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"La faune de l'espace", d'A.E. Van Vogt

Publié le par Nébal

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VAN VOGT (A.E.), La Faune de l’espace
, traduit de l’américain par Jean Rosenthal, Paris, Gallimard – J’ai lu, coll. Science-fiction, [1939, 1943, 1950, 1952, 1971] 2003, 308 p.
 
A.E. Van Vogt est généralement considéré comme un des plus brillants auteurs de la SF américaine de « l’âge d’or », aux côtés d’Isaac Asimov, Robert Heinlein, Clifford Simak et Theodore Sturgeon. Mais j’étais passé complètement à côté de la plupart (tous sauf Asimov, à vrai dire) lors de ma première période de dévotion à la SF – aka mon adolescence boutonneuse. Or l’on dit souvent que ces auteurs gagnent à être découverts jeune… Je sais pas. Je relis toujours Asimov avec plaisir, j’ai découvert très récemment Heinlein, que j’aime bien, de même pour Simak et Sturgeon, ce dernier m’ayant plus particulièrement intéressé. Quant à Van Vogt…
 
Il y a de cela un an ou deux, j’entame ma redécouverte de la SF… avec la quasi-intégrale de Philip K. Dick. Et je lis, par-ci par-là, diverses références notant la forte influence de Van Vogt sur ses textes, notamment parmi les plus anciens (et en premier lieu Loterie solaire). Pourquoi pas, donc, aborder la lecture de ce précurseur à mon auteur fétiche ? Je me rends dans ma libraire préférée, et saisis un exemplaire du Monde du non-A, premier volume du célèbre « cycle du non-A » ; et là, que vois-je ? « Traduit par Boris Vian ». Ah ouais, tiens, bon, d’accord. Raison de plus, non ? Je prends, et les deux volumes suivants (Les joueurs du non-A et La fin du non-A) dans la foulée. J’entame la lecture ; voui, c’est plutôt sympa jusque-là, très dickien avant Dick, effectivement ; pas très bien écrit, ceci dit, mais bon… Et là, c’est le drame : passées les premières pages plutôt attrayantes, on se retrouve bien vite dans un nawak space op’ bourrin, stupide et prétentieux, largement incompréhensible, écrit avec les pieds, et, pour ainsi dire, chiant comme la pluie. Humf, peut-être était-ce une réaction thalamique ; vite, la « pause » ; zen, j’entame le deuxième : pareil. Je dois vraiment être très thalamique… Obstiné, j’essaye le troisième (bien plus récent, et pas traduit par Vian cette fois) : c’est un peu plus rigolo, mais quand même… Pas convaincu, mais alors vraiment pas du tout. J’essaye son autre classique, A la poursuite des Slans : je parviens à la fin sans trop souffrir, mais c’est quand même pas top… J’en arrive à la conclusion que Van Vogt, ben c’est pas pour moi, quoi…
 
Et puis, récemment, navigant sur le forum du Cafard cosmique, je tombe sur un débat « pour ou contre Van Vogt » et un compte-rendu élogieux de La faune de l’espace. Je regarde un peu, sans vraiment intervenir ; visiblement, la communauté SF est assez divisée sur le Monsieur, qui a ses idolâtres et ses contempteurs. Je suis intrigué, quand même, et je veux bien redonner une chance à papy Alfred Elton ; d’où l’achat (toujours dans ma librairie préférée) de La faune de l’espace, et, dans la foulée (parce que je suis particulièrement stupide / masochiste / courageux / de bonne volonté, rayez les mentions inutiles), son autre « grand titre », Les marchands d’armes (c’est-à-dire, en un volume en poche, Les armureries d’Isher et Les fabricants d’armes).
 
Alors, alors, ça donne quoi, La faune de l’espace ? Ben, déjà, comme pas mal de trucs de Van Vogt, c’est plus ou moins un fix-up, semble-t-il, c’est-à-dire un roman formé de différents textes reliés entre eux, plus ou moins à la va-comme-je-te-pousse, des fois. Ici, le lien, c’est la mission du « Fureteur », un « vaisseau cosmique terrien » (dixit la quatrième de couv’) sillonnant l’espace pour une mission d’exploration de plusieurs années, avec à son bord pléthore de scientifiques en tout genre. On comprend mieux, du coup, le titre original, The Voyage Of The Space Beagle. Mais ça rappelle aussi autre chose, non ? Allez, un petit effort… « L’espace. L’ultime frontière… » Ouais. Il y a effectivement fort à parier que Gene Roddenberry, quand il a créé la série Star Trek, avait lu et adulé La faune de l’espace, parce que ça y ressemble pas mal, quand même. Ce qui, à vrai dire, n’est pas forcément rassurant ; parce que si Star Trek, à l’occasion, ça peut être assez sympa à visionner, sous une forme romanesque, ça peut par contre vite devenir lourd… Mais bon, baste les a priori.
 
Le principal héros du roman s’appelle Grosvenor, et c’est le nexialiste du vaisseau. Un nexialiste ? Qu’est-ce que c’est donc que cette chose ? Eh bien, un nexialiste, c’est un spécialiste… du nexialisme ; c’est-à-dire d’une « science fictive » ou d’une « pseudo-science » (selon que l’on est gentil ou méchant), comme Van Vogt, semble-t-il, les appréciait particulièrement, celle-ci consistant semble-t-il en une forme d’encyclopédisme, de polymathie recoupant les diverses branches de la science ; bon, c’est un peu vague… On n’est pas avare en procès d’intention, parfois, à l’encontre de AEVV ; certains, qui ne lui ont pas pardonné son intérêt avoué, fut un temps, pour la « dianétique » de L. Ron Hubbard, ont voulu y voir quelque chose de très louche dans ce goût-là… Mais c’est peu probable : le roman est de toutes façons antérieur à La Dianétique. Et à vrai dire, perso, je m’en fous un peu… Plus gênant, le nexialisme, en dépit de ce que Grosvenor prétend lui-même, a des accents un peu faf, des fois… Mais bon. Pas grave. C’est pas aussi agaçant, de toutes façons, que la « conception cyclique de l’histoire » de « l’archéologue » Korita, qui est lui carrément à baffer…
 
Grosvenor, Korita, et tous les autres scientifiques du « Fureteur » (parmi lesquels on accordera une place particulière à Kent, chef des chimistes, politicard ambitieux et le pire ennemi de Grosvenor et du nexialisme), se retrouvent ainsi embringués dans un long voyage dans de lointaines galaxies, à la recherche de faune ou de civilisations extraterrestres. Et c’est ainsi que l’on va voir se succéder quatre récits de rencontres, très inégaux. Le premier, avec Zorl, est assez correct ; le deuxième est chiant comme c’est pas permis ; le troisième, avec Ixtl, est de très loin le moment le plus intéressant du roman (on l’a souvent noté, mais c’est très vrai : ici, Van Vogt préfigure pas mal Alien de Ridley Scott) ; le quatrième aurait pu être bien, mais est perturbé par un délire politique agaçant, et s’achève en queue de poisson.
 
