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"Le Culte des goules", du comte d'Erlette

Publié le par Nébal

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ERLETTE (François-Honoré de Balfour, comte d’), Le Culte des goules. Traité sur la servitude des âmes, ses rites & causes & comment en user, édition princeps inventée par Antoine Téchenet, [s.l.], Mnémos, coll. Ourobores, 2012, 117 p.

 

Oui, nous traitons ici d’un énième « livre maudit » lovecraftien. Mais fois raffuré, ô lecteur, celui-ci eft nettement plus fympathique que les abjects Necronomicon évoqués récemment en ces pages, ici et . Il eft certes raté… mais point fcandaleux, et j’ofe efpérer que mes explications fauront rendre compte pertinemment de ce demi-échec ou de cette demi-réuffite, felon que l’on eft du genre à envifager le verre proverbial comme étant à moitié plein ou à moitié vide.

 

Le Culte des goules, l’œuvre maudite du comte d’Erlette (allufion tranfparente au triftement célèbre Auguft Derleth), Paris, MDCCIII, conftitue à l’origine une des contributions du jeune (alors) Robert Bloch au prétendu « Mythe de Cthulhu », à l’inftar du non moins célèbre De Vermis Mysteriis de Ludwig Prinn. Un titre étrange pour un grimoire dont on ne favait jufqu’à préfent pas grand-chofe, même fi l’œuvre du Maître de Providence ne manque certes pas de goules (voyez « Le Modèle de Pickman » et La Quête onirique de Kadath l’inconnue), et fi fes pafticheurs n’ont de même pas lésiné fur l’emploi de ce thème (Robert Bloch au premier chef comme de jufte) ; voyez auffi l’article de Robert M. Price fur la nécrophagie dans l’œuvre lovecraftienne, ici.

 

Mais grâce à Antoine Téchenet, inventeur de l’édition princeps, et aux éditions Mnémos, qui en ont publié le fac-fimilé, il nous eft déformais poffible de confulter directement le diabolique ouvrage dans les meilleures conditions.

 

Ou prefque…

 

Nous noterons, pour commencer, que l’objet eft beau. Certes, ce n’eft point là gage de qualité, ainfi que nous l’avons triftement conftaté avec l’abject Necronomicon du myftérieux Simon l’impofteur. Mais ce Culte des goules correfpond ainfi aux canons de la fort fympathique collection « Ourobores » des éditions Mnémos, dont j’ai maintes fois vanté les mérites céans. Il n’eft que de s’habituer aux « s » longs (qui reffemblent décidément fort à des « f », d’où mon emploi abufivement ftupide de ce caractère typographique dans ce compte rendu crétin) pour pénétrer l’univers angoissant du comte, et fe délecter des fi éloquentes gravures qui le parfèment.

 

L’ouvrage peut être fchématiquement fcindé en cinq parties. Dans la première, le comte nous expofe les différents afpects du myftérieux culte des goules à travers le monde. Ces pages ne font que moyennement intéreffantes, mais conftituent fans doute un préalable indifpenfable.

 

Font enfuite expofées les révélations du Micoaz, étrange codex aztèque qui renferme la clé du culte, à favoir que les dieux quels qu’ils foient fe nourriffent des âmes des mortels, et qu’il n’eft point d’échappatoire à moins de trouver à pactifer avec lefdites puiffances. Le contenu de l’ouvrage devient ici ouvertement blafphématoire (on peut dès lors fe demander, fi l’on pinaille, comment grimoire auffi hérétique a pu obtenir le privilège du roi Louis en fes fort dévotes dernières années de règne, mais paffons – après tout, il eft écrit en lettres de fang et relié en peau humaine, n’eft-ce pas ?).

 

Il s’agit donc alors de préfenter, de manière plus fpécifiquement lovecraftienne (encore que c’est tout le « cercle Lovecraft » qui est ainfi convoqué), les différents « dieux » du panthéon cthulien (et c’eft bien de dieux qu’il s’agit ici) ; une mauvaife idée, cependant, à mes yeux en tout cas : la regrettable, mais peut-être, eu égard au nom de l’auteur, inévitable influence d’Auguft Derleth fur ces pages, qui évoquent péniblement la prétendue révolte des Grands Anciens contre les Dieux très anciens, et jouent la carte élémentaire, afpect renforcé par l’affimilation des déités du Mythe aux divinités de notre trifte monde tragique, effentiellement romaines (ainfi, pour prendre un exemple particulièrement fâcheux, l’extra-terreftre Cthulhu eft affocié à Neptune, ce qui lui confère un aspect élémentaire d’eau pourtant incompatible avec fa fuppofée féqueftration à R’lyeh fous les vagues du Pacifique…). Chaque dieu ou prefque eft en outre affocié à une cité, comme, bien entendu, Haftur – ou Mars (?) – à Carcofa.

 

Puis le comte en vient à aborder l’afpect « pratique » du culte des goules. Ces pages parviennent dans l’enfemble à éviter le finiftre écueil du « livre de cuifine » que l’on rencontre fouvent dans les grimoires, ainfi Le Necronomicon édité par George Hay, et tout autant le ridicule des invocations charabiefco-fumériennes du ridicule Necronomicon du myftérieux Simon l’impofteur.

 

Et l’ouvrage de fe terminer fur un palimpfefte, quelques pages manufcrites d’Antoine Téchenet, qui viennent changer la donne quant au contenu de l’ouvrage et, pour ce que j’en ai compris, lui conférer plutôt aftucieufement une certaine coloration « politique ». Pour ce que j’en ai compris, difais-je : en effet, la police utilifée est quafiment illifible et les coquilles abondent encore plus que dans ce qui précède – ce qui n’eft pas peu dire –, ce qui en rend la lecture extrêmement pénible…

 

Nous touchons là au problème effentiel de ce Culte des goules. Non, ce n’eft pas tant l’afpect derléthien précédemment évoqué, même si je le regrette ; ce n’eft pas non plus la relative banalité du livre, forcément moins ténébreux et horrifique que ce que les fictions lovecraftiennes laissaient entendre (mais on pourra tout de même faluer les efforts d’Antoine Téchenet pour livrer quelque chofe de paffablement horrible malgré tout, bien plus que les deux pathétiques ouvrages précédemment évoqués).

