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"Une brève histoire des morts", de Kevin Brockmeier

Publié le par Nébal

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BROCKMEIER (Kevin), Une brève histoire des morts, [The Brief History of the Dead], traduit de l’américain par Johan-Frédérik Hel Guedj, Paris, 10/18, coll. Domaine étranger, [2006-2007] 2009, 317 p.

 

Une fois n’est pas coutume, voilà un livre que j’ai acheté et lu sur la seule foi de sa bonne exposition en librairie (Charybde, pour ne pas la nommer) et de sa quatrième de couverture alléchante. Je n’en avais strictement jamais entendu parler avant. Une brève histoire des morts est le deuxième roman de Kevin Brockmeier, et le premier publié en France. Attention, cependant : il me paraît impossible d’en parler sans spoiler un tant soit peu (même si tout s’enchaîne naturellement et les « révélations » n’en sont pas vraiment ; mais au cas où…).

 

Une cité des morts. Les gens ont fait la traversée, différente pour chacun. Ce n’est pas le Paradis, ni l’Enfer. Peut-être leur antichambre ? Les gens ne savent pas vraiment ce qu’ils y font. Ce que l’on sait, c’est qu’ils y restent quelque temps, et puis, un jour, disparaissent. La thèse la plus communément admise veut que les morts restent dans la ville tant qu’il se trouve quelqu’un sur Terre pour se souvenir d’eux.

 

La Terre, alors. Un futur proche. Laura Byrd, employée de Coca-Cola, participe à une expédition dans l’Antarctique incroyablement mal foutue. Ses deux collègues sont partis chercher du secours quand la radio est tombée en panne sans que cela fasse réagir qui que ce soit à Atlanta, mais ne sont toujours pas revenus. Aussi ses jours sont-ils comptés.

 

La cité des morts. Du jour au lendemain, la quasi-totalité de la population disparaît sans laisser de traces. On ne trouve plus que deux, puis trois, puis quelques centaines, puis quelques milliers d’habitants, pour la plupart des nouveaux arrivants.

 

La Terre. Une pandémie horriblement virulente, la « tremblette de l’œil », fauche l’humanité par millions.

 

La cité des morts. Tout semble confirmer l’hypothèse « Laura Byrd » : les gens qui sont dans la ville sont tous ceux dont se souvient Laura…

 

… qui est peut-être bien la dernière femme sur Terre. Mais pour combien de temps ?

 

Une brève histoire des morts, si vous me passez l’expression, c’est à mon sens un peu Ballard et Borges qui écriraient à quatre mains un « faux thriller », tous deux sous le coup d’une vilaine dépression, et probablement d’un gros rhûbe. Un admirable roman sur la mort et sur la mémoire, intelligent et subtil, mais aussi palpitant qu’un « page turner » ultra efficace. De la littérature « blanche », en façade, mais qui sent bon le genre. Une petite merveille de construction, simple et élégante. Bref, une sorte de livre idéal en ce qui me concerne. C’est dire si j’ai été conquis par ce roman dont je n’avais pourtant jamais entendu parler…

 

Le talent de conteur de Kevin Brockmeier ne saurait faire de doute, et est à vrai dire des plus remarquables. Tout s’enchaîne avec naturel et fluidité, et avec une grande astuce, en respectant une construction a priori banale alternant l’expérience de Laura Byrd et la cité des morts un chapitre sur deux. Mais ce moule en apparence contraignant permet à l’histoire de se développer avec aisance, et d’avancer petit à petit le long d’une narration implacable. Le parallèle entre Laura, seule, et la cité des morts, d’abord grouillante, puis déserte, puis de nouveau peuplée mais sans commune mesure avec ce qui précédait, est saisissant et produit indéniablement son petit effet. Sans user d’effets de manche trop flagrants, Kevin Brockmeier huile bien sa machine, qui avance inlassablement vers une conclusion inévitable (et très belle).

 

Autre élément remarquable : l’auteur parvient à écrire un roman sur la mort et contant rien de moins que l’extinction de l’espèce humaine sans être véritablement morbide pour autant. Qu’on se le dise : les morts, ici, sont heureux. Sauf, des fois, quand ils sont eux-mêmes la proie de souvenirs glaçants, tel l’aveugle (…) qui sera notre première rencontre dans la cité des morts. Mais quand même : malgré le sujet, éminemment douloureux, Kevin Brockmeier, quand il nous guide chez les défunts, se montre finalement presque enjoué. C’est sur Terre que l’on souffre… même si la « tremblette de l’œil » tue rapidement, d’un coup net et sans bavures.

 

C’est que, sans doute, avant d’être un roman sur la mort, Une brève histoire des morts est un roman sur le souvenir. La question fait débat chez Joyce et Puckett (comme toujours) : de combien de personnes se souvient-on, au juste ? Et pourquoi, et de quoi se souvient-on ? Le roman – ça réifie de la métaphore, nom de Dieu ! – met en pratique ces interrogations, avec une grande finesse. Nous voyons Laura se souvenir, et côtoyons ses souvenirs ; un détail, ici, rappelle tel personnage ; une attitude, tel autre ; une anecdote, encore un autre. Parents, amis, amants, collègues… mais aussi tel clochard croisé régulièrement dans la rue, tel commerçant chez qui l’on allait se fournir, la petite fille qui avait perdu son ballon, la meilleure copine d’antan, qu’on a bien oubliée, mais pas tout à fait non plus, etc. C’est à la fois très beau, et troublant.

 

Et finalement presque lumineux. Oui, tout le monde crève, et la vie, aussi dérisoire qu’une canette de Coca vide, ne semble avoir d’importance que tant qu’il y a quelqu’un pour s’en souvenir, mais peu importe, finalement. C’en est à un stade où la peur et la douleur ne comptent plus vraiment. Même dans la blancheur du pôle, par – 70°. Ce n’est pas tant en raison de la promesse d’un ailleurs – temporaire –, même si la cité est l’occasion de se retrouver, et de faire – enfin ? – ce que l’on veut. C’est simplement une question de regard, légèrement décalé.

 

Et puis quelle magnifique occasion d’explorer de fond en comble la psyché d’un personnage ! Tout, naturellement, tourne autour de Laura Byrd, seule. Son humanité relève de l’idéal. Ses angoisses sont tangibles, mais c’est le cas du moindre de ses souvenirs, les bons comme les mauvais. Rarement, sans doute, on aura eu l’occasion de fouiller autant une étude de caractère, dans un roman qui ne semble pas forcément y prétendre à première vue.

 

Bref : j’ai été conquis par cette Brève histoire des morts, roman rigoureux dans son évidence, dont je vous recommande, encore une fois, chaudement (aha) la lecture.

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"L'Archipel du Rêve", de Christopher Priest

Publié le par Nébal

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PRIEST (Christopher), L’Archipel du Rêve, [The Dream Archipelago], édition augmentée, traduit de l’anglais par Michelle Charrier, Paris, Gallimard, coll. Folio Science-fiction, [2009-2010] 2011, 413 p.