Alors, VV remonterait-il dans mon estime ? On s’en doute : non, pas du tout. Même si la lecture en est moins pénible que celle du « non-A » (encore heureux !), La faune de l’espace est quand même franchement médiocre, pour rester poli, sur le plan de l’écriture. Les personnages sont totalement creux, et le peu de relief qui leur est donné à l’occasion les rend presque invariablement antipathiques : impossible de s’y attacher. Les intrigues, si l’on excepte celle avec Ixtl, donc, sont généralement mollassonnes et peu divertissantes. Pas ou peu d’intérêt scientifique a priori, et les quelques réflexions d’ordre philosophique ou social sont le plus souvent risibles, quand elles ne sont pas plus ou moins nauséabondes.
 

Bref, on s’en passera…

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"2x4", de Einstürzende Neubauten

Publié le par Nébal

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EINSTÜRZENDE NEUBAUTEN, 2x4.
 
Tracklist :
01 – Fleisch « Blut Haut » knochen (Belgium 1982)
02 – Sehnsucht (nie mehr) (Berlin 1983)
03 – Womb (Hamburg 1980)
04 – Krach der schlagenden Herzen (Belgium 1982)
05 – Armenisch Bitter (Berlin 1982)
06 – Zum Tier machen (Berlin 1982)
07 – Sehnsucht (still stehend) (Berlin 1982)
08 – Durstige Tiere (Amsterdam 1982)
 
Einstürzende Neubauten. Rien que le nom de ce groupe mythique en a déjà fait trébucher plus d’un de ma connaissance ; tant mieux, dans un sens : prononcé à la ramasse, ça aurait presque quelque chose de cthulhien. Mais les gens de chez Roir ne sont pas joueurs : à tout hasard, ils précisent « Collapsing New Buildings » dans le livret de cette réédition en CD de ce live classique, qui n’avait connu qu’une édition en cassette en 1984.
 
On est là au tout début de la bande à Blixa Bargeld. Et autant dire que ça dépote. Rien à voir avec le néanmoins excellent double-album live intitulé 9-15-2000, Brussels, qui présente la facette la plus récente d’Einstürzende Neubauten, toujours expérimentale, mais bien plus douce. Ici, on fait dans l’agression sonore, dans le terrorisme musical ; on est même avant Halber Mensch, c’est-à-dire : encore pire. Chouette !
 
A mort la mélodie ! Dans la foulée des époustouflants concerts de Throbbing Gristle, les Berlinois se livrent ici à des performances scéniques particulièrement physiques, tout entières vouées au culte du bruit sous toutes ses formes. Blixa Bargeld ne chante pas : il hurle, déclame, se livre à des incantations. Derrière lui, les musiciens s’acharnent sur des batteries « concrètes » faites de divers objets métalliques, n’hésitant pas à rompre la rythmique (comme sur « Fleisch « Blut Haut » knochen ») pour mieux perturber l’auditeur, ou sur des instruments électroniques de leur propre fabrication. La basse se fait discrète, mais la guitare rugit de temps à autres ; pas d’arpèges ou d’agréables solis, ici : la musique, c’est avant tout du bruit, à l’état pur. Et les morceaux jonglent ainsi, dans leur construction unique, entre silence et rage.
 
Car il y a malgré tout des moments plus calmes, par exemple avec les étranges sonorités orientalisantes de « Womb » ou « Armenisch Bitter ». Ce n’est pas moins perturbant, à vrai dire, et c’est remarquablement jouissif.
 
Ce sont les racines de la musique industrielle, cet étrange courant à la fois populaire et hermétique éclos parallèlement au punk. La musique d’Einstürzende Neubauten est difficile d’accès, c’est vrai ; elle tient, finalement, tout autant de la composition savante que de l’art contemporain, du théâtre expérimental et du pamphlet anarchiste. Elle est brillante et rebutante. Elle est unique.
 

Et ce bref album live est à vrai dire indispensable à qui veut se plonger dans les abysses de l’underground du début des années 1980, et frémir avec jubilation devant cette inventivité extraordinaire, cette folie génialement créatrice, qui n’a pas vraiment connu d’équivalent depuis.

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"Le masque du démon", de Mario Bava

Publié le par Nébal

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Titre original : La Maschera del demonio.
Titres alternatifs : Black Sunday, House Of Fright, Mask Of The Demon, Revenge Of The Vampire, The Demon’s Mask, The Hour When Dracula Comes, The Mask Of Satan.
Réalisateur : Mario Bava.
Année : 1960.
Pays : Italie.
Genre : Fantastique / Horreur / Gothique.
Durée : 87 mn.
Acteurs principaux : Barbara Steele, John Richardson, Andrea Checchi, Ivo Garrani, Arturo Dominici, Enrico Olivieri…
 
 
Nombreux sont les incontournables dans la longue histoire du cinéma fantastique ; rares, cependant, parmi ces classiques, sont ceux qui font réellement peur : certains films de Tourneur, peut-être, et probablement le superbe The Haunting de Robert Wise… Plus rares encore, parmi ces chefs-d’œuvre, sont ceux que l’on peut qualifier de films d’horreur à proprement parler. Jusqu’à présent, je n’en connaissais pas vraiment… Et puis j’ai vu Le masque du démon de Mario Bava.
 
Mario Bava. Un nom qui m’effrayait un tantinet il y a encore peu de temps. Il faut dire que l’abondance de séries Z plus ou moins nanardeuses produites en Italie des années 1950 à 1980 a de quoi forger une réputation indue, en noyant des perles sous le fumier… Quelle erreur, pourtant ! Le cinéma populaire italien, en ce temps-là, avait de véritables maîtres, capables de réaliser d’excellents films, tout en acceptant les règles du cinéma d’exploitation. On connaît Sergio Leone, bien sûr, et Dario Argento également (qui est tombé bien bas, hélas…) ; on pourrait évoquer de même, parfois, Lucio Fulci, et bien d’autres encore. Et il y a Mario Bava. Rien à voir avec son tâcheron de fils Lamberto : à en croire le discours dominant, Bava, le vrai Bava, le paternel, c’est le plus grand, tout simplement. Jusqu’ici je restais un peu sceptique : La Baie sanglante, son film culte renouvelant les règles du giallo pour accoucher, dans la douleur et l’hémoglobine, du slasher, m’a plutôt fait l’effet d’un navet, en dépit d’indéniables qualités cinématographiques. Alors je n’osais pas vraiment regarder le reste. Erreur, erreur stupide. Le début de la carrière est visiblement d’un autre tonneau. Et notamment cet extraordinaire Masque du démon, révolutionnaire et à l’influence incomparable… et qui est le premier film de son auteur (plus exactement, le premier film pour lequel il fut crédité à la réalisation ; auparavant, il était un directeur photo recherché, et avait à l’occasion manié la caméra pour remplacer un réalisateur défaillant).
 