 

Non : le problème, c’eft que ce livre n’eft pas écrit en français. Et encore moins en français claffique du début du fiècle des Lumières. L’expreffion eft lourde fans paraître authentique, certes non ; il eft des phrafes qui ne veulent tout fimplement rien dire, et font plus d’une fois foupirer le lecteur fe voyant infliger ce calvaire. Mais je ne crois pas que la faute en incombe uniquement à Antoine Téchenet : certes, c’eft là fon texte, et il ne coupera pas à fa refponfabilité (terrible malédiction d’Azathoth fur lui !) ; mais il eft bien des indices qui laiffent à entendre que ce livre n’a tout fimplement pas été relu : en temps normal, j’aurais dit « pas fuffifamment relu », mais coquilles, lourdeurs et fautes impardonnables font fi fréquentes que je tends à penfer que ce livre n’a pas été relu du tout… Et c’eft pour le moins regrettable, parce que cela en devient parfois tout bonnement illifible.

 

Ce qui eft d’autant plus dommage que le livre a malgré tout quelque chofe de fympathique dans fon principe, qui le rend incomparablement fupérieur à ceux que vous favez… Mais, en l’état, je ne faurais pour autant le recommander : ce livre fait peur, oui ; et il fait fouffrir ; mais c’eft furtout parce qu’il pique les yeux, et perfore les oreilles…

 

Trifteffe.

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"L'Univers de Lovecraft", de Philip A. Shreffler

Publié le par Nébal

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SHREFFLER (Philip A.), L’Univers de Lovecraft, [The H.P. Lovecraft Companion], traduit [de l’américain] par Patrick Marcel, préface de Joseph Altairac, Amiens, Encrage, coll. Travaux, série Cahiers d’études lovecraftiennes, [1977] 1994, 158 p.

 

Et hop, un « Cahier d’études lovecraftiennes » de plus ; à nouveau une traduction de l’américain, après l’excellent intermède dû à Michel Meurger (hop ; à suivre au prochain numéro). Bizarrement, je ne me souviens pas avoir entendu parler de ce H.P. Lovecraft Companion auparavant, pas plus que de son auteur, Philip A. Shreffler, alors que j’ai lu dans Lovecraft Studies le long article en trois parties sur la critique lovecraftienne dans les années 1970. Mais il est vrai – et Joseph Altairac le mentionne dans sa préface – qu’on est ici assez loin des préoccupations de l’auteur de Clefs pour Lovecraft dans la même collection. Ce qui peut, au mieux, déboucher sur un intéressant débat. Hélas, ce n’est pas vraiment le cas, trouvé-je, et j’ai choisi mon camp, camarades…

 

En effet, cet Univers de Lovecraft m’a donné l’impression d’un ouvrage au mieux médiocre, et assurément bancal : on y trouve à l’occasion quelques développements très intéressants (dans le long chapitre qui constitue l’essentiel du bouquin, surtout, ouf), mais aussi d’autres choses plus contestables, voire carrément douteuses…

 

D’ailleurs, si je m’étais fié à ma première impression – la lecture du seul premier chapitre –, je crois même que je lui aurais attribué un zéro pointé. Ce chapitre sur les « théories littéraires de Lovecraft » m’a en effet paru fort mauvais. Il traite pour l’essentiel des précurseurs et influences de Lovecraft, d’une manière pour le moins bizarre, et qui m’a surtout paru très américano-centrée : en gros, là où Lovecraft, dans son célèbre essai Épouvante et surnaturel en littérature, attribue le titre de « maîtres modernes » à quatre auteurs tous britanniques – l’Irlandais Lord Dunsany, le Gallois Arthur Machen et les Anglais Algernon Blackwood et M.R. James –, l’influence sur son œuvre du « conte fantastique britannique » est hyper-relativisée, pour laisser la place à un éloge de « l’idéal américain », basé sur une conception fantasque du mythe de la Frontière qui a de quoi laisser perplexe… Alors, certes, il y a Poe – son « dieu en écriture », qui se voit consacrer un chapitre à lui tout seul. Et Nathaniel Hawthorne comme Ambrose Bierce se voient accorder des développements substantiels, c’est vrai. Il n’en reste pas moins que cette bizarre théorie me paraît reposer sur pas grand-chose, si ce n’est sur les fantasmes de l’auteur ; ainsi pour ce qui est de la philosophie sous-jacente : Philip A. Shreffler a beau dire, je ne reconnais pas chez Lovecraft les conceptions de Poe, la réflexion sur le mal d’Hawthorne (mais il faut dire que l’auteur adopte une conception relativement manichéenne du Mythe de Cthulhu, où les Grands Anciens font figure de créatures maléfiques, ce qui est à mon sens une erreur très derlethienne, mais on aura l’occasion d’y revenir), ou le cynisme de Bierce ; par contre, Dunsany et Machen… Bref. Pas convaincu. D’autant que tout cela m’a donné une impression d’approximation assez fâcheuse (je passe sur certains jugements de valeur, et notamment celui concernant la faiblesse des descriptions lovecraftiennes, l’auteur étant à ses yeux beaucoup plus efficace quand il suggère que quand il montre ; c’est une question bien plus complexe que ça à mon sens…). Notons en outre que ce chapitre, déjà, est quelque peu branlant, puisque l’on passe sans prévenir à des considérations sur le Mythe de Cthulhu chez les continuateurs de Lovecraft, ce qui revient un peu à faire le grand écart. Mais la suite est assez édifiante sur ce manque de méthode dont témoigne à mes yeux tristement cette entrée en matière plutôt foireuse.

 

Le chapitre deux – qui correspond à près de la moitié de l’ouvrage… – est heureusement plus intéressant. Philip A. Shreffler revient sur les fictions de Lovecraft, donnant pour chacune un bref résumé (ce qui n’est guère utile…), mais aussi – et c’est là le point fort de cet Univers de Lovecraft – détaillant les inspirations d’HPL en Nouvelle-Angleterre. Ce qui nous donne un « guide touristique », en somme, assez palpitant, sur Providence, Salem, etc. Les éléments développés par l’auteur sont cette fois assez convaincants – même si la réalité est peut-être parfois un peu plus complexe, voir par exemple ici – et la visite guidée plutôt chouette. Effectivement, je suppose que ce livre pourrait constituer un « companion » bienvenu si l’idée saugrenue d’un voyage lovecraftien en Nouvelle-Angleterre me passait par la tête (cela dit, il est d’autres ouvrages sur la question, que je compte lire un de ces jours ; mais, à l’époque, cela devait être relativement original…).