 

Je découvre petit à petit Christopher Priest, auteur certes majeur dans la science-fiction contemporaine, mais dont je n’avais lu jusqu’à présent que deux romans, les excellents La Séparation et Le Prestige. Mais avec L’Archipel du Rêve, nous sommes dans un territoire bien différent. Ce recueil de nouvelles (qui en contient une de plus que l’édition Lunes d’encre, « Vestige », que j’avais déjà pu lire et apprécier dans L’o10ssée Folio SF), souvent comparé, et c’est à bon droit du moins sur certains points, au fantabuleux Vermillion Sands de J.G. Ballard, se situe dans le même univers que La Fontaine pétrifiante (une nouvelle, « La Négation », y faisant directement écho).

 

Un univers hors du temps, marqué par une guerre trois fois millénaire entre les deux superpuissances du Nord, qui s’affrontent sur le continent austral. Mais, au milieu, se trouve l’Archipel du Rêve, constellation d’îles neutres qui exercent une étrange fascination sur tout un chacun. On vient y chercher la liberté, et/ou la réalisation de ses désirs les plus intimes. Car l’Archipel est une zone propice à l’érotisme, qui constitue le thème central de la plupart des nouvelles du recueil. Autant dire que je ne savais pas à quoi m’attendre, et que j’ai été pour le moins surpris par cette donnée.

 

Et un peu déçu, disons-le tout de suite. En effet, cet érotisme omniprésent m’a régulièrement paru un peu lourd, ne suscitant guère chez moi qu’un ennui poli. Si l’on excepte le tour de passe-passe de « La Cavité miraculeuse », les situations sont souvent assez convenues, voire trop convenues (« La Crémation »), et, en dépit de sa fin hautement prévisible, seule « Le Regard », jouant astucieusement du voyeurisme dans un contexte d’observation ethnologique, m’a pleinement convaincu. Le reste m’a semblé un peu terne, voire un peu vide.

 

Je ne vais pas non plus cracher dans la soupe : il y a de très bonnes choses dans L’Archipel du Rêve. Déjà, les nouvelles qui ne sont pas « perturbées » par le thème érotique sont irréprochables. « L’Instant équatorial », qui tient peu ou prou du poème en prose, est une très jolie introduction. « La Négation » est un texte fort (et qui l’est encore davantage, je suppose, pour qui a lu La Fontaine pétrifiante), sur l’absurdité de la guerre, l’instrumentalisation de l’art et l’engagement. « Vestige », enfin, constitue une belle saynète émouvante, à l’érotisme cette fois diffus, et relevant plus du fantastique que de la science-fiction.

 

Pour ce qui est du reste, il y a donc à boire et à manger. « Les Putains », avec ses crises de synesthésie, offre quelques jolies scènes, mais ne mène nulle part. « La Cavité miraculeuse », longue nouvelle initiatique toute en réminiscences, contient de même quelques beaux moments, mais le tour de passe-passe qui en constitue le cœur, s’il joue intelligemment sur nos perceptions et préjugés, n’est pas tout à fait honnête et tend un peu à bouffer tout le reste. « La Crémation », nouvelle sur l’incompréhension mutuelle dans un cadre culturel étranger, ne convainc donc guère. Dans ce registre, « Le Regard » est sans doute la plus grande réussite : cette longue nouvelle est très bien conçue, riche d’images fortes et de situations érotiques délicieusement perverses. Reste enfin « La Libération », un peu en contrepoint de « La Négation », nouvelle assez correcte dans l’ensemble, mais qui connaît des baisses de tension.

 

Au final, je ne peux que m’avouer déçu par ce recueil dont on m’avait dit tant de bien. Si je n’irais certainement pas jusqu’à le qualifier de fondamentalement mauvais, n’exagérons rien, je suis bien obligé de faire part de l’ennui que sa lecture a suscité chez moi. Et si je veux bien admettre la comparaison avec Vermillion Sands, c’est tout de même en plaçant ce dernier recueil deux bons crans au-dessus, au moins. En tout cas, je n’ai pas retrouvé dans L’Archipel du Rêve le brillant auteur de La Séparation et du Prestige. Priest romancier serait-il donc à mes yeux plus convaincant que Priest nouvelliste ? La lecture de ce seul recueil ne me permet probablement pas d’en juger, et je vais donc m’en abstenir. Mais, tout de même, déception…

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"Histoire secrète d'Isabelle de Bavière reine de France, de D.A.F. de Sade

Publié le par Nébal

Histoire secrète d'Isabelle de Bavière reine de France

 

SADE (Donatien Alphonse François, marquis de), Histoire secrète d’Isabelle de Bavière reine de France, avant-propos de Gilbert Lely, Paris, Gallimard, coll. L’Imaginaire, [1953] 1992, 332 p.

 

Je ne sais plus si j’ai déjà eu l’occasion de le mentionner en ces pages interlopes, mais je suis très fan de l’œuvre du marquis de Sade. Aussi, dès qu’un titre ne figurant pas déjà dans l’édition de ses Œuvres en trois tomes à la Pléiade (essentiellement centrée sur les œuvres pornographiques, même si pas que) m’apparaît sous le nez, je me jette logiquement dessus. C’est comme ça que j’ai fait l’acquisition et la lecture, notamment, de La Marquise de Gange et des Crimes de l’amour. Aussi, quand j’ai découvert par hasard l’existence de cette étrange Histoire secrète d’Isabelle de Bavière reine de France, étonnement publiée dans l’excellente collection « L’Imaginaire » de Gallimard (ce qui en dit long, en même temps), ça n’a pas fait un pli : je me suis empressé de l’acheter et de la lire.

 

Étrange ouvrage, oui, où Sade se fait historien, et non romancier (encore que l’on puisse à bon droit se poser la question). S’il se fonde, du moins à ce qu’en prétend l’auteur, sur des recherches effectuées avant la Révolution, avant que Sade ne se lance véritablement en littérature, et accessoirement avant les scandales qui lui ont valu bien des misères, ça n’en est pas moins le dernier livre écrit par le divin marquis, publié une fois n’est pas coutume à titre posthume, mais dont il avait achevé les révisions peu avant sa mort, espérant bien le faire paraître malgré son internement à Charenton. Ce qui explique sans doute pas mal de choses que l’on pourrait autrement trouver passablement déconcertantes : on est bien loin, ici, de la virulence sauvagement réjouissante de ses œuvres « ésotériques » ; livre « pour tous », l’Histoire secrète d’Isabelle de Bavière reine de France, si elle a pour héroïne une femme immorale et criminelle annonçant la fictive Juliette, n’en est pas moins une œuvre « morale », où Sade ne cesse de blâmer le crime et de faire l’éloge de la vertu (on est bien loin des dissertations philosophiques des libertins de ses romans plus célèbres !), allant même – un comble pour ce matérialiste forcené – jusqu’à en appeler à Dieu, au ciel et à la providence ! Autant dire que c’est du Sade sans en être tout à fait. Ce qui, sans doute, en réservera la lecture en priorité aux exégètes et aux collectionneurs.

 

Il s’agit donc d’une biographie d’Isabelle (ou Isabeau) de Bavière, sans doute une des reines de France à la plus mauvaise réputation, ce qui suffit amplement à en faire un personnage sadien. Mais là où le divin marquis, dans d’autres de ses ouvrages, en aurait fait un modèle, voire une incarnation de la « vertu » au sens machiavélien, il en réalise ici un portrait à charge, certes non exempt de fascination, et probablement plus qu’à son tour hypocrite, mais le constat n’en est pas moins certain : cette « Juliette » royale, Sade n’aura de cesse de la condamner.

