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"Les Martiens", de Kim Stanley Robinson

Publié le par Nébal

Les-Martiens.jpg


ROBINSON (Kim Stanley), Les Martiens, traduit de l’américain par Dominique Haas, Paris, Presses de la Cité – Pocket, coll. Science-fiction, [1999-2000] 2007, 538 p.


La « trilogie martienne » de Kim Stanley Robinson (Mars la Rouge, Mars la Verte et Mars la Bleue) a rapidement gagné ses jalons d’incontournable de la science-fiction contemporaine. Cette phénoménale épopée s’étendant sur plusieurs siècles constitue un véritable modèle de hard SF à dimension humaine, assez unique en son genre. Nombre de lecteurs se sont engouffrés avec jubilation dans ces impressionnants pavés retraçant les différentes étapes de la colonisation et de la terraformation de Mars, et l’on pouvait penser que tout avait été dit.

Erreur. Un nouveau pavé doit désormais y être accolé, sobrement intitulé Les Martiens. L’amateur est tout d’abord perplexe : Kim Stanley Robinson aurait-il succombé aux sirènes de la facilité ? C’est quoi, ce truc ? Des fonds de tiroir, surfant sur le succès de la célèbre trilogie ? Ce serait mal connaître l’auteur : ce nouveau livre ne constitue en rien une dérivation bassement mercantile comme on en voit trop souvent. Les nouvelles qui le composent, bien au contraire, parviennent à enrichir encore la saga originale, à lui donner une nouvelle ampleur.

Autant le dire tout de suite : c’est une lecture à mon sens indispensable pour ceux qui ont apprécié la « trilogie martienne ». Et c’est à vrai dire à ceux-là que s’adresse avant tout ce recueil : contrairement à ce que laisse entendre la citation de Serge Lehman en quatrième de couverture, les néophytes n’y trouveront probablement pas leur compte ; il y a tout à parier qu’ils se sentiraient perdus, à se jeter ainsi sans préparation dans cette immense fresque ; de plus, un certain nombre de nouvelles comportent des révélations ou des éclairages nouveaux qui risqueraient de gâcher la lecture ultérieure de la trilogie…

Mais abordons maintenant le vif du sujet : le recueil s’ouvre sur l’excellente nouvelle « Michel dans l’Antarctique », où l’on retrouve avec plaisir un certain nombre des personnages de la trilogie, et en premier lieu l’un des plus touchants, le psychologue français Michel ; c’est l’occasion pour l’auteur d’envisager une version alternative à sa trilogie (mais l’est-elle vraiment ?), qui trouve un prolongement plus loin dans le recueil avec « Michel en Provence » : deux récits d’une justesse émotionnelle rare dans l’austère milieu de la hard SF, assez symptomatiques du talent de Robinson.

La deuxième nouvelle, « Exploration du canyon fossile », nous fait cette fois découvrir de nouveaux personnages, et principalement la jeune étudiante Eileen Monday et le guide de haute montagne Roger Clayborne, lesquels, au cours d’une expédition à haut risque, en viennent à entamer une singulière et enthousiasmante histoire d’amour. Bon sang… C’est moi qui ait écrit ça ? Il est fort, ce KSR… Ben oui. Une histoire d’amour. Touchante et juste. Belle, en un mot. Et qui se poursuit plusieurs siècles plus tard, avec la novella « Mars la Verte », de très loin le plus long texte du recueil, quand les deux tourtereaux se retrouvent, les rôles inversés, dans un paysage transformé par la main de l’homme. Devenir de Mars, des hommes, des sentiments… Les différents thèmes s’imbriquent sans cesse, avec une finesse rare, et s’enrichissent mutuellement de leurs complexes interactions ; et l’on retrouvera Roger et Eileen dans d’autres nouvelles encore, leur relation constituant le véritable fil rouge du recueil, qui prend presque, dès lors, des allures de fix-up.

Mais il y a, parallèlement, une autre trame narrative, avec les rafraîchissants textes consacrés au « petit peuple rouge » ; comme dans la trilogie, ces brefs contes généralement amusants constituent d’agréables interludes. On aurait tort, ceci dit, de se contenter d’en sourire et de passer rapidement outre : « Le complot archéobactérien » s’insinue dans les autres textes du recueil, jusqu’aux plus hermétiques, comme l’aride « Sélection d’extraits du Journal d’études aréologiques »…

On trouve en effet, en plus des nouvelles évoquées, et de quelques autres gravitant autour (ainsi, par exemple, la sympathique « Comment Arthur Sternbach apporta la balle courbe sur Mars »), un certain nombre de documents, d’un abord parfois ardu, mais qui contribuent grandement au réalisme de la saga, et éclairent parfois sous un nouveau jour la trilogie. Plus ou moins juriste de formation, je ne peux que me réjouir que figure ainsi dans le recueil « La Constitution de Mars », suivie de « Quelques notes de travail et commentaires sur la Constitution, par Charlotte Dorsa Brevia » ; c’est assez rare en SF pour être signalé… même si elle est hélas moins convaincante en l’état que ce qui en ressortait au travers des passionnants débats ayant présidé à son élaboration (dans Mars la Verte, si je ne m’abuse).

On compte ensuite un certain nombre… de poésies. Tiens donc. On passera rapidement sur le recueil « Si Wang Wei vivait sur Mars et autres poèmes », plutôt maladroit (j’avoue : je ne connais rien à la poésie, et ne suis sans doute pas le mieux placé pour porter cette critique. Mais bon…). Plus intéressants, quelques brefs textes (« Odessa », par exemple) peuvent être assimilés à des sortes de poèmes en prose, qui ne sont pas sans rappeler parfois certaines « peintures » de Ballard, toutes choses égales par ailleurs. Mais on sent avec plaisir dans ces textes tout l’amour que porte l’auteur à son sujet, la véritable passion qu’il ressent pour Mars, et qu’il parvient sans difficulté à communiquer aux lecteurs.

Ainsi dans la nouvelle aux allures de postface qui clôt Les Martiens, l’intrigante et forte « Mars la Violette », qui semble bien, cette fois, constituer le point final de la saga.

En refermant l’ouvrage, le lecteur repus garde quelque temps un air ébahi, puis, inévitablement, tourne son regard vers les étoiles. Mars. Si proche et si lointaine…

Mais qu’est-ce qu’on attend pour y aller ?

CITRIQ

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Projet de thèse

Publié le par Nébal

Il s'agit du projet de thèse en histoire du droit et des idées politiques que j'ai soumis en septembre 2006, et sur lequel je travaille à l'heure actuelle, sous la direction de Mme le professeur Christine Menges-Le Pape.

 


La répression politique en débat durant le premier XIXe siècle (1814-1852)
 
Le développement du parlementarisme durant le premier XIXe siècle implique de repenser la notion d’opposition politique apparue durant la Révolution. On conçoit dès lors une opposition légale à l’action du Gouvernement, voire à la forme du régime ; au-delà, cependant, la question de la délinquance politique (entendue au sens large, ce qui inclut notamment les délits de presse) ne s’en pose pas moins. De l’une à l’autre, il n’y a qu’un pas, qui peut être vite franchi en fonction du plus ou moins grand degré de libéralisme du régime en place.

Du procès du maréchal Ney à la répression de l’insurrection républicaine de décembre 1851, le délicat problème de la justice politique traverse l’ensemble de la période. Que faire des opposants politiques ? Peut-on concevoir, dans un régime libéral, ne serait-ce que l’existence d’infractions politiques ? Faut-il appliquer un statut dérogatoire à ces hommes poursuivis et condamnés avant tout pour leurs idées ? Si oui, doit-il s’agir d’un régime de faveur, compte tenu du caractère désintéressé et « noble » de cette délinquance, ou bien la défense de « l’ordre » justifie-t-elle une sévérité particulière ? Autant de questions qui, au sein des assemblées élues tout au long de cette période particulièrement troublée de l’histoire politique de la France, ne manquent pas de soulever les débats les plus passionnés. A François-Régis de la Bourdonnaye qui, le 11 novembre 1815, réclame « des fers, des bourreaux, des supplices », pastichant plus ou moins consciemment ce Marat qu’il exècre, répond ainsi Victor Hugo, le 5 avril 1850, dénonçant au milieu d’une agitation rare « ces lois de vengeance, que les partis vainqueurs appellent lois de justice dans la bonne foi de leur fanatisme ». A chaque changement de régime, voire après chaque tentative avortée (les attentats de Fieschi, du 15 Mai, du 13 Juin…), les compteurs sont remis à zéro, et c’est l’ensemble de la question qu’il faut revoir de fond en comble.