 

On passe ensuite, sur une trentaine de pages, à une « encyclopédie des personnages et des monstres ». Un petit dictionnaire, quoi, peut-être vaguement utile pour la recherche, mais illisible en tant que tel. Bon, pourquoi pas…

 

Las, les choses dégénèrent à nouveau ensuite. En voulant traiter des « monstres du Mythe », Philip A. Shreffler tient à établir une « hiérarchie », ce qui me paraît constituer une mauvaise idée : c’est vouloir injecter artificiellement de la cohérence là où il n’y en a pas vraiment, et où il n’y en a pas besoin… d’autant que, fidèle à sa vision manichéenne plus ou moins derlethienne, il en vient ainsi à dresser un arbre en deux parties, où Nodens et, en-dessous de lui, les « Dieux très anciens », occupent une place comparable à celles d’Azathoth, Yog-Sothoth et compagnie… Non, décidément, je n’accroche pas. Mais le pire est à venir, dans des développements sur « Lovecraft et la tradition occulte » : il s’agit certes tout d’abord de traiter des « livres maudits » lovecraftiens – et ceux-ci ont une telle importance dans les récits que c’est bien légitime –, mais le problème, c’est qu’ensuite Philip A. Shreffler en tire des conclusions « occultistes » qui m’ont vraiment paru de trop… à tel point qu’il achève – si j’ose dire – son essai par une annexe sur la Golden Dawn ! Et ça, franchement, après m’être tapé les élucubrations du mystérieux Simon (voyez ici), ça m’a vraiment gonflé. Pas de chance pour Shreffler… mais de toute façon – et je crois que ce compte rendu en témoigne assez – son livre me paraît décidément mal conçu, au mieux bancal, au pire carrément foireux.

 

Rendez-moi les passionnants articles de Michel Meurger !

 

 

Ah ben ça tombe bien, le prochain cahier est de nouveau de son fait. Ouf.

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"Necronomicon", de Simon

Publié le par Nébal

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SIMON, Necronomicon, [Dead Names: the Dark History of the Necronomicon ; Necronomicon ; Necronomicon Spellbook ; The Gates of the Necronomicon], traduit de l’anglais (États-Unis) par Philippe Touboul, illustrations de Goomi et al., Paris, Bragelonne, [1977, 1981, 1987, 2006] 2012 + [16 p. de pl.], 878 p.

 

On poursuit dans les « livres maudits », cette fois avec un gros morceau, le Necronomicon du mystérieux Simon. Je ne reviendrai pas ici sur l’histoire du Necronomicon selon Lovecraft, j’en ai déjà traité à plusieurs reprises (notamment ici et ). Et, de toute façon, il n’est pas certain que cela soit très pertinent, ce gros livre n’entretenant que des rapports très ténus avec le pôpa de Cthulhu. Et pour cause : c’est du vrai Necronomicon qu’il s’agit, bien sûr ! En tout cas, le mystérieux Simon n’en démord pas… et pousse à vrai dire la plaisanterie très loin, le bougre (ce qui lui avait valu de se faire très justement défoncer la gueule ici, par exemple).

 

Mais ne mettons pas la charrue avant les shoggoths.

 

On va commencer par un compliment : le livre de Bragelonne est beau. Très beau, même. Il a un vrai rendu de « grimoire », est relié avec une couverture assez classe, et abondamment illustré (surtout par des diagrammes à la con, mais on trouve aussi seize planches couleurs de Goomi et d’autres, ou fournies par Sans-Détour). Bon, certes, ça fait 40 €… Mais à n’en juger que par l’esthétique, ça les vaut. Le problème, c’est quand on le lit… Parce que là, autant le dire de suite, on ne peut s’empêcher de trouver que ça fait cher du PQ.

 

Mais ne mettons pas la charrue avant les shoggoths.

 

Ce volumineux Necronomicon comporte en fait quatre livres, dont c’est si je ne m’abuse la première traduction française. On commence par Les Noms morts. L’histoire secrète du Necronomicon, livre paru en 2006 originellement, donc bien après le Necronomicon « à proprement parler » (1977). C’est qu’il s’agit en fait d’une longue introduction. Le mystérieux Simon y rapporte comment le manuscrit grec de l’authentique Necronomicon, traduit de l’arabe, est tombé entre ses mains. Une histoire totalement folle, à base de jeunes couillons devenus prêtres orthodoxes (d’une espèce pas super orthodoxe) pour éviter de partir au Vietnam. Le livre aurait été volé par d’autres prêtres plutôt douteux, qui faisaient leur commerce de vieux bouquins poussiéreux acquis frauduleusement dans des universités ou des collections privées. D’où vient-il ? On ne sait pas. Et maintenant, il est où ? Oh ! Ben, figurez-vous, dites donc, qu’il a été brûlé par un des jeunes couillons sus-mentionnés, qui craignait d’avoir des ennuis avec la police après l’arrestation des voleurs. C’est ballot, tout de même… Toujours est-il que cet authentique Necronomicon s’est retrouvé dans les pattes du mystérieux Simon (qui nous explique sans rigoler qu'en fait c'est lui le héros de La Neuvième Porte) et de ses copains passionnés d’occultisme, dont un seul, semble-t-il, connaissait Lovecraft. L’idée, en fait, c’est que le grimoire en question, bien loin de constituer un canular (non mais oh !), serait une authentique traduction en grec d’un livre écrit par un « Arabe dément » (pas nommé ; forcément, puisque Abdul Alhazred n’est pas un vrai nom arabe, bien joué…), et véhiculant par-delà les siècles la magie de l’ancienne civilisation de Sumer ; Lovecraft, bien loin d’en être le créateur, en aurait entendu parler, et c’est pour cela qu’il l’aurait intégré dans ses récits, en l’adaptant à sa sauce. Du coup, on ne trouve finalement pas grand-chose de lovecraftien dedans, mais j’y reviendrai. En attendant, je vous le demande : mon cul est-il essentiellement constitué de poulet ? Pourtant, cette première lecture m’a étrangement plutôt séduit. Si. Évidemment, c’est con comme un boulon, et, le mystérieux Simon a beau dire (il se défend mal, en plus), le canular est gros comme moi, mais, à la différence du Necronomicon édité par George Hay, il est plutôt bien fait. On n’y croit pas, bien sûr, mais on peut reconnaître malgré tout une belle mécanique et, oui, à ce niveau, c’est plutôt bien foutu, et ça se lit avec un certain plaisir, comme un (bon) roman d’occultisme vaguement conspirationniste, avec plein de personnages hauts en couleurs et de développements saugrenus mais rigolos. Peu importe, ici, qu’on y croie ou pas, en fin de compte : ne serait-ce qu’à titre sociologique, cette longue introduction est même intéressante, constituant une agréable (et rigolote) (et instructive) plongée dans le monde de l’ésotérisme des années 1970. C’est farfelu, ça mélange tout, de Sumer (donc) à Aleister Crowley, et de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy aux meurtres du « Fils de Sam », avec en arrière-plan l’underground occultiste de New York, la guerre du Vietnam, etc. Le livre se serait arrêté là, j’aurais presque pu le conseiller.

