme foule s’y rue. Or on ne voulait pas rater les Versaillais… Dommage. Electrelane, ça partait vraiment bien…
 
Maintenant, il s’agit de se caler pour le grand moment de calme de la soirée. La fosse est remplie, l’amphithéâtre aussi. Argh. Restent les pentes latérales. On se pose dans la paille. Pour Air, c’est plutôt approprié ; sauf que c’est pas très confortable, d’être coincé comme des sardines sur une pente à 45°… surtout que l’on retrouve à cette occasion cet insupportable public tchatcheur qui m’avait déjà gâché Arcade Fire. Sauf que là, c’est pire. Air, c’est une musique calme et subtile, nom d’une sieste ! Ca s’annonce pénible. Le son, au mieux médiocre, renforce cette impression (beaucoup de larsens, de basses tremblantes, la batterie abominablement mal réglée…). Ils sont bien mignons, nos petits Franchouilles tout de blanc vêtus (ce qui leur confère une petite dégaine de Bee Gees néo-romantiques définitivement versaillais) ; et les morceaux sont très bons aussi, bien sûr. Mais, mal calé, agacé par les bavardages incessants et le son pourri, un peu malade enfin, je ne parviens pas à rentrer dans le concert. Je préfère me retirer un peu, pour mieux apprécier la fin. Ca s’améliore, d’ailleurs ; quelques rares morceaux un peu plus rythmés que la moyenne (« Sexy Boy », « Kelly Watch The Stars ») arrachent même quelques pas de danse mollassons à la foule sous tranxène ; le dernier morceau (dont j’ai oublié le nom…) est même excellent, un long délire progressif qui passe très bien (mais serait sans doute bien mieux passé si la batterie avait été mieux réglée…). Quant au light show, etc., c’est un peu le minimum syndical (enfin, disons que, pour cette scène, et pour ce groupe, je m’attendais à mieux…). C’était pas nul, donc, mais Air reste quand même la grosse déception du festival en ce qui me concerne. Je regrette d’autant plus de n’avoir pu assister au concert d’Electrelane
 
Je retrouve mes compères… à moitié endormis. On se remet en douceur face à la scène O, où c’est bientôt le tour des Kaiser Chiefs. Leur scène est très sobre, très « Beatles », avec le nom du groupe inscrit en grosses lettres par-dessus la batterie, au cas où on n’aurait pas compris. Bientôt résonnent les premières mesures de… « The Wizard » de Black Sabbath ? Tiens donc. Bon, c’est pas moi qui vais m’en plaindre, hein… Les membres du groupe ramènent leur sympathique frimousse sous les derniers accords de guitare stoner, et se lancent aussitôt, inévitablement, dans leur excellent tube « Everyday I Love You Less And Less » (après un faux départ tout aussi inévitable). Ils ont une pêche impressionnante, et en premier lieu le chanteur, très énergique, une vraie bête de scène qui use de tous les artifices pour motiver son public, et y parvient sans souci (« Hello Barcelona ! You’re such an audience ! ... Really better than Madrid ! » Ben tiens...). Les tubes s’enchaînent à toute vitesse, et on en a clairement pour notre argent : le son est excellent, le groupe très motivé, le public danse à tout crin... En bref, les Kaiser Chiefs nous offrent tout ce que la pop anglaise a de meilleur : fougue, arrogance, humour, légèreté, indéniable talent mélodique… Très bon concert.
 