La Moldavie, au XVIIe siècle. La princesse Asa, accusée de sorcellerie et de vampirisme, est attachée à un bûcher ; près d’elle, le corps sans vie de son amant Igor. Son frère la renie, les prêtres à ses côtés la vouent aux flammes de l’Enfer. Elle les maudit, tous, proclame haut et fort son allégeance envers Satan, et jure qu’elle reviendra pour se venger de ses tortionnaires. Jusqu’ici, rien de très original, même si c’est d’ores et déjà magnifique ; dans un superbe noir et blanc, c’est l’atmosphère classique, oppressante et grandiloquente, du gothique anglais, qui connaît alors un franc succès avec les films de la Hammer, que l’on retrouve, et l’influence ne saurait faire de doute. Pourtant… Le bourreau se saisit d’un masque de fer, dont la face intérieure est garnie de pointes ; il le pose lentement sur le visage de la sorcière… et tout autant sur le visage du spectateur, la caméra étant ici subjective. Puis il s’empare d’un gigantesque maillet et… d’un coup sec, enfonce le masque dans le crane de la pauvre victime. Là, nous sommes dans l’horreur ; la réaction du spectateur est physique ; on est exorbité, ahuri, sous le choc d’une violence inattendue pour un film d’épouvante de 1960 : on est au-delà du gothique, dans une forme d’horreur plus contemporaine, plus crue, plus réaliste, plus sadique aussi. Et l’on prend conscience que le spectacle qui nous attend sera unique.
 
200 ans plus tard. Le docteur Thomas Kruvajan et son jeune assistant, Andre Gorobec, se rendent à un congrès scientifique. La route qu’ils empruntent est mauvaise ; les gens l’évitent, qui se souviennent de la malédiction de la sorcière. Mais les éminents médecins raillent cette superstition. Quand leur diligence s’enlise, ils en profitent même pour visiter le tombeau de la princesse Asa : son cercueil dispose d’une vitre, afin de maintenir toujours sous les yeux de la vampiresse la croix du Christ qui l’empêche d’accomplir sa vengeance ; sous son horrible masque, elle semble étrangement conservée… Soudain surgit une chauve-souris, qui attaque de manière inexplicable le docteur Kruvajan ; dans la lutte, ce dernier se blesse, répandant du sang sur le cercueil et brisant la croix et la vitre. La malédiction va pouvoir s’accomplir, le spectateur en est conscient, si les docteurs l’ignorent. Ceux-ci, en sortant du caveau, rencontrent une étrange jeune fille, au visage à la fois séduisant et inquiétant : il s’agit de Katia, la descendante d’Asa… et son portrait craché. Bientôt, l’horreur déferlera sur la pauvre jeune fille.
 
Je ne détaillerai pas davantage l’histoire. Il suffira de savoir qu’elle fourmille en séquences angoissantes ou terrifiantes, et n’a sans doute pas grand chose à voir avec la nouvelle de Gogol censément à l’origine du film…
 
Simplement… C’est magnifique. La réalisation, la photographie, sont de toute beauté ; certaines scènes sont d’authentiques tableaux, à la composition phénoménale. Les ombres sont utilisées avec une pertinence et une efficacité remarquables. La brume, le montage, le maquillage… Tout contribue à faire de ce film un sommet de l’horreur gothique, avec ces pointes de sadisme et de sensualité toutes latines, parfois très surprenantes, qui lui donnent en outre un cachet unique.
 
Pour ce qui est de l’interprétation, si John Richardson est assez faible dans le rôle du jeune docteur Gorobec, les autres sont assez convaincants, sans être exceptionnels ; ceci dit, Andrea Checchi et Arturo Dominici sont souvent impressionnants, voire terrifiants, tant Bava est habile à mettre en valeur leurs traits si particuliers. Mais, surtout, il y a Barbara Steele, qui est tout simplement phénoménale ; ce film devait la marquer à vie : à jamais, elle serait une actrice de fantastique, la plus grande certes, mais elle ne pourra véritablement s’échapper du genre, malgré quelques tentatives. Et, souvent, elle retrouvera ce rôle double, alternant entre l’innocence apeurée et l’horreur cruelle : elle est en effet à la fois l’horrible sorcière Asa et sa victime Katia, et joue à merveille cette dualité foncièrement inquiétante. Son visage est unique : sa beauté, si elle ne saurait faire de doute, à quelque chose de dérangeant, de troublant… Elle cabotine, certes, ses yeux grand ouverts roulant plus que de raison. Mais elle est tout simplement fabuleuse ; elle est le visage de la peur, qu’on subit ou qu’on inflige. Elle est unique.
 

Ce qui n’était au départ qu’une banale série B d’horreur, transcendée par tous ces atouts, devient un chef-d’œuvre à part entière, dont l’influence se fait encore grandement sentir aujourd’hui. C’est un incontournable, tout simplement. Et un des plus beaux films d’horreur qu’il m’ait été donné de voir.

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"Temps", de Stephen Baxter

Publié le par Nébal

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BAXTER (Stephen), Temps (Les univers multiples, t. 1), traduit de l’anglais par Sylvie Denis et Roland C. Wagner, Paris, Fleuve noir, coll. Rendez-vous ailleurs, série Science-fiction, [1999] 2007, 545 p.
 
