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"Severance", de Christopher Smith

Publié le par Nébal

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Titre original : Severance.
Réalisateur : Christopher Smith.
Année : 2006.
Pays : Royaume-Uni – Allemagne.
Genre : Comédie / Horreur / Survival.
Durée : 90 min.
Acteurs principaux : Toby Stephens, Claudie Blakley, Andy Nyman, Babou Ceesay, Tim McInnerny, Laura Harris, Danny Dyer…
 
Il en va des films d’horreur comme de tout : il y a des modes. Pour le meilleur et pour le pire ; souvent les deux à la fois, à vrai dire. Ceci dit, le pire de chez pire (comme y disent les djeuns), c’était il y a de cela quelques années, avec, dans la foulée du sympathique mais surestimé et surtout incompris Scream, une kyrielle de teenage movies orientés slasher, généralement peu convaincants pour ne pas dire pathétiques. Même le public le plus décérébré finissant par s’en lasser, on est allé voir ailleurs ce qui se passait : ça a donné ces innombrables films de fantômes japonisants sinon japonais, avec la sempiternelle petite-fille-aux-cheveux-sales-qui-lui-tombent-sur-la-gueule ; le problème étant bien sûr que tout le monde n’a pas le talent d’Hideo Nakata, loin de là… Ces derniers temps, néanmoins, on a assisté à un étrange phénomène – que je serais bien incapable d’expliquer, je laisse ça à d’autres – consistant à retourner aux grands classiques, souvent révolutionnaires, de l’horreur des 70’s : que ce soit par le biais du remake (ce qui peut être sacrément douloureux) ou du pastiche respectueux, nombre de productions horrifiques de ces derniers années, à gros ou à petit budget, ne manquent pas de faire penser aux plus emblématiques réalisations d’un Tobe Hooper, d’un George A. Romero, d’un John Carpenter, d’un Wes Craven, d'un Joe Dante, d’un Sam Raimi, etc., quand ces gens-là se trouvaient au sommet de leur forme ; ce qui donne souvent au final une horreur plus sadique, plus outrancière, plus sale, mais aussi, éventuellement, plus drôle ou plus « politique ». Ce n’est pas moi qui m’en plaindrai, même s’il est toujours nécessaire, cela va sans dire, de faire le tri entre les pépites bourrées de talent – et elles sont nombreuses – et les fumisteries sans âme – qui sont encore plus nombreuses…
 
Tous les pays n’ont certes pas été touchés au même titre par ce retour aux sources, et tous n’ont pas su tirer leur épingle du jeu. Mais de l’autre côté de la Manche, en tout cas, ça se passe plutôt bien ! Neil Marshall, par exemple, nous a récemment régalés avec ce qui est probablement l'un des meilleurs films d’horreur de ces dernières années en tournant l’excellent The Descent, qui avait en outre le bon goût de ressusciter le sous-genre un peu oublié du survival. Edgar Wright, parallèlement, a réalisé un excellent Shaun Of The Dead, lequel, non content de rendre un succulent hommage aux immortels films de zombies du grand George A. Romero, constituait en outre une audacieuse tentative de synthèse entre horreur pure et éventuellement gore d’une part, et d’autre part comédie déjantée so british. Sauf que Shaun Of The Dead, pour enthousiasmant qu’il soit, reste avant tout une comédie ; l’alchimie parfaite entre ces deux genres, c’est bien Christopher Smith qui l’a obtenue, avec ce jouissif Severance.
 
Le premier long-métrage de Christopher Smith, le très bon Creep, était un survival particulièrement réussi, très glauque et assez politisé, prenant place dans le métro londonien ; une grande réussite : très bien filmé, une actrice principale fort charmante et très convaincante, un boogeyman fascinant et terrifiant, une ambiance oppressante, un cadre original… Creep avait tout pour plaire. Seulement voilà, pas d’bol : il est sorti en même temps que The Descent, et est ainsi passé quasi inaperçu… Severance, heureusement, n’a pas eu le même destin, et on ne pourra que s’en réjouir ; d’autant plus qu’entre temps, Smith a su se créer une patte toute personnelle, en jouant à fond la carte de l’humour anglais : du coup, si Severance est bel et bien un survival, encore une fois, il n’a pour autant pas grand chose à voir avec son sympathique prédécesseur.
 
Le pitch est superbe, et n’est pas sans évoquer un hilarant passage du chouette roman co-écrit par Neil Gaiman et Terry Pratchett, De bons présages (je ne pourrai certes pas affirmer qu’il y a là une influence directe, mais ça ne m’étonnerait pas plus que ça). Nous sommes quelque part en Europe de l’Est, en Hongrie probablement… ou peut-être en Roumanie… en Serbie ? Bon, dans le coin, c’est pas bien grave. On y retrouve, dans un super bus climatisé, une équipe de cadres sup’ de Palisade, une entreprise anglaise du secteur de la défense, qui a conclu quelques gros contrats dans la région. Le patron de Palisade, du coup, a décidé de « récompenser » ses fidèles sbires en leur offrant, non pas des vacances, faut pas déconner, mais un « week-end de cohésion » : vous savez, un de ces trucs abjects destinés à souder l’esprit d’entreprise, à montrer à quel point on est « corporate »… Et tout ce beau monde (une belle brochette de stéréotypes, par ailleurs) de prendre la route d’un gîte paumé dans la forêt hongroise (ou roumaine… ou serbe…) pour y faire, heu… du paintball, par exemple ? Bon, des activités de plein air, dans un esprit convivial et sympathique, on forme une grande famille, tout ça… Sauf que le chauffeur du bus, fort récalcitrant, les abandonne devant une route barrée par un tronc d'arbre, que le gîte est pourri, désert et totalement isolé, et que l’ambiance qui règne entre les différents employés n’est pas forcément des plus chaleureuses. Bon, pas d’quoi en faire un drame, au pire ça sera juste un week-end de merde… Sauf que ça sera un peu pire que ça, un étrange bonhomme tout de cuir vêtu et le visage masqué comptant bientôt tester la cohésion du groupe à grand renfort de couteaux de chasse et de pièges à ours...
 
Et c’est là que Christopher Smith a particulièrement réussi son coup. Le film, après un bref pré-générique annonçant la couleur horrifique, devient bien rapidement une comédie hilarante, jouant sur tous les registres du rire, du plus subtil au plus gras ; on s’amuse beaucoup, tout cela est très anglais, la satire du monde de l’entreprise – et de la vente d’armes, tant qu’à faire – est vive et corrosive ; quelques scènes sont particulièrement brillantes sur le plan de la réalisation, ainsi celles impliquant Steve, le jeunot mal élevé défoncé aux champis, aux hallucinations perturbantes, ou encore cette séquence géniale où les différents membres du groupe échangent leurs versions de l’histoire du gîte. Et puis, brusquement, on bascule dans l’horreur ; la vraie, la glauque, la gore, celle qui fait mal. On frissonne… et on est à nouveau écroulé de rire. La vraie réussite du film réside dans cette symbiose parfaite, cette alchimie remarquable, autorisant les éclats d’hilarité devant les scènes les plus abominables ; mais Severance n’est pas qu’une comédie à la Shaun Of The Dead : non, c’est aussi un véritable film d’horreur, parfois très angoissant, où ça tranche et ça gicle, ça souffre et ça meurt. Constat stupéfiant, et belle performance d'écriture : on en vient à rire et à frissonner en même temps ! Comédie et horreur s’imbriquent à merveille, pour donner au final un film assez unique, qui ne peut pas laisser indifférent… d’autant plus, à vrai dire, que le spectateur se retrouve partagé entre compassion et jubilation sadique, devant le massacre de cette répugnante engeance de cadres sup’ tout droit sortis de l’école de commerce.
 
Ajoutez à cela que le film est loin d’être con, avec une tonalité politique évidente sans être martelée pour autant ; une réalisation brillante, avec une très belle photographie ; des acteurs très convaincants, que ce soit dans le registre de la peur ou dans celui du rire (mention spéciale pour la charmante Laura Harris) ; quelques twists biens vus, reprenant la tradition du genre ou la dynamitant sans vergogne…
 
N’en jetez plus. Severance est un petit bijou de comédie horrifique, assez unique en son genre, et qui mérite assurément d’être vu.