 

Euphémisme ! En se fondant sur des sources « malencontreusement détruites » (…) par les « Ostrogoths » révolutionnaires, et notamment l’interrogatoire de son favori Bois-Bourdon, Sade dresse bel et bien une « histoire secrète » de la reine : comprendre que, en bon paranoïaque, il la rend responsable de tout et n’importe quoi, mais avant tout du pire. Reine criminelle par excellence, Isabelle de Bavière, l’épouse du pauvre Charles VI, est de tous les complots, et semble avoir pour unique but l’abaissement de son royal époux et de la France : il s’agit de régner, certes pas innocemment, mais effectivement ; aussi l’Isabelle de Bavière de Sade est-elle encore plus détestable que ce que l’on a déjà l’habitude d’en dire. Aux yeux de l’auteur, elle est responsable de tout, absolument tout, et de la pire des manières. L’adultère et l’inceste ne sont certainement pas ses traits les plus critiquables, quand bien même Sade s’étend complaisamment sur la question (chassez le naturel…). La folie « intermittente » de Charles ? C’est elle. La mort du duc d’Orléans, son amant ? C’est elle. La mort de ses enfants, le futur Charles VII excepté ? C’est elle, et elle n’a pas manqué d’essayer d’abattre ce dernier, qu’elle exécrait plus que tout. La « guerre civile » opposant les Armagnacs aux Bourguignons ? C’est elle. La France livrée aux rois d’Angleterre ? C’est elle. Jeanne d’Arc blessée puis brûlée vive ? C’est elle… Ad nauseam.

 

Il y a sans doute bien du vrai dans ce qu’écrit Sade, qui livre une chronique richement documentée d’une des plus sombres périodes de l’histoire de France. Mais à charger ainsi son « héroïne » d’absolument tout ce qui s’est faire d’odieux sous le règne du roi fou (meurtre du duc de Bourgogne excepté, bien sûr), l’historien dépasse sans doute la mesure, et, encore le naturel qui revient, c’est plus qu’à son tour le romancier qui s’exprime. Il dresse un portrait tellement odieux de la sinistre reine qu’il en tombe parfois dans le ridicule, à vrai dire (les passages sur Jeanne d’Arc, notamment, sont « un peu » forts). Et, quand on connaît le reste de l’œuvre de l’auteur, on ne peut s’empêcher de sourire à ses sévères récriminations, ses sursauts d’indignation, pire, les sentiments religieux dont il fait ici « preuve » (tout en matraquant régulièrement le clergé, faut quand même pas pousser mémé dans les ort… si, en fait, il le faut, mouhahaha).

 

Un livre étrange, donc. Et, avouons-le, on est ici loin du meilleur Sade, jusque dans le style, certes savoureux et élégant dans l’ensemble, mais aussi perclus de répétitions et de tics lassants, a fortiori dans la condamnation, qui sonne souvent faux. Aussi en réservera-t-on la lecture aux admirateurs les plus acharnés du divin marquis, qui y verront au moins une curiosité, ce qui pourra suffire à les contenter. Pour ma part, si je ne regrette certes pas ma lecture, et si cette chronique des pages les plus noires de la « guerre de Cent Ans » m’a bel et bien intéressé, je n’en ferais certainement pas une lecture véritablement recommandable, et sûrement pas représentative de l’œuvre du divin marquis dans ce qu’elle a de plus scandaleux et, par là même, de génial. Une curiosité, oui… Mais Sade, c’est comme ses personnages : c’est quand il est odieux qu’on l’aime.

 

Ce qui me fait penser que j’ai le tome 3 à la Pléiade qui m’attend toujours… L’occasion de relire l’excellent La Philosophie dans le boudoir et de lire enfin Juliette. « Les prospérités du vice », c’est quand même un programme autrement plus alléchant…

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"Les Fusils", de William T. Vollmann

Publié le par Nébal

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VOLLMANN (William T.), Les Fusils, [The Rifles], traduit de l’américain par Claro, Arles, Le Cherche Midi – Actes Sud, coll. Babel, [1994, 2006] 2007, 666 p.

 

Je n’avais jusqu’à présent jamais rien lu de William T. Vollmann, malgré tout le bien que j’en avais entendu dire. Mais ce n’est probablement pas un hasard si j’ai découvert cet auteur avec Les Fusils (quand bien même Central Europe me faisait – et me fait toujours – également de l’œil). En effet, ce « faux pavé » (car très aéré et abondamment illustré), qui s’inscrit dans les « Sept Rêves » de l’auteur, « histoire symbolique du continent nord-américain », traite de sujets qui me tiennent à cœur, ainsi que j’ai déjà eu l’occasion de le dire en ces pages interlopes : les expéditions polaires, qui m’ont toujours fasciné, et plus particulièrement ici, ainsi que le fera lui aussi plus tard mais à sa manière bien différente Dan Simmons dans l’excellent Terreur, l’expédition Franklin de 1845 visant à découvrir le légendaire Passage du Nord-Ouest et qui s’est soldée mystérieusement mais tragiquement ; et le sort des Inuits, peuple qui m’a toujours grandement intéressé, a fortiori depuis ma lecture des Derniers Rois de Thulé et d’Hummocks de l’ethnologue Jean Malaurie, et le visionnage de sa série de documentaires La Saga des Inuits.

 

Les Fusils est un ouvrage déconcertant, mêlant reportage, récit historique et roman passablement expérimental. On ne sait trop sur quel pied danser, régulièrement. Ce qui n’empêche pas de se laisser très facilement entraîner et immerger.

 

Sans doute le mieux est-il de commencer, de nos jours, par le capitaine Subzéro, Américain fasciné par le grand Nord, et qui multiplie les virées arctiques, parfois au péril de sa vie. Nous le verrons essentiellement vivre une histoire d’amour compliquée avec une jeune Inuit, Reepah, à l’anglais délicieusement trébuchant, « une femme avec un cœur magnifique ». Mais c’est une histoire d’autant plus compliquée que le capitaine Subzéro n’est pas « que » le capitaine Subzéro. Il est aussi, d’une manière un peu floue, en quelque sorte pourrait-on dire, la « réincarnation » de Sir John Franklin, le fameux explorateur polaire, dont l’expédition partie en 1845 à la recherche du Passage du Nord-Ouest s’est soldée par un désastre, les 129 membres de l’équipage de l’Erebus et du Terror disparaissant quasiment sans laisser de traces.

 

Mais le lien entre le capitaine Subzéro et Sir John Franklin fonctionne étrangement dans les deux sens, et, de même que les amours du capitaine Subzéro (« John ») avec Reepah sont contrariées par l’immixtion dans cette histoire de Lady Jane Franklin, de même, Sir John Franklin s’éprend de Reepah à travers les années et s’identifie à son tour avec le personnage qui le représentera près d’un siècle et demi plus tard. Aussi les deux trames sont-elles enchevêtrées, imbriquées d’une manière étrange, une phrase suffisant à passer du milieu du XIXe siècle à la fin du XXe, et le retour étant parfois tout aussi rapide. D’une seconde à l’autre, on passe du pont de l’Erebus au New York contemporain…

 

Aussi est-il parfois difficile (et peut-être un peu vain) de vouloir séparer une ligne narrative de l’autre. Si le récit de l’expédition Franklin, solidement reconstitué, est particulièrement passionnant, on ne saurait pour autant véritablement le distinguer du roman du capitaine Subzéro, d’autant que c’est à travers lui, en fin de compte, que l’on vit au plus près, non pas les événements de 1845-1848, mais bien l’expérience fascinante de l’Arctique, avec ses beautés sans nombre et ses dangers tout aussi réels.