Or cet important débat ne saurait être confiné dans l’enceinte des assemblées parlementaires. Nombreux sont alors les essayistes (juristes, philosophes ou autres) qui entendent prendre part à la réflexion sur la répression politique : on peut par exemple évoquer François Guizot, publiant en 1821-1822 Des conspirations et de la justice politique, puis De la peine de mort en matière politique (la littérature abolitionniste est alors abondante, et réclame souvent, si ce n’est la suppression générale, du moins l’abolition de la peine de mort en matière politique, finalement votée en 1848 ; rappelons que Beccaria, le « père des abolitionnistes », considérait pourtant que la peine de mort ne saurait être justifiée qu’en matière politique, justement…) ; mais on pourrait de même mentionner les innombrables auteurs ayant traité de la réforme pénitentiaire, Tocqueville et Beaumont en tête, et qui ne pouvaient faire l’impasse sur ce « mode d’incarcération spécifique », étudié par Jean-Claude Vimont, qu’est la prison politique, surtout après l’institutionnalisation de la détention en 1832 ; et la littérature concernant la déportation, opposant apologistes et détracteurs de Botany Bay, est tout aussi importante. Les auteurs de fiction, enfin, ne sont pas en reste, et brodent très souvent sur ces thèmes.

La question de la répression politique est donc au cœur des débats durant le premier XIXe siècle. C’est pourquoi, au travers d’une étude au carrefour de l’histoire des idées politiques et juridiques et de l’histoire du droit pénal, nous souhaiterions nous intéresser aux argumentaires développés par les différents protagonistes de ce débat, toujours d’actualité, et à l’évolution des idées en la matière, ce qui nous permettra de mettre en lumière la définition progressive du statut de l’opposant politique et des mesures de répression qu’il encourt.



Ce projet de recherche est encore à l'heure actuelle susceptible de connaître des modifications. Peut-être vais-je être contraint de me limiter à une seule période (probablement la Restauration, dans ce cas, même si j'avoue être davantage intéressé par la IIe République) ; je ne sais pas non plus s'il me sera possible d'envisager les auteurs de fiction, ce qui serait sans doute passionnant, mais risque d'accroître inconsidérément le corpus de sources...

On verra bien.

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Bientôt le mémoire de Master 2...

Publié le par Nébal

Je vais essayer, dès que possible, de mettre en ligne mon mémoire de Master 2 Histoire du droit et des institutions : La répression politique sous la IIe République. De l'élaboration des principes à leur application en Haute-Garonne (sous la direction de Mme le professeur Christine Menges-Le Pape). Je n'arrive pas pour l'instant à en faire un .pdf correct (problèmes de mise en page...). J'espère y parvenir le plus tôt possible.

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"Musique de la Grèce antique"

Publié le par Nébal

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Pour une première chronique musicale, je ne choisis pas vraiment la facilité, là… Et du coup, je vais probablement manquer du vocabulaire et des connaissances pour faire quelque chose de réellement pertinent. Pourtant, le fait est que cette musique atypique m’a séduit…
 
« Musique de la Grèce antique »… Il y a de quoi être intrigué… On sait l’importance occupée par la musique (entendue au sens large, certes) dans la Grèce classique ; on sait moins qu’il en est resté quelque chose. Bien peu, certes, si l’on compare aux brillants vestiges architecturaux ou à la riche littérature qui ont pu traverser les siècles jusqu’à nous. « C’est comme s’il ne restait de l’Acropole d’Athènes que quelques débris de colonnes épars et une paire de chapiteaux détruits », nous dit Gregorio Paniagua dans le livret. C’est peu. Mais c’est déjà ça. Et jamais jusqu’alors, semble-t-il, on n’avait cherché à interpréter sur instruments d’époques les quelques compositions bien fragmentaires parvenues à notre connaissance. C’est désormais chose faite, grâce au travail titanesque de Gregorio Paniagua et de l’Atrium Musicae de Madrid. Loin de n’être qu’une austère et érudite compilation d’archéologie sonore, cet enregistrement constitue un remarquable tour de force, d’une beauté et d’une originalité rares, parfaitement à même de combler les ignares dans mon genre…
 
Mais à quoi ça peut bien ressembler, de la musique de la Grèce antique ? Très bonne question, merci de l’avoir posée… Pas facile à dire, en fait. A mon niveau de béotien, tout ce que je puis faire pour vous en donner une idée, c’est essayer de procéder par analogies.
 
Il s’agit tout d’abord d’une musique largement vocale, que le chant soit mélodique ou parlé, en chœur ou solo ; l'alternance entre parties mélodiques, dissonances et « récitatifs » (un musicologue me tuerait peut-être, je suis pas sûr d'employer ce mot comme il faut...) confère à l'ensemble un fort côté théâtral, qui m'a personnellement pas mal rappelé ce que l'on peut parfois trouver dans les enregistrements de nagauta (la musique d'accompagnement du théâtre kabuki), en plus abordable.
 
Outre le chant, il y a un vaste panel d'instruments à vent et à cordes, et quelques percussions.
 
Ensuite, la construction des mélodies (rares mais remarquables) fait parfois penser à certains enregistrements de musique populaire médiévale (par exemple, des chants de pèlerins de Compostelle).
 
Quant aux sonorités des instruments, elles sont d’une richesse et d’une variété assez stupéfiantes. C’est là encore le béotien qui s’exprime, mais cela m’a un peu rappelé, par certains aspects, outre la musique japonaise ou occidentale médiévale, la musique arabe (les « cithares » les plus graves évoquant parfois quelque peu le timbre de l'oud), ou, plus généralement, les sonorités de l’Orient.
 

Dans l'ensemble, il s’agit d’une musique plutôt sobre, voire minimaliste, assez éthérée, et très... comment dire... « évocatrice », peut-être ; elle suscite des images, une atmosphère particulière, teintée d’onirisme. Mais cela vient sans doute du parti pris délibéré des maîtres d'œuvre de cet enregistrement, qui ont dû pour une part, aussi minime fut-elle, faire appel à leur imagination pour compléter les fragments antiques (les lacunes, quand elles se voient comblées – le silence est parfois la meilleure solution, et elle est ici souvent retenue –, le sont le plus souvent par le biais du maintien de la note afin de lier les fragments, ce qui crée des dissonances agréables et bienvenues). Au final, l’auditeur se laisse porter dans un univers lointain et jusqu’alors inaccessible, un peu comme à la lecture d’un excellent ouvrage de fantasy, dont ce disque constituerait par ailleurs une bande son idéale…

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L'idéologie parlementaire : l'opposition politique systématique à l'époque moderne

Publié le par Nébal

Dans le cadre du cours d'histoire du droit public donné par M. le professeur Jacques Krynen pour le Master 2 Histoire du droit et des institutions de l'Université des Sciences Sociales Toulouse 1 (ouf...), il nous avait été demandé de réaliser un certain nombre d'exposés. Pour ma part, je faisais partie d'un groupe chargé de travailler sur l'idéologie parlementaire (c'est bien entendu des Parlements d'Ancien Régime qu'il s'agit ici) ; je me suis chargé de la deuxième partie de l'exposé, consacrée à l'opposition politique systématique à l'époque moderne. L'exposé avait rencontré un écho favorable, et cette partie pourrait très bien constituer un exposé indépendant. C'est pourquoi je la fais figurer ici (accompagnée d'une bibliographie et de documents concernant l'ensemble de l'exposé, mais quand même plus particulièrement cette partie) ; cela pourrait éventuellement être utile à des étudiants en 1ère année de Droit galérant en histoire des institutions, mais aussi, pourquoi pas, au-delà (ce n'est pas excessivement technique, quelqu'un qui n'a jamais fait d'histoire du droit devrait pouvoir s'y retrouver). Encore une fois, n'hésitez pas, servez-vous, c'est fait pour, et ça se trouve ici.