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"Deus irae", de Philip K. Dick et Roger Zelazny

Publié le par Nébal

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DICK (Philip Kindred) et ZELAZNY (Roger), Deus irae, traduit de l’américain par Françoise Cartano, [Paris], Denoël – [Gallimard], coll. Folio Science-fiction, [1976-1977, 2000] 2005, 255 p.
 
Si Philip K. Dick et Roger Zelazny sont incontestablement deux piliers de l’imaginaire contemporain, leur collaboration, nécessairement alléchante, a néanmoins de quoi laisser perplexe au premier abord. A s’en tenir à leurs œuvres les plus célèbres (ce qui schématise un brin, certes…), on voit assez mal, en effet, ce qui pourrait rapprocher le génial auteur du Maître du haut château, d’Ubik et de la « trilogie divine » et celui du « cycle des neuf princes d’Ambre »… Pourtant, ils ont bien écrit ensemble cet étrange roman, « fruit d’une collaboration qui s’est étalée sur une douzaine d’années », à en croire la quatrième de couverture.
 
Difficile de dire, par contre, quelle forme a pris exactement cette collaboration, et, en farfouillant sur le sujet, on trouvera bien des versions différentes. Il semblerait que la base du roman fut un premier jet d’une quarantaine de pages, entamé puis abandonné par Dick, qui l’aurait confié à Zelazny pour le poursuivre éventuellement, ou du moins l’éclairer sur quelques difficultés suscitées par la thématique religieuse. La tonalité du roman achevé, en tout cas, me paraît très clairement dickienne : on y retrouve bon nombre de ses thèmes favoris (schizophrénie, psychotropes, perception de la réalité, définition de l’humain, crise religieuse – on ne peut bien évidemment s’empêcher de penser par endroits à son « expérience religieuse » de 1974, déterminante pour la suite de sa carrière, et dont on retrouve ici quelques éléments, par exemple quand un des personnages s’imagine être en Syrie, plusieurs milliers d’années plus tôt…), et le roman est à vrai dire constitué d’emprunts marqués à l’œuvre dickienne (la trame évoque en grande partie Dr. Bloodmoney, et l’on y retrouve également plusieurs nouvelles – « Le Grand O », « Autofab », et d’autres dont le nom m’échappe, notamment une nouvelle sur les « mutations animales »). Quel fut alors le rôle de Zelazny ? C’est ici que les versions divergent : selon certains (dont Kim Stanley Robinson, semblerait-il, même s’il reste très prudent), le roman aurait presque entièrement été écrit par Zelazny, qui se serait ainsi livré à un pastiche amical et respectueux de Dick (si c’est le cas, il a vraiment réussi son coup !) ; j’en doute pour ma part (principalement à cause de l’inclusion des nouvelles, pratique courante chez Dick), et il me semble plus probable que les auteurs ont écrit successivement un chapitre après l’autre, comme cela a pu être avancé (ce qui aurait en outre l’avantage d’expliquer le côté parfois décousu du roman – je parle ici de la narration, non du style, bien sûr – ; en même temps, chez Dick…). On n’en saura pas plus, alors autant en rester là…
 
Abordons plutôt le roman en lui-même. Ils l’ont faite péter, leur putain de bombe… La terre est ravagée, les rares survivants ont régressé à un niveau technologique passablement archaïque, quand ils n’ont pas muté. Et une nouvelle Eglise a surgi dans cet Enfer : les Fils de la Colère vouent un culte au mal personnifié, au Deus irae, le Dieu de la colère, Carleton Lufteufel, homme devenu Dieu pour avoir conçu et employé la bombe fatidique. Les chrétiens, eux, ont perdu bon nombre de fidèles : dans cette terre désolée, après toutes ces souffrances, croire encore en un Dieu bon, un Dieu d’amour ? A d’autres… Tibor McMasters est un homme-tronc (ou un phocomèle, comme on voudra), mais néanmoins un peintre de génie ; si ses convictions religieuses ne sont guère solides, il n’en travaille pas moins pour la communauté des Fils de la Colère de Charlottesville (Utah), s’appliquant depuis des années à la réalisation d’une impressionnante fresque sacrée ; mais il y manque quelque chose, le plus important sans doute : le visage du Deus irae. Comment représenter Dieu ? Oh, il y a bien encore quelques photos du savant, de l’homme qu’il était, mais ce n’est pas la même chose… Non, Tibor doit voir Dieu de ses yeux ; il doit entamer un « pilg », un pèlerinage, pour retrouver la trace de Lufteufel, qui s’est évanoui sans laisser de traces, mais est de toute évidence toujours en vie. L’artiste n’est guère enthousiaste, il sait que le voyage, hors de la communauté, sera dangereux, surtout pour « l’incomplet » qu’il est, victime, comme tant d’autres, de l’homme fait Dieu… Mais il part, néanmoins, dans cette quête absurde et à l’issue douteuse, dans sa voiture tirée par une vache, suivi à distance par le jeune Pete Sands, sorte de proto-jésuite sous acides et à bicyclette. Commence alors un étrange road-movie très lent, et, oui, assez lynchien avant l’heure. Tibor, en route, multipliera les rencontres étranges : un ordinateur anthropophage, des mutants mi-hommes mi-animaux, une usine automatique schizophrène, et bien d’autres encore, tandis que plane au-dessus de sa tête l’image nécessairement floue du Deus irae
 
Tout cela est très dickien, on le voit : déjanté mais sensé, noir et très drôle à la fois ; sous la farce et la quête, il y a indéniablement quelque chose de plus profond, de plus intime, qui annonce à l’occasion la « trilogie divine ». En fait, c’est un peu le seul problème en ce qui me concerne : l’amateur de Dick ne sera guère dépaysé, il sera ici en terrain largement connu, a fortiori vers le milieu du roman, quand l’auteur, quel qu’il soit, se met à piocher dans les nouvelles du barbu mystique pour meubler quelque peu ; cela donne des scènes assez réussies, souvent drôles (ainsi avec « l’autofab », ou plutôt « autofac », ici), mais il y a tout de même un sentiment de déjà-vu. Et, si ces rencontres ne sont pas hors-sujet et s’intègrent bien dans le périple du phocomèle, elles donnent cependant au roman un aspect parfois décousu, donc, qui pourra en rebuter certains… Pas moi, en tout cas ; j’avoue être bon public, généralement, dès qu’il s’agit du bonhomme, mais le fait est que, une fois de plus, j’ai pris énormément de plaisir à lire ce bref roman, la fin me semblant d’ailleurs particulièrement réussie, touchante et troublante.
 
Juste un petit bémol, mais qui n’a rien à voir avec les auteurs : ça tend à être assez courant, j’ai l’impression, en Folio-SF, mais il y a quand même un certain nombre de coquilles agaçantes, voire des fautes de grammaire récurrentes, qui font quelque peu grincer des dents ; et, au-delà, la traduction de Françoise Cartano me semble en plusieurs occasions assez douteuse : quelques expressions sonnent étrangement, quelques notes de bas de page laissent perplexe (voir les explications pour « pilg » et pour « S.O.W. ») ; surtout, j’ai trouvé regrettable cette tendance à conserver l’anglais pour les expressions propres au roman : c’est valable, donc, pour « pilg » et « S.O.W. », mais aussi pour des expressions déjà traduites ailleurs, et qui, en n’étant traduites ici qu’à moitié, perdent de leur sens (le « Grand O » reste ici « Grand C », « l’autofab » reste « autofac », etc. pourtant, il y a bien la « fressac », pour « fresque sacrée » !). Je sais, je chipote, mea culpa, mais… Bon, d’accord, c’est juste un détail.
 
Tirons plutôt un bilan du roman : pour faire simple, les amateurs de Dick seront ici en terrain connu, et prendront probablement beaucoup de plaisir à la lecture de Deus irae, a fortiori s’ils ne sont pas rebutés par la « dernière manière » de l’auteur, celle de la « trilogie divine » ; les autres y trouveront sans doute également de l’intérêt, et, au pire, ne perdront pas grand chose en lisant ce court roman ; seuls ceux qui tiennent avant tout à lire un roman parfaitement carré et limpide du début à la fin feraient sans doute mieux de passer leur chemin…

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La répression politique sous la IIe République. De l'élaboration des principes à leur application en Haute-Garonne

Publié le par Nébal

La répression politique sous la IIe République. De l'élaboration des principes à leur application en Haute-Garonne
Enfin !
 