Il y a de ça quelques années – j’étais encore un adolescent boutonneux –, ma mère m’offrit un jour un bouquin. C’était Les vaisseaux du temps, de Stephen Baxter, qui venait de paraître en Ailleurs et demain. Ah ? Tiens donc ? Mais pourquoi ? « Oh, ben, j’étais à la Librairie, et me suis dit que je pouvais en profiter pour te prendre un roman… » Merci beaucoup, c’est très gentil… Mais… pourquoi celui-là ? « Oh, ben, je sais que tu aimes bien ces trucs bizarres, là, de science-fiction et compagnie, moi j’y connais reun’ à ces machins, alors j’ai demandé, et le libraire m’a dit que celui-là, c’était vraiment très bien. » Ah bon. Ah, ben, merci beaucoup, hein, c’est super gentil, vraiment. Je regarde la bête d’un peu plus près : hein ? Une « suite » de La machine à explorer le temps d’H.G. Wells ? 100 ans plus tard ? A l’époque, j’étais déjà con (peut-être plus encore que maintenant) ; du coup, je suis un brin sceptique : Ah ah, encore un de ces écrivaillons sans talent qui cherchent à tirer profit des vrais génies, c’est du propre… Par ailleurs, je n’avais pas lu La machine à explorer le temps ; je me dis, tant qu’à faire… Je l’achète, je l’entame… et je m’arrête parce que je m’emmerde (j’étais vraiment très très con à cette époque…). Et du coup le Baxter prend la poussière dans ma bibliothèque. Bon. L’an dernier, je retrouve le bouquin de Wells. J’ai rien d’autre à lire : allez hop, test. Et je me régale de ce chef-d’œuvre, comme de bien entendu. Alors je me souviens de l’autre, là, comment déjà, Baxter ? Ouais. Bon. J’ai vraiment rien à lire, alors essayons. Et je me régale de ce chef-d’œuvre, comme de bien entendu… Un roman d’une intelligence remarquable, sans doute le meilleur et le plus solide que j’ai pu lire sur le thème du voyage dans le temps, ce thème si fascinant mais qui a une si vilaine tendance à filer la migraine s’il est bien employé…
 
Vous vous en foutez, hein ? C’est compréhensible. Mais c’est une manière comme une autre d’aborder la « chronique » de ce nouveau (enfin, il date de 1999, hein… vive la France…) roman de Stephen Baxter, sobrement intitulé… Temps. Ah ben décidément… C’est le premier tome de la « trilogie des univers multiples », et ça paraît en France au Fleuve noir (ce qui, il y a quelque temps encore – aha –, m’aurait définitivement dissuadé de le lire ; ouais, finalement, je dois être un peu moins con maintenant…).
 
Et de quoi ça parle ? Ben, de beaucoup de choses. Enormément, même. L’écrivain anglais n’y est pas allé de main-morte ce coup-ci : paradoxes temporels, univers parallèles, conquête de l’espace, mutants / surhommes, fin du monde… Tout y passe, ou presque. A l’ancienne, par contre. On sent dans ce roman une assez nette influence de la SF de « l’âge d’or », j’aurais l’occasion d’y revenir.
 
Nous sommes au tout début du XXIe siècle. Reid Malenfant, après avoir été renvoyé de la NASA, est devenu un richissime homme d’affaires. Mais sa passion pour l’espace ne l’a pas abandonné. Il se désole (et c’est bien naturel) de l’impasse dans laquelle se trouve la conquête de l’espace ; il a la conviction que celle-ci est une avancée fondamentale, que l’homme se doit d’en passer par là… et accessoirement que ça peut rapporter beaucoup d’argent. Alors il se lance dans une vaste entreprise, passablement illégale, pour renvoyer l’homme dans l’espace (à terme : il commence par… des calmars !), afin de récupérer les précieuses richesses pour l’heure laissées à l’abandon dans les astéroïdes. Mais il est un jour contacté, via son ex-femme Emma, qui travaille toujours pour lui, par l’énigmatique Cornelius Taine, jadis mathématicien de génie, et désormais potentiellement dingue… Taine affirme à Malenfant que son projet, bien loin de n’avoir que des implications bassement mercantiles, est destiné à sauver l’humanité ; et ce n’est pas une métaphore : en se fondant sur les calculs probabilistes dits de la « catastrophe de Carter », la société Eschatologie Inc., à laquelle appartient Taine, a déterminé que l’humanité n’en avait plus que pour deux cents ans à vivre, à moins de relancer la conquête de l’espace. Et, bientôt, en se fondant sur des données scientifiques a priori farfelues (enfin, pour les ignorants dans mon genre, mais là je sais que je ne suis pas tout seul…) mais pourtant très sérieuses – toujours, chez Baxter –, les deux hommes en viennent à découvrir des messages provenant du futur et confirmant le bien fondé de leur action. Pendant ce temps, à travers le monde entier, apparaissent ponctuellement des « enfants bleus », des surdoués plus ou moins autistes capables, avant l’âge de 10 ans, de révolutionner la physique et les mathématiques, entre autres… ce qui ne manque pas de susciter l’inquiétude et la haine du commun des mortels.
 
Ca fait beaucoup de choses, donc. Mais c’est remarquablement traité, et l’on ne s’ennuie pas un seul instant tout au long de ces 540 pages. On jettera un voile pudique sur le style (anodin, pour ne pas dire inexistant, pour ne pas dire nul – c’est limite, des fois… Dommage, je n’avais pas eu cette impression pour Les vaisseaux du temps, mais cela tient sans doute à la dimension « pastiche » de ce dernier). Il y a malgré tout amplement de quoi satisfaire ici le lecteur exigeant.
 
On a pu discuter de la qualification « hard SF » parfois avancée pour désigner les œuvres de Stephen Baxter ; en tant que non-scientifique, je dois dire qu’elle me semble plutôt appropriée. Mais attention, rien de rebutant pour autant, même s’il y a quelques passages fort complexes. C’est que Baxter, qui connaît bien son affaire, se fonde sur des données scientifiques récentes parfaitement fascinantes pour le quidam : la science, ici, la « vraie » science, celle d’aujourd’hui, nous parle de la fin du monde avec la « catastrophe de Carter », de l’intelligence des céphalopodes, de la « radio de Feynman » permettant de capter des messages émis depuis le futur, et de bien d’autres étrangetés encore ; pour celui qui, comme moi, n’est pas au fait des plus récentes avancées scientifiques dans ces domaines souvent fort hermétiques, cela tient à peu de choses près de la magie, du surnaturel ; et pourtant, non… « Sense of wonder » : l’expression, ici, prend tout son sens ; on est véritablement dans le merveilleux scientifique, dans la fascination pure et simple face à des choses qui nous dépassent, tout en étant parfaitement rationnelles ; les dernières pages de ce roman – dans l’ensemble très pessimiste – amènent le lecteur abasourdi à se poser des questions confinant à la métaphysique qui lui avaient probablement échappé jusqu’alors. Une très grande réussite, sous cet aspect-là, d’autant plus que Baxter fait dans l’ensemble preuve d’un certain sens de la pédagogie plutôt appréciable. Quand on referme le livre, on se sent un peu moins con, et ça fait du bien…
 