 

Et c’est également à travers le capitaine Subzéro que l’on vit le sort tragique des Inuits, qui ne brillent que par leur absence dans le récit « historique » (si ce n’est, dans les délires moites de Franklin malade, la présence toujours perceptible de Reepah). À la manière d’un reporter, William T. Vollmann nous rapporte ainsi les déportations subies par le Peuple, et sa lutte pour la survie à l’époque contemporaine, où bon nombre d’entre eux, à l’instar de Reepah, en sont réduits à sniffer de la colle et, parfois, au suicide.

 

Avec, en fond, un désastre écologique qui est aussi un désastre humain, dû aux « fusils » du titre, dont l’histoire est méticuleusement retracée.

 

Un roman étrange, donc, mais à coup sûr d’une richesse impressionnante. Si la plume de William T. Vollmann rend le livre aussi déconcertant sur la forme que sur le fond (de manière un peu agaçante, parfois, ai-je trouvé, m’enfin bon…), elle autorise néanmoins des pages absolument superbes, sur la beauté de l’Arctique comme sur l’aventure humaine. Car l’humain n’est jamais négligé dans ce roman, qui colle au plus près des personnages.

 

Aussi le lecteur s’éprend-il lui aussi de Reepah, de même qu’il succombe à la fascination du capitaine Subzéro pour le grand Nord et pour sa précédente incarnation. Car William T. Vollmann nous fait vivre et l’expérience amoureuse, et l’expérience arctique, avec une virtuosité qui n’appartient en propre qu’aux meilleurs écrivains. L’immersion est totale dans Les Fusils. Le passage le plus impressionnant, à cet égard, est probablement le périple en solitaire du capitaine Subzéro à Isachsen : on y ressent littéralement le froid, la sueur, la peur, la fatigue. Mais on comprend mieux, du coup, ce qu’ont pu vivre les hommes de Franklin… et les Inuits.

 

Roman-expérience profond et humain, étonnant mais juste, Les Fusils est très certainement un grand livre, dont je ne peux que vous recommander chaudement (aha) la lecture.

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"L'Appel de Cthulhu : Forensic, Profiling & Serial Killers"

Publié le par Nébal

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L’Appel de Cthulhu : Forensic, Profiling & Serial Killers

 

En dépit des apparences, Forensic, Profiling & Serial Killers : 1° est en français ; 2° n’est pas vraiment un supplément pour L’Appel de Cthulhu. Disons, plus exactement, qu’il ne se révèlera que d’une utilité limitée pour le jeu prenant traditionnellement place dans les années 1920-1930, malgré la gamme, et que, si quelques indications rôlistiques sont données utilisant le « basic system » (ce qui pourrait à la limite en faire un supplément pour Delta Green), il s’agit plus généralement d’une source d’inspiration, pour les rôlistes faisant dans l’investigation comme pour les polardeux en herbe, d’ailleurs, sous la forme d’un ouvrage de vulgarisation. Ce volume dû à la plume d’Emily Tibbats, présentée toutefois comme « une admiratrice de H.P. Lovecraft et une fan de L’Appel de Cthulhu », a d’ailleurs été publié à l’origine sous format électronique par EWS avant d’être repris pour un tirage limité à 100 exemplaires chez Cassendre.

 

Ceci étant posé, voyons néanmoins ce que ce supplément atypique a à nous proposer. En trois longs chapitres, il constitue une introduction ludique et ma foi passionnante… aux sciences forensiques, au profiling (entendu au sens large) et à l’étude des serial killers. Étonnant, non ?

 

Le premier chapitre (surtout) m’a rappelé quelques souvenirs, de l’époque où, après avoir suivi des cours de criminologie en Licence Droit (auprès d’un gros connard de facho, soit dit en passant), je m’étais inscrit à une formation à la criminologie et aux sciences pénales, ce qui m’avait permis d’avoir un premier aperçu de matières aussi fascinantes que la police scientifique, la médecine légale ou encore la psychiatrie criminelle (pour des raisons indépendantes de ma volonté, je n’ai hélas pas pu poursuivre jusqu’au bout). Les amateurs des Experts seront ici en terrain connu, mais, heureusement, les autres y trouveront également leur compte. Après quelques données d’ordre général, Emily Tibbats nous présente succinctement les différentes sciences forensiques : la médecine légale, l’art forensique, l’anthropologie légale, l’archéologie forensique, la balistique, la toxicologie, l’entomologie légale, la botanique forensique et l’examen de documents. Chaque section, plus ou moins longue, est assortie d’exemples particulièrement éclairants et d’anecdotes instructives. Ça se lit tout seul, et c’est l’occasion d’apprendre bien des choses de manière amusante. Le chapitre se conclut (un peu inutilement à mon sens) sur la description d’un groupe d’intervention criminelle composé de sept personnages, PNJ tout désignés ou éventuellement personnages prétirés.

 

On s’intéresse ensuite, au cours d’un long chapitre, au profiling, entendu dans un sens large. J’avoue avoir eu un chouia peur en entamant ce chapitre, dans la mesure où le profiling m’a toujours laissé un peu sceptique, et est parfois (souvent) présenté comme la solution miracle à l’élucidation de crimes en série. Heureusement, Emily Tibbats sait faire la part des choses, et si elle multiplie les exemples les plus foudroyants de l’utilité de cette discipline (qui a su indiscutablement faire avancer bien des enquêtes), elle ne néglige pas pour autant ses échecs, et, surtout, la présente pour ce qu’elle est : une méthode permettant de réduire le champ d’investigation, mais certainement pas de désigner par elle-même le tueur (ou autre) et d’aller sonner à sa porte comme par magie. Dès lors que l’on prend ces précautions, l’étude du profiling qui nous est ici proposée se révèle tout à fait intéressante, et plus qu’à son tour fascinante. On voit tout d’abord, à travers une historique de la discipline, son utilisation « traditionnelle » et moderne en guise d’aide à l’enquête, donc. Mais le profiling doit être ici entendu au sens large (on rejoint le champ de la psychologie générale, en fin de compte), et il nous est également montré, par exemple, comment il peut se révéler utile dans l’interrogatoire des suspects et témoins (section qui fait un peu froid dans le dos…) ou dans la gestion des situations de crise (les règles de la négociation avec les « forcenés »…). Le chapitre se conclut sur la présentation des différentes structures usant du profiling à travers le monde.