 

Presque.

 

Hélas, après, on passe au Necronomicon « à proprement parler ». Et là, l’illusion ne tient plus. Ce charabia pseudo-sumérien, passé l’amusant « Témoignage de l’Arabe dément », est à se pisser dessus. Ou à pleurer. Ou les deux (en même temps, tant qu’à faire). On y trouvera sans surprise beaucoup plus de références à MARDUK ou INANNA qu’à KUTULU, AZAG-TOTH ou ISHNIGARRAB, malgré quelques « IA ! » de temps en temps, et autres prétendus « mots de pouvoir ». Bien loin, en outre, d’être un livre « maléfique », ce Necronomicon est censé être un outil pour contrer le retour des méchants Grands Anciens (enfin, des trois que je viens de citer, les autres passent à la trappe), avec la bénédiction des dieux de Sumer, qui font figure de Dieux très anciens à la Derleth (youpi). C’est à la fois chiant à mourir et désopilant. Mais, ce qui est certain, ce que l’on n’y croit plus ; enfin, on n’y croyait pas avant non plus, mais on pouvait reconnaître que c’était bien fait… Mais c’est décidément le problème : une fois rédigé, le Necronomicon perd toute son aura de malignité (déjà bien écornée ici, de toute façon, puisque « l’Arabe dément » est un « gentil »), et ne reste plus qu’un gros foutage de gueule (certains diagrammes font vraiment caricatures…), qui ne convaincra que les plus schizophrènes, incultes et cons des dégénérés de Dunwich ou d’Innsmouth.

 

Les choses ne s’améliorent pas avec le très court Livre de sorts du Necronomicon, sorte de spin-off cynique et mercantile au précédent, qui se contente de reprendre les cinquante noms de MARDUK avec de brèves « explications ». Le foutage de gueule atteint ici des proportions épiques.

 

Mais le pire est à venir, avec le gros Les Portes du Necronomicon. C’est le plus gros livre, avec le premier (ils sont sortis en même temps, à peu près). Et là, on se dit que la (mauvaise) plaisanterie a assez duré. On en a franchement marre des élucubrations du mystérieux Simon, de son discours à la con infesté de charlatanerie à dix sous, avec des vrais morceaux d’astrologie dedans (Lovecraft a dû s’en retourner dans sa tombe, et continuer encore à vrai dire…), et des délires (décidément répandus dans certains milieux) sur des visiteurs extra-terrestres qui auraient apporté la civilisation à l’humanité, et autres fadaises du même genre. C’est très pénible. On ne rigole plus. Du tout. Et je vous l’avoue, très chers lecteurs : j’ai vite décidé de me contenter de parcourir ce torchon en diagonales, c’est tout bonnement illisible (à moins d’être un demeuré complet ou un psychiatre), et répugnant de cynisme.

 

Gardez vos sous, ça fait bien trop cher du barbecue. Le mystérieux Simon est un connard, et son livre un torchon. Il n’a quasiment rien de lovecraftien, et son contenu est puant. Pardonnez-leur, mon Yog-Sothoth, ils ne savent que trop bien ce qu’ils font…

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"Lovecraft et la politique", de Jacky Ferjault

Publié le par Nébal

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FERJAULT (Jacky), Lovecraft et la politique, postface de Gérard Klein, Paris, l’Œil du sphinx, coll. Bulletin de l’Université de Miskatonic, 2008, 149 p.

 

Lovecraft et la politique. Diantre, le passionnant sujet que voilà. Sensible, aussi : on sait en gros ce qui s’y cache… Comme le dit Joseph Altairac en quatrième de couverture, « c’est une chance que l’écrivain de fantastique et de science-fiction Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) ait choisi la carrière d’homme de lettres plutôt que celle d’homme politique »… Ce qui ne l’empêchait cependant pas d’avoir des opinions sur les sujets politiques et de les exprimer, surtout dans sa volumineuse correspondance.

 

Jacky Ferjault a donc écumé cette dernière (principalement des lettres des années 1930, cependant) pour nous en livrer la substance. Et le résultat est pour le moins édifiant, confirmant à l’occasion certaines idées reçues, mais dressant en définitive un portrait complexe et fluctuant ; après tout, comme le dit la sagesse populaire, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, et Lovecraft n’était pas un imbécile.

 

Ce bref essai s’articule donc essentiellement sur le changement idéologique de Lovecraft au cours des années 1930 : le réactionnaire borné se rallie plus ou moins à une forme de « socialisme modéré » tempéré par un net penchant pour l’aristocratie ; de républicain farouchement conservateur, il devient démocrate et fervent partisan de Roosevelt et du New Deal ; entre-temps, il est toutefois séduit par le fascisme… Et, à l’arrière-plan, même si l’expression et l’intensité de ces sentiments évoluent, restent toujours xénophobie, racisme et antisémitisme.

 

Ce petit ouvrage – mal chapitré, mais bon, tant pis – peut être découpé en trois parties : dans la première, nous voyons quelques généralités d’ordre théorique, sur la conception lovecraftienne du monde et des doctrines politiques ; on passe ensuite, dans un très long chapitre, à la politique intérieure des États-Unis ; et l’ouvrage se s’achever (enfin, avant la postface de Gérard Klein, « Un Marx du cauchemar », expression pour le moins déconcertante empruntée à Jean-François Revel…) sur la politique extérieure.

