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Pub copinage : "D'obsidienne et de sang", d'Aliette De Bodard

Publié le par Nébal

D'obsidienne et de sang

 

DE BODARD (Aliette), D’obsidienne et de sang, [Servant of the Underworld], traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Laurent Philibert-Caillat, Paris, Bibliothèque interdite – Éclipse, coll. Fantasy, [2010] 2011, 411 p.

 

Bien que n’ayant participé ne serait-ce qu’un chouia à la chose, je ne me sens pas d’en faire décemment une chronique.

 

 Hop.

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"Le Château de Cène", de Bernard Noël

Publié le par Nébal

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NOËL (Bernard), Le Château de Cène, suivi de Le Château de Hors ; L’Outrage aux mots ; La Pornographie, Paris, Gallimard, coll. L’Imaginaire, [1990, 1992] 2008, 180 p.

 

Si l’on excepte en gros Crash ! de J.G. Ballard, Filles perdues d’Alan Moore et Melinda Gebbie et, bien sûr, pas mal d’œuvres du Divin Marquis, je ne peux qu’avouer ma totale inculture en matière de littérature érotique et pornographique. Aussi, en temps normal, il aurait été somme toute peu probable que je mette un jour la main (oui, la main) sur ce Château de Cène de Bernard Noël, publié en son temps par Pauvert (étonnant, non ?), sous le pseudonyme d’Urbain d’Orlhac. Des avantages des travaux de correction : on fait de sacrées découvertes. C’est donc par hasard – ou presque – que j’ai lu ce court roman, qui fut poursuivi sous Pompidou pour « outrage aux mœurs », blason qui en vaut bien un autre.

 

Et qui s’explique assez (quand bien même, cela va de soi, on ne peut qu’être ulcéré par ce genre de mesquineries judiciaires) : passés les deux premiers chapitres plutôt « gentils », « inoffensifs » – ceux que j’avais à relire… –, Bernard Noël fait effectivement dans « l’outrancier » : une littérature de tous les excès, d’une violence rare, qui marque au corps et à l’âme. Une littérature de « mauvais goût » (tant mieux), qui ne manque pas de rappeler Sade – bien sûr – et Lautréamont. Ce qui n’empêche certainement pas la plume de l’auteur d’être de toute beauté ; à n’en pas douter, oui, comme son avocat l’avait maladroitement défendu lors de son procès, Bernard Noël est un « bon écrivain » ; un « écrivain inoffensif », alors ? C’est ce que l’auteur semble lui-même considérer comme coulant de source, à regrets…

 

En guise de postface, « L’Outrage aux mots » et « La Pornographie » reviennent sur ses intentions, sur le contexte de l’écriture – en l’occurrence, les horreurs entourant la guerre d’Algérie, et le gaullisme –, sur les questions de la morale et de l’écriture, de la censure et de la « sensure ». Passionnant plaidoyer, bien autrement subversif que sa molle défense, pour une langue qui tendrait – mais le combat n’est-il pas perdu d’avance ? – à dépasser et lutter contre la morale « bourgeoise », celle de l’Encyclopédie, du libéralisme – imposteur – et du gaullisme – qui ne l’est pas moins. Ce qui fait du Château de Cène bien plus qu’un « énième » roman pornographique : tout en mettant le genre à l’honneur, tout en lui donnant les lettres de noblesse qu’il est en droit de mériter, il dépasse la narration – intention maintes fois répétée – pour se muer en un vigoureux pamphlet poétique et politique.

 

Tout commence par un étrange rite lunaire, dans un village côtier (que je n’ai pu m’empêcher de trouver un brin lovecraftien…). Le narrateur, étranger, y est désigné pour déflorer la « lune vierge », une jeune fille du nom d’Emma. Mais s’il file un temps le parfait amour avec elle, c’est pourtant une autre femme qui l’attire avant tout : la Beauté qui l’a désigné ; la Comtesse, Mona, qui vit sur son île, avec ses chiens et ses nègres. Aussi le narrateur embarque-t-il, et débute ainsi un nouveau périple initiatique bien plus grand-guignol que la farce villageoise.

 

Avis aux âmes sensibles : c’est beau, mais ça charcle. Qui ne se fierait qu’aux deux premiers chapitres risquerait de se prendre une vilaine surprise en pleine poire en lisant ce qui suit. Curieux fantasmes zoophiles et sado-masochistes se mêlent sans cesse dans un délire indicible. S’agit-il alors, comme le disait Sade, d’une « littérature qui ne se lit que d’une seule main » ? Pas en ce qui me concerne (moi, le bourgeois, sans doute) : tout cela, disons-le, n’est généralement guère bandant. Mais fort, indéniablement. Et riche en images folles, suscitées par une plume virtuose, poétique et gore. On voit là tout l’héritage du surréalisme – et l’on comprend d’autant mieux, parallèlement, pourquoi Sade en est souvent considéré comme un précurseur. Tout n’y est que dérèglements, dans une frénésie hallucinatoire et splendide, une poésie incontrôlée et libre de la chair, du sang, du foutre et de la merde (encore que le thème coprophage n’intervienne véritablement que dans « Le Château de Hors », premier chapitre d’une suite « virtuelle » – et qui le restera).

 

Le tout dans un cadre fantasque, hors de l’espace et du temps, évoquant tant Gracq et Borges qu’une certaine science-fiction ou horreur de série B, qui justifie pleinement la reprise de ce roman dans la prestigieuse et excellente collection « L’Imaginaire » de Gallimard.

 

Mais au-delà du récit, il y a donc un réquisitoire : celui en faveur d’une langue qu’on pourrait qualifier « d’anarchiste » (l’auteur, critiquant la langue de la bourgeoisie, déplore les atrocités commises au nom du communisme, avec une langue finalement similaire et tout aussi hypocrite), et contre les impostures libérale et gaulliste. La grande scène finale, la grande mise en scène – là encore, difficile de ne pas penser à Sade, quand bien même, si je ne m’abuse, l’auteur ne le cite pas une seule fois – en témoigne assez, dans son délire « colonial ». Le récit de la violence est donc ici indéniablement politique, et se fait l’écho des horreurs bourgeoises, celles de la Première Guerre mondiale comme de la Seconde, celles de l’Indochine et de l’Algérie. Il s’agit de dire la torture. De dire la douleur. De dire la manipulation. D’où ces tableaux surréalistes saturés d’excès et de violence, qui plongent le bourgeois dans sa merde. Non sans humour, sans doute ; mais un humour noir et délicieusement « déplacé ».

 

 La force poétique et politique du Château de Cène, du genre qui prend le lecteur par les couilles et presse jusqu’aux phosphènes, est tout simplement remarquable. C’est une littérature d’héritage, à certains égards, mais dont l’impertinence et la beauté façon « esthétique de l’horreur » sont intemporelles. Une leçon.

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"Rêves de Gloire", de Roland C. Wagner

Publié le par Nébal

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WAGNER (Roland C.), Rêves de Gloire, Nantes, L’Atalante, coll. La Dentelle du cygne, 2011, 696 p.

 

Sans doute l’honnêteté m’impose-t-elle en guise de préalable de rappeler que j’ai comme un contentieux avec Roland C. Wagner. Je ne reviendrai pas ici sur les raisons, voyez ma non-chronique des Ravisseurs quantiques… Du coup, j’avais dit à l’époque que je ne chroniquerais plus d’ouvrages de Roland C. Wagner. Et naturellement je me suis posé la question pour celui-ci… J’aurais certes pu jouer l’imbécile borné – j’avoue avoir été tenté, feignasse de moi – et éviter ainsi d’écrire des conneries sur ce Rêves de Gloire.