Mais on ne peut hélas y assister jusqu’au bout… C’est qu’un gros morceau, que je ne veux rater sous aucun prétexte, nous attend scène S, à savoir !!! (chk chk chk pour les intimes). Je les avais vus à Toulouse peu après la sortie de Louden Up Now, et j’attendais beaucoup de leur concert de ce soir… Je n’ai pas été déçu. Sur l’ensemble du festival, ils ont incontestablement été les meilleurs. Impossible de prétendre le contraire. !!! est un groupe qui fait d’excellents albums ; mais ils nous ont montré une fois de plus qu’ils sont avant tout un groupe phénoménal en live, hystérique et très pro, tout dévoué à l’énergie, moins expérimental et plus direct. Et avec quelle réussite… Les musiciens, tous très talentueux, se déplacent en permanence, et échangent leurs instruments, dans une joyeuse partouze musicale. Nic Offer, très relax dans son short, semble monté sur ressorts ; il se rallie la foule avec aisance, qui se met progressivement à danser, et ne peut bientôt plus s’arrêter : c’est une drogue infernale, les morceaux s’enchaînant à la perfection, irrésistibles et jubilatoires. Tout le monde danse, toute résistance est inutile (oui, encore une fois !) : même votre serviteur, dont ce n’est vraiment pas la tasse de thé en temps normal… Le son parfait (d’autant plus surprenant, étant donné la complexité de la musique de !!!) sert à merveille les morceaux ; la basse, ronde et puissante, vient compléter le terrible arsenal de percussions dans une frénésie tribale incontrôlable (ils sont parfois quatre à malmener la batterie en même temps !). C’est carré, énergique, fabuleux. Puis, nouvelle surprise : une chanteuse noire, elle aussi un peu bouboule, pénètre sur scène. Ah ? Autour de moi, on s’interroge : est-ce qu’ils vont calmer le jeu ? TU PARLES ! Elle est au moins aussi dingue que les autres, et se lance dans de réjouissants jeux de voix avec Nic Offer, lequel, pour le coup, laisse tomber la voix de fausset pour se concentrer sur les éructations rythmiques. Puissance, encore et encore. Le chapiteau bondé se mue progressivement en un club de la plus belle eau, un palace voué à la danse jusqu’au-boutiste, jusqu’à la mort par épuisement, un sourire béat collé aux lèvres. Ils ont tout pour eux, et l’offrent au public avec une sincérité et une compétence rares. Gloire à !!! et à son disco-punk-funk-mutant-et-ce-que-vous-voudrez-tant-qu’à-faire. Le public ne veut pas s’entendre dire que c’est la fin ; il reste encore, trépigne, les jambes secouées de soubresauts spasmodiques, supplie le groupe de lui offrir un rappel bien illusoire – « Me And Giuliani Down By The School Yard (A True Story) », à tout hasard ? Peine perdue : c’est un festival, après tout. Alors on quitte le chapiteau, heureux ; on se dit qu’il fallait y être, et qu’on y était, et que oui, c’était vraiment aussi bien qu’on le dit, et non en fait, c’était encore mieux, pas exprimable avec des mots. Voilà.
 
Après, du coup, les Chemical Brothers, c’est quand même un peu des pédés… Nan, je blague. Seulement, le problème, c’est que le concert a déjà commencé, et qu’il est impossible de dépasser l’esplanade de la scène E. Mais il y a déjà de quoi se prendre une sacrée montée : en bas, dans la fosse, c’est une foule énorme qui s’est rassemblée pour danser sur les tubes breakbeat / big beat / ce que vous voudrez des deux Anglais. Je serais bien incapable d’en donner une estimation pertinente, mais je sais d’ores et déjà que je n’ai jamais vu autant de monde rassemblé quelque part ; au moins 50 000 personnes, probablement plus (il y a bien des concerts sur les autres scènes, mais ils n’attirent guère de foule, et il est 4h00 du matin…). On ne peut guère apprécier la musique d’où l’on se trouve, mais c’est à vrai dire un peu secondaire. Etrange, pour un concert… Mais le fait est que l’on peut dire des Chemical Brothers ce que l’on a souvent dit de Kraftwerk, par exemple : ils pourraient aussi bien ne pas être là ; les morceaux du duo s’enchaînent de manière assez pépère, dans des versions qui ne s’éloignent guère des enregistrements, sans la virtuosité d’un DJ Shadow qui les avait précédés quelques heures plus tôt sur cette même scène. Oui, je déteste qu’on dise ça en temps normal, mais pour une fois, c’est vrai : ils auraient aussi bien pu se contenter d’appuyer sur la touche « play », de passer des disques sans véritablement mixer, quoi… Etait-ce inintéressant pour autant ? Sûrement pas ! Déjà, je n’ose imaginer les sensations qui pouvaient parcourir les dizaines de milliers de spectateurs dansant dans la fosse, et probablement acidifiés bien comme il faut. Et surtout, ensuite, il y a le spectacle. On ne voit pas les frangins chimiques, cachés derrière leurs machines, mais ce n’est pas bien grave : le phénoménal light show agrémenté de lasers compense amplement cette absence, et surtout, il y a ces géniales projections sur un écran monumental englobant toute la scène, à la définition parfaite : voir une tête de clown ricanante de 50 m de haut, ça fait son petit effet, croyez-moi ; de même que les délires psychédéliques décortiquant le vol d’un oiseau, les explosions de boules de peinture, ou, et là je suppose que ça en a fait bad tripper quelques-uns dans la fosse, cette armée de robots géants qui s’avancent, s’avancent, s’avancent… Il y a le spectacle, incontestablement. Pour ce qui est de la musique, je serais plus critique, la sélection ne me semblant pas toujours du meilleur goût (il y avait quand même un peu de soupe dans le tas). Mais on ne peut guère profiter de l’ambiance, rejoindre la fosse est impensable. Allez, il nous faut nous rendre à l’évidence : après cette petite séance de cinoche expérimental, ça sera fini, et il sera temps de rentrer chez nous (ou plus exactement dans l’appartement que nous avions loué à Palafrugell, mais ça, c’est une autre histoire…).
 