 

On passe ensuite à l’étude des serial killers, ces « monstres » idéaux contemporains (et qui, après tout, peuvent bel et bien intervenir dans une partie de L’Appel de Cthulhu ou de Cthulhu : le scénario du livre de base de ce dernier jeu mettait bien en scène le « Boucher de Cleveland »… D’ailleurs, petit aparté, lisez donc l’excellente BD Torso, sur cette affaire). Emily Tibbats s’emploie tout d’abord, à bon droit, à briser quelques mythes : non, les tueurs en série ne sont pas tous très intelligents ; non, ils ne sont pas tous fous ; non, ce ne sont pas tous de jeunes hommes blancs ; etc. Suivent alors des études de cas consacrées à quelques fameux tueurs en série contemporains, qui se présentent toutes de la même manière : description des faits (avec, soulignés, les éléments relevant de la « signature »), profil, caractéristiques en termes de jeu. L’occasion de frissonner avec Angelo Buono & Kenneth Bianchi, William Bonin, Jerry Brudos, Harvey Glatman, Genene Jones, le Dr Shipman, Herbert Mullin, Ed Gein, Belle Gunness, Dorothea Puente, Ted Bundy en enfin Ed Kemper. Brrr… Mais c’est passionnant.

 

On notera quelques annexes intéressantes, sous la forme de documents-types : rapport d’autopsie, fiche de victime, formulaire pour l’identification des victimes, et enfin profil criminel.

 

 Au final, si les données « ludiques » sont plutôt douteuses et d’un intérêt plus que limité, Forensic, Profiling & Serial Killers se révèle néanmoins un sympathique ouvrage de vulgarisation, plutôt bien fait, souvent fascinant, et qui peut éventuellement servir d’inspiration pour une partie… ou un bouquin, d’ailleurs. Ce n’est peut-être pas un bon supplément pour L’Appel de Cthulhu, mais c’est donc néanmoins une lecture enrichissante.

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"La Triste Histoire des frères Grossbart", de Jesse Bullington

Publié le par Nébal

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BULLINGTON (Jesse), La Triste Histoire des frères Grossbart, [The Sad Tale of the Brothers Grossbart], traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Laurent Philibert-Caillat, Paris, Bibliothèque interdite – Éclipse, coll. Horreur, [2009] 2011, 471 p.

 

Premier roman de Jesse Bullington (qui a une chouette moustache), La Triste Histoire des frères Grossbart se présente comme étant la version « modernisée » d’obscurs récits médiévaux, plus ou moins dans la lignée du Roman de Renart (même si, en « préface », l’auteur mentionne cette filiation pour la relativiser aussitôt). Ceci, si l’on y ajoute quelques bons échos entendus ici ou là et, une fois n’est pas coutume, une très sympathique couverture d’Istvan Orosz, explique sans doute pourquoi je me suis lancé dans cette lecture.

 

Cela explique également, j’imagine, le caractère relativement atypique de ce roman, difficile à « catégoriser ». Très franchement, parler « d’horreur », comme l’indique la collection, me paraît pour le moins poussif, de même que la brève quatrième de couverture fait dans le bête racolage en désignant Hegel et Manfried Grossbart comme « les premiers tueurs en série de l’Europe médiévale »… Que nenni. Fantastique, voire fantasy, admettons, mais horreur, malgré d’assez nombreuses éclaboussures de gore, non. D’ailleurs, cette Triste Histoire ne l’est pas vraiment, « triste » ; elle fait plutôt (ou tente de faire…) dans l’humour noir, vaguement teinté de burlesque. Le livre prête nettement plus à rire qu’à trembler.

 

Nous sommes donc en 1364. Nos « héros », Hegel et Manfried Grossbart, sont des profanateurs de sépultures, de vilaines canailles, qui n’hésitent pas non plus à tuer et voler les vivants, si jamais ils trouvent une bonne raison à cela (et c’est pas bien difficile). Mais, à la différence du rusé goupil mentionné plus haut, les frangins sont aussi de sacrés couillons… Ce n’est pas grave : « Louée soye la Vierge ! » Ils ont la bénédiction de Marie, qui vaut autrement mieux que sa petite fiotte de fiston et que son violeur de Seigneur. Hegel dispose par ailleurs de la « vue des sorcières », une sorte de sixième sens qui lui octroie régulièrement des visions de l’avenir, et l’avertit du danger.

 

Et du danger, ils vont en rencontrer, les frérots, tout au long de leur odyssée vers le sud, la « Gypte », où leur grand-père aurait amassé des trésors, sur lesquels ils comptent bien poser leurs vilaines pattes fangeuses. C’est l’époque qui veut ça : guerres, famines, épidémies de peste… mais aussi monstres, sorcières et démons ! Et dans la mesure où les Grossbart partent après avoir commis un massacre dans leur village natal, ils ont dès le début des ennemis farouches aux basques… N’y manque plus que la malédiction d’une sorcière. Et c’est ainsi que Hegel et Manfried tournent chasseurs « d’hérétiques » et tueurs de démons, « louée soye la Vierge ! » ; et de répandre progressivement l’hérésie grossbartienne…

 

Pour les raisons évoquées plus haut, j’attendais beaucoup de ce livre. Aussi, quelle déception ! Ce n’est certes pas là le roman que l’on m’a tant vanté. S’il est un sentiment que La Triste Histoire des frères Grossbart a suscité au cours de ma lecture, c’est indiscutablement l’ennui. Je n’irais peut-être pas jusqu’à le qualifier de fondamentalement mauvais, mais ce roman me paraît néanmoins bien représentatif de ces bonnes idées gâchées qui laissent un désagréable arrière-goût en bouche.

 

Il y a plusieurs raisons à cela. Je pense que la première tient à l’écriture. Je ne crois pas que la responsabilité en incombe au traducteur, qui a par ailleurs su rendre tout le savoureux des répliques des frangins Grossbart, ce qui n’était sans doute pas évident (il abuse cependant du « cependant » et néanmoins du « néanmoins »). Mais voilà : dialogues exceptés, tout cela est très morne… et parfois – en particulier lors des scènes d’action – carrément laborieux et confus. Je mets quiconque au défi d’y comprendre quoi que ce soit. Or ces dernières ne manquent pas, le roman attaquant d’ailleurs en force sous cet angle ; ce qui, dès le départ, donne une mauvaise impression…

 

La construction du récit me paraît également critiquable. Certes, il s’agit largement d’un récit picaresque, ce qui justifie bien des ellipses, distorsions temporelles, etc. N’empêche, ce n’est pas très bien géré. Le pire exemple, sans doute, réside dans la traque des Grossbart par Heinrich, le père et l’époux des premières victimes des satanés frangins : de brefs chapitres qui tombent comme autant de cheveux sur la soupe, jusqu’à la rencontre finale, pour laquelle cette expression tient de l’euphémisme. Mais il y a aussi un certain nombre de retournements de situation guère convaincants…

 

J’ajouterais que le Moyen Âge dépeint dans cet ouvrage m’a paru bien peu consistant, n’en déplaise à l’auteur qui cite en fin de volume ses références bibliographiques. Et ce cadre maladroit et parfois clichetonneux n’aide pas à apprécier le livre.

 

C’est d’autant plus dommage qu’il y a malgré tout de bonnes choses dans cette Triste Histoire. Les Grossbart sont assurément de bons personnages, de même que le prêtre Martyn et le capitaine Barousse. Les dialogues, comme je l’ai déjà dit, sont la plupart du temps réjouissants. Et, parfois, oui, on ose un sourire… mais bien trop rarement pour que le livre emporte l’adhésion.

 

Alors, oui, en définitive, il s’agit bien d’une Triste Histoire… Déception.