Après avoir bataillé pendant des jours et des jours avec un traitement de texte psychopathe qui m’en voulait personnellement, je suis en mesure de mettre en ligne un fichier .pdf de mon mémoire de Master 2 Histoire du droit et des institutions, intitulé La répression politique sous la IIe République. De l’élaboration des principes à leur application en Haute-Garonne (oui, moi aussi j’aurais préféré un titre plus court…), et réalisé sous la direction de Mme le professeur Christine Menges-Le Pape. Par contre, une fois de plus, je n’ai pas réussi à conserver la pagination, désolé (sachant que, dans l’original, seule la partie allant de l’introduction à la bibliographie incluse était paginée, comme il se doit)...
 
 
Petit résumé :
 
Le bref et « improbable » régime de la IIe République a marqué un tournant crucial dans l’histoire politique de la France ; au cœur d’un XIXe siècle traversé de conflits idéologiques intenses, il fait figure d’apothéose, d’autant plus que des phénomènes nouveaux – l’instauration du suffrage universel, le développement du socialisme, l’insurrection « provinciale » de décembre 1851… – viennent changer radicalement les bases mêmes et les modalités du jeu politique. Les années 1848-1852 sont ainsi fort logiquement marquées par une redéfinition et une sorte d’achèvement des principes de la répression politique, de l’abolition de la peine de mort aux commissions mixtes. Les « quarante-huitards » ont mis en place un système largement libéral sur lequel les « amis de l’Ordre » ne pourront revenir que progressivement et partiellement. Aussi l’inefficacité de la répression politique judiciaire rendra-t-elle inéluctable, le moment venu, le recours à la répression politique extrajudiciaire, avec une des « épurations » les plus amples et lourdes de conséquence de l’histoire contemporaine.
 
La Haute-Garonne, alors, connaît en partie cette dichotomie si souvent rappelée, mais qui devait être bientôt dénoncée, entre une « ville rouge » et une « campagne blanche » ; et si les affrontements politiques n’y ont pas le caractère spectaculaires de ceux des départements qui auront à subir l’état de siège après le coup d’Etat de Louis-Napoléon Bonaparte, ils n’en sont pas moins nombreux et virulents, et par leur sobriété apparente même peut-être davantage révélateurs des mécanismes employés « normalement » pour abattre la dissension. C’est ainsi à une étude d’ensemble de la thématique de la répression politique, judiciaire ou non, que nous souhaitons nous livrer dans ce mémoire, dans le cadre précis de la Haute-Garonne sous la IIe République, symptomatique de cette France coupée en deux, les uns attendant 1852 avec impatience, les autres tremblant devant la « catastrophe » annoncée et les manœuvres obscures des « démagogues »… et réagissant en conséquence.
 
 
Voilà… Ce mémoire a été semble-t-il bien accueilli, et j’en suis plutôt content. On trouvera en annexes d’assez nombreux documents (chronologie, notices biographiques...) pouvant éventuellement être utiles dans un cadre différent. Vous pouvez le consulter sur place, ou le télécharger. N’hésitez pas à piocher dedans, c’est fait pour (et n’hésitez pas, là encore, à me faire part de vos remarques, critiques, etc.). Juste une chose : ce travail étant cette fois « officiel », si par le plus grand des hasards vous veniez à l’utiliser dans le cadre d’un travail personnel, ça serait sympa de ne pas m’oublier dans la bibliographie…
 
Un dernier mot pour finir : en-dehors peut-être de la partie consacrée spécifiquement à la délinquance politique, ce mémoire ne me semble pas très technique, et je pense qu’il pourra être lu sans difficultés par quelqu’un qui n’a pas étudié l’histoire du droit ou le droit pénal ; en outre, même s’il s’agit d’une étude locale (on nous y incitait assez fortement, histoire de fouiller dans les archives…), on y trouvera quand même me semble-t-il d’assez nombreux éléments concernant l’histoire générale de la IIe République pour la France entière.
 
Allez hop, vous trouverez le .pdf ici.

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"H.P.L. (1890-1991)", de Roland C. Wagner

Publié le par Nébal

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WAGNER (Roland C.), H.P.L. (1890-1991), version anglaise traduite par Jean-Daniel Brèque, Paris, Nestiveqnen – Actusf, coll. Les trois souhaits, 2006, 57 p.
 
Dans cette courte nouvelle (publiée une première fois dans le recueil Musique de l’énergie, paru aux éditions Nestiveqnen, et récompensée par le prix Rosny Aîné en 1997), l’écrivain de science-fiction français Roland C. Wagner se livre à un véritable fantasme de fan, en écrivant la biographie fictive du grand Howard Phillips Lovecraft.
 
Lovecraft est probablement un des plus admirables écrivains du XXe siècle, un auteur qui compte, tant dans le domaine du fantastique que dans celui de la science-fiction (il est à vrai dire particulièrement difficile à classer de ce point de vue). Son œuvre a révolutionné la littérature de l’imaginaire, et donné une forme nouvelle à la peur. Nombreux sont ceux, aujourd’hui encore, qui lui doivent beaucoup, si ce n’est à peu près tout. Plus nombreux encore sont ceux qui, jeunes adolescents, se sont éveillés à la littérature en frissonnant devant ses textes les plus singuliers, tels « Le cauchemar d’Innsmouth », « Les montagnes hallucinées », « L’appel de Cthulhu », ou encore son unique roman L’affaire Charles Dexter Ward (et j’en suis…) ; la « mythologie matérialiste » lovecraftienne, si troublante et réelle, en a parfois amené à prolonger l’expérience, en lisant ses pasticheurs, certains renommés, tels ses amis Robert Bloch ou Robert E. Howard, d’autres beaucoup moins, et au talent plus contestable. C’est qu’il y a un manque, ici, qui se fait cruellement sentir : la mort de Lovecraft, fauché par un cancer en 1937, nous a privés à jamais de son imagination si fertile, et de sa prose unique.
 
C’est inacceptable. Alors autant ne pas l’accepter… Roland C. Wagner nous explique ainsi que le gentleman de Providence n’est pas mort en 1937 : son cancer était bénin, il s’en est préoccupé dès les premiers signes, et une simple opération l’en a à jamais débarrassé. Lovecraft, dès lors, est libre de poursuivre sa carrière, et en tant qu’écrivain professionnel, tant qu’à faire, plus officiellement rattaché à la science-fiction, et – soyons fous – reconnu et admiré de son vivant… C’est l’occasion de voir le reclus de Providence se brouiller avec un August Derleth trahissant son œuvre, polémiquer avec Robert Heinlein, ou prendre sous son aile un jeune écrivain débutant du nom de Philip K. Dick (en écrivant un texte en collaboration avec ce dernier, notamment ; je donnerais tout et n’importe quoi pour lire une chose pareille…).
 
C’est l’occasion de voir Lovecraft changer, aussi. Pourquoi pas ? Nous sommes dans l’uchronie, tout est imaginable : alors, autant construire un Lovecraft idéal, débarrassé de ses plus vilains aspects… Le Lovecraft que nous connaissons était un salaud de réactionnaire, antisémite, raciste et un temps pro-hitlérien ? Mais l’homme a eu le temps de changer : matérialiste convaincu, il se distancie de toute pseudo-science, condamne le racisme et le nazisme, joute en pro-démocrate contre un Heinlein aux tentations totalitaires ; il est même suspecté un temps durant la « chasse aux sorcières » ! Un Lovecraft de rêve est nécessairement de gauche…

Cette notice nécrologique érudite et plus vraie que nature (avec moult notes de bas de page tout aussi fantaisistes que le corps du texte) est ainsi bel et bien un fantasme, le vœu pieux d’un fan. Et tout admirateur de Lovecraft ne pourra qu’apprécier cet hommage pour le moins original. Alors ce n’est probablement pas une lecture indispensable, on pourra trouver l’écriture anodine, ou se dire que 5 €, c’est quand même bien cher pour une si courte (trop courte) nouvelle… en deux exemplaires (?!?), même s’il y a une sympathique couverture de Caza… En même temps, que ne donnerait-on pas pour que cette biographie fictive soit vérité, et avoir ainsi le bonheur de lire, encore et encore, tous ces textes merveilleux que Lovecraft n’a pas eu le temps d’écrire ?