 

Nous voyons d’abord comment le matérialisme mécaniste de Lovecraft, conjugué à son « indifférentisme », ne l’empêche pas, bien au contraire, de s’intéresser à la politique : un autre aspect du « régionalisme cosmique » qui caractérise son œuvre. Puis l’on s’intéresse aux doctrines : le fascisme est envisagé assez naïvement (dans un premier temps, du moins), mais plutôt loué dans l’ensemble, comme étant à même de préserver les traditions culturelles auxquelles Lovecraft est tellement attaché (ce qui est pour le moins douteux… et sans doute le très conservateur Lovecraft a-t-il fini par s’en rendre compte) ; la démocratie et le pacifisme sont en tout cas nettement vilipendés, au prix parfois de jeux rhétoriques pour le moins douteux. La question du socialisme est nettement plus complexe : c’est ici que l’on voit Lovecraft évoluer, progressivement… même s’il reste dans l’ensemble anticommuniste (et terrorisé à bien des égards par la révolution bolchevique, dont il craint le modèle), et si sa conception de l’anarchisme, sans surprise, relève de la caricature.

 

Le long chapitre sur la politique intérieure des États-Unis confirme et détaille cette évolution (notamment au travers de passionnantes et longues lettres à Robert E. Howard et Catherine L. Moore). Mais, auparavant, il nous est donné d’étudier d’autres questions, peu ragoûtantes : l’immigration, les Juifs, les Noirs… La désastreuse expérience new-yorkaise, ici, joue un grand rôle (qu’on ne doit toutefois pas surévaluer), et on lit sous la plume de Lovecraft des choses pour le moins abominables, qu’on ne saurait en aucun cas occulter (et qui, contrairement à ce que d’aucuns ont pu dire, transparaissent clairement dans sa fiction). On voit en tout cas la pensée de Lovecraft évoluer, que ce soit de manière très théorique, ou en étant confrontée à des faits divers ou des personnalités du moment.

 

La politique extérieure est envisagée selon trois angles : la guerre (on retrouve ici son hostilité au pacifisme et son engagement auprès de la « mère patrie » anglaise lors du premier conflit mondial, avec déploration de ce que cette guerre oppose des membres de la même « race »…), la montée du fascisme en Europe (l’accent est mis sur « le bel Adolf », envisagé peu ou prou comme un clown tragique : Lovecraft éprouve de la sympathie pour le Führer, mais rejette ses moyens, et – c’est intéressant – s’oppose au racisme exacerbé des nazis, la culture étant pour lui le vrai critère, et non le sang… ce dont on pourrait douter à lire certaines de ses nouvelles traitant du thème obsessionnel de l’hérédité, comme « Arthur Jermyn » ou « Le Cauchemar d’Innsmouth » ; disons qu’il y a des nuances…), et enfin les relations avec le Japon (ce qui nous replonge dans un contexte bien précis dont on a sans doute du mal à prendre conscience aujourd’hui, et qui nous montre la future guerre comme inévitable à bien des égards…).

 

Ce petit ouvrage est donc à n’en pas douter passionnant et même fascinant (oui, c’est bien un « n »…). Je lui adresserais néanmoins quelques reproches : tout d’abord, s’il est signé « Jacky Ferjault », c’est pourtant largement un livre de Lovecraft, « l’auteur » se contentant de citer longuement des lettres interminables, et n’écrivant presque rien de lui-même ; il a en fait opéré une sélection… mais les commentaires et l’analyse sont hélas passés à la trappe. On regrettera également (enfin, moi, en tout cas, je le regrette) que seules les lettres de Lovecraft aient été ici envisagées : il me semble que d’autres de ses textes (fictions, poèmes, essais) auraient également pu éclairer la problématique ; dommage, enfin, que l’accent ait été mis sur les seules années 1930… Pour toutes ces raisons, je dois donc avouer une légère frustration, qui sera je l’espère ultérieurement comblée par l’importante étude de S.T. Joshi H.P. Lovecraft. The Decline of the West, dont j’attends beaucoup. En attendant, cet ouvrage reste tout à fait recommandable, à condition de bien prendre conscience de la manière dont il a été composé.

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RIP Nelson Mandela

Publié le par Nébal

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Ce bref billet ne sera sûrement pas très original, mais voilà : ce n'est pas tous les jours qu'un homme aussi admirable nous quitte. Gloire à lui, et RIP, comme on dit chez les croyants.

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"Crypt of Cthulhu", no. 3

Publié le par Nébal

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Crypt of Cthulhu, vol. 1, no. 3, Bloomfield, Cryptic Publications, Candlemas 1982, 24 p.

 

Crypt of Cthulhu, suite, avec ce troisième numéro, consacré pour l’essentiel au correspondant et collègue de Lovecraft, le créateur du célèbre Conan, Robert E. Howard. Si les deux hommes ne se sont jamais rencontrés, ils n’en ont pas moins beaucoup échangé (je reviendrai en partie sur leurs lettres dans le prochain compte rendu), et REH a apporté à plusieurs reprises sa contribution à l’édifice « mythique » élaboré par HPL. Comment exactement, dans quelle mesure et à quel titre, c’est ce que les études comprises dans ce numéro permettront de dire.

 

On commence avec « The Strange Case of Robert Ervin Howard », de Charles Hoffman et Marc A. Cerasini. Après avoir présenté quelque peu le personnage et sa participation à Weird Tales, notamment, les deux auteurs se penchent sur les deux seules histoires (à leurs yeux) écrites par Robert E. Howard et relevant véritablement du « Mythe de Cthulhu » (c’est-à-dire au-delà de simples allusions de passage à des divinités, etc.)… et portent dans l’ensemble des jugements peu flatteurs. « The Black Stone », sans surprise, est néanmoins jugée supérieure à « The Thing on the Roof » (j’avais beaucoup aimé cette première histoire, pour autant que je m’en souvienne, y voyant même une des meilleures « Légendes du Mythe de Cthulhu »…). Les deux histoires sont détaillées, et on y relève ce qui les unit, ainsi que les contributions de l’auteur au « Mythe » – essentiellement les fameux Nameless Cults de Von Junzt et le personnage de poète fou Justin Geoffrey (mais il y a d’autres éléments, plus anecdotiques). Finalement, les récits fantastiques de Robert E. Howard détachés du « Mythe » se voient accorder une bien plus grande estime (je lis ça prochainement, en principe).