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"Pathfinder : Manuel des joueurs, règles avancées"

Publié le par Nébal

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Pathfinder : Manuel des joueurs, règles avancées

 

Le Manuel des joueurs, règles avancées est le complément naturel du Manuel des joueurs de Pathfinder. Ce beau volume de 330 pages contient bien des éléments susceptibles d’enrichir encore l’expérience ludique, en s’axant notamment sur (pardonnez-moi cette horrible expression, mais j’ai pas trouvé mieux) la personnalisation des personnages. Le livre de base autorisait déjà bien des choses, mais avec ce nouveau supplément, on peut avoir l’assurance qu’aucun personnage ne ressemblera à aucun autre. Évidemment, il y a un revers à la médaille : l’ensemble Manuel des joueursManuel des joueurs, règles avancées représente tout de même environ 900 pages de règles (!) ; et il va de soi que le MJ ne peut pas tout savoir, a fortiori s’il doit jongler sans cesse entre deux bouquins : aussi, ici plus que pour n’importe quel autre jeu de rôle de ma connaissance, la collaboration des joueurs en matière de règles se doit d’être active.

 

Ceci étant, décortiquons la bête. On commence par un bref chapitre consacré aux Races. Pas de nouvelles Races ici, et on peut le regretter ; mais on y trouve néanmoins de quoi rendre le jeu plus riche. Ainsi, pour chacune des sept Races de base, on trouve ici trois choses. On passera rapidement sur les attitudes raciales à l’égard des différentes Classes de base, ça n’est guère intéressant. Plus enthousiasmant, on trouve également des avantages pour certaines combinaisons Classe / Race. Mais l’élément le plus intéressant de cette section concerne les traits raciaux alternatifs, que l’on peut prendre en sacrifiant des traits raciaux de base. Personnalisation, vous dis-je.

 

Le chapitre suivant, de loin le plus long du supplément (on arrive à peu de choses près à la moitié du volume) concerne les Classes de base. Six nouvelles Classes de base sont tout d’abord proposées : Alchimiste, Chevalier, Inquisiteur, Invocateur, Oracle et Sorcière. Toutes sont équilibrées et également intéressantes. On trouve ensuite, à l’occasion, de nouvelles règles générales pour les Classes de base du Manuel des joueurs, et, surtout, des archétypes de classe : chacune des onze Classes originales se voient attribuer un certain nombre d’archétypes, pour lesquels on trouve de nouvelles capacités en remplacement des anciennes. Personnalisation ! Prenons l’exemple du Roublard : celui-ci pourra être Acrobate, Bretteur, Cambrioleur, Éclaireur, Effronté, Empoisonneur, Enquêteur, Espion, Fabricant de pièges, Happe-bourse, Tireur embusqué ou Voyou ; et, chaque fois, cela entraînera des règles particulières. Les Magiciens se voient offrir quatre nouvelles écoles, correspondant aux quatre éléments, et des champs d’étude magiques encore plus spécialisés que les écoles ; on trouve de même pour les Prêtres des sous-domaines. Notons pour finir qu’un des archétypes proposés est tellement différent de la Classe de base à laquelle il correspond que l’on peut bien parler de nouvelle Classe supplémentaire : l’Antipaladin…

 

On trouve ensuite de nouveaux Dons, dont une nouvelle catégorie : les Dons d’équipe, qui ne fonctionnent en principe que si deux ou plusieurs personnages ont le même, et autorisent des actions particulières.

 

Un peu d’équipement supplémentaire, ensuite. Rien à redire.

 

Puis une floppée de nouveaux sorts, pour toutes les Classes de jeteurs de sorts, et pas uniquement les nouvelles qui apparaissent dans ce volume. On pourra regretter (économie de papier…) que les listes de sorts ne soient pas complètes, sauf exception (comme pour les Antipaladins), mais ne comprennent que les nouveaux sorts de ce volume. Il faudra donc jongler avec les deux livres, y compris pour les listes.

 

On trouve ensuite huit nouvelles Classes de prestige : Arpenteur d’horizon, Fidèle Défenseur, Gardien de la nature, Héraut, Maître chymiste, Maître espion, Prophète enragé et Vengeur sacré. Certaines sont un peu décevantes, mais dans l’ensemble, il y a de quoi satisfaire les attentes du grosbill qui sommeille en tout un chacun.

 

Après quoi l’on passe à de nouveaux objets magiques. Pas grand-chose à en dire, si ce n’est qu’on y trouve plein de sceptres de métamagie.

 

Restent enfin dix pages de nouvelles règles. On trouve tout d’abord quatre nouvelles manœuvres de combat : entraînement, repositionnemment, sale coup et subtilisation (seules les deux dernières me paraissent véritablement intéressantes). On propose ensuite un système de « points héroïques », permettant de surmonter le hasard des jets de dés dans des situations critiques (pourquoi pas). Enfin, dernier ajout dans la catégorie « personnalisation du personnage », sont proposés des traits en rapport avec le background du personnage (chaque trait correspondant en gros à un demi-Don) : traits de combat, traits de foi, traits de magie, traits sociaux, traits de campagne, traits raciaux, traits régionnaux, et traits religieux.

 

Plein de bonnes choses, donc, dans ce supplément qui s’avère peu ou prou indispensable ; du moins enrichit-il considérablement l’expérience de jeu. Alors, certes, ça fait beaucoup de règles, mais on ne va pas s’en plaindre…

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"Grendel", de John Gardner

Publié le par Nébal

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GARDNER (John), Grendel, [Grendel], traduit de l’américain par René Daillie, édition établie par Thomas Day et Xavier Mauméjean, postface de Xavier Mauméjean, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, [1971, 1974] 2010, 184 p.

 

De l’histoire de Beowulf, et ce en dépit de ses nombreuses adaptations / trahisons, je ne savais rien, si ce n’est que le héros y lattait sa vilaine gueule (entre autres) à un monstre du nom de Grendel. Pas grave, il n’est pas vraiment nécessaire d’en savoir beaucoup plus avant d’entamer la lecture du Grendel de John Gardner, autre adaptation / trahison, mais d’un genre bien particulier.

 

À ceux qui voudraient en lire une critique pénétrante et subtile, je ne peux mieux faire que les renvoyer à la très intéressante et éclairante postface de Xavier Mauméjean, qui met en rapport le texte et la biographie de l’auteur – et notamment ce terrible accident quand, à l’âge de douze ans, John Gardner a tué son frère Gilbert en l’écrasant avec un engin agricole. Je n’ai certes pas la prétention d’égaler ici cette brillante lecture, et me contenterai à mon habitude d’un compte rendu à la con, et à fleur de peau.

 

Grendel est un (très) court roman aussi protéiforme que son personnage principal. Lequel n’est autre, mais le titre est assez explicite à cet égard, que le monstre, et non pas le héros Beowulf. Nous adopterons donc ici le point de vue de l’autre, du mauvais rôle. Grendel est un personnage complexe, tour à tour tragique et farceur, et bien philosophe pour un monstre ; son expérience auprès du Dragon (qui semble en définitive lui conseiller de cultiver son jardin, mais le dote en même temps du charme lui permettant de semer le trouble chez les humains, et de leur apporter ainsi le sens dans la folie) y est peut-être bien pour quelque chose, mais nous le verrons plus qu’à son tour faire l’apologie du nihilisme et du solipsisme.