Et n'hésitez pas, là encore à me faire part de vos remarques, critiques, etc. !

Tiens, j'en fais une de mon côté, d'ailleurs : cet exposé ne présente pas les parlemntaires sous leur meilleur jour, suivant en cela la majorité des écrits contemporains les concernant ; il ne faudrait toutefois pas en tirer un tableau trop noir : M. Krynen, notamment, a publié un certain nombre d'articles et d'ouvrages moins négatifs à leur encontre, qu'il pourrait être utile de consulter pour rééquilibrer un peu les choses... Enfin, on notera que le dénigrement des parlementaires est souvent fait dans une optique favorable à la monarchie administrative. Mais ce n'est pas nécessairement ainsi que j'envisageais pour ma part les choses, et c'est pourquoi il m'a paru opportun de conclure cet exposé sur la vision qu'avaient les premiers révolutionnaires français de l'idéologie parlementaire (l'accent est ainsi mis, non sur le caractère justifié ou non de l'opposition parlementaire face à la monarchie administrative, mais sur la sincérité du libéralisme revendiqué par les Parlements pour justifier leur opposition, et la nuance me semble de taille...)

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Morale et politique chez les grands sophistes

Publié le par Nébal

Cette catégorie est destinée à l'hébergement de mes travaux divers et variés, en principe dans un cadre universitaire.

On commence avec mon mémoire de Maîtrise en Science politique : Morale et politique chez les grands sophistes.

Bon, c'est un mémoire de méthodologie, hein, et c'est donc très scolaire ; y'a aussi un certain nombre de trucs critiquables dedans (même si ne crois pas avoir dit de trop grosses conneries pour autant)... L'approche, enfin, est plus socio-historique que philosophique (la directrice de recherche était trèèèèèèèèèèèès hostile à la philosophie).

Même si j'en ai un peu honte maintenant, c'est quand même pas complètement nul, même plutôt pas mal m'a-t-on dit, et, du moins j'ose l'espérer, relativement intéressant.

Du coup, si ça vous dit, n'hésitez pas, piochez, c'est fait pour ! Pas de problème pour s'y référer non plus dans un autre mémoire, ou quelque chose du genre (c'est peu probable, mais sait-on jamais...) : si vous pouviez juste le mentionner, par contre, dans ce cas...

Allez hop, c'est au format .pdf (je n'ai pas réussi à y faire passer la numérotation des pages, par contre, désolé... mais on la retrouvera facilement : la page 1 est celle de l'introduction - page 3 du document - et la pagination s'arrête à la dernière page de bibliographie ; il y a une table des matières et un index des noms propres à la fin du document). Vous pouvez le consulter sur place ou le télécharger ici.


Eventuellement, même si ce n'est plus vraiment d'actualité en ce qui me concerne, n'hésitez pas à me faire parvenir vos remarques, critiques, etc. !

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Stormquest

Publié le par Nébal

Chronique de Stormquest, d'Alex Sessa, sur Nanarland :

http://xit.easy-hebergement.info/nanarland/viewtopic.php?t=12738

Et la revoici, sans les caps :


affiche.jpg

FICHE TECHNIQUE

Titre original : Stormquest.
Titres alternatifs : Kimbia la cité des femmes, El Ojo de la Tormenta.
Réalisateur : Alex Sessa (i.e. Alejandro Sessa).
Année : 1987.
Pays : Argentine / Etats-Unis.
Genre : Le Deuxième sexe en mousse (épique, catégorie : heroic fantasy).
Durée : 1h26.
Acteurs principaux : Brent Huff, Kai Baker, Monica Gonzaga, Linda Lutz, Rocky Giordani, Duduzile Mkhize, Ana Maria Ricci, Christina Whitaker…

CHRONIQUE

Les Chroniques de Nâhnâr, épisode IV

C’était il y a bien longtemps, durant cette sombre époque de chaos que les Annales des Anciens nous ont appris à craindre sous le nom d’Années 80. Affalé sur un trône en contreplaqué sis dans la plus haute tour de son château en mousse, le vieux roi Aleksessa se morfondait. Devant ses yeux fatigués défilaient sans cesse les images épiques du glorieux Âge des Héros, inauguré lorsqu’un étrange magicien tout de treillis vêtu et répondant au signifiant sobriquet de Milicien avait conquis la terre entière avec une puissante rune du nom de Conan le Barbare. Les imitateurs étaient nombreux, en ce temps-là, et bientôt déferlèrent des hordes d’apprentis de moindre envergure, dont les enchantements mineurs ne parvenaient qu’à un bien piètre résultat ; mais ce n’étaient que torses musculeux, dragons et héroïnes en strings de cuir, et le vieux roi y trouvait tout son content. Las, elle était bien morte, cette époque d’aventure et de bravoure, et, en dépit d’efforts périodiques, nul ne parvenait à la ressusciter…

- Des ninjas, des cyborgs… Baste ! Qui cela pourrait-il bien aguicher ? », s’époumonait le roi. « Il faudra bien pourtant revenir un jour aux saines vertus des récits épiques ! Et si personne, dans la riche Holiwoudie ou dans la lointaine Ithalia, ne daigne s’y atteler, eh bien, qu’il en soit ainsi ! J’accomplirai cette quête ! Nul obstacle ne saurait être infranchissable pour celui qui entame son périple armé de sa passion et de sa bonne foi ! »

Et le roi Aleksessa, qui jusqu’alors se contentait de fournir subsides et matériel à ceux qui étaient animés de la même flamme que lui (ainsi en co-produisant Kaine le mercenaire), de se mettre lui-même au travail, assisté de son fidèle scribe Charles Saunders (il venait du lointain Orient, d’où ce nom étrange). Las, leur œuvre, intitulée Amazons, ne rencontra guère de succès… Et nos deux vaillants héros de succomber une fois encore à l’accablement.

Soudain le roi bondit de son trône et se frappa le front du plat de la main :

- Fou que je suis ! C’est que nous avons oublié le principal ! Chaaaaaaaaaaaaaarles ?!

Le scribe surgit dans le dos du roi : « Oui, Maîrtre ? »

- Rassemble sur-le-champ 300 lamas ! Nous devons sacrifier aux dieux pour triompher dans notre tâche ! Nul ne saurait réaliser un film épique sans l’assistance miséricordieuse de Frik, Gorh, Sesk et Hesséfix !

- Bien, Maîrtre.

Et ainsi firent-ils. Las, les jours et les semaines passèrent sans que les dieux ne se manifestassent.

- Tragédie ! Oncques ne vit cercle d’invocation plus désert ! », se lamenta le roi.

- Oncques, oncques, oncques », surenchérit le scribe anglois, et de jurer par le plus pervers des animaux : « Phoque ! »

Le vieux roi se jeta à terre : « C’est trop injuste ! Ne pourrais-je donc jamais faire mon film épique ? »

- Tu le pourras, ô mon roi, et cochon qui s’en dédit !

Un petit homme malingre et bossu, un mégot de cigare humide fiché au coin des lèvres, était apparu dans le cercle ; c’était lui qui avait prononcé, d’une voix sifflante et aiguë, ces paroles fatidiques.

- Qui es-tu ? », lui demanda le roi, interloqué.

- Je suis NÂHNÂR LE PURULENT ! Un dieu méconnu mais puissant, qui vient en aide à ceux de ton espèce, que les autres dieux délaissent. Je suis prêt à te venir en aide, ô roi Aleksessa ; il te suffit de signer ici, et ici, ah, et ici aussi, parapher en marge, merci, date et signature à la… Quoi ? Les petits caractères, là ? C’est sans importance… signature là voilà cet exemplaire est pour vousjegardecelui-cimerci, BIEN ! Nous pouvons commencer… »

Il avait un sourire mauvais. Le scribe se tourna vers son roi, et lui dit : « Maîrtre, je crois que fouf affez fait une connerie. »

Nâhnâr fit un saut périlleux et reprit : « Alors, on commence par le cadre. Deux royaumes, Kimbia et Ishtan, parfaitement similaires d’aspect. Ici, vous avez des tas de forêts et des super cascades, parfait, on va pas multiplier les décors non plus ! Pour l’extérieur des châteaux, pas de souci, j’ai fait un peu de tourisme. » Il brandit deux photos. « Tu insères ça dans la pelloche, ils y verront que du feu. Et pour l’intérieur, trois murs en contre-plaqué, ça fera bien l’affaire, t’as qu’à voir…

« De toute façon, un conseil de pro : pour cacher la misère, sous-expose tout le film ou presque ; ah, et, tant qu’on y est, pour les scènes « d’action » (à nouveau ce sourire mauvais), contentes-toi d’agiter la caméra dans tous les sens, ça marche aussi…

« Maintenant, l’univers. Bon, vu ton précédent bouzin, j’parie que t’aimes bien les amazones.