 

Robert M. Price poursuit avec « The Borrower Beneath. Howard’s Debt to Lovecraft in « The Black Stone » ». Le titre est assez explicite. Il s’agit donc pour l’auteur de montrer où Howard a puisé son inspiration pour « The Black Stone ». À l’en croire (mais je ne suis que moyennement convaincu), il s’agirait tout simplement d’une reprise de « La Cité sans nom » (avec le même voyage en un lieu exotique, Nameless Cults pour le Necronomicon, Justin Geoffrey pour Abdul Alhazred – les vers des deux poètes sont comparés, et là c’est effectivement assez flagrant –, etc.). Admettons ; cependant, la conclusion ne saurait faire de doute : pour Robert M. Price (et pour votre serviteur aussi, pour autant qu’il s’en souvienne), la nouvelle de Howard est bien meilleure que celle de Lovecraft (que j’ai toujours trouvée plutôt mineure, ainsi que j’ai déjà eu à plusieurs reprises l’occasion de le dire).

 

Robert M. Price encore, pour « Yag-Kosha the Elephant Man ». Le personnage de Yag-Kosha apparaît dans « La Tour de l’éléphant », une des premières histoires de Conan (voyez ici). Et il est vrai que cette créature a quelque chose de passablement lovecraftien – ça crève les yeux –, même si elle est beaucoup plus sympathique que Yog-Sothoth et compagnie. Pour l’auteur, c’est même la nouvelle dans son ensemble qui a quelque chose de lovecraftien, dans la mesure où, une fois libéré par Conan, Yag-Kosha prend la vedette, tandis que le Cimmérien reste à l’arrière-plan ; là, je suis moins convaincu…

 

Robert M. Price toujours (eh, on est chez lui…) livre ensuite « Gol-Goroth, a Forgotten Old One ». Le personnage de Gol-Goroth apparaît à l’en croire dans plusieurs nouvelles de Howard (notamment « Les Dieux de Bal-Sagoth », voyez ici), et il l’identifie avec la bestiole de « The Black Stone », qu’on retrouve plus ou moins dans « The Thing on the Roof ». Ce Grand Ancien « oublié » des catalogues dressés par les lovecraftiens est donc décortiqué dans chacune de ses apparitions.

 

On s’arrête là pour Howard, mais le numéro se poursuit avec… devinez ? Eh oui, Robert M. Price (vous êtes trop forts). « Genres in the Lovecraftian Library » est plus ou moins un catalogue de « livres maudits », qui a surtout pour intérêt, donc, de différencier divers types d’ouvrage : grimoires, traités de démonologie, « écritures », chroniques non humaines, monographies, poésies (et autres œuvres d’art, en fait) « inspirées », et enfin variantes des précédents. On voit le nombre de « copies » pures et simples, absolument dénuées d’intérêt…

 

Les rubriques, ensuite. Le « fun guy from Yuggoth » de ce numéro est John Anthony, qui livre une jolie « réminiscence » de son premier (et dernier…) contact avec Lovecraft dans « The Call of Cthlhu’s Cadillac ». Amusant.

 

C.J. Henderson, dans la « R’lyeh Review », se répand en louanges à propos de l’anthologie dirigée par Ramsey Campbell New Tales of the Cthulhu Mythos (j’avais lu ça il y a une éternité, je n’en ai pas conservé le moindre souvenir, à part le titre de la contribution de Stephen King…). Après quoi Robert M. Price évoque brièvement des éditions de poche de Lovecraft.

 

Reste le « Mail-Call of Cthulhu », composé cette fois d’une unique lettre d’Ed Babinski, lequel défonce Lovecraft et lui préfère Poe ; le monsieur est censé écrire un article dans un prochain numéro, ça promet…

 

Bilan très sympathique dans l’ensemble, donc, pour ce troisième numéro de Crypt of Cthulhu, largement plus convaincant que le précédent. On verra bientôt ce qu’il en est de la suite des opérations.

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"La Flamme Chantante", de Clark Ashton Smith

Publié le par Nébal

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SMITH (Clark Ashton), La Flamme Chantante, [The Collected Fantasies of Clark Ashton Smith, vol. 2], nouvelle traduite de l’anglais (États-Unis) par Joachim Zemmour, Arles, Actes Sud, coll. Un endroit où aller, [1931] 2013, 107 p.

 

C’est bien simple : ils étaient trois. H.P. Lovecraft, Robert E. Howard et Clark Ashton Smith. La Sainte Trinité de Weird Tales (et d’autres pulps aussi, pour ce texte précisément, d’ailleurs). J’ai beaucoup lu le premier (sans déconner ?), pas mal le deuxième, quasiment pas du tout le dernier (juste ses nouvelles figurant dans les « Légendes du Mythe de Cthulhu », sauf erreur). Or cela faisait (du coup) très longtemps que je voulais lire du Clark Ashton Smith. Las, s’il fut pas mal traduit à une certaine époque (chez Néo, notamment), il est aujourd’hui quasiment impossible de mettre la main sur ces textes, accaparés par de perfides collectionneurs. Des années que j’en cherche (à des prix décents) sans en trouver. Aussi, quand Actes Sud a annoncé cette réédition dans une nouvelle traduction de La Flamme Chantante, j’ai quasiment sauté au plafond, et me suis empressé de faire l’acquisition de la chose. Et ce malgré un prix carrément prohibitif : 14 € pour une centaine de pages, ça relève quand même peu ou prou du foutage de gueule pur et simple. Mais bon, je ne suis pas en état de bouder : je voulais lire du Clark Ashton Smith, et j’en ai lu. Voilà. Et merci malgré tout.

 

Il y a Giles Angarth, auteur de fantastique, et son pote Ebbonly, illustrateur dans le même genre (un dédoublement de Clark Ashton Smith ?). Angarth s’est retiré dans un bungalow dans un trou perdu, non loin de Crater Ridge. Et, en se baladant dans les environs, il fait un jour une étrange découverte : deux pierres, qui donnent vaguement l’impression de débris de colonnes malmenés par le temps. Angarth aurait pu se contenter, comme précédemment, de laisser son esprit fantasque vagabonder sur ces étranges pierres, y cherchant des significations improbables, mais voilà : il passe entre les deux.