 

Mais non.

 

Parce que, depuis le temps qu’on l’attendait, je savais que s’il y avait un bouquin de Roland C. Wagner que je devrais lire, ça serait celui-ci. Et parce que, je peux bien le dire d’ores et déjà, le bouquin est bon, voire très bon dans l’ensemble, et mérite bien qu’on s’y attarde. Oh, j’ai bien quelques réserves à émettre – et je me doute de comment elles seront appréciées… – mais, justement, j’y vois une raison de plus pour en parler.

 

Rêves de Gloire, donc. Un beau pavé de 700 pages, une véritable Arlésienne, et probablement le grand-œuvre de Roland C. Wagner (en tout cas, de ce que j’ai pu en lire, c’est d’une ambition sans commune mesure avec le reste). Une uchronie ; on cherche donc le point de divergence. À en croire la quatrième de couv’, ce serait la mort du général De Gaulle dans un attentat le 17 octobre 1960, à la Croix de Berny (l’aurait mieux fait de passer par le Petit-Clamart…), décisive quant au devenir de l’Algérie. Mais, si c’est sans doute là un point de divergence fondamental, et peut-être (je dis bien : peut-être) le plus important, ce n’en est en fait qu’un au milieu d’une foultitude d’autres, qui expliquent et justifient, autant que faire se peut et pour peu que l’on veuille bien jouer le jeu, le monde « autre » créé par Roland C. Wagner. On aurait en effet probablement tort de réduire Rêves de Gloire à une « uchronie algérienne » (ou algéroise), comme le livre a tout d’abord été présenté. Si cette divergence-là fournit un cadre au roman, elle n’en constitue probablement pas le propos essentiel (ou du moins le seul propos) ; car l’auteur, avec son roman, nous plonge peut-être avant tout dans une histoire alternative du rock. Et c’est en jouant sans cesse sur ces deux tableaux, imbriqués à l’extrême, qu’il va nous balader tout au long de son roman-fleuve.

 

Dans ce monde-ci, la mort de De Gaulle explique (entre autres) le prolongement de la guerre d’Algérie (les « événements », comme on disait…) jusqu’en 1965. Et le conflit aboutit à un résultat bien différent des accords d’Évian : la Partition, soit l’indépendance de la majeure partie de l’Algérie, avec le maintien d’enclaves françaises, dont Oran et, surtout, Alger. L’histoire ne s’arrête bien évidemment pas là : en métropole, on en arrive après quelques années à un coup d’État militaire ; en Algérie, les enclaves sont restituées progressivement, et l’Algérois finit par proclamer une Commune et prendre son indépendance. Voilà, en gros, pour le cadre.

 

Mais un autre changement fondamental concerne donc l’histoire du rock, et – comme cela semble aller de pair – de la drogue, en l’occurrence la Gloire – lire LSD –, qui a toujours Tim Leary pour apôtre, mais en France essentiellement. Dans les années 1960, au Ritz à Paris, d’abord, puis à Biarritz lors du fameux « Été insensé », la Gloire génère un mouvement alternatif prônant la non-violence et la libération des mœurs au milieu de tout un fatras mystique. On parle bientôt des « vautriens » – lire (putains de) hippies (« Die, hippie, die ! »), mais avant l’heure –, « vauriens toujours vautrés ». Vautriens qui, évidemment, ne plaisent pas plus que ça au pouvoir en place, et se retrouvent pour bon nombre d’entre eux déportés en Algérie (terre de déportation depuis les tout premiers temps de la colonisation, j’en ai bouffé). Là-bas, le rock « gymnase » va progressivement, sous l’influence de la Gloire, se muer en rock « psychodélique », et générer toute une culture vautrienne. Bien évidemment, là encore, l’histoire ne s’arrête pas là – on assistera également à l’émergence du punk, mais bien à l’étranger cette fois, les « tsibis » s’opposant aux « British »… –, mais le mouvement vautrien, avec son discours utopique, est bien au cœur du roman, et la Commune de l’Algérois en est dans un sens un reliquat, tout comme l’attitude des Chaouïas dans les Aurès (là où c’était pas très cool d’avoir 20 ans), influencés par le mystérieux « Prophète ».

 

Pour nous conter tout ça, Roland C. Wagner a – brillamment – élaboré un roman choral, où l’on change sans cesse de narrateur, pour suivre plusieurs fils rouges. Mais le plus important d’entre eux concerne un collectionneur de disques, de nos jours, qui s’emballe pour une pièce rare, un 45t des intrigants Glorieux Fellaghas intitulé Rêves de Gloire, et sur lequel il semble impossible de mettre la main. Autant dire qu’il s’agit là d’un véritable Graal pour un collectionneur dans son genre. Le problème est que ce disque tue… au sens propre.

 

On ne peut que se prendre d’enthousiasme pour Rêves de Gloire. Pendant la majeure partie du roman, on en tourne les pages sans se lasser un seul instant, emporté par l’adresse narrative de Roland C. Wagner, dont la plume se révèle qui plus est tout à fait sympathique. Le sujet brûlant de l’Algérie – là encore, expérience familiale, j’en ai bouffé… – est traité judicieusement, avec une profonde empathie et, on le sent, beaucoup d’investissement personnel ; quant à l’histoire alternative du rock, elle est tout simplement (encore que le mot « simplement » ne convienne guère) jubilatoire. Alors oui, sans aucun doute oui, Rêves de Gloire est un (putain de) bon bouquin, qui mérite assurément le détour. C’est, de ce que j’ai pu en lire, de très loin ce que Roland C. Wagner a fait de mieux, et ça mérite d’entrer illico dans une bibliothèque idéale de la science-fiction française. Un grand, très grand roman.

 

Pas sans défauts, ceci dit, même si je n’y verrais rien de rédhibitoire. Et sans doute ces « défauts » n’en sont-ils pas pour tout le monde – ce livre fait l’unanimité –, et pourra-t-on, hélas, y voir de ma part une certaine mauvaise foi… Boarf, m’en fous, je sais ce qu’il en est véritablement.

 

Donc. Une chose très personnelle tout d’abord : au bout d’un certain temps – oui, disons le milieu du roman à peu près –, j’ai commencé à trouver pénibles les développements sur la Gloire et sur Tim Leary. Mais je dois reconnaître que cela n’engage que moi, ce thème ne me parlant tout simplement pas.

 

Plus gênant, et en prolongement direct de cette remarque préliminaire, j’avoue avoir trouvé le roman trop long. 700 pages, c’est quand même du gros… et, à mon avis, ça ne se justifiait pas pleinement ; j’ai trouvé le roman redondant, par moments, et j’ai du coup peiné par endroits, notamment sur les, disons, 200 dernières pages – celles-ci apportent leur lot de nouveaux développements, c’est le moins qu’on puisse dire, mais j’avais pour ma part dépassé le seuil de saturation… Je sais que la comparaison va plaire à l’auteur, mais pour moi, Rêves de Gloire, toutes choses égales par ailleurs, c’est un peu comme La Horde du Contrevent : en l’état, c’est un très bon bouquin, parmi ce que l'on a fait de mieux dans l'imaginaire français ces dernières années ; avec 100 ou 200 pages de moins, ç’aurait été un chef-d’œuvre. Dommage…

 

Dernière réserve, enfin, qui n’engage à nouveau que moi : j’ai trouvé regrettable l’intrigue façon « thriller » (un genre que je n’ai jamais apprécié, en littérature s’entend) sur ce disque qui tue. Je trouve qu’elle nuit au propos du roman, qui aurait gagné à s’en débarrasser. Autant le dire clairement : j’ai trouvé dommageable que ce roman ait « une histoire », là où il me semble qu’il se suffisait à lui-même. Manque d’audace, peut-être, pour le coup, sur le plan narratif veux-je dire… Car on se doute très vite que la résolution de cette « énigme » ne pourra être que décevante. Tout ça pour ça ? Ben oui. Et si la fin du roman rassemble plutôt adroitement les divers fils rouges du livre, bel et bien en rapport avec le disque des Glorieux Fellaghas, je n’en ai pas moins trouvé fort plate la conclusion de la traque du collectionneur de disques (d’autant qu’elle ne lésine pas sur le deus ex machina). Non, décidément, je pense que le roman aurait gagné à un peu plus d’abstraction. Mais, encore une fois, cela n’engage que moi.