- Eh bien…

- Ta gueule (le roi fit la moue devant ce langage si peu royal, mais s’abstint de relever, terrorisé qu’il était par le nabot mal embouché). Des amazones. Ca appâtera le chaland ; t’as qu’à commencer sur des femmes en cage, ça plait toujours.

« Par contre, vu que Sesk n’a pas osé répondre à ton invocation, ne fais surtout pas de plans nichons.

- Comment ? Mais… c’est impossible !

- Mais si, mais si ; de toutes façons, elles seront court vêtues, ça sera tout comme ; et puis si tu te débrouilles bien, tu pourras multiplier les plans sur leur cul.

- Ah. Quand même. C’est mieux.

- Ta gueule, on s’égare, là. Des amazones, donc. Kimbia et Ishtan sont deux sociétés matriarcales, libérées du joug des mâles (ce qui te permet d’apporter une forme de « critique sociale », un « message politique », ce que tu veux, on s’en branle). A Kimbia, il n’y a carrément pas de mecs, on ne commerce avec eux que pour leur « semence ». A Ishtan, par contre, il y en a, mais ce sont, soit des esclaves décérébrés, soit des « étalons » pour le sérail de la reine et de ses copines. Et c’est là qu’est l’astuce, mon gars. Faudra utiliser tout ça pour saturer le film de connotations érotiques sans faire de la fesse pour autant (sinon Sesk risque de s’énerver, et t’as pas envie qu’elle s’énerve, crois-moi ; pis comme ça ton film sera tout public, tu pourras jouer sur deux tableaux) : du coup, tu me fous des symboles tout pourris dans les décors tout pourris eux aussi ; du catch féminin, bien sûr ; et des femmes en cage, donc, fouettées de temps à autre, mais aussi des hommes attachés sur un lit.

« Et tu me fais des « chiens humains » harnachés de cuir, les yeux bandés, et tenus en laisse par de fières amazones (en cuir, oui), tant qu’on y est.

« Ah, et puis, les « étalons », en fait, c’est tous que des grosses tapettes.

- HEIN ?! Mais pourquoi ?

- Devine.

- … Noooooooooooooooooooooon.

- Si. Ta gueule. Bon, on a le cadre. L’histoire et les personnages, à partir de là, c’est facile. Tu me prends quatre jolies filles de Kimbia. D’abord, trois qui sont condamnées à mort, Kinya, Asha et Tani.

« Kinya, la noire, tu lui colles un accent chelou, genre elle roule les "r", ça sera la sage prêtresse de service, qui a commis un « blasphème » ; la blonde Asha, c’est parce qu’elle a forniqué ; la brune Tani, parce que c’est une voleuse. La quatrième, c’est Ara, la sœur d’Asha (tu suis toujours ? bien) ; elle les libère en se battant avec son épée en plastique, et elle est aidée par des hommes, parce qu’il faut pas déconner non plus.

- Des hommes ? Mais je croyais que…

- Ta gueule. C’est des rebelles, voilà. Super balaises, en plus, ils grimpent une falaise de cinquante mètres de haut en quinze secondes montre en main… Le beau gosse, dans le tas, t’as qu’à prendre Brent Huff pour le jouer, c’est un bon gars, fiable, il a déjà joué dans Nine Deaths Of The Ninja, alors je l’connais bien. Comme ça tu pourras avoir une histoire d’amour et UNE, je dis bien UNE, scène vaguement érotique. Sous-exposée bien entendu.

« La suite, du coup, ben c’est évident. Les grognasses et les mecs vont s’allier pour combattre l’injustice, tout ça, dans les deux royaumes. Comme ça, Brent – t’as qu’à l’appeler Zar, c’est un bon nom de fantasy, ça, Zar –, ben, à la fin du film, il pourra tenir un discours poignant dont voici l’intégralité : « La supériorité d’un sexe sur l’autre, c’est mal ! C’est aussi ridicule ! »

« T’en fais pas, à la fin, il épouse sa blonde, et il devient roi quand même.

« Bon, Tani, c’est une voleuse, elle est brune, donc elle les trahit. Elle rejoint les forces du royaume d’Ishtan. Et c’est là que tu vas pouvoir rajouter un super élément comique : les grosses dondons. Ca fait toujours rire, les gros. Alors d’abord Cora, qui sera le bouffon de service, son casque en permanence sur les yeux et qui foire tout ce qu’elle entreprend.

« Et ensuite et surtout la reine, au goût vestimentaire très sûr (déjà que les autres, hein, bon, on fera comme on pourra…). Tu la feras jouer par Linda Lutz.

« Les deux, tu leur dis de cabotiner comme des truies, de surjouer la grosse tout le temps. Mais alors un vrai concours, hein ! Faut que ça soit in-sup-por-table ! Des rires gras, des éclats de cantatrice, de la transpiration qui suinte, des bourrelets qui s’agitent… Et à côté, plein plein plein d’allusions au fait qu’elles sont grosses. Dans les vannes, notamment : « Truie », « Porcelette », « Votre Obésité », rien de vulgaire, hein, rien qui dépasse le niveau du bac à sable ; un film tout public, t’entends ?!? Tiens, un exemple : la reine réclame en sautillant comme une gamine trop gâtée « le tapis » ; ses étalons très grecs, voire moustachus, s’allongent sur les marches de l’escalier, et elle descend en leur écrasant les parties.

« Tiens, tant qu’on y est, pour les bruitages, tu utiliseras ça. » Nâhnâr sortit un étrange instrument de sa poche. « On appelle ça un synthétiseur. Celui-là, il est tout pourri, et il fait des sons tout pourris eux aussi. Par exemple, si tu appuies sur cette touche, ça fait un bruit d’os qui craque ; ou de chips écrasées, comme tu veux. Bon en tout cas, tu l’utilises à chaque marche du « tapis », et tu trouveras bien d’autres occasions pour l’utiliser, n’est-ce pas ? Pareil pour cette touche-ci – bruit d’épée en plastique –, cette touche-là – bruit de « fouet », enfin y parait –, ah, et là, ça fait un ricanement de farfadet, tu pourras l’utiliser pour ton serpent en plastique (oui, je sais, c’est con un serpent qui fait « hihihihihihihihi », mais bon, c’est ça ou rien) ; et tu verras, après, t’as des bruits de chevaux, de flèches, plein de trucs marrants. T’amuses pas à les modifier, hein, ou même à les varier, tout le monde y verra que du feu…

« L’avantage, c’est que tu peux t’en servir aussi pour faire toute la musique. Oui, ça sonnera comme… comme… j’ose même pas dire comme quoi, tiens. Mais bon, ça créera une ambience. Ah, et puis, pour chaque blague pas drôle ou scène supposée burlesque avec les deux grosses, t’as qu’à utiliser des petits jingles ridicules, genre un faux tuba qui fait « tagada-tsoin-tsoin » ; abuses-en bien comme il faut, et je te jure que regarder ton film deviendra une expérience inoubliable.

« Bon. On a le cadre, les personnages, l’histoire, les combats d’épée en plastique, la tension érotique sous-jacente, les bruitages et la musique, qu’est-ce qu’il nous reste ? …Ah. Ouais. La fantaisie, le merveilleux, tout ça… »

Nâhnâr se mit à faire les cent pas ; le roi et le scribe, terrés dans leur coin, n’osaient pas dire un mot.

- Bon, on a déjà un serpent en plastique qui fait « hihihihihihihihi », donc…

Le gnome se dirigea vers la fenêtre et regarda la forêt :

- … T’as des mygales, dans ta zone ?

Le roi hésita, puis :

- Heu… oui.