 

Pourtant, Grendel a faim. Pas uniquement au sens propre – il dévore bien des humains et des animaux dans ce court volume. Il a faim d’humanité. Celle-ci l’intrigue, et l’attire irrémédiablement. Lui, le monstre, de la race de Caïn (le frère meurtrier...), épie les Danois braillards et vantards de Hrothgar, qui se saoulent dans leurs châteaux de pillards, et il cherche à les comprendre. De même qu’eux, sans doute, cherchent à donner un sens à leur vie, qu’ils croient trouver dans les gestes des héros, telles qu’elles sont contées par les bardes (et notamment un barde aussi aveugle qu’Homère, qui fascine notre monstre de narrateur). Mais c’est bien le sentiment de l’absurde qui domine, et le triomphe de la folie sur la raison.

 

Grendel a tout du poème philosophique. On pense – bien sûr – à Ainsi parlait Zarathoustra, nihilisme oblige. Mais la prose très affectée et ce point de vue du mal m’ont aussi fait penser – en premier lieu d’ailleurs – aux Chants de Maldoror de Lautréamont (dont je n’ai jamais été très fan), voire à Une saison en enfer de Rimbaud (là, si, par contre). C’est la force et la faiblesse de ce texte hors-normes, qui fascine autant qu’il agace. On est tantôt séduit par la beauté des images, tantôt lassé des inévitables philosopheries (à prendre plus ou moins au sérieux, heureusement) et des évitables expérimentations passablement pédantes qui parsèment Grendel. Mais on rit, aussi, assez souvent...

 

Car Grendel n’est pas que tragique, avec sa faim inassouvie, sa mère folle et qui ne peut communiquer avec lui, son destin tout tracé (au passage, Beowulf n’apparaît logiquement qu’à la toute fin du roman, et sans jamais être nommé, si je ne m’abuse). Il a aussi un fond comique, et le texte éponyme tient également de la charge, au sens de caricature. Non que l’on puisse véritablement parler de parodie, que ce soit le texte original qui en prenne pour son grade – John Gardner, spécialiste de la littérature médiévale, éprouve sans doute beaucoup de respect pour Beowulf. Mais les travers des hommes – leurs travers moraux, notamment – sont pointés du doigt (de la griffe), avec une virulence arrogante qui suscite régulièrement l’enthousiasme, et presque aussi souvent le rire. Certains passages, pourtant non dénués de sérieux, relèvent à peu de choses près du burlesque – voyez Grendel s’amuser avec le héros autoproclamé Unferth. Qui sait, mais n’en peut mais.

 

Grendel – le livre – a ainsi autant de visages que Grendel le monstre. Ce qui justifie sans doute une réception contrastée. J’ai dans l’ensemble apprécié ma lecture, été séduit par la plume de l’auteur, et au moins intéressé, si ce n’est convaincu, par les thématiques qu’il soulève. Mais j’ai aussi régulièrement soupiré devant certains excès intellectualisants, qui m’ont paru bien de leur temps, et tout à fait pénibles. Aussi, je ne saurais garantir que vous y trouverez votre bonheur... Mais on reconnaîtra dans tous les cas à Grendel une certaine beauté tragicomique, et une indéniable intelligence.

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"Destination ténèbres", de Frank M. Robinson

Publié le par Nébal

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ROBINSON (Frank M.), Destination ténèbres, [The Dark Beyond the Stars], traduit de l’américain par Jean-Daniel Brèque, Paris, Denoël, coll. Lunes d’encre, [1991] 2011, 484 p.

 

Tiens ! Un bouquin avec une couv’ de Manchu représentant un grrrrros vaisseau spatial. Ça sent la Vraie SF de chez Vraie de Vraie, ça. Allez, hop, comme ça faisait un petit moment et que c’est l’été, lisons la bête. De l’auteur, Frank M. Robinson, je n’avais jamais entendu parler auparavant ; on n’en apprendra pas grand-chose ici, si ce n’est qu’il était le scénariste de La Tour infernale, ce qui peut avoir son importance pour la suite.

 

Il y a donc Moineau. Moineau est un jeune astro de 17 ans, qui, lors d’une mission d’exploration sur la lointaine planète Séthi IV, tombe d’une falaise et n’en réchappe que par miracle. Il s’en tire finalement sans trop de bobos… à ceci près qu’il est amnésique. Et à bord de l’immense Astron, vaisseau-génération où on l’a rappatrié, on ne semble guère l’aider à retrouver la mémoire. Raison médicale, paraît-il : il faut que Moineau refasse le cheminement tout seul. Mais la vérité est peut-être tout autre : mensonges, non-dits et faux-semblants deviennent bientôt la réalité quotidienne de Moineau, qui se met à paranoïer comme c’est pas permis.

 

Alors il y a bien le Capitaine, le vieux et sage Michael Kusaka, qui a connu la Terre ; mais celui-ci ne semble pas non plus d’un très grand secours, et a en outre des projets qui font polémique. En effet, cela fait 2000 ans que l’Astron est parti en quête de vie extraterrestre. Sans avoir jamais rien trouvé jusque-là. Alors le Capitaine décide de traverser la Nuit, une partie de la galaxie dénuée d’étoiles, pensant trouver la vie de l’autre côté ; mais l’Astron est un vieux vaisseau, qui pourrait bien ne pas survivre au voyage… Aussi la résistance (la mutinerie ?) s’organise-t-elle ; mais pour ces astros qui ont été élevés dans un respect immense pour la vie, quelles actions sont envisageables ? Moineau, évidemment, devra prendre part au débat… aussi loin que possible des écrans-espions du Capitaine.

 

Pendant sa (longue) première partie essentiellement, mais encore un peu par la suite, Destination ténèbres, c’est en quelque sorte du Philip K. Dick dans une arche stellaire. L’ambiance est paranoïaque au possible, et évoque quelques grandes réussites du génial auteur de SF (notamment Le Temps désarticulé). Et c’est pas mal. Pas mal du tout, même ; on se prend au jeu, et on tourne les pages l’air de rien, curieux de voir ce qui va bien pouvoir débouler par la suite, et de connaître la vérité concernant Moineau.

 

Il y a cependant un problème : c’est que Frank M. Robinson, pour ce faire, a choisi d’écrire une sorte de thriller, genre qui n’a jamais eu mon adhésion (en littérature s’entend), très mécanique qui plus est. Ainsi, régulièrement, inévitablement à chaque fin de chapitre mais aussi parfois à l’intérieur, il nous mitonne un cliffhanger. Alors au début, ça va, mais passé un certain temps, ça commence à devenir un peu too much. D’autant que l’on tombe souvent, en fin de compte, sur des révélations qui n’en sont pas vraiment, des accroches trop artificielles pour convaincre, des twists plus ou moins crédibles (l’auteur use régulièrement d’une logique qu’on qualifiera gentiment d’alambiquée ; une longue scène judiciaire est à ce titre particulièrement éloquente) et terriblement hollywoodiens.

 

Et ce côté mécanique est passablement dommageable. Les rouages sont apparents, ce qui finit par nuire à l’intrigue. Celle-ci est pourtant, dans les grandes lignes, tout à fait passionnante et bien trouvée. Ne vous méprenez pas sur mon ressenti : Destination ténèbres est sans conteste un bon divertissement ; simplement, je crois qu’il aurait été bien meilleur s’il avait fait preuve d’un peu plus de subtilité, d’un peu moins d’automatismes.