 

 Et, finalement, seule la réserve concernant la longueur excessive du roman peut, j’en suis bien conscient, avoir le moindre caractère « d’objectivité » (encore que…). Alors le bilan est malgré tout clair : Rêves de Gloire est un très bon roman, une brillante uchronie comme on n’en soulève pas tous les quatre matins. C’est bien le grand-œuvre de Roland C. Wagner ; l’Arlésienne n’a pas déçu, on a bien fait d’attendre. À lire, sans aucun doute.

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"Le Cycle de Dunwich", de Robert M. Price (dir.)

Publié le par Nébal

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PRICE (Robert M.) (dir.), Le Cycle de Dunwich, [The Dunwich Cycle], traduit de l’anglais par Emmanuel Paillet, Montiny-les-Metz, Oriflam, coll. Nocturnes, [1995] 1999, 283 p.

 

En son temps, Chaosium, l’éditeur américain du jeu de rôles L’Appel de Cthulhu, avait publié toute une série de recueils et d’anthologies de nouvelles lovecraftiennes, qui furent reprises en français par Oriflam (ce qui explique sans doute, hélas, que l’on y retrouve quelques défauts caractéristiques de l’édition de jeu de rôles, à savoir un nombre de coquilles assez conséquent et des traductions parfois approximatives…). Le Cycle de Dunwich n’en est qu’un parmi tant d’autres (j’ai mis la main sur six d’entre eux à des prix modiques), mais qui adopte une forme un peu particulière : en effet, il se focalise tout particulièrement sur la nouvelle de Lovecraft « L’Abomination de Dunwich » (pas la pire) ; les autres textes du recueil sont pour la plupart tournés vers ce texte unique, qu’ils en constituent des influences (pour les deux longues nouvelles d’Arthur Machen qui le précèdent) ou des suites ou variations – s’attardant généralement sur la famille Whateley. L’ensemble est préfacé et présenté par Robert M. Price, qui, on aura l’occasion de le constater dans ce recueil, se révèle à mes yeux bien meilleur « essayiste » qu’auteur de fictions…

 

Passons sur la couverture hideuse et passablement hors-sujet, et abordons directement les textes. J’avoue, j’ai dans un premier temps eu du mal à voir ce que « Le Grand Dieu Pan » d’Arthur Machen, que j’avais déjà lu il y a de cela une éternité, foutait là. Certes, je me souvenais – pour avoir relu récemment « L’Abomination de Dunwich » dans Les Terres de Lovecraft : Dunwich – que ce fameux texte était cité dans la nouvelle de Lovecraft, mais cela me paraissait une bien pauvre raison pour l’inclure dans ce recueil… Or, il y est en fait tout à fait à sa place : la démonstration de Robert M. Price qui en fait une influence déterminante du texte lovecraftien parle d’elle-même, et ne saurait être contestée ; nous avons bien là « l’ancêtre » (féminin) de Wilbur Whateley et de son frère jumeau, et Lovecraft, à vrai dire, ne s’en est pas caché. Dès lors, c’est à bon droit que le recueil s’ouvre sur ce texte séminal. On pourra le juger un tantinet artificiel, dans sa tendance à accumuler les coïncidences, mais ça n’en reste pas moins de la belle ouvrage, délicieusement « fin de siècle » et tout à fait efficace.

 

« Le Peuple blanc », toujours d’Arthur Machen, constitue là encore à l’évidence une inspiration de « L’Abomination de Dunwich » (ne serait-ce que pour son vocabulaire, et l’idée du journal). Si la nouvelle débute assez mal, par un dialogue verbeux et confus sur la notion de péché, l’essentiel, constitué par le journal intime d’une enfant, est tout à fait intéressant, et, une fois de plus, bien à sa place.

 

Suit – bien évidemment – « L’Abomination de Dunwich » d’H.P. Lovecraft. Je ne reviendrai pas ici sur la qualité de cette nouvelle – je m’étais déjà répandu à ce sujet en traitant de Les Terres de Lovecraft : Dunwich –, mais je noterai cependant cette très intéressante et pertinente remarque de Robert M. Price, montrant que ce texte, pourtant un classique du Mythe, n’est finalement, et étrangement, guère « lovecraftien », mais plutôt, tout anachronisme mis à part, « derlethien »… Pas faux. Je n’y avais jamais réfléchi, mais ça se tient.

 

Quoi qu’il en soit, avec ces trois seuls textes, nous en sommes déjà à la moitié du recueil. Et, à ce point, c’est une lecture tout à fait recommandable. C’est sans surprise après que les choses se gâtent dans l’ensemble… Je ne reviendrai pas ici sur les difficultés inhérentes au pastiche lovecraftien – j’en avais déjà rapidement traité pour le très mauvais HPL 2007 –, mais les nouvelles qui suivent en sont presque toutes un témoignage édifiant.

 

Nous parlions d’August Derleth : c’est lui qui ouvre le bal des « continuateurs » avec « La Chambre close » (qui fut adaptée au cinéma, aspect surnaturel en moins… et reprise en livre par la suite). Une nouvelle assez peu convaincante, avec de grosses ficelles, et une tentative que l’on retrouvera souvent par la suite d’unifier les « mythologies » respectives de Dunwich et d’Innsmouth. Ça se lit sans trop de douleurs, mais ce n’est quand même qu’une série B de base, peu digne de son sujet – même si la décrépitude et la dégénérescence de Dunwich y sont plutôt bien rendues.

 

Robert M. Price livre ensuite un curieux texte avec « La Tour ronde (ou le récit d’Armitage Harper) ». L’auteur part du constat que, parmi les « suites » de « L’Abomination de Dunwich », la plus longue – et la plus célèbre –, à savoir le roman d’August Derleth Le Rôdeur sur le seuil (que j’avais lu tout gamin, je n’en ai plus aucun souvenir… c’est une des « collaborations posthumes » de Derleth), pèche dans sa construction, en raison d’une troisième et dernière partie peu convaincante et sans véritable rapport avec ce qui précède. D’où l’idée – qu’on pourra trouver un tantinet gonflée, mais, après tout, c’est dans un sens ce que Derleth lui-même faisait avec Lovecraft, et cela participe du caractère mythologique des écrits lovecraftiens – de « refaire » la fin du roman, d’une manière plus « logique » : le résultat est cette nouvelle. Fâcheux problème : ne me souvenant pas du tout du Rôdeur sur le seuil, j’ai eu du mal à me plonger dans cette suite… malgré les tentatives atrocement bavardes et pénibles de l’auteur pour raccrocher les wagons en rappelant « ce qui précède ». Au final, on s’emmerde méchamment à la lecture de cette « nouvelle » verbeuse au possible et pas crédible pour un sou. Un ratage en beauté.