- Bien. Tu m’en mettras deux, et tu les feras revenir aussi souvent que possible. Les gens aiment pas ça, les mygales. Surtout certains chroniqueurs. Très bien, les araignées, tout ça… Penses à la petite musique pourrie chaque fois qu’on les voit.

Nâhnâr reprit sa déambulation. Il fixa une peau de lionne accrochée au mur :

- La prêtresse black, là… Comment, déjà… Ouais, Kynia. Bon, sa déesse, c’est une lionne, ou un machin du genre. T’en prends une vraie, gentille comme une grosse chatte, pour les trente secondes où on la voit vraiment. Et pour les scènes d’action, tu jettes une peluche dans les bras de la victime, qui l’agite dans tous les sens. Ca a très bien marché avec une pieuvre dans La Fiancée du monstre.

« Et pis à la fin, tu me fais la même chose avec un faux crocodile tout pourri qui a tout le temps la gueule ouverte.

« Et voilà ! » Nâhnâr fit une galipette, un petit bond, trois pas de danse et prit enfin la pose, bras écartés et un grand sourire sur les lèvres (on voyait fort bien ses chicots). Le roi n’en croyait pas ses oreilles :

- Et… C’est tout ?

- Ouais. Enfin, y’aura aussi des mannequins en mousse.

- Mais… et les dragons ? Et la magie ? Et les trolls ?

Nâhnâr éclata de rire : « Tu me rappelles ton budget ? »

Le roi ne trouva rien à répondre, et tourna le film en respectant à la lettre les instructions de Nâhnâr. Le fourbe gnome, une fois de plus, avait triomphé des passions humaines.

Et le roi Aleksessa de se morfondre à nouveau. Il attribua l’échec de son film aux changements dans les goûts du public. « Les épées, tout ça, c’est bien… C’est le cadre passéiste qui ne va pas, en fait. Il faudrait faire un peu la même chose, mais dans un cadre davantage contemporain, voire futuriste… » Il y eut un grand bruit et une explosion de bombinette à fumée. C’était Nâhnâr, qui tendait un nouveau contrat au roi :

- Ah ben ça tombe bien ! Ca te dirait de co-produire Highlander 2 ?

NOTE : 1,5/5

RARETE : 2/trouvable.

- Dis-moi, Nâhnâr, on en fera un DVD zone 2, de Stormquest ?

- Mais bien sûr ! Avec un visuel un peu sobre, genre Seigneur des anneaux, tu vois. Presque pas de photos sur la jaquette, un texte qui évoque plein de « jolies créatures »… Nickel. Parfait pour envahir les puissants royaumes voisins des Kasheconvertaires et des Bâkhasoldes.

- Et dedans, y’a quoi ?

Nâhnâr éclata de rire :

- Le director’s cut et un making-of, bwahahahaha ! Nan, j’déconne. T’y fous le film, mon gars ; dans une copie pourrie, son mono, VF uniquement. Nan, même pas de menu, t’es fou, ça coûte trop cher…

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Les bouquins à Nébal

Publié le par Nébal

Là aussi, donc, il devrait en principe y avoir des "chroniques"... Enfin, c'est un bien grand mot. Disons, des remarques sur les bouquins qui ont pu me passer entre les mains.

D'abord, pour ce qui est de la littérature, une liste de quelques auteurs qui m'intéressent plus particulièrement (nette prédominance SF / fantasy / fantastique, mais aussi un peu de "littérature générale", quand même...) :

Douglas Adams, Brian W. Aldiss, Aristophane, Isaac Asimov, Paul Auster, J.G. Ballard, Clive Barker, Stephen Baxter, Ambose Bierce, Michael Bishop, Pierre Boulle, Ray Bradbury, Poppy Z. Brite, Fredric Brown, John Brunner, Charles Bukowski, Anthony Burgess, William Burroughs, Albert Camus, Orson Scott Card, Emmanuel Carrère, Lewis Carrol, Ted Chiang, Arthur C. Clarke, Colette, August Derleth, Philip K. Dick, Paul Di Filippo, Dostoïevski, Catherine Dufour, Umberto Eco, Greg Egan, Bret Easton Ellis, Andreas Eschbach, Gustave Flaubert, Jeffrey Ford, Neil Gaiman, Martin Gardner, William Gibson, Goethe, Robert A. Heinlein, Frank Herbert, Michel Houellebecq, Robert E. Howard, Victor Hugo, Aldous Huxley, Joris-Karl Huysmans, Yasuhi Inoue, Franz Kafka, Daniel Keyes, John King, Stephen King, Choderlos de Laclos, R.A. Lafferty, Ursula K. Le Guin, Primo Levi, Howard Philips Lovecraft, Richard Matheson, Xavier Mauméjean, Guy de Maupassant, Yukio Mishima, Montesquieu, Michael Moorcock, Vladimir Nabokov, Akiyuki Nosaka, Yôko Ogawa, George Orwell, Terry Pratchett, l'abbé Prévost, Arthur Rimbaud, Keith Roberts, Kim Stanley Robinson, Rudy Rucker, Sade, Antoine de Saint-Exupéry, Mary Shelley, Lucius Shepard, Delia Sherman, Clifford D. Simak, Dan Simmons, Sophocle, Norman Spinrad, Stendhal, Bruce Sterling, Lawrence Sterne, Bram Stoker, Theodore Sturgeon, Michael Swanwick, Thackeray, Hunter S. Thompson, J.R.R. Tolkien, John Kennedy Toole, Jack Vance, Jeff VanderMeer, Jules Verne, H.G. Wells, Irvine Welsh, Oscar Wilde, Walter Jon Williams, Robert Charles Wilson, Roger Zelazny, Emile Zola...

Pas exclu qu'on y trouve aussi de temps à autres des essais et autres ouvrages "scientifiques" divers et variés... Quelques "penseurs", là encore, toutes disciplines et époques confondues :

Antiphon, Antisthène, Aristote, Bakounine, Jeremy Bentham, Louis Blanc, Pierre Bourdieu, Albert Camus, Jean Carbonnier, Jean-Jacques Chevallier, Pierre Clastres, Critias, Démocrite, Diderot, Diogène le Cynique, Léon Duguit, Emile Durkheim, Jacques Ellul, Epicure, E.E. Evans-Pritchard, Paul Feyerabend, Charles Fourier, Sigmund Freud, Louis Gernet, Gorgias, Simone Goyard-Fabre, François Guizot, Maurice Hauriou, Hayek, Héraclite, Thomas Hobbes, David Hume, Kamo no Chômei, John Maynard Keynes, Thomas Kuhn, Ihering, La Boétie, Paul Lafargue, La Mettrie, Bartolome de Las Casas, Ledru-Rollin, Lénine, Leucippe, Claude Levi-Strauss, John Locke, Lucrèce, Machiavel, Jean Malaurie, Bronislaw Malinowski, Thomas Robert Malthus, Karl Marx, Charles Maurras, Jules Michelet, Montesquieu, Friedrich Nietzsche, Platon, Karl Popper, Ilya Prigogine; Protagoras, Pierre-Joseph Proudhon, Pyrrhon, Ernest Renan, David Ricardo, Jaqueline de Romilly, Jean-Jacques Rousseau, Sade, Saint-Simon, Carl Schmitt, Arthur Schopenhauer, Sextus Empiricus, Adam Smith, Georges Sorel, Hippolyte Taine, Gabriel Tarde, Thrasymaque, Thucydide, Alexis de Tocqueville, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Max Weber...

Et puis de la BD, aussi (nette prépondérance anglo-saxonne) ; quelques auteurs (scénaristes et / ou dessinateurs) :

Brian Michael Bendis, John Bolton, Alberto Breccia, John Buscema, John Byrne, Chris Claremont, Robert Crumb, Guy Davis, Steve Ditko, Will Eisner, Warren Ellis, Garth Ennis, Neil Gaiman, Gotlib, Gene Ha, Bryan Hitch, Alexandro Jodorowsky, Jack Kirby, Andy Kubert, Stan Lee, David Mack, David Mazzuchelli, Todd McFarlane, Dave McKean, Mike Mignola, Mark Millar, Frank Miller, Moebius, Alan Moore, Grant Morrison, Kevin Nowlan, Kevin O'Neill, Katsuhiro Otomo, Eric Powell, Hugo Pratt, Joe Quesada, Frank Quitely, John Romita Sr, John Romita Jr, Alex Ross, Marjane Satrapi, Charles M. Schulz, Bill Sienkiewicz, Jeff Smith, Art Spiegelman, Jim Starlin, Tanaka, Lewis Trondheim, Brian K. Vaughan, J.H. Williams III, Bill Willingham...