 

Heureusement, histoire de compenser cette faiblesse, on trouvera dans Destination ténèbres bien des éléments savoureux : certes, on ne les cherchera pas du côté de l’écriture, pas très glop, ni du côté des personnages, dans l’ensemble un peu trop unilatéraux (malgré tous les efforts déployés par l’auteur pour semer le doute ; mais si ça trompe Moineau, ça ne trompe pas le lecteur) ; mais il y a, au-delà, de belles pages sur l’existence de la vie dans l’univers, sur le débat entre foi et science (je fais de mon côté partie de ceux qui prétendent que seule la foi peut soutenir que la vie n’existe que sur Terre, mais il est intéressant d’envisager le point de vue opposé), et un contenu politique non négligeable et plutôt intéressant.

 

Destination ténèbres est donc un divertissement plus qu’honnête – et sans doute un peu plus que ça. Il pèche cependant par son aspect de thriller mécanique, ce qui l’empêche à mon sens de figurer parmi les meilleurs titres du genre, et a fortiori parmi les « classiques », comme le prétend la quatrième de couverture. Reste une lecture dans l’ensemble fort prenante, un récit le plus souvent astucieux, malgré les rouages apparents ; aussi ai-je au final plutôt apprécié ce roman, mais je ne puis pour autant faire part d’un enthousiasme énorme. Un bon roman, oui ; qui aurait sans doute pu être meilleur, mais on se contentera de ce qu’on a, et sans faire la fine bouche, hein, Nébal.

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"L'Appel de Cthulhu : Les Secrets du Kenya"

Publié le par Nébal

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L’Appel de Cthulhu : Les Secrets du Kenya

 

Suite (et pour le moment fin) de mes comptes rendus sur la gamme des « Secrets » pour L’Appel de Cthulhu avec ce volume consacré au Kenya, et dû à la plume de David Conyers. Dans la conclusion de ma note sur Les Secrets de Marrakech, j’espérais que ce volume saurait relever le niveau. Bon, y a pas photo : c’est heureusement le cas. D’ailleurs, gag : on en apprend indirectement plus sur le Mythe au Maroc dans Les Secrets du Kenya que dans Les Secrets de Marrakech ! Ce qui est quand même un comble…

 

Le Kenya, donc. Dans les années 1920-1930, c’est le pays du safari. Mais pas que… Et ce supplément riche et bien documenté (mais traduit avec les tentacules) permettra de prendre conscience de bien des secrets indicibles derrière la carte postale… Car il a le bon goût, tout en détaillant précisément ce qui doit l’être de l’histoire et de la géographie de ce qui était alors une colonie britannique, de ne jamais perdre de vue le Mythe et ses implications. Ce qui fait du guide une réussite. Les scénarios, c’est une autre histoire, mais on y reviendra.

 

Le volume s’ouvre sur « Ce qui est en haut, ce qui est en bas », une nouvelle pas terrible, d’autant qu’elle est insupportablement mal traduite. Dommage, elle détaille un aspect intéressant du Kenya cthulhien, sur lequel on aura heureusement l’occasion de revenir de manière plus convaincante.

 

On attaque les choses sérieuses avec « Le Kenya, passé et présent », qui s’intéresse donc à l’histoire du pays et en constitue également une présentation géographique et culturelle (blanche) générale. C’est très bien fait, et tout à fait intéressant.

 

Il en va de même pour « Les peuples africains », qui s’intéresse cette fois au versant indigène du Kenya. Douze tribus majeures (sur soixante-dix) sont présentées, ainsi que quelques données d’ordre général sur les modes de vie et coutumes. Après un bref paragraphe sur la magie africaine, le chapitre se conclut en offrant la possibilité de créer des investigateurs africains, ce qui me paraît un challenge, mais peut être intéressant (on notera que le livre est par ailleurs émaillé de nouveaux archétypes).

 

Suit le « Guide de Nairobi », la capitale et la ville la plus emblématique. C’est à nouveau fort bien fait et documenté, on s’y intéresse aux aspects les plus essentiels de la ville, avec quelques personnages historiques inclus (dont Karen Blixen), et, surtout, on commence à apporter quelques éléments relatifs au Mythe. Tout à fait convaincant, donc.

 

Le « Guide du Kenya » s’intéresse ensuite au reste de ce pays si riche et divers. Là encore, le Mythe n’est jamais loin. Passionnant.

 

Suit un inévitable et nécessaire « Bestiaire africain ». Pas grand-chose de plus à dire à ce sujet…

 

Un bref chapitre, enfin, s’intéresse aux « Sociétés secrètes ». C’est l’occasion d’en apprendre davantage sur les sectes africaines de Cthulhu, le Culte de la Langue Sanglante, le Culte du Ver Spiralé, les cultes des goules africaines, les hommes-léopards, la Sororité du Messager Masqué et les Singes blancs. Passionnant là encore.

 

Après quoi l’on passe aux scénarios. Il y en a quatre, assez « old school » à certains égards, plutôt dans une optique d’horreur lovecraftienne à mes yeux, et tous, pour des raisons diverses, un peu déconcertants…

 

« La folie des ancêtres » est probablement le plus intéressant des quatre : il peut fournir une bonne introduction des PJ au Kenya, et les confronte aux goules africaines, bien plus organisées et intelligentes que les autres. Le scénario est pas mal du tout, l’ambiance est très bien… mais il se conclut quand même plus ou moins sur une sorte de donjon, et il me paraît très difficile d’en sortir vivant ou d’en tirer une conclusion véritablement satisfaisante… Il faut y réfléchir, quoi.

 

« Les chats de Lamu », en ce qui me concerne, n’est pas un scénario. Et c’est dommage, parce qu’il y avait sans doute de quoi faire avec cette excursion dans les Contrées du Rêve, et ce chouette PNJ qu’est Jamal Alhazred (prétendant descendre de vous savez qui).

 

« Terres sauvages » s’intéresse aux hommes-léopards. C’est assez dirigiste, et un tantinet bourrin, mais ça peut être amusant, à condition de le retravailler un peu.

 

Reste enfin « Bois mort », qui part d’une bonne idée et utilise les chouettes trouvailles développées par Donald Wandrei dans « The Tree-Men of M’bwa ». Pourtant, ce scénario là encore très linéaire, vaguement donjonneux, et méchamment dangereux ne convainc guère en définitive. Là encore, du coup, il faudra retravailler la chose pour en obtenir quelque chose de véritablement intéressant.

 

On notera deux annexes intéressantes : tout d’abord une chonologie de l’Afrique de l’Est britannique (au-delà du seul Kenya, donc) ; ensuite et surtout, un résumé des principaux aspects du Mythe dans l’ensemble de l’Afrique, ce qui peut donner plein d’idées.

 

Au final, nous avons donc un très bon guide, riche et enthousiasmant, puis quatre scénarios pas terribles, un peu décevants eu égard aux attentes du lecteur. Le bilan est donc positif, même si pas parfait. Voilà en tout cas une chouette occasion de dépayser un peu l’intrigue, et de faire voir du pays aux PJ.

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