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"Etoiles, garde à vous ! (Starship Troopers)", de Robert Anson Heinlein

Publié le par Nébal

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HEINLEIN (Robert Anson), Etoiles, garde à vous ! (Starship Troopers), traduit de l’américain par Michel Demuth, Paris, J’ai lu, coll. Science-fiction, [1959, 1974] 2003, 314 p.
 
Etoiles, garde à vous ! (plus connu sous son titre original de Starship Troopers, mais j’aime bien ce titre français… étrangement repris d'une chanson de Guy Béart !) est un roman important dans la carrière de ce grand nom de la SF de « l’âge d’or » que fut Robert Heinlein, et qui, aujourd’hui encore, se traîne une assez triste réputation. En gros : Heinlein, plutôt libéral jusqu’alors, aurait tourné casaque et serait devenu un gros enculé de faf militariste… Et l’excellent film de Paul Verhoeven Starship Troopers, en jouant à fond la carte du second degré et de l’outrance pour mieux ridiculiser une certaine Amérique va-t-en-guerre avec une jubilation cynique, n’a sans doute guère arrangé les choses de ce point de vue (au passage, les différences sont très nombreuses entre le film et le roman, et pas seulement pour ce qui est du ton employé). Tout n’est pas si simple, pourtant, et on aurait tort de reléguer aux oubliettes cet excellent roman de science-fiction en raison d’a priori idéologiques mesquins.
 
Le roman, écrit à la première personne, nous place dans la peau de la jeune recrue de l’Infanterie Mobile Johnnie Rico, de son incorporation et sa rigoureuse formation jusqu’à une bataille décisive dans la guerre sans pitié que livre la Fédération humaine contre les terribles Arachnides. On est ici clairement dans un « roman d’apprentissage » (et j’ai par ailleurs cru comprendre que ce roman était dans un premier temps destiné à la « jeunesse », mais avait été refusé par l’éditeur habituel d’Heinlein en raison de son contenu « polémique » et de sa violence). Et, de ce point de vue, c’est d’ores et déjà une très grande réussite. On s’identifie en effet avec aisance à ce sympathique Johnnie Rico, très humain, très simple, capable d’exploits comme de bêtises, et ce en dépit des divergences idéologiques que l’on pourrait légitimement avoir à son encontre (j’y reviendrai). Rico est profondément crédible : ce n’est pas un héros, dont la moindre action est destinée à changer le monde, et qui va de combat en combat en triomphant nécessairement de ses ennemis ; non, c’est un type normal, un troufion parmi les troufions, qui se plante régulièrement. Et cette humilité est très appréciable.
 
Le roman, par ailleurs, est un modèle de rigueur pour ce qui est de la construction. Le premier chapitre, ainsi, nous plonge directement au cœur de l’action, tandis que le jeune soldat Rico, terrorisé, saute en compagnie de sa section des « Têtes Brûlées » sur une planète étrangère pour y effectuer un raid contre les Squelettes alliés des Arachnides ; l’action, remarquablement bien menée, a un parfum d’authenticité assez exceptionnel : on a vraiment l’impression d’accompagner ces soldats sur le terrain, d’être éjecté avec eux dans une capsule, puis de « sauter » à l’aide de son scaphandre en terrain ennemi, tandis que les explosions retentissent et que les ordres fusent. On y est, réellement. Puis, subitement, flash-back, et Rico de nous expliquer comment et pourquoi il a intégré l’armée : le droit de vote, sans doute ; en effet, dans la société de la Fédération, seuls ceux qui ont effectué leur service militaire ont le statut de citoyens et peuvent en conséquence voter. Mais Rico n’est pas un surdoué, ni un pistonné ; le seul horizon qui s’offre à lui est l’Infanterie Mobile, autrement dit l’armée, la vraie. Commence alors sa formation, d’une cruauté effarante (et qui occupe une bonne moitié du roman), puis on en arrive à son service actif, et puis ce sera l’école d’officier, etc. Et ce n’est qu’à la fin du roman que l’on retrouvera véritablement le combat, dans une parfaite symétrie… à ceci prêt que Rico découvre alors dans la douleur le contrepoids à l’autorité qu’il a fini par acquérir : la responsabilité.
 
Il n’y a donc guère d’action, finalement, dans ce roman guerrier (les Arachnides, d'ailleurs, ne sont quasiment pas mentionnés avant les deux-tiers du roman)… Mais on ne s’y ennuie pas pour autant ; le style fluide, les personnages attachants et tangibles, les anecdotes « authentiques » et les dissertations plus ou moins nauséabondes mais néanmoins cohérentes (voir plus bas…) font que l’on est tenu en haleine de la première à la dernière page. Un très bon divertissement, donc.
 
L’idéologie, dès lors, est-elle vraiment gênante ? Pas vraiment. En ce qui me concerne, du moins. D’ailleurs, même si le roman est très connoté « à droite », il ne faudrait probablement pas pour autant le cataloguer hâtivement comme « facho » (terme si souvent galvaudé, hélas, et je dois moi-même plaider coupable à l’occasion…). Il est une chose indéniable, ici : c’est l’éloge de l’armée. Pas de la guerre, du militarisme, de l’impérialisme, etc., non : de l’armée ; et la nuance est de taille… Heinlein, on le sait, est un militaire frustré, et c’est bien son amour de l’armée et de la discipline soldatesque qu’il clame ici (« amour », oui ; je vais probablement me faire huer pour cette pseudo-psychanalyse bidon machin chose, à laquelle je n’adhère pas totalement d’ailleurs, mais, en certains passages, j’ai vraiment eu l’impression qu’il y avait un côté érotique dans cet éloge très mâle, teinté d’un brin de perversion d’ailleurs, avec une complaisance pour la douleur subie passablement masochiste…). C’est là l’aspect principal du roman, et qui pourrait déjà en rebuter quelques-uns ; mais, pour hostile à l’uniforme que je sois, ça ne m’a pas vraiment gêné.
 
Au-delà, cependant, il est d’autres aspects polémiques, notamment dans les « cours d’histoire et de philosophie morale » du professeur Dubois, ancien de l’I.M., qui sont évoqués à l’occasion : Dubois, s’il ne fait pas à proprement parler l’apologie de la violence, est cependant ce que l’on appellerait en relations internationales un « réaliste », lointain disciple d’un Thucydide ou d’un Clausewitz, pour qui la violence peut être nécessaire, et a en tout cas été en maintes occasions un puissant moteur de l’histoire. Le lien avec Clausewitz, d’ailleurs, s’il n’est pas explicite, me paraît assez clair ici : on connaît la fameuse phrase du grand stratège selon laquelle « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens » ; c’est un peu cela que l’on retrouve ici, même si l’on aurait plutôt tendance à inverser la formule : la société de la Fédération est issue de la guerre, elle a été crée au lendemain d’une énième guerre mondiale par d’anciens combattants désireux de rétablir l’ordre et de créer une société viable (pour ma part, cela m’a fait penser, avec un certain frisson, aux projets de certaines Ligues de l’entre-deux-guerres, et notamment des Croix-de-Feu du colonel de la Rocque...). La justification du droit de vote accordé aux seuls individus ayant accompli – volontairement, il est important de le noter – leur service militaire (et non aux soldats en service, d’ailleurs : on l’oublie souvent quand on évoque le roman, mais les soldats, pas plus que les civils, n’ont le droit de vote, qui est réservé aux vétérans) n’est pas « aristocratique » à proprement parler, on ne leur confie pas le pouvoir parce qu’ils sont les meilleurs, les plus capables ou les plus intelligents (ni a fortiori en raison d’un autre critère tel que la richesse, la race, la religion ou le sexe…) ; simplement parce qu’ils ont su, au moins pour un temps, sacrifier leur individualité au bénéfice du groupe. Mais Dubois lui-même n’est pas forcément totalement convaincu par ce dernier argument, et, au final, en bon réaliste, en homme pragmatique par-dessus tout, il se contente très bien de ce simple constat : ça marche...
 