 

… et se retrouve propulsé dans un étrange monde parallèle, empli de créatures tout aussi étranges. Des pèlerins pour la plupart, sans doute, qui viennent rendre hommage à la Flamme Chantante, qui les attire comme des phalènes. Angarth résiste à la tentation de se jeter dans le feu ardent, mais n’en est pas moins sacrément perturbé (il faut dire qu’on le serait à moins). Dans les jours qui suivent, il revient plusieurs fois dans la cité de la Flamme, observant les déconcertants phénomènes qui s’y produisent.

 

Puis il disparaît, avec son comparse Ebbonly qui l’a rejoint, quasiment sans laisser de trace. Quasiment : il a laissé un journal adressé à son ami Hastane, qui relate l’étonnante découverte. Canular ? Récit authentique ? Hastane ne sait d’abord trop que penser. Mais après avoir livré à ses lecteurs le journal d’Angarth, il se rend à son tour à Crater Ridge, trouve les pierres, et…

 

Arrêtons-nous là. J’en ai probablement déjà trop dit…

 

Clark Ashton Smith, donc, était un correspondant de Lovecraft. Un de ses grands amis, même s’ils ne se sont jamais rencontrés. Le poète et fantastiqueur californien et le gentleman de Providence se sont à vrai dire mutuellement influencés. Et ça crève les yeux à la lecture de cette nouvelle datant de 1931. Si La Flamme Chantante évoque plus la fascination pour l’étrange que l’horreur pure, la parenté n’en est pas moins nette, et s’exprime dans un style chatoyant, que d’aucuns (on les comprend) pourront trouver abominablement chargé, souffrant de « l’adjectivite » souvent reprochée à Lovecraft. Mais votre serviteur, du coup, a l’habitude, avoue même bien aimer cette hérésie stylistique, et, dès lors, a pris beaucoup de plaisir à cette excursion dans un monde parallèle « grotesque » (le mot revient souvent, trop souvent, dans la traduction de Joachim Zemmour, qui n’exclut pas ainsi quelques répétitions sans doute plus fâcheuses en français qu’en anglais ; mais bon : ça reste dans l’ensemble du beau travail, avec un rendu délicieusement emphatique).

 

Aussi La Flamme Chantante prend-elle des allures de poème en prose. Riche en visions dantesques, le texte de Clark Ashton Smith se dévore, oscillant entre le pulp pur et dur et l’Art (oui, avec un grand « A »), démonstration éloquente que les deux sont loin d’être incompatibles. Mais, encore une fois, pour avoir beaucoup lu Lovecraft (…), je n’en doutais pas un seul instant. Toujours est-il que cette nouvelle de Clark Ashton Smith se joue des catégories, et devient une illustration sensible et forte de la Beauté (avec un grand « B », oui) (je mets des grands trucs si je veux).

 

Autant dire que je n’ai pas été déçu par cette lecture si désirée. Je n’espère désormais plus qu’une chose : que cette nouvelle traduction inaugure une nouvelle ère de publications de Clark Ashton Smith en français. Parce que, hein, bon, merde. Voilà.

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"Crypt of Cthulhu", no. 2

Publié le par Nébal

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Crypt of Cthulhu, vol. 1, no. 2, Bloomfield, Crypt of Cthulhu, Yuletide 1981, 28 p.

 

Crypt of Cthulhu, suite. Avec ce deuxième numéro, Robert M. Price commence à être rejoint par ses petits camarades, et ne s’occupe plus de tout tout seul, même s’il reste le principal rédacteur du fanzine.

 

C’est d’ailleurs lui qui ouvre le bal, avec « What Was the « Corpse-Eating Cult of Leng » ? ». Robert M. Price part d’une sentence du « Molosse » sur ledit culte, ce qui lui offre l’occasion de faire une bien étrange étude de religions comparées. Il commence par s’intéresser à la nécrophagie chez Lovecraft, et en élimine deux aspects – le cannibalisme primitif et les goules (un peu trop facilement pour ces dernières, je trouve, m’enfin bon…) – pour en retenir un troisième : la secte. Ben, en même temps, y a « cult » dans le nom, hein… Il s’intéresse ensuite à la localisation fluctuante au fil du temps et des récits de Leng, tour à tour au Tibet, dans les « Contrées du Rêve » et en Antarctique. Le thème tibétain est cependant privilégié, puisque l’auteur conclut son article en évoquant la nécrophagie religieuse en Asie, avec des exemples sikhs et bouddhistes qui ont de quoi laisser un brin perplexe. Disons-le tout net : cet article guère passionnant ne me paraît pas vraiment pertinent…

 

Charles Garofalo livre ensuite « Lovecraft the Name-Dropper », très brève (sans doute trop) « réflexion » sur la manie lovecraftienne de balancer des références sans en dire plus sur ce qu’elles impliquent. Mouais ; ça n’apporte pas grand-chose une fois de plus…

 

Retour à Robert M. Price avec « The Statement of Lin Carter », article dans lequel il étudie les différentes facettes du pastiche de Lovecraft (et de Derleth…) chez le prolifique (et mal-aimé) Lin Carter. Il se montre sans surprise très sévère pour ses tentatives de rédaction de « livres maudits », mais plus compatissant avec ses nouvelles relevant du « cycle xothique » (j’ai ça dans ma pile à lire, mon Dieu…), tout en soulignant leur fondamental manque d’originalité… et en trouvant à le défendre, quelque part. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne fait pas envie, pourtant.

 

Le « fun guy from Yuggoth » de ce numéro, c’est Ronald Shearer, qui se pose en occultiste, mais, hélas, pas tout seul, dans « The Occult Relevance of Lovecraft ». Pas très « fun », du coup, et ça nous donne un tissu d’inepties…

 

C’est désormais C.J. Henderson qui tient la « R’lyeh Review »… et pour une première, on ne peut pas dire qu’il se montre très convaincant. Il entend parler de deux films d’horreur, Halloween II de Rick Rosenthal et Ghost Story de John Irwin. Et s’il descend le second, il fait l’éloge du premier, qu’il considère… meilleur que l’original. Je n’ai certes pas vu cette « séquelle », mais suis pour le moins sceptique… Il faut dire que si le chroniqueur tresse des lauriers à Carpenter, pourtant pas le réalisateur du film, c’est en cassant du sucre sur le dos d’autres réalisateurs d’horreur que j’estime énormément, mais qui n’ont pas la même approche de l’horreur, comme « Kronenberg » (sic), DePalma ou Romero. Monsieur n’aime pas le gore, et ça se sent, mais il n’a pas d’arguments, si ce n’est un soupçon de moraline tendant au « c’était mieux avant »… Pas un hasard, j’imagine, s’il qualifie Stephen King de « unreadable »… Bref. C’est mauvais.