 

« Le Saut du Diable » de Richard A. Lupoff ne mérite guère qu’on s’y attarde. Très maladroite, cette « variation » est dénuée du moindre intérêt.

 

Une bonne surprise ensuite avec « La Route de Dunwich » de Ben Indick : rien de très original – une « variation » de plus –, mais l’auteur a le bon goût de ne pas s’essayer à pasticher le style de Lovecraft, et a su donner à sa nouvelle une ambiance plutôt réussie, pour un résultat aussi émouvant qu’horrifiant.

 

« La Maison dans l’arbre », de W.H. Pugmire & Robert M. Price, commence plutôt bien, de manière guère originale là encore – la trame est typiquement lovecraftienne, entre Innsmouth et Dunwich, à nouveau –, mais s’achève hélas sur un grand moment de ridicule – sans douté non dénué d’humour, c’est après tout ce que la dernière phrase suggère, mais néanmoins très frustrant… Dommage.

 

C.J. Henderson, avec « Vous ne l’emporterez pas avec vous », tente de mêler mythologie lovecraftienne – Dunwich et Innsmouth, là encore – et polar hard-boiled – ce que Kim Newman avait très bien fait dans sa nouvelle reprise dans Les Nombreuses Vies de Cthulhu. Mais c’est ici nettement moins convaincant (euphémisme) : tout est grotesque dans ce récit maladroit au possible, et qui ne convainc pas un seul instant. Raté.

 

Le recueil se conclut enfin sur « Wilbur Whateley rêve et attend » de Robert M. Price (toujours), nouvelle partant du postulat que ledit Wilbur Whateley n’est pas véritablement mort dans la bibliothèque de l’Université Miskatonic. Le voilà donc qui revient à notre époque – c’est relativement humoristique, et, on va dire, bon prince, correct.

 

 Pas de miracle : Le Cycle de Dunwich est un livre très bancal, qui contient le pire comme le meilleur. L’ensemble – surtout, il faut bien le dire, grâce à Machen et Lovecraft – est cependant moins médiocre que ce que l’on pouvait craindre. Et, à défaut d’être un recueil véritablement séduisant sur le pur plan littéraire, on peut y voir une aide de jeu éventuellement utile pour un Gardien des Arcanes désireux d’ancrer une campagne dans l’arriérée Dunwich. Pourquoi pas…

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"Häxan", de Benjamin Christensen

Publié le par Nébal

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Titres alternatifs : La Sorcellerie à travers les âges, Witchcraft Through the Ages.

Réalisateur : Benjamin Christensen.

Année : 1922.

Pays : Danemark – Suède.

Genre : Documentaire / « Docu-fiction » / « Mondo » / « Historique » / « Fantastique » / « Horreur »

Durée : 87 min. / 76 min. / 104 min.

Acteurs principaux : Benjamin Christensen, Maren Pedersen, Clara Pontoppidan, Elith Pio, Oscar Stribolt, Tora Teje, John Andersen…

 

Une fois n’est pas coutume, c’est un véritable bijou que Potemkine (à qui on devait déjà le DVD de l’extraordinaire Requiem pour un massacre) et Agnès B. DVD ont exhumé avec Häxan. Un film muet suédois assez unique en son genre, réalisé par Benjamin Christensen entre 1919 et 1921, pour sortir l’année suivante : oui, certes, un documentaire ; mais sous la forme d’un étrange « docu-fiction d’horreur », plus ou moins lointain précurseur du « mondo », dont les images d’une rare poésie et d’une force non moindre marquent durablement. Le sujet ? La Sorcellerie à travers les âges, nous dit l’autre titre de ce film ; mais surtout, en fait, la sorcellerie médiévale et sa poursuite inlassable par l’Inquisition, au cours de ce que d’aucuns ont qualifié de véritable « sexocide » – il est vrai que la lecture, à titre d’exemple, du tristement célèbre Marteau des sorcières est pour le moins éloquente à cet égard.

 

Le film présente, à sa manière, une thèse, certes non dénuée de préjugés anticléricaux, et plus particulièrement anti-catholiques – rappelons que le « grand flamboiement » d’Allemagne est en fait postérieur à la Réforme. L’idée maîtresse est celle d’un délire obsessionnel – attesté –, relatif en fait, d’une part à des fausses accusations témoignant tant d’une conception « primitive » du monde que de la peur et de la « mauvaise foi » pure et simple, et d’autre part à des pathologies mentales bien réelles, au premier rang desquelles se trouve bien entendu l’hystérie. En sept chapitres édifiants, Benjamin Christensen nous amène ainsi à nous interroger sur la réalité des faits de sorcellerie au Moyen Âge, sur la superstition qui règne toujours quand sort son film, et sur la cruauté aveugle dont ont toujours fait preuve ceux qui ont chassé les sorcières… ou interné les hystériques, au travers d’un parallèle audacieux sur lequel se clôt la projection.

 

Mais c’est en usant d’une forme pour le moins unique, qui rend ce film à la fois difficilement classable et particulièrement savoureux. Le premier chapitre, composé pour l’essentiel de documents d’époque et de saisissants automates, adopte une forme de documentaire « classique ». Mais c’est pour mieux céder la place, dès le chapitre suivant et jusqu’à la fin, à des « reconstitutions » mises en scène avec un brio poétique certain, teinté d’un racolage non moins certain – promettant belles dénudées (de manière très prude, n’exagérons rien), blasphèmes à foison et cruautés multiples, dans une veine très sado-masochiste. L’implication du réalisateur – qui use de la première personne dans les intertitres… et s’attribue rien de moins que le rôle de Satan dans son film ! – participe de cette étrange atmosphère, qui confère au métrage des allures de « mondo » avant l’heure, en nettement plus respectable que la plupart, certes, et l’idéologie nauséabonde d’un, au hasard (eh eh), Suède enfer et paradis en moins. Häxan, « documentaire d’exploitation » ? Tout anachronisme mis à part, il y a en effet un peu de ça dans ce film précieux, très avant-gardiste à sa manière.

 

Häxan alterne ainsi tableaux « historiques » et fantasmagories bien « dans l’esprit d’un Jérôme Bosch et de Goya » ; le résultat est imparable, tour à tour expressionniste – c’est l’époque –, baroque et gothique. La poésie du film éclate lors de scènes particulièrement marquantes, du sulfureux rêve de la vieille saoularde Apolone au sabbat tel que décrit par la pauvre Maria, victime de l’Inquisition (sans oublier, sur un plan plus « réaliste », une remarquable scène d’hystérie au couvent, qui ne manque pas de faire penser au superbe film de Ken Russel Les Diables… voire plus généralement à une « nunsploitation » bien postérieure…). Mais les scènes « historiques » ne manquent pas non plus de force : difficile de rester de marbre devant la présentation des instruments de torture utilisés par les juges pontificaux – qui n’hésitent pas par ailleurs à user de la méthode « gentil flic – méchant flic », entre autres entourloupes… –, et la douleur des « sorcières », celles, plus ou moins authentiques, du Moyen Âge comme les malades mentales du dernier chapitre, est palpable. Mis en scène avec brio, dans des décors fascinants et à l’aide de costumes étonnants – les démons sont de toute beauté, à la fois effroyables et burlesques –, et bénéficiant d’une photographie sublime, Häxan envoûte plus certainement que les « sorcières » qu’il évoque. Tantôt « piquant », tantôt pathétique, toujours fort et beau, le film de Benjamin Christensen est un régal de la première à la dernière image.