Cette société n’est effectivement pas démocratique ; l’éloge de l’armée, la valorisation du sacrifice de l’individu au bénéfice du groupe, tout cela peut sentir assez mauvais. Mais ce n’est en fin de compte qu’un point de vue bien limité. Il est en effet un aspect que les critiques d’Heinlein, quelque peu donneurs de leçons, ont tendance à oublier : c’est que l’armée est loin de correspondre à l’ensemble de la société ; et, en de nombreux passages du roman, on peut à vrai dire déterminer que celle-ci n’est en rien autoritaire, ni a fortiori totalitaire, et que le système décrit par l’auteur ne saurait donc être qualifié de « fasciste » : au-delà de l’armée, c’est même, semble-t-il, une société très libérale. Du coup, si l’on tient à tout prix à chercher un modèle historique à ce système, on fait à mon sens fausse route en le cherchant du côté du IIIe Reich ; cette caractéristique centrale du soldat citoyen, ce corps électoral restreint à l’individu prêt à se sacrifier pour son groupe, m’ont bien davantage fait penser aux cités de la Grèce antique, une sorte de fusion entre la démocratie athénienne, malgré tout, et, de manière plus évidente, Sparte (dont la constitution vertueuse et le mode de vie rigoureux faisaient jadis l’admiration de nos révolutionnaires, rappelons-le : un Robespierre, un Saint-Just, étaient bien plus adeptes de Lycurgue que de Solon).
 
Certes, il y a bien, de temps à autre, quelques dérapages qui ne plaident pas forcément en faveur de l’auteur – ainsi, contexte oblige, quelques piques anti-communistes à l’occasion (dont une contre la notion marxiste de « valeur » qui tombe quand même un peu comme un cheveu sur la soupe, et une critique du « communisme » platonicien qui vient relativiser le modèle antique que je décrivais à l’instant, je l’admets…), un discours sécuritaire sur les « jeunes délinquants » qui fait particulièrement froid dans le dos au vu de l’actualité, ou encore une sorte d’apologie des châtiments corporels… Tout ça ne sent pas très bon, certes. Mais ce n’est à mon sens pas rédhibitoire, d’autant plus qu’Heinlein n’est pas dupe des inconvénients du système qu’il décrit (même si celui-ci est assurément crédible, à l’inverse des absurdités vanvogtiennes…), et qu’il ne fait, après tout, que présenter le point de vue, pas forcément très assuré, du jeune Rico découvrant, avec une certaine naïveté parfois, l’âge adulte et ses complications.

Etoiles, garde à vous ! est ainsi un roman honnête et fort, très réussi, et qu'il serait dommage d'ignorer au nom du « politiquement correct »...

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Comment que je raKonT tro ma LifE (neumbeur ouane)

Publié le par Nébal

Allez, pour une fois, une niouze qui n'intéresse personne sauf moi : je vais enfin déménager.

Enfin.

Après des années de lutte contre les infââââââââmes rugbypèdes et autres Fermaciens beuglant la "Pitchouli" une nuit sur deux sous ma fenêtre.

Putain ça va faire du bien (luxe, calme et volupté, tout ça...).

Et ça occasionnera peut-être une chtite coupure dans le blog au cours du mois à venir, mais bon c'est pas grave...

Merci, Nébal. C'était vraiment très intéressant.

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"Les Marchands d'armes", d'A.E. Van Vogt

Publié le par Nébal

Les-marchands-d-armes.jpg


VAN VOGT (A.E.), Les Marchands d’armes
, traduit de l’américain par Michel Deutsch et Jean Cathelin, Paris, Gallimard – Club du livre d’anticipation – J’ai lu, coll. Science-fiction, [1943, 1951, 1961, 1965] 2003, 522 p.
 
Un beau jour, Jean-Pierre Dionnet a publié dans Métal hurlant une critique légendaire, à propos de je ne sais plus quoi, tenant en tout et pour tout dans cette simple phrase : « Je n’aime pas dire du mal des gens. » Simple et efficace. J’aime. Et j’ai été un peu tenté de me limiter à cette citation pour rendre compte de mon éprouvante lecture de cette intégrale du « cycle » des marchands d’armes d’A.E. Van Vogt. Mais non. Ca ne serait pas très honnête, et il faut que les gens sachent à quel point c’est affligeant, et pourquoi ; ça tient presque de la protection de la santé publique… Ceci dit, je vais essayer de ne pas m’étendre inconsidérément sur le sujet, qui ne le mérite vraiment pas (je ne reviendrai en tout cas pas sur la présentation de l’auteur et sur mes a priori à son égard, voyez ma note sur La Faune de l’espace ; pas que ça à fout’, non mais ho…). A vrai dire, cette énième chance que j’ai pu accorder à papy AEVV dans mon effroyable témérité n’a abouti qu’à ce tragique constat : non, décidément, Van Vogt, c’est pas pour moi (manière pondérée et polie de dire que C’EST VRAIMENT DE LA MERDE !!! Heu… pardon…) ; c’est même franchement une circonstance aggravante. Et pourtant, ces deux romans aussi, on en a dit du bien, beaucoup de bien même… Alors moi y’en a pas comprendre, mais alors vraiment pas du tout.
 
L’histoire… pardon, « l’histoire » (oui, je sais, déjà faite, celle-là) se déroule environ 7000 ans dans le futur. Depuis des milliers d’années règne sans partage la maison impériale d’Isher ; mais la société d’Isher a instauré un contrepouvoir permanent : la Guilde des Armuriers, en effet, est à même de fournir à tout citoyen des armes ultra-perfectionnées à même de garantir sa sécurité et de protéger sa liberté contre les velléités tyranniques du Gouvernement. Pour l’Impératrice actuelle, la jeune (et stupide…) Innelda, cette situation ne saurait perdurer ; à ses yeux, les Armuriers ne sont pas un contrepouvoir acceptable et même nécessaire, garantissant en fait la survie de l’Empire et son maintien entre les mains de la lignée d’Isher, mais une organisation subversive qu’il est de la plus urgente nécessité d’abattre.
 
En gros, voilà ; c’est cette trame narrative qui court sur les deux romans. Et là, on a déjà un premier problème. Parce qu’il faut quand même reconnaître que cette « utopie » politique est, au choix, a) ignoble ; b) stupide ; c) les deux. Et pas de critique ou de second degré, ici (à la différence, par exemple, du pourtant très vanvogtien Loterie solaire de Philip K. Dick, présentant de même une utopie bizarre et peu crédible, mais en train de se casser la gueule, en dépit de quelques aspects séduisants au milieu de l’abjection générale…) ; Van Vogt ne cesse de répéter tout au long des deux romans que ce système est merveilleux, et cherche à en persuader le lecteur.
 
Bon, admettons. Perso, les idées politiques des écrivains, quand bien même elles seraient fondamentalement opposées aux miennes, ne m’ont jamais empêché de me régaler à la lecture de certains de leurs ouvrages, et ce même si leurs idées y transparaissent, voire y sont martelées : par exemple, j’adore Lovecraft, même si c’était un bel enfoiré réactionnaire, raciste, antisémite et un temps séduit par le nazisme (ce qui, quoi qu’on en dise, ressort sacrément de certaines de ses nouvelles, notamment parmi les meilleures) ; j’aime beaucoup, de même, Huysmans, en dépit de ses délires de catho hystérique ; pareil pour Dick dans sa phase de quasi-gourou ; et, de par ma formation, je suis même amené à lire certains théoriciens aux idées répugnantes, et j’aime ça (les extrémistes sont de toutes façons plus rigolos que les modérés, hein…) : Maurras ou Carl Schmitt, par exemple, ben ça fout une boite, quand même. Etc. Je pourrais continuer comme ça longtemps. Seulement voilà : non seulement ces écrivains écrivent bien (étonnant, non ?), mais, en outre, leur pensée est au minimum argumentée, solide et en principe cohérente, même si l’on n’y adhère pas.
 