 

Ce deuxième numéro, du coup, m’a paru plutôt médiocre… Heureusement, les choses s’améliorent avec le suivant, consacré pour l’essentiel à Robert E. Howard, et beaucoup plus enthousiasmant.

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"Le Peuple blanc", d'Arthur Machen

Publié le par Nébal

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MACHEN (Arthur), Le Peuple blanc, préfacé et traduit [de l’anglais] par Jacques Parsons, [Paris], Christian Bourgois, coll. Dans l’épouvante, [1965] 1970, 392 p.

 

Arthur Machen fait à n’en pas douter partie des principales inspirations de Lovecraft. Je ne l’avais jusqu’à présent que très peu lu ; trois nouvelles, en fait : « Le Grand Dieu Pan », bien sûr – c’est son plus célèbre récit –, il y a longtemps, puis à nouveau dans Le Cycle de Dunwich, de même que « Le Peuple blanc », qui figure évidemment aussi dans ce recueil, et enfin « Histoire du cachet noir », un épisode des Trois Imposteurs, dans Le Cycle d’Hastur. L’expérience ayant été concluante à chaque fois, dans les grandes lignes du moins, je me suis dit que je ne pouvais en rester là, et ai cherché à me procurer d’autres œuvres du grand auteur gallois. D’où la lecture de ce Peuple blanc comprenant cinq nouvelles, généralement assez longues (avec une exception notable, « Les Archers »), témoignant des multiples facettes de l’art de Machen dans le registre fantastique.

 

Le recueil s’ouvre tout naturellement sur « Le Peuple blanc ». Une nouvelle assez étrange, et que je ne peux m’empêcher de trouver un brin bancale. La majeure partie du texte – et la plus intéressante – consiste en un journal tenu par une petite fille qui y parle de son initiation à la sorcellerie, où elle s’intègre dans une lignée de femmes remontant fort loin (ce qui ne manque pas de faire penser, ultérieurement, à la thèse de Margaret Murray évoquée ici). Ce journal, écrit dans un style naïf très particulier, est tout à fait fascinant. Mais il est encadré par un prologue et un épilogue qui viennent y rajouter une connotation « mystique », le journal étant censé constituer une illustration du « péché véritable » (voir à ce sujet l’article de Robert M. Price évoqué ici) ; ces développements paradoxaux, dois-je dire, me laissent assez perplexe (et c’était déjà mon sentiment à ma première lecture).

 

On trouve ensuite « Le Grand Retour », nouvelle qui témoigne de la mystique chrétienne de l’auteur (il s’y est investi assez tardivement). Le fantastique, ici, s’il n’est pas totalement dégagé du sentiment primordial de la peur, réside tout de même avant tout dans la fascination, et c’est bien de miracles qu’il s’agit. Ce qui, je le confesse (…), ne m’a pas passionné.

 

Heureusement, la suite est à mon sens bien meilleure, même si, prise isolément, la très courte nouvelle qu’est « Les Archers » pourrait passer pour anecdotique… Elle ne l’est certainement pas. En effet, ce récit prenant pour cadre la Première Guerre mondiale conjugue mystique et propagande, en faisant intervenir, au secours des Anglais battant en retraite devant une percée allemande, les archers d’Azincourt et de Crécy conduits par saint Georges. On aura reconnu ici la légende des « Anges de Mons » : à la suite du texte de Machen (et j’étais totalement ignorant du fait qu’il y avait un de ses récits à l’origine de cette légende dont j’avais toutefois entendu parler), plusieurs soldats ont en effet assuré que les anges étaient véritablement intervenus pour les sauver ! L’histoire, ainsi, est passée de la fiction relativement innocente à la rumeur miraculeuse colportée par tout un chacun ; étrange destinée pour ce texte, qui a dû particulièrement surprendre l’auteur… qui y reviendra ultérieurement lui-même, l’intégrant dans sa prose.

 

Ainsi dans « La Terreur », novella qui atteint à vrai dire les dimensions d’un roman. Dans ce récit prenant à nouveau place pendant la guerre, et très astucieusement construit, il nous est fait part d’étranges et terribles phénomènes dans toute l’Angleterre, mais plus particulièrement dans un comté gallois : les cadavres se ramassent à la pelle, sans que l’on puisse expliquer les circonstances de leur mort ni le lien qui les unit (s’il y en a un). La rumeur enfle (de même que pour les « Anges de Mons », donc…), et l’on commence à parler de contingents allemands infiltrés dans les sous-sols de l’Angleterre pour y susciter la terreur… L’explication finale, bien différente on s’en doute, convainc plus ou moins (dans son aspect moralisant digne d’une fable, je ne peux m’empêcher de voir un brin de naïveté, malgré la tonalité sombre de l’ensemble ; on retrouve aussi sans doute dans cette histoire un peu de mystique chrétienne). Mais peu importe : « La Terreur » emporte l’adhésion du fait de sa superbe ambiance, de l’inquiétant mystère qui en constitue le prétexte, et de l’art du conteur de Machen. Une vraie réussite.

 

Le recueil s’achève enfin sur « La Pyramide de feu », un des récits du « Petit Peuple » de Machen (à l’instar de « Histoire du cachet noir » ; sur ce thème, voyez l’article de Michel Meurger dont je parlais ici). Le récit est conçu comme une enquête policière « à l’ancienne » (une disparition, de mystérieux dessins…), et se révèle tout à fait fascinant. C’est là encore un texte palpitant, témoignant du grand talent de Machen.

 

Aussi, quand bien même j’ai quelques réserves à émettre ici ou là, le bilan ne saurait faire de doute : j’ai passé dans l’ensemble un très bon moment en compagnie de ce grand « fantastiqueur », et il va falloir que je remette ça prochainement…

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Autopromo et copinage : "Jusqu'ici tout va bien"

Publié le par Nébal

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Jusqu’ici tout va bien. 12 nouvelles sur la phobie, Paris, aNTIDATA, 2013, 165 p.

 

Hop, ma nouvelle « Blanc Néon » figure dans cette anthologie thématique sur la phobie.

 

N’hésitez pas à m’envoyer vos retours dans la gueule.

 

Lancement de l'anthologie à la Librairie Charybde

 

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