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Haute tension, de Rick Jacobson

Publié le par Nébal

Sur Nanarland, ma première chronique, dédiée à Haute tension (Strategic Command), charmant petit nanar de Rick Jacobson, plagiat éhonté d'Ultime décision avec l'incomparable Michael Dudikoff :

http://xit.easy-hebergement.info/nanarland/viewtopic.php?t=12646 

La revoici, sans les captures par contre...



 

FICHE TECHNIQUE

Titre original : Strategic Command.
Titres alternatifs : Executive Command.
Réalisateur : Rick Jacobson.
Année : 1997.
Pays : Etats-Unis.
Genre : Ultime recyclage (action, catégorie : pur et dur).
Durée : 1h30.
Acteurs principaux : Michael Dudikoff, Richard Norton, Paul Winfield, Amanda Wyss, Michael Cavanaugh, Bryan Cranston…

CHRONIQUE

A l’heure du réchauffement climatique et du chômage de masse, tandis que les pôles menacent de fondre et que les plombiers quittent la Pologne, comment ne pas saluer le courage de ces honnêtes artisans du cinéma qui osent montrer l’exemple à une industrie du film moribonde en mettant au premier plan les valeurs aujourd’hui si nécessaires d’économie et de recyclage ? Loin de la décadence hollywoodienne saturée de pétrodollars, on trouve encore en effet quelques-uns de ces résistants, de ces citoyens responsables qui, tout en se livrant à leur art avec dévouement et passion, n’en oublient pas pour autant que le porte-monnaie du cinéphile se fait mince et que notre mère la Terre court à sa perte. Louons-les donc, ces génies du recyclage, tel Godfrey Ho, l’admirable archiviste du cinéma asiatique, dont la sagacité lui permet de dénicher dans les recoins poussiéreux des temples les plus reculés du septième art ces pittoresques bobines oubliées qui s’intègrent si discrètement et avec tant de justesse dans sa production personnelle, économisant ainsi de la pellicule et du temps de tournage ; et saluons de même la mémoire du regretté Bruno Mattéi, ce Picasso du stock-shot, dont les œuvres les plus fortes fourmillent d’extraits de documentaires animaliers et ethnologiques, qui en font autant de pamphlets poignants et pertinents en faveur du développement durable et de l’amitié entre les peuples : est-il besoin de rappeler Virus cannibale ?

Louons, enfin, Rick Jacobson, lequel, avec Haute tension, démontre avec brio l’utilité du recyclage dans le façonnage des films d’action contemporains. Car tout ici est recyclage, ou peu s’en faut. Et l’on ne saurait imaginer plus savoureux hommage au génie de ses prestigieux prédécesseurs.

Recyclage, tout d’abord, pour ce qui est du scénario, Rick Jacobson et ses comparses Sean McGinly et Tripp Reed ayant sélectionné pour notre plus grand plaisir ce qui se fait de mieux. A l’instar d’un Richard Pepin, dont le Cyber Tracker 2 dispensait le cinéphile économe de voir Terminator et Robocop, ils nous offrent ici, pour le prix d’un seul film, une relecture audacieuse d’Ultime décision, teintée de Piège de cristal et éventuellement d’Air Force One*.

Recyclage, ensuite, pour ce qui est des acteurs. Là où, pour ne citer qu’un exemple, le blockbuster de Wolfgang Petersen, avec son budget arrogant, s’offrait les services des tristement célèbres mercenaires Harrison Ford, Gary Oldman et Glenn Close, le film socialement responsable de Rick Jacobson offre une nouvelle chance à deux « has-been », voire « has-never-been », ainsi que les qualifient les mauvaises langues, à deux chômeurs en fin de droits dirons-nous plutôt, les pourtant fort charismatiques Michael Dudikoff et Richard Norton, dont la collaboration cinématographique remontait au American Warrior de la défunte Cannon. On imagine dès lors l’atmosphère familiale qui devait imprégner les plateaux lors du tournage de Haute tension (au passage, on notera que le manque d’originalité du titre français témoigne, chez ceux qui l’ont choisi, d’une indéniable compréhension de la portée revendicative de ce Strategic Command, dont le premier titre, qui apparaît encore sur la pellicule, était bien Executive Command, subtil clin d’œil au Executive Decision dont il emprunte d’assez nombreux éléments).

Devant tant de caractères qui rendent ce film ô combien sympathique, et alors qu’il lui incombe désormais de rentrer dans le vif du sujet, le chroniqueur n’a en fin de compte plus qu’une seule chose à dire :

MOUAHAHAHAHAHAHAHAHAH !!!

Parce qu’il faut quand même reconnaître que ce gros plagiat fauché est con comme la pluie, et que les louanges, ça va un moment, mais bon, quand même, hein, faut pas pousser le mannequin en mousse du haut du 42e étage (parce ça se voit, quand même, un peu, si si, j’vous jure).

N’empêche que ce délire sur le recyclage et l’économie, c’est pas (que) de la blague pour autant. Le film ne s’embarrasse ainsi pas de scènes d’exposition, et nous plonge dès la première minute au cœur de l’action, tandis qu’un commando de vilains terroristes s’introduit avec une facilité déconcertante dans un laboratoire ultra-secret mais étrangement mal défendu pour y voler des armes chimiques. Le stoïque chef des terroristes, interprété par Richard Norton, est un certain Carlos Gruber (probablement un cousin des Hans et Simon Gruber de Die Hard 1 et 3).

Il est secondé dans sa lourde tâche par ce que la déontologie et le glossaire de Nanarland nous imposent de qualifier de salope : une jeune et jolie psychopathe au rire de hyène, qui adore frapper les femmes et filer des coups de boule.

Reste à pénétrer dans le saint des saints pour y voler des pochettes d’acide. Pour ce faire, une technique éprouvée : la reconnaissance oculaire.

Or c’est dans ce laboratoire que travaille Rick Harding, c’est-à-dire Michael Dudikoff. C’est bien évidemment, comme tout Steven Seagal qui se respecte, un ancien des forces spéciales, et même, nous dit-on, un vétéran de la guerre du Golfe (et là-bas, il était le meilleur). Mais ce cumulard est en outre un agent du FBI et… un scientifique ultra-compétent, particulièrement qualifié en chimie. C’est le docteur Rick Harding. Oui, vous avez bien lu. Michael Dudikoff. Docteur. Non, c’est pas une blague : cet homme est un scientifique de haut niveau.

Je vous rassure tout de suite, il se servira davantage de ses poings que de son cerveau au cours du métrage ; lui même, de toute façon, ne semble pas vraiment y croire, arborant entre chaque scène d’action cet air ahuri, pour ne pas dire niais, qui ne renforce guère la crédibilité de son personnage.

Dans l’immédiat, ceci dit, sans doute gêné par sa blouse blanche (qui fait le scientifique, c’est bien connu), il ne parvient pas à empêcher les terroristes de perpétrer leur forfait, et ceux-ci prennent la fuite les poches pleines d’acide (enfin, pour être précis, de « Bromex 365 ; c’est un gel base acide liquide, non conducteur, mais mélangé à certains explosifs, on obtient un gaz dangereux, voire mortel », nous explique Doc Dudikoff, et de conclure : « On pourrait le comparer à de l’acide sulfurique, mais en plus méchant. » Il ne pouvait pas trouver meilleure « explication » s’il voulait passer pour une buse). C’est bien embêtant, tout ça. Harding va donc chercher du réconfort auprès de sa journaliste de femme, Michelle, incarnée par Amanda Wyss. Celle-ci, le lendemain, doit s’embarquer à bord d’un Boeing 747 avec le vice-président des Etats-Unis (Michael Cavanaugh) pour une interview. Pourquoi la faire dans l’avion ? C’est une très bonne question, merci de l’avoir posée.