Et puis il est un autre aspect de ce roman qu’il me paraît important de noter, qui peut séduire ou rebuter, c’est selon (moi, ça ne m’a pas déplu) : c’est son indéniable classicisme. Si les données scientifiques employées sont dans l’ensemble très récentes, nombre de thèmes et de personnages ne manquent pas de faire penser à diverses œuvres importantes de la SF, qui se voient ainsi perpétuées, et dans un sens renouvelées. Déjà, sans trop de surprises, le Britannique Baxter s’inscrit dans la tradition très britannique de la SF « catastrophiste » (je pense notamment à Ballard, mais on pourrait sans doute évoquer aussi Aldiss, Moorcock, etc.). Mais il franchit également l’Atlantique à l’occasion. Le personnage de Reid Malenfant, ainsi, sorte d’archétype du héros (héraut ?) du libéralisme économique, à la fois rêveur attachant et ordure cynique, ne manque pas d’évoquer L’homme qui vendit la Lune, de Robert A. Heinlein (à mon sens le meilleur texte de « L’histoire du futur »), certaines scènes y faisant assez directement écho (je pense par exemple au passage consacré à l’application du droit dans l’espace, notamment pour ce qui est du droit de propriété). De même, les « enfants bleus » de Baxter nous renvoient à toute la littérature américaine consacrée au thème des mutants et des surhommes, abondante dans les années 1940-1950, pour le meilleur et pour le pire (pour ma part, ces enfants surdoués et persécutés parce que trop intelligents et donc inquiétants m’ont beaucoup fait penser à A la poursuite des Slans, de A.E. Van Vogt, un classique, même s’il m’a semblé plutôt médiocre). Et l’on pourrait sans doute continuer longtemps ainsi. On appréciera ou pas ; mais cela m’a semblé plutôt bien vu, un renouvellement plutôt qu’une redite.

Temps
est ainsi un excellent roman de science-fiction, solide et passionnant, et qui vaut amplement le détour. Et j’attends d’ores et déjà avec impatience la suite, Espace, qui devrait paraître au Fleuve noir d’ici la fin de l’année…

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"Public Outburst", de Laurent Garnier, Bugge Wesseltoft, Philippe Nadaud, Benjamin Rippert

Publié le par Nébal

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LAURENT GARNIER, BUGGE WESSELTOFT, PHILIPPE NADAUD, BENJAMIN RIPPERT, Public Outburst.
 
Tracklist :

CD 01 (audio)
01 – 63
02 – Butterfly
03 – MBass
04 – Controlling The House
05 – The Battle
06 – First Reactions
07 – Barbiturik Blues

CD 02 (Live Videos)
01 – Man With The Red Face
02 – MBass
 
 
Laurent Garnier : un nom qui ne laisse guère indifférent. Nombreux sont ceux qui lui vouent un véritable culte, et j'en suis. Mais, depuis sa Victoire de la musique et l’engouement pour la soi-disant « French Touch » (avec laquelle il avait pour seul point commun la nationalité…), le bonhomme n’a pas toujours bonne presse auprès de certains cercles bobos (pas tous, heureusement) qui en font une sorte d’icône commerciale. Pour ma part, j’ai jamais compris pourquoi… Le fondateur du label F Com, pionnier de la techno et de la house en France, m’a toujours semblé être au contraire un modèle d’intégrité, d’humilité et de bon goût, qui aurait à vrai dire tout pour se poser en donneur de leçons, et a cependant la délicatesse de s’en abstenir. Et il a du parcours, le type, de ses débuts dans une Madchester découvrant dans la fièvre les joies de la musique électronique à aujourd’hui, en passant par l’âge d’or des raves et leur triste décadence ; il fait partie de ceux qui ont traversé l’histoire de la techno, et qui ont contribué à la faire (au passage, il la raconte fort bien : je vous recommande chaudement la lecture d’Electrochocs).
 
Et il a su évoluer sans se compromettre, contrairement à une étrange idée reçue. Ainsi, s’il n’a pas renié, loin s’en faut, son passé d’artisan du dancefloor (… souvenir ému de ce qui a constitué ma seule véritable expérience en club, avec Garnier « chez lui », derrière les platines du Rex Club…), il a cependant, ces dernières années, fait état d’une indéniable volonté de se livrer à d’autres expériences : dès sa Victoire de la musique, à vrai dire, puis à l’Olympia, il n’hésite pas, désireux de conférer à la techno une crédibilité qui lui faisait défaut jusqu’alors, à faire péter le grand orchestre. De même, quand, pour une compilation avec Carl Craig (The Kings Of Techno), il sélectionne une History Of Detroit, bien loin de se limiter aux légendes électroniques des « pères fondateurs » ou à Underground Resistance, il cite tout à fait légitimement les Stooges, Aretha Franklin ou les Temptations. Lors de ses sets, ce DJ de légende entrecoupe les tubes d'électronique pure de remixs audacieux de The Cure ou de Pulp, et lorgne du côté du hip hop ou du dub avec une passion et une envie d'initier son public à d'autres horizons musicaux qui sont pour beaucoup dans sa réputation et son talent. Mais ce sont surtout le jazz et la musique de film qui l’attirent, et il ne s’en cache pas. A plusieurs reprises, ainsi, ses productions se voient agrémentées de sonorités jazz du plus bel effet, comme avec le célèbre saxophone possédé de « The Man With The Red Face », sur Unreasonable Behaviour ; on le voit régulièrement aux côtés du pianiste acid jazz Bugge Wesseltoft, ce qui a pu donner lieu à de mémorables sessions, dont quelques échos ont pu être conservés (ainsi, dans Retrospective, les versions particulièrement dantesques de « The Man With The Red Face », justement, mais aussi « d’Acid Eiffel », morceau composé il y a de cela un certain nombre d’années avec son compère Shazz au sein du projet Choice, sur lequel officiait également un certain Ludovic Navarre aka Saint-Germain…). Et son dernier album studio, l’excellent The Cloud Making Machine, à mille lieux des hits clubesques d’antan, nous régale d’atmosphère ambient jazz du plus bel effet.
 
Et puis Garnier a une perception de la performance live qui n’est pas forcément très répandue au sein de la scène techno ; DJ de profession, il n’a guère envie de se contenter alors de faire un set agrémenté de vidéos, mais fait régulièrement appel à des musiciens qui humanisent et enrichissent l’électronique originelle. Et c’est ainsi qu’on a pu voir Garnier en concert avec Bugge Wesseltoft, donc, mais aussi avec le saxophoniste Philippe Nadaud ou le pianiste Benjamin Rippert. Et ce sont ces moments uniques qu’entend retransmettre ce Public Outburst cosigné, véritable régal pour les oreilles.
 