 

Il nous est ici proposé dans trois versions différentes. La première, sur un nouveau master restauré (et teinté), dure 87 minutes, et bénéficie d’une très belle bande son composée par Bardi Johannsson, du groupe islandais Bang Gang, et interprétée par le Bulgarian Chamber Orchestra (2006).

 

La deuxième, intitulée La Sorcellerie à travers les âges, est une version de 1968 durant 76 minutes, en noir et blanc « pur » (ce que je préfère pour ma part aux versions teintées, plus sombres), narrée par nul autre que William S. Burroughs – ce qui en dit long sur le caractère du film –, et bénéficiant d’une bande son entre jazz et musique contemporaine, due, non pas à Jean-Luc Ponty, comme le prétend le DVD, mais au percussionniste Daniel Humair – Jean-Luc Ponty est au violon, et bien entouré : Bernard Lubat, Michel Portal, Guy Petersen. C’est de très loin la version la plus « dynamique », et celle qui permet à mon sens le mieux d’apprécier la photographie du film. Mais j’avouerai que la bande son, si elle ne manque objectivement pas de qualités, ne colle pas toujours (souvent ?) très bien aux images, l’anachronisme ne passant pas toujours…

 

Reste enfin une dernière version sur le nouveau master restauré, la plus longue (104 minutes – est-ce dû à une plus longue insistance sur les intertitres ? Je ne saurais autrement expliquer ce décalage d’avec la première version, qui ne vient en tout cas pas d’images supplémentaires) et peut-être ma préférée (malgré la teinte), dans la mesure où elle bénéficie d’une excellente bande son de Matti Bye (2007), lorgnant plus qu’à son tour vers le dark ambient.

 

En bonus, nous avons également droit à une présentation du film par son réalisateur, datant de 1941.

 

 Un bien bel objet, donc, pour un film génial et fou, rare et précieux. Jetez-vous dessus, c’est une merveille.

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"Dissidia 012 [duodecim] Final Fantasy"

Publié le par Nébal

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Dissidia 012 [duodecim] Final Fantasy (PSP)

 

(Tiens, pour une fois, je fais à peu près dans l’actualité…)

 

Il y a de cela quelque temps – pas énormément, d’ailleurs –, Square Enix, à qui l’on doit décidément pas mal des meilleurs jeux sur PSP, avait créé la surprise avec Dissidia Final Fantasy : non pas un jeu de rôle, pour une fois et malgré les connotations du titre, mais avant tout un jeu de baston, proposant d’incarner dans son mode « histoire » les dix héros principaux des dix premiers Final Fantasy (respectivement Warrior of Light, Firion – redoutable avec son arc, c’est avec lui que j’avais « fini » le jeu au niveau 100 –, Onion Knight, Cecil Harvey, Bartz Klauser, Terra Branford, Cloud Strife, ce gros con de Squall Leonhart, Zidane Tribal et Tidus), auxquels il fallait ajouter leurs principaux antagonistes jouables par ailleurs (Garland, Emperor, Cloud of Darkness, Golbez, Exdeath, Kefka, Sephiroth, Ultimecia, Kuja et Jecht), plus deux personnages « débloquables » (Shantotto de Final Fantasy XI et Gabranth de Final Fantasy XII). Ce qui faisait du beau monde, mais ne garantissait en rien un bon jeu. Sauf que les petits malins de Square Enix avaient su truffer leur soft de bonnes idées ici ou là, pour lui donner un caractère unique au milieu des jeux de baston « classiques », y compris un certain caractère « RPG » (limité, mais présent : expérience, équipement, accessoires, invocations, etc.). Le résultat était un excellent jeu, superbement réalisé, et doté d’une durée de vie incomparable pour ce genre de titre. Une bien belle réussite, qui avait su séduire au-delà du public traditionnel des jeux de baston – votre serviteur en témoigne.

 

Dissidia Final Fantasy, à travers un scénario que l’on reconnaîtra cependant « minimaliste », contait ainsi la lutte entre les guerriers invoqués par Cosmos, déesse de l’harmonie, et ceux de Chaos, dieu de la discorde. Un conflit éternel, dans lequel les personnages ne sont à bien des égards que des pantins, et qui doivent – tiens, justement – se frayer un chemin contre des hordes de Manikins – des simulacres – pour obtenir chacun leur cristal, réceptacle de l’énergie de Cosmos, avant d’être en mesure de livrer combat au dieu maléfique lui-même. Pour ce faire, les personnages devaient progresser de chapitre en chapitre en se promenant sur des sortes « d’échiquiers » où apparaissaient leurs adversaires, en sus de divers autres éléments (trésors, potions de guérison, etc.)

 

Le gameplay était relativement original, outre les éléments « RPG » évoqués plus haut, dans la mesure où chaque personnage, entièrement configurable, se voyait attribuer deux types d’attaques : les attaques de bravoure (touche rond) renforçaient la puissance du personnage et diminuaient celle de l’adversaire (éventuellement jusqu’à la syncope), puis les attaques de pouvoir (touche carré) permettaient de diminuer les points de vie de l’adversaire, en fonction du score de bravoure. Il faut y ajouter la jauge EX, qui se remplit au fur et à mesure, et permet, une fois à son maximum, de lancer une attaque spéciale propre à chaque personnage et particulièrement dévastatrice. La prise en main était cependant immédiate.

 

Et le tout donnait de superbes combats, très dynamiques et généralement brefs, bien dans l’esprit de certains « films de sabre » ou de kung-fu, où les personnages, très rapides, couraient sur les murs, quand ils ne s’envolaient pas carrément. Un régal.

 

Dissidia 012 [duodecim] Final Fantasy, sorti il y a peu, ne change pas grand-chose aux principes généraux du jeu, mais apporte néanmoins son lot d’innovations, de plus ou moins grande importance. Il propose tout d’abord, dans son mode « histoire », d’incarner lors d’une « préquelle » six nouveaux héros : Kain Highwind (Final Fantasy IV, dont je vous parlerai sans doute un de ces jours), Tifa Lockhart (Final Fantasy VII), Laguna Loire (Final Fantasy VIII), Yuna (Final Fantasy X), Vaan (Final Fantasy XII) et Lightning, de loin la plus charismatique et la plus puissante à mon sens (Final Fantasy XIII). Ceux-ci viennent bien entendu s’ajouter aux 22 personnages jouables du premier opus, et il faut encore y ajouter deux personnages « débloquables » (Gilgamesh de Final Fantasy V, et Prishe de Final Fantasy XI). Soit trente personnages jouables en tout, plus un autre – eh eh – débloquable en tant qu’antagoniste uniquement.

 

Le scénario de la préquelle est à nouveau assez minimaliste (pour ne pas dire concon…), mais éclaire utilement celui de Dissidia Final Fantasy… qui devient « rejouable » une fois le scénario 012 achevé. Bon, on aurait préféré sans doute accéder ainsi à une autre histoire que celle du premier opus (j’avoue avoir trouvé que cette solution tenait un peu du foutage de gueule…), mais on doit bien faire avec, en comptant les diverses innovations apportées. Notons également qu’une « préquelle de la préquelle » est « débloquable », mais réservée à des personnages de haut, voire très haut niveau. Par ailleurs, le joueur a progressivement accès à des « rapports », éclairant là encore l’histoire, dont certains impliquent des combats – dans lesquels on joue éventuellement des personnages liés à Chaos, d’ailleurs.