Van Vogt, non. Son monde ne se contente pas de puer du zboub : il est aussi absurde, inconcevable, et ne tient pas la route deux secondes. Plutôt gênant, hein, quand c’est ce système politique qui est censé faire l’originalité des romans et se retrouve au cœur de l’histoire… La société d’Isher a en effet tout de la monarchie absolue : l’Impératrice Innelda détient tous les pouvoirs, et, même s’il y a un Conseil pour la tempérer, c’est néanmoins elle qui tranche en dernier ressort ; dès sa première apparition, on la voit ordonner la mise à mort d’un pauvre type, comme ça, pour le fun. Elle ne tolère aucune opposition – c’est même la clé de voûte de tout le système (l’opposition, la division, sont présentées comme nécessairement dangereuses) –, et les concepts d’alternance ou de progressisme sont tombés dans les oubliettes. Les citoyens, en outre, sont profondément endoctrinés (on le voit rapidement avec le personnage – bien falot, mais là, dans un sens, c’est presque tant mieux – de Fara Clarke ; et Van Vogt nous annonce plus tard avec joie une nouvelle technique d’éducation centrée sur la « moralité » des citoyens qui fait franchement froid dans le dos…) et les administrations abominablement corrompues (toujours dans Les armureries d’Isher, voyez les pilotes de ligne et plus encore l’armée, avec son système – officieux, certes – de vénalité des charges). En prime, un peu de délire eugéniste, tant qu'à faire...
 
Pourtant, Van Vogt nous explique que ce n’est pas une tyrannie, qu’est-ce qui vous ferait penser ça, voyons, c’est même un régime idéal, non ? Car il y a un contrepouvoir, donc : les Armuriers, qui fabriquent des armes ultra-perfectionnées, incomparablement plus destructrices que les armes traditionnelles (qui foisonnent quand même, semble-t-il), afin que chaque citoyen puisse se protéger contre le Gouvernement et empêcher la tyrannie ! Ah ben voui, ça a l’air super-efficace, à vue de nez… On reste assez pantois devant cette argumentation « ultra-libérale » (pas de procès d’intention, ici, s’il vous plaît : j’entends par là une version extrémiste de la « liberté des modernes », prônée par Benjamin Constant, et centrée sur la possibilité de résistance de l’individu face à une autorité politique qui ne saurait être envisagée que négativement, à la différence de la « liberté des anciens » consistant en la participation à l’autorité politique), par ailleurs totalement incompatible avec l’éloge parallèle de la dynastie autoritaire d’Isher. C’est une sorte de melting pot invraisemblable fondé sur une mauvaise lecture de la Constitution des Etats-Unis d’Amérique faisant allègrement l’impasse sur ses sources (Locke, voire Hobbes, pour cette question des armes) et sur le contexte (en période révolutionnaire, on a toujours vu ressurgir ce genre d’argumentation ; voyez la France en 1848, par exemple – j’évoque cette question dans mon mémoire de Master 2, que je compte mettre en ligne prochainement). Bref, dans le vide, ça sonne bien plus comme les délires de « libertaires » (au sens américain) paranoïaques beuglant devant un discours bourrin de Charlton Heston lors d’un meeting de la NRA que comme une argumentation politique rationnelle et intéressante, quand bien même on n’y adhèrerait pas.
 
Avec les mêmes contradictions, d’ailleurs. Ces armes, mises entre de mauvaises mains, ne risquent-elles pas de favoriser au contraire les tentatives de coup d’Etat, ou ne serait-ce que la délinquance ? Mais non, voyons, nous répond Van Vogt avec un sourire : ce sont des armes intelligentes, qui ne peuvent être utilisées qu’en cas de légitime défense ! Quelle horreur… Non seulement on retrouve la NRA ici, mais, qui plus est, sur le plan de la « suspension de l’incrédulité », c’est quand même beaucoup nous demander que d’admettre la possibilité de ces armes capables de trancher en une fraction de seconde la question si délicate et largement subjective, pour ne pas dire controversée, de la légitime défense… Mais bon, à vrai dire, on s’en fout : égal à lui-même, Van Vogt n’en fait pas trop pour ce qui est de la cohérence, et on se retrouve confronté, lors de plusieurs scènes, à l’utilisation de ces armes (parfois même des missiles atomiques !) dans un contexte où j’aimerais bien qu’on me dise où c’est qu’elle est, au juste, la légitime défense !
 
C’est que Van Vogt n’en est pas à une contradiction près, et, sur le plan de la thématique politique, il y a encore de quoi aggraver ce tableau pour le moins pathétique. En effet, pour maintenir « l’harmonie » dans ce système « idéal » (allez, faisons l’effort d’y croire), il est un homme qui joue le rôle de balancier, Robert Hedrock (au rôle secondaire dans le premier roman, mais héros du second) ; celui-ci, dont les motivations sont assez floues – travaille-t-il pour lui, pour les Armuriers, pour la maison d’Isher, pour un dessein plus vaste ? au fur et à mesure des Fabricants d’armes, toutes ces réponses semblent plausibles – a en effet conçu ce système il y a de cela plusieurs millénaires (faut dire qu’il est immortel, qu’il est le seul, et que personne ne s’en est rendu compte alors qu’il est toujours au premier plan de la scène politique ; encore un gros coup de « suspension de l’incrédulité », là…), et entend bien le préserver par tous les moyens, en tirant les ficelles dans l’ombre (autant pour la lutte contre la tyrannie). Et, chose remarquable, ce conservateur acharné, désireux de maintenir contre vents et marées ce système absurde vieux de plusieurs millénaires, n’a qu’un mot à la bouche pour dénigrer ses adversaires politiques, au sein de la maison d’Isher comme au sein de la Guilde : ce sont nécessairement… des conservateurs. Et je le répète : pas d’ironie ici, pas de second degré, Robert Hedrock est bien le véritable héros du cycle, et Van Vogt semble très sérieux et convaincu dans tout ce qu’il écrit à son sujet.
 
Bon. Nous savons d’ores et déjà qu’il s’agit de deux romans très cons et à l’idéologie puante. Mais c’est pas forcément totalement rédhibitoire (enfin, presque quand même…) : supposons, l’espace d’un instant, que ça soit malgré tout divertissant, riche en rebondissements intéressants, avec une intrigue solide, des personnages attachants, une écriture agréable ou raffinée : on pourrait (presque) faire l’impasse sur les incohérences de l’univers décrit, ça serait pas la première fois… Sauf que non. C’est du Van Vogt, hein… Donc c’est mal écrit et très chiant (pas autant que le « non-A », mais des fois ça s’en rapproche), les personnages sont inconsistants au possible, leurs motivations sont floues, ils sont souvent très très cons… sauf Robert Hedrock, qui est lui insupportable. Quant à l’intrigue, c’est à mourir (il s'agit à nouveau de fix-up, semble-t-il, mais particulièrement mal gérés...) : Les armureries d’Isher est clairement fait de bric et de broc, on passe sans transition d’un personnage inintéressant à un autre personnage inintéressant, sans jamais comprendre vraiment ce qu’ils font ou cherchent à faire, au juste. Et si Les fabricants d’armes semble de prime abord bénéficier d’une plus grande unité, dans la mesure où il est cette fois centré sur le personnage de Robert Hedrock, on doit vite déchanter : après quelques chapitres introductifs relativement attrayants, on retombe bien vite dans le nawak intégral, les séquences s’enchaînent au petit bonheur la chance, au mépris de la logique, de la cohérence, du rythme ou du simple bon goût ; c’est bien simple, il s’agit, avec Le monde du non-A du même auteur, d’un des romans les plus mal construits que j’ai jamais lus…
 
Plus
 
Jamais

Ca...

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"Minuscules flocons de neige depuis dix minutes", de David Calvo

Publié le par Nébal

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CALVO (David), Minuscules flocons de neige depuis dix minutes, Lyon, Les Moutons électriques, 2006, 253 p.
 
Suite de mon périple au pays merveilleux des jeunes pousses de l’imaginaire franchouille : après Damasio, un Calvo, sinon rien. (Pardon.) C’est-à-dire un autre de ces jeunes auteurs (Daylon, l’illustrateur de la chouette couv’ de ce roman, a promis des bouffes à qui parlerait encore de « jeune auteur » pour désigner Calvo, mais merde, quoi, à 33 ans on est encore jeune, non ? Voyez le hippie à la filiation ambiguë de Nazareth, ou Camille Desmoulins – remarquez, z’ont mal fini, tous les deux…) à propos desquels il est super tendance de dire beaucoup de bien, ou beaucoup de mal, au choix, la modération étant nécessairement signe de déficience intellectuelle. Alors, Calvo, génie injustement razzié, ou raté injustement publié ? Je voudrais bien me forger une opinion, histoire de pouvoir à mon tour briller dans les salons virtuels (bon, c’est pas pour tout de suite, hein…). J’exclue d’emblée les collaborations Calvo – Colin, mais il reste quand même un certain nombre de bouquins porduits par le Monsieur tout seul ; finalement, j’opte pour ce Minuscules flocons de neige depuis dix minutes, parce que :
 
1° Ca, c’est un chouette titre, ma bonne dame, long, énigmatique, et qui en jette.
 