La sélection commence calmement avec un « 63 » agrémenté de basses profondes qui travaillent l’auditeur ; la tension monte un peu plus sur « Butterfly », puis les sonorités drum’n’bass du teigneux « MBass » achèvent d’instaurer un climat de dance intelligente, complexe et jazzy, véritablement irrésistible. « Controlling The House », à mon sens le morceau le moins convaincant de The Cloud Making Machine (peut-être parce que le seul éventuellement dansable ?), est ici transfiguré et d’une efficacité remarquable, de même que les frénétiques « The Battle » et « First Reactions », aux lyrics enfiévrées. « Barbiturik Blues », en fin d’album, vient calmer le jeu, mais on ne s’en plaindra pas, tant cette composition downtempo est efficace et planante.
 
Vous en voulez encore ? Moi aussi. Ah ben ça tombe bien, cette édition limitée se voit augmentée d’un deuxième CD contenant deux vidéos. Tout d’abord, une version de « The Man With The Red Face », hélas anodine sur le plan de la réalisation et péchant un peu pour ce qui est de la puissance sonore, mais sur laquelle Philippe Nadaud est particulièrement en forme. Et puis une sublime et hargneuse version de « MBass », pour un concert exceptionnel dans un site qui ne l’est pas moins : le pont du Gard, rien que ça…
 
Allez, on répète tous ensemble : Laurent Garnier est grand. Cet album ravira ses amateurs, et pourra probablement lui en gagner de nouveau, les inévitables réfractaires à la techno qui auront ici l’occasion de saisir enfin que, non, ça n’a rien à voir avec ce qu’ils croyaient…

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La nécro du jour

Publié le par Nébal

BLAM, comme ça, au réveil, j'apprends la mort de Michel Serrault, puis celle d'Ingmar Bergman.

Monde de merde...

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"La Horde du Contrevent", d'Alain Damasio

Publié le par Nébal

La-Horde-du-Contrevent.jpg

DAMASIO (Alain), La Horde du Contrevent, [s.l.], La Volte, 2004, 521 p.
 
O_o Néb le Benêt peinait sur l’âpre pente de l’Acritique. Succombant à la morphlemme, il avait chu de son char à beaufs, et était désormais seul, pouleillant de peur dans la triste solennité de la Colline Insurmontable. Le vent violent virulait à ses oreilles transies, porteur des menaces iconoclastes et des itératives malédictions proférées jadis par les primitives hordes de lectueurs. Les dangers abondaient en ces terres pourtant si souvent parcourues. Parce que si souvent parcourues. Les Herméticianistes, ces terribles pirates à la communication défaillante montés sur de fringants canassons hauts sur pattes et carapaçonnés de papiers imprimés, avaient bien failli terrasser Néb, qui n’avait dû son salut qu’à la providentielle apparition d’un terrier de lapin où se calfeutrer et laisser faire. Les nomades filèrent bien vite, mais ce fut bientôt tempête. Exorbité, suant, le Peigne-cul labourait son triste gîte de spasmes incontrôlables, confronté qu’il était à de vigoureuses résurgences incongrues du Premier Œil : « Fouchtra ! La pagination inversée ! » Et : « Tudju ! Les dédicaces similipoétiques et l’exergue plateaunicienne ! » Et bien vite, nouvel assaut : « Assaaaaaaaaaaaah ! Les ch’tits glyphes ! »
 
Et puis il y eut un répons :
 
- Pouacre, un Peigne-cul…
 
A l’orée du terrier, face à Néb, deux bottes tressées de cuir. Le Benêt redressa la tête. C’était un lectueur, le regard fier, le sourire narquois. A son brassard, Néb reconnut un membre éminent de la 3207e ; un Caritique, à en juger par les épais volumes qui parsemaient sa ceinture cloutée. Derrière, il y avait la Horde entière, rigolarde et l’air mauvais ; le Peigne-cul, terré dans sa lapinaderie, offrait à ces Damasiens une distraction fort bien venue.
 
Le Caritique hissa Néb d’un geste brusque ; puis s’avança un de ses comparses, l’air tout aussi noble, le Styloscribe à la plume alerte, plus débonnaire d’aspect :
 
- Salut à toi, quidam ! Et bénis ce jour : tu as devant toi la 3207e Horde des Lectueurs, celle qui aura l’audace d’atteindre le sommet de l’Insurmontable !
 
Et les autres de répondre en chœur :
 
- AHOU !
 
Avant d’entonner, testostéronisants :
 
Les Nous-autres, c’est pas des pédés !
Moi j’te dis qu’on va y arriver !
AHOU !
 
Ils saluèrent la cime du poing droit, et restèrent en contemplation extatique le temps d’une Citation. Au loin, portée par le vent, on discernait une hideuse et ridicule musique ; Néb en trembla de tous ses membres. Mais le Styloscribe le prit par l’épaule :
 
- Laisse, bouseux. Ca n’est jamais qu’un écho raggaïsant de l’odieux « Cappizzano » alyvanesque. A cette distance, ça n’est pas bien méchant… Mais ceux qui ont emprunté la Onzième Piste n’y ont pas survécu.
 
Tous, ils semblèrent se recueillir. « Kaïïï ! Kaïïï ! », hurla le Caritique, chevauchant les contre-temps. Puis ils se tournèrent à nouveau vers Néb, avec un sourire à la chaleur calculée.
 
- Qui es-tu, Peigne-cul ?
 
- Oh, ben, j’étions l’Néb le Benêt, humble bouseux de la campôgne, là, en bôs. Vouaye, tout en bas, là-bôs… Et j’avions monté la butte avec mes bestiaux, mais je m’a tombé…
 
Ils éclatèrent d’un rire sardonique. Puis le Styloscribe reprit :
 
- Tu t’as tombé. C’tions pô d’chance, hein… Ou plutôt, si ! Car tu vas avoir l’honneur d’assister à une Présentation !
 
Ils sautillèrent sur place en battant des mains. Cela faisait bien longtemps qu’ils n’avaient pu se livrer à ce petit jeu. Le Caritique s’avança, c’était à lui de procéder :
 
- Vois, la Fiente ! Et admire ! Nous sommes la Horde, la seule, la vraie ! Pour ma part, je suis Ex-Huber, Caritique de son état et trouvère à ses heures gagnées ; ou plutôt devrais-je dire §² !
 
Néb, interloqué : « §² ? »
 
Ex-Huber rit à s’en briser les côtes : « Mais oui ! Comme tu es O_o ! »
 
- O_o J’étions O_o. Ah. Bon.
 
Néb se sentit quelque peu dépossédé, mais s’abstint de protester. Le Styloscribe lui adressa un sourire amical :
 
- C’est facile, l’ami. Il suffit de se reporter à la Liste, et cela coule de source !
 
- O_o Ben voui, mais ça servions à quoi ?
 