 

Pour le reste, outre les nouveaux personnages et les nouvelles arènes qui vont plus ou moins avec, voyons un peu ce que ce jeu nous apporte de neuf (dans le mode « histoire » essentiellement, c’est quand même ce qu’il y a de plus intéressant). Celui-ci est toujours découpé en chapitres, mais réorganisés de manière plus logique (et donc pas dans la seule chronologie des Final Fantasy). Grosse nouveauté : dans chaque chapitre, la dimension « RPG » se voit renforcée par l’apparition d’une carte du monde (celle du premier Final Fantasy, si je ne m’abuse) sur laquelle se promène le personnage : il peut y rencontrer des Manikins ou récupérer des coffres, etc., mais surtout doit trouver des « portails » qui lui permettent de progresser dans l’aventure. Les portails blancs, facultatifs, sont « rejouables » autant de fois qu’on le souhaite ; les portails rouges, obligatoires, sont ceux qui font avancer l’histoire. À l’intérieur des portails, on retrouve « l’échiquier » de Dissidia Final Fantasy. Les « compétences » y sont toutefois plus variées et utiles que dans ce dernier titre – acquises soit grâce à des coffres, soit en récupérant des « esprits » sur la carte. Autre innovation sur ce plan : la présence de « pions multiples », engageant le (ou les, du coup) personnage(s) dans une sorte de tournoi, chacun combattant à tour de rôle ou jusqu’à ce que mort s’ensuive, au choix du joueur.

 

Lors des combats, la principale innovation – je passe bien évidemment sur les pouvoirs des personnages, et notamment des nouveaux – consiste en la présence d’une deuxième jauge, dite « Assist », permettant de faire intervenir temporairement dans le combat un camarade pour nous aider – l’adversaire dispose bien entendu lui aussi de cette faculté… Au premier cran, « l’ami » vient faire une attaque de bravoure, au second une attaque de pouvoir. Non négligeable.

 

À l’instar de tous les changements apportés au jeu. Cependant, on reconnaîtra qu’il a quelque chose d’un peu frustrant, qui en fait plus un Dissidia 1.5 qu’un véritable Dissidia 2 ; ceci, à cause de la répétition du même scénario 013 (même s’il bénéficie bien entendu des nouveautés introduites de manière générale), et, finalement, du petit nombre des nouveaux personnages, d’autant que ceux-ci ne sont jouables, en mode « histoire », que dans le cadre du scénario 012, assez court. Dommage…

 

 Mais ça n’en fait pas moins de Dissidia 012 [duodecim] Final Fantasy un très bon jeu de combat mâtiné de RPG. Simplement, sachez qu’il rend obsolète son prédécesseur, et que ceux qui y ont déjà joué pourront trouver les ajouts de ce nouveau titre un peu limités… Les « nouveaux » joueurs, par contre, n’ont vraiment aucune raison de se priver : c’est de la bonne.

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Pub copinage : "Les Grands Voyageurs. Les plus grands textes de Marco Polo et Christophe Colomb à Théodore Monod"

Publié le par Nébal

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Les Grands Voyageurs. Les plus grands textes de Marco Polo et Christophe Colomb à Théodore Monod, préface de Michel Le Bris, Paris, Le Nouvel Observateur / CNRS Éditions, coll. L’Anthologie du savoir, [1927, 1988-1989] 2010, 484 p.

 

Hop.

 

 (C’est vach’ment bien.)

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"Look at the Birdie", de Kurt Vonnegut

Publié le par Nébal

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VONNEGUT (Kurt), Look at the Birdie. Unpublished Short Fiction, foreword by Sidney Offit, illustrations by Kurt Vonnegut, New York, Random House – Dial Press, [2009] 2010, XIV + 251 p.

 

Ceux qui suivent ce blog depuis un bout de temps (il y en a ?) n’apprendront rien, mais autant poser les choses d’entrée de jeu : j’adore Kurt Vonnegut. Je l’adore depuis cette nuit à nulle autre pareille (ou presque : il y en eut bien une de comparable, mais c’était avec Le Procès de Kafka…) où j’ai découvert et dévoré, émerveillé, le fantabuleux Abattoir 5. Expérience prolongée avec succès sur d’autres titres du grand écrivain – Les Sirènes de Titan, Le Berceau du chat, Le Pianiste déchaîné, Le Breakfast du champion –, avec une seule fausse note, le très dispensable Un homme sans patrie. N’empêche, le reste, c’est que du bonheur. Une plume inimitable, mêlant naïveté et cynisme, une imagination débridée, beaucoup d’humour (noir, souvent, certes, mais de l’humour néanmoins)… tout ce qu’il me fallait.

 

Aussi, quand, au hasard d’une balade en librairie, je suis tombé sur ce Look at the Birdie (traduit peu après sous le titre Le Petit Oiseau va sortir, si je ne m’abuse), je me suis jeté dessus sans me poser la moindre question sur son contenu, sans même lire la quatrième de couv’. Il s’avère que ce recueil de nouvelles posthume contient en fait quatorze textes « de jeunesse », écrits au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, et restés inédits jusqu’alors. Des fonds de tiroir ? Pas à en croire une critique unanimement élogieuse, dont maints témoignages sont fournis par cette édition. J’en ai donc attaqué la lecture avec la plus grande confiance, heureux de retrouver une nouvelle fois cet écrivain que j’admire tant, mais dont je n’avais jusqu’alors jamais lu de textes courts.

 

Je passerai sur la préface laudative de Sidney Offit et sur la lettre de Kurt Vonnegut à Miller Harris (1951) – encore que cette dernière ne manque pas d’intérêt, et constitue une judicieuse introduction – pour aborder directement le vif du sujet.

 

On ouvre donc les hostilités avec « Confido » (pp. 7-20), nouvelle de science-fiction passablement fantaisiste, où un individu invente par hasard une petite machine constituant le confident ultime ; le problème est que le « Confido » est un peu concierge, et a une fâcheuse tendance à dire ce que l’on n’ose pas avancer en temps normal, ce qui fait ressortir le pire des individus… Sympathique. Mais on y trouve déjà un trait récurrent de ces brefs textes : leur caractère très moral (lourdement, parfois).

 

« FUBAR » (pp. 21-35 ; pour « fouled up beyond all recognition ») poursuit dans cette voie ; la nouvelle commence de manière très kafkaïenne – un employé d’une immense corporation relégué dans des bâtiments où il n’a pas sa place pour exécuter un travail absurde –, pour s’achever à la manière d’un « conte de fées réaliste ». Naïf, charmant, ça se lit sans déplaisir, mais on commence à se poser des questions…

 

« Shout About It from the Housetops » (pp. 37-49) tient un peu de la même veine que le texte précédent, mais avec plus de réussite. Ce texte, de même que « Confido » et que plusieurs autres par la suite, met en avant la thématique de l’hypocrisie, avec une certaine réussite. Mais on n’est pas encore pleinement convaincu, même si l’on trouve déjà davantage dans ce texte « réaliste » des traits du futur grand Vonnegut.

 

On passe à tout autre chose avec la plus longue nouvelle de ce recueil, « Ed Luby’s Key Club » (pp. 51-102), récit très hitchcockien – à base de faux coupable – narrant un cauchemar policier et judiciaire dans une ville gangrenée par la corruption. Ça se lit bien, mais sans plus, et le happy end interminable ne satisfait qu’à moitié…

 

On y préfèrera largement, malgré son ton à nouveau très moralisateur, « A Song for Selma » (pp. 103-119), récit assez amusant se moquant des tests de Q.I. et du déterminisme qu’ils semblent impliquer ; mais on peut aussi – c’est comme le verre à moitié vide… – y voir avant tout une ode au volontarisme finalement très américaine…

 

« Hall of Mirrors » (pp. 121-137) est une astucieuse nouvelle policière reposant sur l’hypnose. Sans doute un des textes les plus réussis du recueil, même si la chute laisse un peu sur sa faim. Mais la construction et le récit sont adroits.