Conclusion : un excellent festival, avec une affiche remarquable, et qui laisse plein de souvenirs dans la tête. Merci encore à Katia, Sandra, Anne-Sophie et aux deux Xavier pour m’avoir permis de les accompagner dans ce très chouette prélude à de très sympathiques vacances…
Par Nébal
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Jeudi 12 juillet 2007

Musique-de-la-Gr--ce-antique.jpg

Pour une première chronique musicale, je ne choisis pas vraiment la facilité, là… Et du coup, je vais probablement manquer du vocabulaire et des connaissances pour faire quelque chose de réellement pertinent. Pourtant, le fait est que cette musique atypique m’a séduit…
 
« Musique de la Grèce antique »… Il y a de quoi être intrigué… On sait l’importance occupée par la musique (entendue au sens large, certes) dans la Grèce classique ; on sait moins qu’il en est resté quelque chose. Bien peu, certes, si l’on compare aux brillants vestiges architecturaux ou à la riche littérature qui ont pu traverser les siècles jusqu’à nous. « C’est comme s’il ne restait de l’Acropole d’Athènes que quelques débris de colonnes épars et une paire de chapiteaux détruits », nous dit Gregorio Paniagua dans le livret. C’est peu. Mais c’est déjà ça. Et jamais jusqu’alors, semble-t-il, on n’avait cherché à interpréter sur instruments d’époques les quelques compositions bien fragmentaires parvenues à notre connaissance. C’est désormais chose faite, grâce au travail titanesque de Gregorio Paniagua et de l’Atrium Musicae de Madrid. Loin de n’être qu’une austère et érudite compilation d’archéologie sonore, cet enregistrement constitue un remarquable tour de force, d’une beauté et d’une originalité rares, parfaitement à même de combler les ignares dans mon genre…
 
Mais à quoi ça peut bien ressembler, de la musique de la Grèce antique ? Très bonne question, merci de l’avoir posée… Pas facile à dire, en fait. A mon niveau de béotien, tout ce que je puis faire pour vous en donner une idée, c’est essayer de procéder par analogies.
 
Il s’agit tout d’abord d’une musique largement vocale, que le chant soit mélodique ou parlé, en chœur ou solo ; l'alternance entre parties mélodiques, dissonances et « récitatifs » (un musicologue me tuerait peut-être, je suis pas sûr d'employer ce mot comme il faut...) confère à l'ensemble un fort côté théâtral, qui m'a personnellement pas mal rappelé ce que l'on peut parfois trouver dans les enregistrements de nagauta (la musique d'accompagnement du théâtre kabuki), en plus abordable.
 
Outre le chant, il y a un vaste panel d'instruments à vent et à cordes, et quelques percussions.
 
Ensuite, la construction des mélodies (rares mais remarquables) fait parfois penser à certains enregistrements de musique populaire médiévale (par exemple, des chants de pèlerins de Compostelle).
 
Quant aux sonorités des instruments, elles sont d’une richesse et d’une variété assez stupéfiantes. C’est là encore le béotien qui s’exprime, mais cela m’a un peu rappelé, par certains aspects, outre la musique japonaise ou occidentale médiévale, la musique arabe (les « cithares » les plus graves évoquant parfois quelque peu le timbre de l'oud), ou, plus généralement, les sonorités de l’Orient.
 

Dans l'ensemble, il s’agit d’une musique plutôt sobre, voire minimaliste, assez éthérée, et très... comment dire... « évocatrice », peut-être ; elle suscite des images, une atmosphère particulière, teintée d’onirisme. Mais cela vient sans doute du parti pris délibéré des maîtres d'œuvre de cet enregistrement, qui ont dû pour une part, aussi minime fut-elle, faire appel à leur imagination pour compléter les fragments antiques (les lacunes, quand elles se voient comblées – le silence est parfois la meilleure solution, et elle est ici souvent retenue –, le sont le plus souvent par le biais du maintien de la note afin de lier les fragments, ce qui crée des dissonances agréables et bienvenues). Au final, l’auditeur se laisse porter dans un univers lointain et jusqu’alors inaccessible, un peu comme à la lecture d’un excellent ouvrage de fantasy, dont ce disque constituerait par ailleurs une bande son idéale…

Par Nébal
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Mardi 10 juillet 2007

L'idée, ici, serait donc de vous faire part de mon opinion sur les albums qui viendraient à me titiller l'oreille. Faire des chroniques, quoi. Vu que je suis assez boulimique en la matière, pour peu que je m'y mette, c'est une catégorie qui pourrait vite enfler...