La réponse est simple, finalement : c’est l’occasion d’avoir à la fois le vice-président et la compagne du héros dans l’avion que détourneront les terroristes de l’ami Gruber (comme dans Air Force One). Les méchants parviennent en effet à s’embarquer sans difficulté aucune, avec la complicité d’un traître, cela va de soi, qui a à peu de chose près « c’est moi le traître » écrit sur le front.

Ledit traître a le bon goût d’être un garde du corps, comme dans Air Force One. Quant à Gruber, il pousse le vice jusqu’à se faire passer pour le cameraman remplaçant (oui, toujours comme dans Air Force One), et bluffe tout le monde grâce à un déguisement à toute épreuve : une moustache top crédibilité.

Dès lors, rien de plus simple que de détourner le Boeing. Les pilotes sont éliminés, mais pas les gardes du corps du vice-président, parce que Gruber a davantage le sens du twist prévisible que celui des priorités. Autant dire que la situation s’annonce grave pour tous les otages, à savoir, outre les sus-nommés, l’attachée de presse du vice-président et, surtout, l’inénarrable Phil Hertzberg, insupportable collègue de Mme Harding, joué par un Bryan Cranston sous cocaïne qui cabotine comme un malade.

Au sol, pendant ce temps, Harding assiste son vieux pote le commissaire dans l’enquête sur le vol du Bromex avec une logique désarmante :

« Alors, ta piste ? Vas-y, je t’écoute. »
« Il y a deux semaines le procureur a fait tomber un trafiquant à Long Beach. Cocaïne. Ils ont fait un marché. »
« Mais ça ne veut pas dire qu’il y ait du Bromex à bord de ce bateau ?! »
« Ouais, effectivement. »

Et c’est tout. Comprenne qui pourra. Ils se sont quand même mis à deux pour écrire ce genre de dialogues. On imagine leur justification : « Ouais, euh, bon, rien à foutre, d’abord, tu veux de l’action mecton, bon ben on t’offre une fusillade totalement gratuite et pis c’est marre. » Donc takatakatak, Harding retrouve ses réflexes de guerrier ultime qui recharge son flingue s’il a le temps, et, en interrogeant le premier type venu, comprend toute l’histoire : balaise…

C’est que les méchants pirates de l’air, entre temps, ont fait part de leurs motivations : ils exigent la remise d’une grosse somme d’argent et la libération d’un terroriste (comme dans Ultime Décision et Air Force One ; et comme dans ces deux films, ledit terroriste – un Irakien, cette fois – est à peine entraperçu, et n’a carrément pas une ligne de texte ; dans un bon film, on parlerait éventuellement de « Mac Guffin », mais ici on se contentera de reconnaître que le scénario est totalement bidon). Sinon ? Et bien les Etats-Unis pourront dire adieu à leur vice-président (à la Air Force One, en plus modeste) ET en prime l’avion explosera, répandant le Bromex, ce qui tuera tout le monde dans un rayon de 300 km autour de Los Angeles, rien que ça (à la Ultime décision, mais sur la côte Ouest). Deux pour le prix d’un, donc. Le VRAI président, archétype de vieux beau toujours digne, bien évidemment ne négocie pas avec les terroristes. Mais quand on menace Gruber avec des stock-shots de F-16 lui intimant d’arrêter ses bêtises, la réaction ne se fait pas attendre, et il commence à éliminer des otages (à la Air Force One à nouveau). Question : quand tous les otages (peu nombreux, on manquait de crédits pour les figurants) sont blancs, à l’exception de l’attachée de presse, qui est asiatique, qui c’est qui y passe ? Bon, à sa décharge, elle a le bon goût de s’effondrer avant le coup de feu…

Il va donc falloir trouver autre chose. Heureusement, les scénaristes ont la cassette vidéo d’Ultime décision, ce qui va considérablement leur simplifier la tâche. En effet, à partir de ce moment, on tombe dans le plagiat intégral, les seules différences tenant à l’indigence du budget et au je-m’en-foutisme généralisé. Et le nanardeur qui a eu la chance de voir Ultime décision pourra dès lors se livrer à un passablement jouissif « jeu des sept erreurs »… En même temps, y’avait comme qui dirait un indice dans l'affiche...

Notre héros va donc devoir se lancer à l’abordage du Boeing. Bon, le F-117 original, il est moche, alors que le SR-71, ça a vach’ment plus la classe (les amateurs auront noté que dans un cas comme dans l’autre ces avions ne sont pas prévus pour embarquer des passagers, mais bon, on n’est pas à ça près). Surtout, les plans du décollage, on pourra les utiliser dans un autre film avec Dudikoff, ça sera toujours ça de gagné (Black Thunder, la même année) ; et puis tiens, tant qu’on y est, on fait pareil avec la bande « originale » (Counter Measures, toujours la même année). Doc Dudikoff, pourtant personnellement impliqué dans l’affaire, et qui a en outre quitté l’armée, n’en intègre pas moins le super commando destiné à sauver les Etats-Unis, sans explication valable ; il sera à la fois Steven Seagal et Kurt Russel (surtout le second, en principe, mais son charisme de veau marin le rapproche quand même nettement plus de Saumon Agile). Le chef du commando (un sous-Leguizamo, donc), cabotin et un tantinet nerveux, lui fait vite comprendre qu’ici c’est lui le chef, en usant de sa verve puissante : « Je n’vous aime pas ! Vous m’entendez ?!? » Mais tout ce beau monde s’embarque dans le stock-shot de SR-71, et aborde bientôt le Boeing exactement comme dans Ultime décision, à ceci près que, là où l’original s’attarde sur les difficultés de l’opération, la pâle copie en fait la chose la plus facile au monde.

Il y a cependant, comme dans l’original, un petit souci de dernière minute, qui aura l’avantage d’épurer le casting, ça sera toujours ça de gagné sur les salaires. Ne réussissent donc à monter à bord de l’avion détourné que Dudikoff, l’ersatz de Leguizamo et un troisième larron, le quota ethnique au comportement typique du « oui bwana, moi y'en a obéi' aux owdwes », bientôt chargé de désamorcer la bombe (que nos héros repèrent du premier coup d’œil, et qui présente pour intéressante particularité d’émettre de temps à autres de petits éclairs bleus électriques, allez savoir pourquoi) ; il récupère ainsi deux rôles d’Ultime décision pour le prix d’un (en période de soldes).

Les deux autres, pendant ce temps, épient les vilains terroristes à l’aide de leur mini-périscope discrètement glissé dans le plancher de la cabine. Comme dans l'original, mais avec moins de moyens.

Et d’alterner les séquences avec ces deux équipes très réduites, parfois interrompues par d’improbables saynètes entre terroristes et otages. Tout ceci ne fait guère avancer le schmilblick, et les quelques scènes au sol (avec ce président qui décidément ne transpire jamais) pas davantage. On meuble comme on peut, sans que la lassitude ne s’installe pour autant, tellement la prévisibilité des twists et l’invraisemblance généralisée réveillent régulièrement un rictus sardonique chez le spectateur. On appréciera notamment la discrétion de nos héros, qui, au contraire des lavettes d’Ultime décision qui passent la moitié du film à chuchoter, se hurlent dessus à deux mètres des terroristes sans jamais se faire repérer pour autant.

Tout ça manque quand même un tantinet d’action ; mais le final n’en sera que plus dantesque. Ceci dit, ça pose un petit problème pour cette chronique… Il serait dommage de passer sous silence la fin de Haute tension, tant elle contribue à gonfler le quotient nanardise de la bête ; l’ennui, c’est qu’un des aspects les plus consternants de cette fin est son caractère de plagiat poussif et jusqu’au-boutiste d’Ultime décision, qui se retrouve ainsi « spoilé » indirectement… Aussi j’engage ceux qui veulent garder la surprise pour l’un ou l’autre film à se rendre directement à la fin de la chronique (en fermant les yeux en chemin), ou à s’arrêter là, désolé… Quant aux autres… « Accrochez vos ceintures ! », comme dit la jaquette.

Dudikoff se hâte (lentement) dans la cabine au moment où Gruber semble (enfin) se décider à abattre Bryan Cranston, plus insupportable que jamais. Mais le sous-Leguizamo, lui, a vu Ultime décision, et fait donc comme son modèle : il défonce le plafond de la cabine avec les pieds, et tire sur tout ce qui bouge.