 

« The Nice Little People » (pp. 139-149) est une petite nouvelle de science-fiction très convenue sur le thème du démiurge. On ne s’y attardera pas. Et on avouera qu’à ce stade, on n’a été que rarement convaincu par ce recueil, qui commence à passablement décevoir, ne s’élevant que rarement au-dessus du stade de la « médiocrité plus », ce qui est loin de correspondre à ce que l’on attend de Vonnegut…

 

« Hello, Red » (pp. 151-165) est ainsi un joli texte sur ce que c’est que d’être parent, plutôt bien ficelé, mais guère enthousiasmant pour autant, car à nouveau lourdement moral…

 

Si ce dernier défaut vaut également pour « Little Drops of Water » (pp. 167-183), ce texte n’en est pas moins plus convaincant, car là encore assez astucieux. Happy end à la clé, néanmoins.

 

C’est sans doute avec « The Petrified Ants » (pp. 185-202) que l’on se rapproche le plus du Vonnegut que l’on appréciera tant par la suite : beaucoup d’humour, beaucoup d’imagination, cela devrait a priori garantir un bon texte. Dommage que cette histoire de fourmis civilisées ne serve en définitive qu’à offrir une lourde parabole anti-communiste…

 

« The Honor of a Newsboy » (pp. 203-212) prend l’apparence d’un récit policier, mais ce n’est qu’un prétexte à l’éloge de l’honnêteté enfantine. Naïf et guère convaincant…

 

On retourne à quelque chose de plus intéressant avec « Look at the Birdie » (pp. 213-219), récit astucieux et efficace. Sans doute une des meilleures nouvelles du recueil éponyme.

 

« King and Queen of the Universe » (pp. 221-239), récit tragique – mais à nouveau très moral – sur la Grande Dépression, ne convainc à son tour qu’à moitié. Ce n’est pas mal fait, mais c’est tout de même un brin agaçant, cette overdose de bons sentiments sous laquelle croule la majeure partie du recueil…

 

Et ce n’est pas, malgré là encore une certaine astuce, « The Good Explainer » (pp. 241-251) qui va faire revenir sur ce jugement. Cette nouvelle à chute est à nouveau très morale, et sent même un peu mauvais…

 

 Au final, il faut bien se rendre à l’évidence : malgré les louanges unanimes dont cet ouvrage ne manque pas de s’auto-congratuler, si ces textes étaient restés inédits jusqu’à présent, c’est qu’il y avait une raison… On peut bien lâcher le mot : oui, ce sont des fonds de tiroir. Ce n’est pas à proprement parler « mauvais », Vonnegut écrit bien, l’astuce narrative ne manque pas, mais c’est quand même un tantinet pénible à force de moralisme sirupeux. Tout cela sent effectivement les textes « de jeunesse », d’un auteur qui se cherche et ne s’est pas encore trouvé. À titre documentaire, pour les fans absolus (dont je pensais faire partie…), cela peut constituer un intérêt suffisant ; mais je ne cacherai pas pour ma part avoir été tristement déçu par ce recueil inabouti et souvent lourd. On est encore bien loin du grand Vonnegut, qui ne se dessine qu’à peine dans ces quatorze nouvelles. Autant dire qu’on pourra allègrement se passer de la lecture de ce Look at the Birdie : l’auteur a fait tellement mieux par la suite…

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"Zanzibar Quarterly & Co", n° 1

Publié le par Nébal

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Zanzibar Quarterly & Co, numéro un, printemps 2010, Muret, Zanzibar, 2010, 244 p.

 

« De l’audace, de l’audace, toujours de l’audace ! », comme disait l’autre. Hélas, en France, en matière de littérature, il faut croire que, à la différence du crime, ça ne paye pas toujours. Ce premier numéro de Zanzibar Quarterly & Co aura ainsi été le dernier. Et c’est bien dommage. Parce que cette éphémère « revue » aura fait l’effet d’un salutaire météore dans le ciel de l’édition française. Zanzibar Quarterly & Co : « Nouvelles, poésies, courts essais, interviews, articles remarquables et illustrations mêlés. Foutraque mais propre sur lui. Onéreux mais généreux. Égoïste mais amical. » Un programme plus qu’alléchant, non ? Et encore, il faut voir la bête, la tenir dans ses mains, pour saisir pleinement tout ce que cela implique. « Onéreux », certes : 29 €. Mais quel beau bébé ! Couverture rigide, jaquette poster, (différentes sortes de) papier de qualité, mise en page variée mais toujours au poil, superbes illustrations où la couleur est de la partie… et même une pin-up. Que demande le peuple ?

 

Marc Lévy.

 

 

Bon, mais le peuple est con. Le peuple aurait dû acheter cette revue par palettes entières, ne serait-ce que pour la beauté du geste, et la beauté de la chose. Ce n’est pas tous les jours qu’une revue présente un aussi bel aspect, tout de même. Et, figurez-vous, ça n’en fait pas une coquille vide pour autant : le contenu est à l’avenant du contenant, et donc, pour ainsi dire, particulièrement miam.

 

Détailler par le menu tout ce que renferme cet improbable bouquin (qui s’intéresse avant tout à la littérature anglo-saxonne, mais pas que) serait sans doute fastidieux (c’est que c’est dense, en prime, sans jamais nuire au confort de lecture pour autant). Je me contenterais donc d’en noter ici les grandes lignes, en m’attardant sur ce qui m’a le plus séduit. Ce qui, comme vous allez pouvoir le constater, fait déjà pas mal de choses.

 

Je commencerai ainsi par noter le passionnant article de David Lipsky consacré à David Foster Wallace, qui fait l’objet d’un petit dossier ; assurément de quoi donner envie de découvrir cet auteur, dont La Fonction du balai dort dans ma pile à lire depuis bien trop longtemps, et dont Au Diable Vauvert a publié d’autres ouvrages qui ont également l’air de valoir leur pesant de cacahuètes. Une interview complète cet article, avec les mêmes qualités. Les nouvelles l’encadrant sont par ailleurs fort sympathiques dans l’ensemble (mais, les ayant lu il y a longtemps de cela – j’ai dû interrompre ma lecture pour cause de travail, ce qui explique par ailleurs pourquoi j’ai si peu parlé de bouquins sur ce blog miteux ces derniers mois, mais je vais faire en sorte que ça change dès aujourd’hui, parce que merde –, j’avouerai que je ne saurais en parler plus en détail).

 

Le deuxième axe de cet unique numéro de Zanzibar Quarterly & Co concerne la figure emblématique de Billy the Kid (pourquoi pas, hein ?). Si les brefs et répétitifs articles de Louis Skorecki m’ont paru très dispensables, il n’en va pas de même du reste ; je retiens essentiellement deux excellentes nouvelles, tout d’abord la passablement expérimentale « On ne crache pas sur l’homme mort » de Sébastien Doubinsky, puis, surtout, « Du vieux avec du neuf » de Luc Baranger, très jolie nouvelle richement documentée qui prend prétexte de la survie éventuelle de Billy the Kid pour nous livrer tout un pan de l’histoire mythique du Far West. Excellent.