- §² C’est plus joli, voilà. Une différence qui ne coûte pas grand chose, et peut bien occuper la conversation pour une quinzaine de lignes. Il va falloir t’y faire… Mais reprenons : le brave homme qui te prend si sympathiquement sous son aile protectrice » – il ricana à pleine dents – « c’est notre Styloscribe, notre guide et maître, le puissant et incomparable Hagar, c’est-à-dire >&&<.
 
Le grand homme s’inclina, et fit la révérence. Puis il pointa le doigt en l’air, face à la cime, et claqua de la langue, avant de noter sur son cahier :
 
                                                            _________~~é~_____________                  >&&<
 
                                                                                                                _____
            ________                    __
____                            __
 
Il montra alors à la Horde ce qu’il venait de griffonner et salua de la dextre. Tous l’applaudirent. Néb suivit – il ne voulait pas commettre d’impair – mais demanda néanmoins :
 
- O_o Heu… C’étions quoi ?
 
- §² Ce que je venais de dire. Ne trouvez-vous pas que c’est, hey ! joli ?
 
- >&&< Hey !
 
- Bof…
 
Celui qui venait de s’exprimer était un petit homme trapu, tout de noir vêtu, et couvert de breloques argentées d’un goût douteux. Ex-Huber cracha à ses pieds.
 
- §² Je n’en attendais pas moins de notre Pousse-moderne… Mais la tradition exige pourtant qu’un de ces ersatz de sous-Caritique sans âme accompagne toute horde ; nous avons hérité du pire, le bouffi, l’arrogant, le vilain Bobobov ! » Il se tourna vers Néb : « Traduis. »
 
- O_o Heu… Heu… *$ !) ?
 
- §² Tu vois quand tu veux ? C’est presque ça : *$ !)°, voilà. Oui, c’est moche. Mais cela sied à merveille à ce grotesque randonneur du dimanche…
 
Bobobov rota. Et Ex-huber poursuivit dans un soupir :
 
- §² Bon, on achève, parce que ça commence à me saouler.
 
- >&&< Caritique ! Tu as une tâche à accomplir !
 
- §² Certes, Maître. Veuillez pardonner cet écart. Je disais donc : le temps presse, et l’art me coûte ; l’hydromel me monte à la tête, et ma raison chavire ; allons, à l’inévitable, la Fin qui se dresse là-bas au loin, ultime refuge, salutaire hospice ! Vois-tu ce nain signifiant ? Il s’agit de Jo Moder, notre Inentendu. Et il ne sert à rien. Alors, Néb, Jo Moder, aka… ?
 
- O_o Eh bien, je dirions ¤.
 
- §² Voilà.
 
- ¤ Salut…
 
- O_o Et les autres, là derrière ? » Ils étaient bien encore une vingtaine.
 
- §² C’est des figurants, on s’en fout. Pardon : ces tristes hères sont quantité négligeable, et il n’est guère nécessaire que l’on s’y attarde. Leur unique tâche, c’est, hey ! de m’applaudir.
 
Et ils applaudirent.
 
Hagar se tourna vers Néb.
 
- >&&< A toi, maintenant. Dis-nous tout. Qu’en penses-tu, si tu penses ?
 
- O_o Oh, ben, moué, j’trouvions ça plutôt chouette, hein, et pis…
 
- §² AAAAAAAAAAAAAAARGH ! Halte ! C’en est trop ! Suffit ! Kaïïï ! Kaïïï !
 
- *$ !)° Cela m’est fort pénible, mais je suis bien obligé d’appuyer le pédant. L’élocution du bouseux est blasphématoire, et nous n’y survivrons pas… Qu’il avale donc ceci !
 
Il tendit au Peigne-cul une petite flasque d’Edithe. La boisson était renommée pour ses qualités syntaxiques. Néb avala, et s’en trouva bientôt transfiguré.
 
- *$ !)° Ce qu’il dira ne sera pas plus intelligent, mais nous pourrons au moins le suivre, avec un petit effort. Reprends, petit.
 
- O_o Merci, Pousse-moderne. Et veuillez m’excuser, Caritique. Je disais donc : dans l’ensemble, j’ai vraiment aimé. Il y a de la recherche, les personnages sont attachants, et quelques passages sont particulièrement réussis, avec une atmosphère riche et une action trépidante. Le style, s’il n’est pas parfait – j’y reviendrai – est quand même le plus souvent intéressant, très sonore, et j’ai toujours aimé ce genre de textes qui donnent envie d’être lus à voix haute… Une lecture très agréable, que je ne regrette en rien ; à vrai dire, je jetterais même volontiers un œil sur les autres productions du damasial. Ceci dit je ne crierai pas au chef-d’œuvre, comme beaucoup l’ont fait : il y a quand même de nombreuses lourdeurs et autres maladresses qui viennent gâcher la lecture, et sont même parfois franchement agaçantes ; faut reconnaître que c’est effectivement très prétentieux, et que ça n’a pas toujours les moyens de ses ambitions ; on se serait allègrement passés des assez nombreuses gratuités qui parsèment ce roman à mon sens trop long, par exemple les divers « exercices de style », totalement injustifiés, et, qui pis est, souvent guère convaincants, qui cassent le rythme du récit et donnent un peu l’impression d’un auteur qui apprécie par-dessus tout se regarder écrire. Le damasial ne se prend pas pour de la merde, et, à bien des égards, il a raison ; mais, pour parler crûment, un coup de pied au cul lui aurait probablement fait le plus grand bien, en l’incitant à gommer ces travers. Là, on aurait pu parler d’un excellent roman, et même d’un chef-d’œuvre ; en l’état, c’est « seulement » très bien. Pour ce qui est de la « profondeur » attribuée à l’œuvre, par contre, j’avoue rester assez sceptique. Et je ne comprend vraiment pas pourquoi on s’est autant pris la tête dessus. Je n’en vois pas l’intérêt, si ce n’est de jouter stérilement contre d’autres lectueurs, pour déterminer qui c’est qu’a la plus grosse, d’intelligence (ou de culture…). C’est pourquoi j’ai entamé l’ascension de la Colline Insurmontable : je ne sais pas, et voudrais savoir. Heu… voilà.
 
Ils le regardèrent un instant, l’air perplexe. L’inentendu oscilla de la tête. Puis ils explosèrent de rire ; Ex-Huber, qui avait l’hilarité franche, en vint à se rouler par terre ; on eut dit qu’il allait succomber d’un instant à l’autre, tant son teint rougissait. Puis il se calma, s’assit sur la pente herbeuse, aspira à grande goulées, et :
 
- §² Le rustique Néb ne saurait éristiquer…
 
- *$ !)° Certes. Ce que tu dis, bouseux, n’a aucun intérêt.
 
- >&&< Il est vrai… Allons, Néb, tiens ta place : candidise, Peigne-cul, et laisse l’exégèse aux Panglossateurs !
 