Un aperçu des groupes et artistes que j'apprécie particulièrement, tous styles confondus (et c'est quand même relativement éclectique), et qui risquent donc de faire un tour par ici :

!!!, 22 Piste-Pirkko, 23 Skidoo, 50 Foot Wave, AC/DC, A Certain Ratio, Air, The Amps, Aphex Twin, Arcade Fire, Archive, Arpanet, Artery, Ash Ra Tempel, Asian Dub Foundation, Atari Teenage Riot, The Atlas Project, A Tribe Called Quest, At The Drive-In, Aube, Autechre, The B-52's, Afrika Bambaataa, Syd Barrett, Bauhaus, The Beach Boys, Beastie Boys, The Beatles, Beck, Biohazard, Biosphere, Björk, Frank Black, Black Sabbath, Bloc Party, BlueBob, Boredoms, David Bowie, Glenn Branca, Georges Brassens, The Breeders, Jacques Brel, Thomas Brinkmann, James Brown, Buck 65, Jeff Buckley, Bertrand Burgalat, Busta Rhymes, Cabaret Voltaire, Cali, Can, The Chemical Brothers, Stanley Clarke, The Clash, Coil, Converter, The Cure, Cypress Hill, Daft Punk, Dead Can Dance, Dead Kennedys, Death In Vegas, Deerhoof, Depeche Mode, Taylor Deupree, Devo, The DFA, Digitalism, DJ Cam, DJ Shadow, Doctor Flake, Jacques Dutronc, The Eighties Matchbox B-Line Disaster, Einstürzende Neubauten, Electric Six, El-P, Alec Empire, Brian Eno, ESG, Fantômas, Fatboy Slim, Foetus, Franz Ferdinand, Robert Fripp, Front 242, Front Line Assembly, Serge Gainsbourg, Laurent Garnier, Godflesh, Godspeed You Black Emperor!, Alex Gopher, Gorillaz, Gotan Project, Larry Graham & Graham Central Station, Douglas Greed, Happy Mondays, P.J. Harvey, Jimi Hendrix, The Herbaliser, Hint, H.I.V.+, HorrorPops, Hypnoskull, I:Cube, Imminent Starvation, Inade, Infectious Grooves, The J.B.'s, Jestofunk, Joakim, Joy Division, Kaiser Chiefs, Karma To Burn, The KLF, Klub des loosers, KMFDM, Kraftwerk, Kyuss, Laibach, Lard, LCD Soundsystem, Leftfield, Le Tigre, LFO, Jamie Liddel, M83, Madvillain, Marilyn Manson, The Mars Volta, Massive Attack, Megaptera, Merzbow, Ministry, Mlada Fronta, Mogwai, Napalm Death, Nashville Pussy, New Order, Nine Inch Nails, Nirvana, NON, Nouvelle Vague, ohGr, OutKast, Pan-American, Peaches, Gilles Peterson, Pink Floyd, Pitchshifter, Pixies, Plaid, Iggy Pop & The Stooges, Portishead, Prime Time Victim Show, Public Enemy, Public Image Limited, Punish Yourself, Queens Of The Stone Age, Radio 4, Radiohead, The Rakes, Rammstein, The Rapture, Red Snapper, Lou Reed, Revolting Cocks, The Rolling Stones, Sepultura, Set Fire To Flames, The Sex Pistols, The Silver Mt. Zion & Tra-La-La Band With Choir, Talvin Singh, Slayer, Patti Smith,  Snot, Sonic Youth, Squarepusher, Strapping Young Lad, Suicidal Tendencies, Donna Summer, Sunn O))), Didier Super, Swans, Synapscape, Teenage Jesus & The Jerks, Television, The Temptations, Terranova, This Morn' Omina, Throbbing Gristle, Throwing Muses, Amon Tobin, Tool, Tortoise, T.Raumschmiere, Tricky, Two Lone Swordsmen, Type O Negative, Underground Resistance, Underworld, The Velvet Underground, Venetian Snares, Virgin Prunes, Vista Le Vie, Vitalic, Vromb, Les Wampas, Andrew Weatherall, White Zombie, Winterkälte, Shannon Wright, Wu-Tang Clan, Yo La tengo, Frank Zappa... et bien d'autres chouettes trucs.

Sans oublier, de temps à autre, un chouïa de classique, de jazz, etc.

A bientôt...

Par Nébal
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