 

Mais le grand temps fort de cette revue est à mes yeux assurément la fabuleuse nouvelle de Raphaël Aloysius Lafferty délicieusement intitulée « Le Monde comme volonté et comme papier peint », un vrai petit bijou fantasque dans lequel on retrouve tout ce qui fait le talent de l’auteur de Tous à Estrevin. Ce qui m’a très certainement convaincu de pousser plus avant la découverte de cet auteur hors-normes ; m’étonnerait pas que je vous en recause un de ces jours (notamment, par exemple, pour Les Quatrièmes Demeures, également publié par Zanzibar, qui avait de très ambitieux projets concernant Lafferty… hélas… mais je me répète). La nouvelle est par ailleurs complétée par un essai de William Morris, personnage souvent évoqué dans le texte de Lafferty, « L’Âge de l’ersatz » : qui lirait cette conférence dans le vide y verrait probablement une critique acerbe (et un tantinet réac…) de notre société de consommation ; évidemment, les choses changent quelque peu, quand on prend conscience que ce texte date de 1894…

 

Le dernier axe de ce numéro est musical, et c’est que du bonheur. « Les Habitués » de Dave Reidy est ainsi une très bonne nouvelle, cruelle au possible, très forte sur le plan émotionnel. Notons également « Won’t Get Fooled Again » de Jim Shepard, « souvenirs » plus vrais que nature de John Entwistle des Who. Malgré son amertume frôlant l’anti-américanisme bien eud’chez nous, on relèvera également « Memphis 2001 » de Michel Embareck, qui a clairement une jolie plume. Et pour la bonne bouche – bave aux lèvres – on mentionnera enfin « Le Mix pour séduire une femme qui porte de la lingerie de qualité » de Kris Saknussemm, qui fait – broumf – envie.

 

Je n’ai pas parlé de tout ; mais ne pas en déduire que le reste est mauvais (la nouvelle d’Anne-Sylvie Salzman, « Fox Into Lady », est à titre d’exemple tout à fait recommandable). En fait, il n’y a quasiment rien à jeter dans ce gros et beau numéro, rempli jusqu’à la gueule de belles et bonnes choses. Ainsi des nombreuses illustrations qui l’émaillent, dont une BD et un portfolio.

 

Voilà ce que j’appelle une revue de qualité. On se prend à rêver, particulièrement dans notre marigot SF, d’aussi belles réussites… Mais bon. Il faut croire que les gens de Zanzibar ont été trop ambitieux. Et que l’ambition, contrairement à ce qu’on nous serine à longueur de journées, ne paye pas forcément (littéralement). Il n’y aura donc pas de deuxième numéro de Zanzibar Quarterly & Co. Et c’est dommage. Je dirais même plus : c’est injuste. Parce que ce que ces gens ont fait là méritait assurément d’être payé de retour. Zanzibar Quarterly & Co n’était sans doute pas une revue viable… Mais cela ne doit pas constituer une raison pour passer à côté de cette merveille.

 

 Une étoile filante, vous dis-je. Ou un papillon générateur de tempêtes : éphémère, mais quand même vach’ment beau et vach’ment balaise.

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"La Carte du Disque-monde", de Terry Pratchett & Stephen Briggs

Publié le par Nébal

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PRATCHETT (Terry) & BRIGGS (Stephen), La Carte du Disque-monde. La Seule carte authentyque & le plus souvent precyse du fantastyque & magique Disque-monde, carte dessinée par Stephen Player, illustrations intérieures de Stephen Briggs, traduit de l’anglais par Patrick Couton, Nantes, L’Atalante, [1995] 2009, 28 p. + [1 carte]

 

Il apparaît aujourd’hui difficile de concevoir un univers de fantasy sans carte, a fortiori si cet univers est décliné sur des tomes et des tomes. Le modèle en la matière a d’ailleurs sans doute été fourni par rien de moins que Le Seigneur des Anneaux de J.R.R. Tolkien, avec la carte des Terres du Milieu. Mais, que la carte reste du domaine du document de travail pour l’auteur (comme, par exemple, celle de l’Âge Hyborien pour Robert Howard) ou qu’elle soit publiée, elle apparaît presque comme un support inévitable de l’imaginaire, dès l’instant qu’il s’agit de situer l’action dans un monde « autre ». Ces cartes, évidemment, sont réalisées avec plus ou moins de soin et de réalisme, et sont dès lors d’un intérêt variable.

 

Tous les lecteurs ne sont sans doute guère intéressés par ces annexes d’un genre bien particulier, auquel il peut parfois être complexe et lassant de se référer sans cesse, et dont on peut craindre que, à figer le monde dans le marbre, elles n’en viennent à brider l’imagination. D’autres, dont j’avoue faire largement partie, mais sans doute mon expérience de rôliste y est-elle pour quelque chose, appréciant tout particulièrement la création d’univers, et d’autant plus si elle se montre cohérente, n’hésiteront pas à se référer à de semblables documents.

 

Étrangement, le Disque-monde de Terry Pratchett, pourtant sans doute un des « univers secondaires » de fantasy les plus connus, n’a longtemps pas eu de carte. L’auteur disposait d’abondantes notes personnelles, mais de carte, point. Une fois n’est pas coutume, c’est Stephen Briggs, le compilateur du Vade-mecum, qui y a remédié, en compulsant les romans du cycle jusqu’à Les Tribulations d’un mage en Aurient inclus et les notes de travail de l’auteur. On lui devait déjà, sur le même principe, une carte d’Ankh-Morpork (à ma connaissance toujours pas éditée en français). Mais, de l’aveu même de Stephen Briggs, cette première carte a été bien plus facile à réaliser que la seconde ; car, aussi délirant l’univers créé par Terry Pratchett soit-il, l’auteur anglais n’en entendait pas moins en faire un monde aussi réaliste que possible (enfin, autant que puisse l’être un monde plat porté par quatre éléphants sur le dos d’une tortue géante). L’exemple des régions sous le vent donné par Briggs dans sa courte préface en est assez révélateur : un monde de fantasy, finalement, ça n’est pas si simple que cela à bâtir, et, pour que ledit monde soit cohérent et satisfasse aux exigences des plus maniaques, on ne saurait finalement se contenter de tracer des traits figurant les côtes, avec un fleuve ici et une chaîne de montagnes là, et – surtout – l’inévitable mention « Ici dragons » (ou araignées…).

 

Mais ça y est. Cette carte existe. Claire et précise, dessinée par Stephen Player sur les indications de Stephen Briggs. On en sait maintenant un peu plus sur l’apparence du Disque-monde, sachant situer les plaines de Sto, XXXX ou l’empire agathéen, Ankh-Morpork ou Genua, etc. Et on a droit en prime à un bref texte décrivant certains des plus fameux explorateurs du Disque-monde, le général Roderick Purdeigh, Lars Larsneveu (encore qu'il soit plus un déclencheur d'explorations qu'un explorateur lui-même...), Ker-Gselzehc Jones, dame Alice Venturi, Ponce Da Quirm et Épigastre Borasse – amusant, surtout quand on lit en parallèle Les Grands Voyageurs

 

Cela dit, soyons honnête : tout cela reste de l’ordre du gadget, et il faut vraiment être un fan de chez fan pour débourser les 10 € que coûte cette carte…

 

Ou un rôliste. À vrai dire, c’est plutôt dans cette optique que j’en ai fait l’acquisition, cette carte – qui n’a après tout rien de bien littéraire – constituant un (rare) supplément potentiellement utile pour Le Jeu de rôle du Disque-monde.

 

 Au-delà, l’intérêt en est quand même pour le moins limité… Mais celui qui souhaitera suivre pas à pas les pérégrinations de Rincevent, Mémé Ciredutemps, Vimaire et compagnie sera désormais en mesure de le faire. En notant toutefois que cette carte, en définitive, ne saurait limiter Terry Pratchett – elle n’est jamais qu’un support, une représentation matérielle à un moment donné d’un des plus riches univers créés dans la fantasy contemporaine.

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