2° La couverture est jolie (mais ça je l’ai déjà dit).
 
3° On en a dit vraiment beaucoup de bien et beaucoup de mal.
 
4° La quatrième de couv’ est alléchante, avec son catalogue de références improbables (j’y reviendrai).
 
5° Enfin, un éditeur qui s’appelle « Les moutons électriques », ça marche bien sur les gogos dans mon genre (d’ailleurs, petit hors-sujet : cette jeune maison d’édition a un catalogue assez sympa, avec plein de jeunes auteurs et quelques originalités ; elle publie en outre l’excellente anthologie périodique Fiction ; et les bouquins sont souvent assez jolis, celui-là, notamment, puisque la couv’ est bien chouette – je l’ai déjà dit ? –, y’a des photos et des dessins dedans, et des jeux typographiques, faut voir ce que ça peut donner, non ? Par contre : lesdits bouquins ne sont pas toujours agréables à lire – leur police de hobbit presbyte me pète les yeux – et c’est quand même bourré de coquilles, et souvent – même si ça ne s’applique pas ici, bien sûr – de traductions très hasardeuses : encore un petit effort, les gens !)
 
J’achète. (En plus, y paraît que c’est un bouquin qu’il est bien pour draguer les gonzesses ; ça vient peut-être de la couverture, qui est jolie donc, mais aussi rose ; bon, pour moi, ça a pas marché, hein…)
 
Parlons un peu de l’histoire, maintenant. Pardon : de « l’histoire ». Enfin, essayons de parler de… truc, là. Le roman est écrit à la première personne, et le narrateur, qui n’est pas nommé, est clairement un faire-valoir de Calvo lui-même : dès le début, on apprend qu’il est né à Los Angeles, mais qu’il est Français et a vécu en France toute sa vie, sauf que là il retourne à Los Angeles pour une histoire de jeux vidéo – comme Calvo, quoi. Petit haussement de sourcil ; parce cette pratique de la quasi-autobiographie virtuelle, si elle peut donner des merveilles – voyez Dick dans ses derniers romans, ou Houellebecq –, a aussi tendance à générer du lisier (voyez, au bas mot, 90 % de la littérature générale contemporaine). Pas de jugement hâtif, on y retourne.
 
Le narrateur se rend donc à Los Angeles pour assister à l’E3, vous savez, le gros salon de jeux vidéos avec des vrais morceaux de geeks en cosplay dedans (oui, un de ces endroits qui donnent envie de poser des bombes, mais finalement non, parce qu’on est gentil après tout) ; c’est un journaleux pour un machin de jeux vidéos, et il est censé traquer dans le salon l’énigmatique Dillinger, qui aurait développé un super système de réseau destiné à révolutionner les MMORPG et autres trucs du genre. Pas facile de trouver ledit bonhomme ; mais y’a plein de rencontres amusantes et improbables, de geeks en tout genre, le cerveau cramé et le costume défraîchi, à force – comme cet ancien type de Babylon V qui écume les salons en clochard céleste, sa casquette de la NASA vissée sur le crâne. Et puis il y a Pong, une connaissance virtuelle, croisée sur un forum consacré à la culture des années 1950 ; Pong, et sa passion, notamment, pour Walt Disney, qui va bientôt foutre le bordel ; partant de la brève période où Chuck Jones avait bossé pour tonton Walt, il va commencer à s’intéresser à « Marceline », l’étrange souterrain de son studio de Burbank, à sa rencontre avec Osamu Tezuka en 1954, à un ordinateur secret peut-être ? Et si on allait y faire un tour, hein ? Et là, c’est le drame. La suite n’est pas racontable, mais impliquera, entre autres, des fans sectaires de kaiju eiga, des fans non moins sectaires de Tron, des fichiers d’aide, des hélicoptères, des moustachus, des ordinateurs en carton, des extraterrestres en cœur de palmier, des Japonais, des nanites, de la neige et un fauteuil. Rouge, le fauteuil. Et le narrateur d’errer, complètement paumé (et plutôt attachant, voire touchant, il faut le reconnaître), dans une L.A. plus ou moins onirique, ou bien…
 
Parlons des thématiques, justement. Ici, y’a pas photo, le sujet est clair : le virtuel qui s’insinue dans le réel, ou en fait non, peut-être est-ce le réel dans le virtuel, sauf que non parce que les deux sont en fait la même chose (pour faire simple). C’est très intéressant, tout ça, et plutôt bien mené. Seulement voilà : content d’apprendre que Calvo aime lire des gens comme J.G. Ballard, William Gibson, et probablement – même si c’est un peu différent – Philip K. Dick, mais le truc c’est qu’il n’est pas tout seul ; tiens, par exemple, moi aussi j’aime beaucoup ces auteurs. Et du coup j’ai eu un peu l’impression d’avoir déjà lu tout ça, mais en mieux. Y’a de très jolies scènes, quand même – l’E3, un délire avec Groucho Marx, la passionnante « interview » de Victor Haboush, l’entreprise en carton… – mais, dans l’ensemble, passé l’investigation de « Marceline », me suis quand même un peu fait chier ; la faute à cet omniprésent sentiment de déjà-vu, à quelques scènes dispensables, à une ambiance de délire glauque un peu forcée et pas toujours bien gérée (Calvo aime probablement beaucoup David Lynch, aussi ; pareil en ce qui me concerne, mais… tiens, ça me fait penser qu’il aime aussi sans doute Matrix : pour le thème, c’est sûr que c’est approprié, mais ça en pète quand même moins que les auteurs précédemment évoqués, et du coup ça casse un peu l’ambiance, des fois, trouvé-je, surtout vers la conclusion…), et enfin à un style qui devient franchement éprouvant, avec ses interminables descriptions souvent inutiles, sa surabondance d’infinitifs et sa ponctuation, heu, « postmoderne », peut-être ? Ce mot a du succès ces derniers temps… Oui, c’est assez postmoderne, tout ça.
 

Bref, y’a du potentiel, c’est pas mal, mais je suis pas totalement convaincu (et probablement intellectuellement déficient, puisque d’un sentiment mitigé). Affaire à suivre.

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"Thor, 1983-1984", de Walter Simonson

Publié le par Nébal

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SIMONSON (Walter), Thor, 1983-1984, [s.l.], Panini Comics / Marvel, coll. L’intégrale, série Thor, [1983-1984] 2007, [s.p.].
 
Dans la longue série des grands super-héros Marvel, Thor est probablement un de ceux qui me paraissent le moins intéressants ; j’ai toujours trouvé notre blondinet baraque au langage ampoulé vite lourd, et manquant (et pour cause) de l’humanité et des faiblesses qui font la richesse des meilleurs personnages Marvel. Ben oui, c’est un dieu ; alors, en tant que Donald Blake, c’est sûr qu’il la ramène moins, mais bon ; à faire tout le temps intervenir cette seule et unique faiblesse, on se répète un peu. Et puis, finalement, qu’est-ce qu’il peut être plat ! C’est souvent juste un type balaise avec des fringues ridicules et un gros marteau. On lui préférera, et de très très loin, son pendant dans l’univers Ultimate, créé par le très bon Mark Millar : Thor, en alter-mondialiste néo-babos potentiellement schizo et résolument pacifiste, même s’il a toujours son gros marteau, est beaucoup plus sympathique, tout de même ; et accessoirement, quand il s’énerve, ben là on sent vraiment que c’est un dieu…
 
Alors, quand j’ai vu l’autre jour dans les rayonnages de ma librairie préférée ce premier volume d’une « intégrale » (en fait, pas vraiment) consacrée au fils d’Odin, j’ai été pour le moins surpris, et un brin sceptique. Mais, la curiosité et la collectionite aiguë aidant, le gros volume n’en a pas moins fini dans mes achats.
 