Dudikoff se jette alors dans la bagarre avec une mollesse impressionnante. C’est le moment que choisit le traître pour trahir à nouveau, en décidant, allez, hop, comme ça, de se sacrifier, en ouvrant la porte du Boeing comme on ouvrirait la portière d’une voiture et en emportant avec lui dans le vide la vilaine vaguement kickboxeuse. Comme dans Ultime décision, la cabine est dès lors dépressurisée. Mais, étrangement, le rendu n’est pas le même ; l’absence de figurants et d’effets spéciaux (et plus simplement de plans larges) y est sans doute pour beaucoup...

Ceci dit, l’avion a beau se trouver à 20 000 pieds, cette dépressurisation ne semble pas bien méchante. Un peu de gymnastique, et hop, Harding et sa femme sont en sécurité sans même avoir besoin de s’attacher. Le vice-président fait encore plus fort : alors qu’il a l’épaule fortement amochée par une balle, ce sexagénaire maladif parvient à retenir de son bras à demi-mort le sous-Leguizamo qui commençait à s’envoler…

Et c’est alors le choc des titans : Dudikoff contre Norton.

Bon…

A vrai dire, c’est une simili-baston ridicule, qui s’achève de la manière la plus pitoyable que l’on puisse imaginer quand Norton fait malencontreusement éclater une pochette d’acide qu’il avait eu l’étrange idée de dissimuler puis de récupérer dans sa fausse caméra, juste à côté de la cabine de pilotage ; les deux combattants et le pilote terroriste rivalisent alors dans un concours de sur-interprétation frénétique, en se tordant dans tous les sens et en bavant du lait.

Mais alors, Dudikoff, il va mourir ?! Mais non, bien sûr ! Depuis le début du film, il nous a répété trois fois au moins qu’il existait un antidote : si l’on est contaminé, on dispose de quinze secondes…

… pour s’injecter de l’adrénaline dans la nuque avec une piqûre.

Gruber, lui, est bien mort. Et le pilote aussi ; et ça, c’est plus embêtant quand même. Qu’à cela ne tienne ! Dudikoff, quasi-mourrant, à moitié dans les vapes et la bave aux lèvres, s’installe derrière les commandes. Un peu comme Kurt Russel dans Ultime décision, quoi, mais en pire.

Seulement Kurt Russel avait le bon goût de prendre des cours de pilotage au début de son film, et d’être assisté à ce moment-là par Halle Berry et la tour de contrôle. Dudikoff, non ; il nous dit même qu’il n’a jamais piloté un avion. « J’vois pas en quoi ça pourrait poser problème », clament en chœur les scénaristes. Et là où le héros d’Ultime décision parvient après bien des ennuis à faire s’écraser gentiment son avion, sans trop de bobos, mais en ayant provoqué tout de même quelques explosions sur son passage, celui de Haute tension se pose comme une fleur, les doigts dans le nez, comme s’il n’avait fait que ça toute sa vie, avec pour seul conseil : « Tirez le manche vers vous, et stabilisez l’altitude de l’avioooooooooon ! » Autrement dit, Dudikoff, c’est pas un pédé (et accessoirement ça coûte beaucoup moins cher en effets pyrotechniques).

Et c’est la fin, bouleversante d’originalité.

Haute tension n’est certes pas un nanar d’anthologie, digne de l’hystérie d’un Turkish Star Wars ou de l’escroquerie non-sensique d’un Flic ou ninja. Ceci dit, en tant que plagiat jusqu’au dernier plan d’un film déjà peu subtil même si divertissant, plagiat produit et réalisé par dessus la jambe qui plus est, il réserve tout de même au nanardeur quelques francs éclats de rire et l’assurance de ne pas s’ennuyer, tant la bêtise abyssale et les maladresses en tout genre sont équitablement réparties tout au long du métrage, avec une accélération sur la fin. Au sein de la production la plus récente de Michael Dudikoff, devenu tout de même grossiste en navets, ce petit nanar sympathique tranche ainsi quelque peu, et mérite bien au moins 2,5/5.

* Strategic Command est sorti aux Etats-Unis le 6 janvier 1997 en vidéo, et Air Force One le 25 juillet de la même année sur les écrans américains. On ne peut donc a priori pas parler directement de plagiat ici, contrairement à ce qui ressort souvent des commentaires sur le film, et à ce que semble indiquer, avec une connotation évidemment différente, la jaquette d’Haute tension (honte sur moi, je m’étais fait eu au premier visionnage…). Il y a effectivement bon nombre de ressemblances troublantes entre les deux films, mais on ne peut pas affirmer qu’il y a bien eu influence du gros sur le petit, même si ce n’est pas exclu (photos de tournage, etc.).
La filiation ne fait par contre absolument aucun doute pour ce qui est d’
Executive Decision, sorti le 15 mars 1996 aux Etats-Unis, et ce quoi que puissent prétendre certains fans ultimes de Dudikoff pour qui le plagiat a nécessairement eu lieu dans l’autre sens (oui, on en trouve pour l’affirmer, et employer cet argument-massue : « Check the dates! » ; dont acte…).
Ouf.

NOTE : 2,5/5

RARETE : 2/trouvable.

Haute tension a été édité en un DVD que l’on trouvera aisément pour 1 ou 2 € dans les bacs à navets, sans être aussi fade ; évidemment, il ne faut pas s’attendre à une avalanche de bonus : version française uniquement au cadrage douteux, et une bande-annonce ridicule comme il se doit (en français également).

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Les films à Nébal

Publié le par Nébal

Ici, donc, il devrait y avoir des chroniques de films, figurant, soit directement sur le blog, soit par un lien sur le forum de Nanarland (attention, il faut pouvoir se connecter au forum). Car votre serviteur ne rechigne pas de temps à autre au visionnage d'un petit nanar de derrière les fagots...

Mais heureusement il n'y a pas que ça. Par contre, faut avouer un intérêt tout particulier pour le cinéma dit "de genre" (bouh, la vilaine expression !), et plus particulièrement SF / Fantastique. Quelques aperçus des réalisateurs préférés de Nébal :

Robert Altman, Alejandro Amenabar, Wes Anderson, Dario Argento, Darren Aronofsky, Mario Bava, Ingmar Bergman, Bernardo Bertolucci, Bertrand Blier, John Boorman, Danny Boyle, Tim Burton, James Cameron, John Carpenter, Charles Chaplin, Stephen Chow, Joel & Ethan Coen, Francis Ford Coppola, Wes Craven, David Cronenberg, Joe Dante, Brian DePalma, Tom Dicillo, Clint Eastwood, Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein, David Fincher, Georges Franju, Stephen Frears, Ron Fricke, William Friedkin, Lucio Fulci, Terry Gilliam, Stuart Gordon, Hideo Gosha, Jim Henson, Werner Herzog, Alfred Hitchcock, Tobe Hooper, Denis Hopper, Alex de la Iglesia, Shôhei Imamura, Peter Jackson, Jim Jarmush, Ryuhei Kitamura, Takeshi Kitano, Stanley Kubrick, Akira Kurosawa, Kiyoshi Kurosawa, Fritz Lang, Charles Laughton, Sergio Leone, Richard Linklater, Ernst Lubitsch, George Lucas, David Lynch, Michael Mann, Chris Marker, Neil Marshall, Lucky McKee, John McTiernan, Jean-Pierre Melville, Takashi Miike, John Milius, Hayao Miyazaki, Kenji Mizoguchi, Friedrich Wilhelm Murnau, Hideo Nakata, Nagisa Oshima, Katsuhiro Otomo, Chan-Wook Park, Alan Parker, Roman Polanski, Sam Raimi, Rob Reiner, George A. Romero, Roberto Rossellini, Martin Scorcese, Ridley Scott, Bryan Singer, Christopher Smith, Steven Soderbergh, Steven Spielberg, Isao Takahata, Quentin Tarentino, Johnnie To, Guillermo del Toro, Jacques Tourneur, François Truffaut, Tsui Hark, Shinya Tsukamoto, Paul Verhoeven, Thomas Vinterberg, Lars Von Trier, Orson Welles, Robert Wiene, Billy Wilder, Michael Winterbottom, Robert Wise, Wong Kar-Wai, John Woo, Brian Yuzna... et sans doute bien d'autres.

A bientôt.

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