Première surprise : le nom, unique, de l’auteur, Walter Simonson ; je savais que le sieur Simonson avait eu son heure de gloire, à la fois en tant que dessinateur et scénariste, fut un temps. J’ignorais, par contre, que Marvel avait eu l’audace de lui confier le scénario et le dessin d’une même série (et pas n’importe laquelle, qui plus est) ; ça arrive pas tous les jours, quand même : il y a bien eu Frank Miller sur Daredevil (et, semble-t-il, David Mack de même), ou encore Todd McFarlane sur Spider-Man, mais je n’en vois pas 36 000 autres exemples. Et, en tout bien tout honneur, il faut bien reconnaître que Simonson n’est pas vraiment McFarlane, et encore moins Miller… La couverture laisse déjà entendre que son dessin, s’il peut être sympathique et dynamique, est parfois, mmf, « contestable » (j’aime bien l’anatomie qui part en couille, encore faut-il l’utiliser à bon escient, et c’est pas toujours le cas ici).
 
Mais, heureusement, le scénario est beaucoup plus intéressant… et, au final, j’ai passé un excellent moment à lire ce gros recueil qui a nettement contribué à faire remonter Thor dans mon estime.
 
Simonson, qui est semble-t-il un fan de la première heure, a en effet l’intelligence de ne garder que ce qui fait le meilleur de Thor, et d’éliminer au plus tôt les diverses casseroles qu’il peut se traîner. Il sait, par exemple, que Thor n’est guère convaincant dans des aventures super-héroïques traditionnelles, pour les raisons évoquées plus haut ; il s’agit, par contre, d’un personnage de choix pour des récits de fantasy ou de « science-fiction » (encore que cette dernière appellation ne soit pas très juste ; j’entends par-là les récits « cosmiques » qui, chez Marvel, fourmillent de dieux et autres entités inconcevables). Le premier épisode, ainsi, commence par poser, en trois pages fort énigmatiques, les premières bases d’une saga (et, du coup, le terme est pour une fois particulièrement approprié) destinée à se prolonger, semble-t-il, sur l’ensemble du run de Simonson ; puis, après un bref passage « terrestre » centré sur le falot Donald Blake, Thor fait son apparition, et prend immédiatement le chemin de l’espace. Il y fait une rencontre déterminante, celle de l’alien surpuissant Beta Ray Bill, destiné à endosser à son tour l’armure de Thor et à brandir Mjolnir ! Un personnage très réussi, à l’apparence monstrueuse, mais incarnant une certaine bonté supérieure, avec un charisme triste qui n’est pas sans évoquer Elric le Nécromancien. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais sachez seulement qu’au terme de cette rencontre, la vie de Thor sera entièrement bouleversée : exit Donald Blake, Thor sera désormais toujours Thor ; et, étrangement, cela fera ressortir d’autant plus ses véritables faiblesses, et lui forgera enfin un caractère… Et il sera bientôt impliqué dans de nouvelles aventures, généralement cosmiques ou mystiques – un petit tour en Faërie, par exemple, dans le sinistre royaume des Elfes noirs et de leur cruel chef Malekith –, récits tous plus palpitants les uns que les autres, constituant peu à peu la saga, jusqu’à parvenir à un final apocalyptique… et un cliffhanger particulièrement frustrant ! M’est d’ores et déjà avis que le prochain volume de cette « intégrale » pourra se résumer par la sentence favorite de la Chose : « Ca va castagner ! » Chouette…
 
Mais il y a aussi bon nombre d’autres bonnes idées, ici ; Simonson sait, le temps d’un interlude, mettre de côté son héros pour se concentrer sur d’attachantes figures secondaires, par exemple celle de Balder le Brave, cet ancien héros reclus dans la dépression et l’obésité, terrassé jour et nuit par le souvenir des innombrables morts qu’il a sur la conscience. Les divers personnages du Walhalla sont employés à merveille, ainsi le sympathique Volstagg, ou encore Odin, souvent ambigu, et, bien sûr, Loki, plus fourbe que jamais… Et certains récits sont portés par un souffle épique très appréciable, comme, par exemple, celui racontant le destin du dernier des vikings. Un peu d’humour de temps à autre, un peu de romance également (avec ce qu’il faut de manipulations et de tromperies pour rendre la chose intéressante…), viennent de temps à autre faire quelque peu diversion, sans qu’on ne tombe jamais dans la gratuité.
 
Ce premier volume d’une « intégrale » de Thor (comprenant en fait uniquement les épisodes créés par Walter Simonson) constitue donc en fin de compte une bonne surprise et une lecture agréable ; j’attends pour ma part la suite avec impatience...

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"The Remote Viewer", de Coil

Publié le par Nébal

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COIL, The Remote Viewer.
 
Tracklist :
 
CD 01
01 – Remote Viewing 1
02 – Remote Viewing 2
03 – Remote Viewing 3
 
CD 02
01 – Remote Viewing 4
02 – Remote Viewing 5
 
The Remote Viewer est une des plus récentes productions du légendaire groupe Coil, et même la dernière, dans un sens, le premier disque étant paru à l’origine en 2002, et le second en 2006, soit deux ans après le décès de Jhonn Balance ayant entraîné la disparition du groupe. Et c’est peut-être un des albums les plus fascinants de Coil, tant Balance et son compère échappé de Throbbing Gristle Peter Christopherson, assistés de leur petite troupe, y font preuve d’une inventivité sans pareille.
 
Coil a toujours été un groupe difficile à cerner, alternant entre des morceaux chantés relativement mélodiques et abordables (comme leur célèbre reprise de « Tainted Love »), et des albums conceptuels très divers, largement expérimentaux, parfois rebutants, aux méthodes de composition toutes plus frappadingues les unes que les autres, et où le génie semble rencontrer plus qu’à son tour le pur et simple délire sous acide et le foutage de gueule pseudo-ésotérique…
 
Ici, c’est clairement dans cette deuxième catégorie que nous nous trouvons. Et tant mieux, parce que c’est une franche réussite. Si « Remote Viewing 2 » fait partie des compositions les plus abstraites de Coil, succession de glitches sur fond ambient, portée par une très discrète rythmique industrielle (ce qui peut rappeler le « side-project » de Coil dénommé ELpH, par exemple sur l’album Worship The Glitch), les autres morceaux sont plus directement évocateurs, et notamment les sublimes « Remote Viewing 1 » et « Remote Viewing 3 » avoisinant chacun les 20 minutes. On pense parfois à certains groupes de Krautrock ici, comme Can ou, peut-être plus encore, Ash Ra Tempel. Mais il y a indéniablement quelque chose de plus ; Coil développe ici une musique à la croisée des chemins, empruntant à l’ambiant, à l’indus, au progressif et au néofolk, pour un résultat qui touche directement au cœur et à la tête.
 
Sur ces longues compositions, sombres et répétitives, souvent fondées sur un bourdon, viennent progressivement se superposer d’étranges sonorités évoquant un orgue abâtardi avec une flûte démente, un khène ou un melodica sous acide, en somme, et… ben… quelque chose comme une cornemuse électronique, peut être… Derrière, c’est aussi une orgie de glitches et de bleeps plus ou moins industriels, qui apporte une touche supplémentaire de malaise écartant définitivement la fausse classification type « new age » que pourraient oser avancer les mauvaises langues bouffies de préjugés. Et puis, il y a la rythmique, à la fois tribale et industrielle, soufflant le chaud et le froid, et portant avec délice une basse discrète et ronde qui achève de transporter l’auditeur dans un ailleurs tant désiré. De temps à autre, une légère esquisse de guitare ou de claviers plus traditionnels vient apporter la touche finale au tableau de maître. Le travail du son est admirable, comme souvent chez Coil, et toutes les possibilités les plus avant-gardistes de la musique électronique sont ici employées à bon escient. Ainsi, notamment, sur « Remote Viewing 4 » et « Remote Viewing 5 », qui prolongent le rêve visionnaire, en une sorte d’audacieuse variation sur les thèmes du premier disque, certainement pas stérile, mais bien au contraire étonnement enrichissante.
 

Un album remarquable, à écouter et à ré-écouter.

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