- §² Prenons le style, par exemple. Tu dis des bêtises… Damasio, c’est bien, Damasio, c’est beau. Je suis Caritique, alors je sais de quoi je parle.
 
- *$ !)° Tu avoueras que ça boursoufle, quand même…
 
- §² Oui-da, et pour le mieux. C’est qu’il s’agit de poésie, vois-tu. Et, de toutes façons, il n’y a pas que cela. C’est un texte puissant, mâle. C’est un texte adroit.
 
- *$ !)° Oui, c’est plein de mâle adresse.
 
- §² Ah. Je te vois venir : les ruptures de ton, les anglicismes incongrus, les niveaux de langage qui voltigent, les jeux de mots laids… Sache que ces attentats musicaux sont le fruit d’une volonté inébranlable. Sache que c’est de l’arythmie.
 
- *$ !)° C’est arthritique…
 
- O_o C’est l’art qui trique ?
 
- *$ !)° Ou qui trinque…
 
- >&&< Ah. Après les jeux de mots, déboulent les jeux de veaux…
 
- O_o Les jeux de mots démoulent les je te vaux ?
 
- *$ !)° C’est caca ! C’est cacaaaaaaaaaaa !
 
- §² C’est divin ! C’est diviiiiiiiiiiiiiiin !
 
- *$ !)° Je dis vain.
 
- ¤ Je dis fin ! Paix, paix !
 
- *$ !)° Pet !
 
- §² Fi des vœux de Jo ! La Damasionnaise est bonne !
 
- *$ !)° Au début, elle est froide… Et sur le tard, elle est périmée.
 
- §² Je te pède à la gueule ! Mange ce smash, charogne !
 
- *$ !)° Evité ! Evité ! Nananananère-euh !
 
- ¤ Mes frères ! Je vous en prie ! Ce n’est qu’exercisage à l’appréhension de la technicité, putain !
 
- >&&< Et si nous abordions le sens, peut-être le débat sera-t-il moins rance ?
 
- O_o Ben, moi, j’aimerais bien, vu que c’est surtout pour ça que…
 
- *$ !)° Le sens, au direct comme au figuré, c’est celui de la poubelle…
 
- §² Ah, non ! Je ne saurais permettre que l’inkulture de Bobobov souille de ses doigts graisseux et probablement perryrhodaniens ce tétanisant artefact inégalé et lable ! C’est que cela ne se contente pas de boursoufler, voyez-vous, bande de mécréants antikhagneux : cela deleuze ! Cela gattarise !
 
- O_o Cela présocratise ? Il y a ici un peu de grec, me semble-t-il…
 
- *$ !)° Dans un sens, jeune présomptueux, cela socratise bien profond les drosophiles.
 
- §² Honte sur toi, le crapaud perclus d’ignorisme ! L’important, ici, c’est le Devenir !
 
- O_o C’est quoi ?
 
- §² Lis, le gland, et laisse faire les grands. En d’autres termes : Deviens !
 
- ¤ Oui, deux « viens » valent mieux qu’un « dégage »…
 
- §² Serait-ce persiflage ?
 
- *$ !)° J’en revendique le monopole ! Moi je souffle, et toi tu cuistres. La distribution des rôles est inamovible.
 
- O_o La distri quoi ?
 
- *$ !)° Pardon : le casting.
 
- ¤ Assurément. D’ailleurs, je…
 
Mais ils ne purent prolonger l’interminable débat. Surgit en effet un puissant vortex aux effets stylistiques virevoltants, qui balaya la pente sur toute sa largeur, et duquel émergea bientôt un Cône.
 
- §² Là, voyez, je vous le disais ! Je vous le disais ! » Ex-Huber sautillait, une joie juvénile déformait ses nobles traits. « Le Cône ! Il finit par nous accorder sa grâce ! Voyez, mes frères ! C’est là l’instrument du Devenir ! »
 
Ils s’avancèrent tous vers le vortex. Seul Néb, terrorisé, n’osa approcher l’étrange phénomène, et préféra retrouver l’abri de son terrier. Il regarda cependant.
 
- §² Le Cône ! Le Devenir !
 
Et ils devinrent. Après le passage du Cône ne resta que du foin. Le vortex disparut comme il était arrivé, et Néb surgit de son antre, ahuri ; il se trouvait désormais au milieu d’un agréable champ, qui, se dit-il, serait probablement du plus grand intérêt pour ses bœufs.
 
Puis il y eut un mini-vortex. Néb sursauta devant cet écho inattendu, mais il n’avait semble-t-il rien à craindre : le tourbillon ne demeura qu’un bref instant, se contentant de métamorphoser une souche en… un téléphone ? Celui-ci se mit à sonner. Néb, d’un geste hésitant, finit par décrocher :
 
- O_o Heu… Allô ?
 
- @ Allô, Monsieur Néb ? Bonjour ! Je suis la fin du roman, et j’ai l’honneur de vous…
 
- O_o Je crois que vous avez fait un faux numéro.
 
Il raccrocha, et s’assit un instant, dos à la pente. L’effet de l’Edithe s’amenuisait, et le Peigne-cul coupa un brin de paille, qu’il se mit à mâchonner. « Tout ça pour ça », se dit-il. « Et finalement j’en savions point plus qu’avant. »
 

Il se releva et fixa le sommet au loin. Puis il se retourna, haussa les épaules, prit son élan, et entama la descente à tape-cul de la colline, conscient qu’en aval l’attendaient d’innombrables lectures, non moins fascinantes, et dont on ne parlait pas.

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"The DFA Remixes, Chapter Two"

Publié le par Nébal

The-DFA-Remixes--Chapter-Two.jpg

 
VARIOUS ARTISTS, The DFA Remixes, Chapter Two.
 
Tracklist :
01 – TIGA – Far From Home.
02 – JUNIOR SENIOR – Shake Your Coconuts.
03 – HOT CHIP – Colours.
04 – N.E.R.D. – She Wants To Move.
05 – NINE INCH NAILS – The Hand That Feeds.
06 – GOLDFRAPP – Slide In.
07 – CHROMEO – Destination Overdrive.
08 – UNKLE – In A State.
 
C’est dangereux, un remix. Ca peut donner des très jolies choses, parfois. Ca peut même donner des petites perles qui enfoncent les originaux, avec un peu de chance. Mais ça peut, aussi, hélas, n’être qu’un incontournable marketing, fait à la va-vite et par-dessus la jambe…
 
Ici, les artistes remixés sont plus ou moins alléchants : il y a du très bon (N.E.R.D., Nine Inch Nails, UNKLE), du correct (Hot Chip, Goldfrapp)… et du douteux (Tiga, Chromeo). Mais les remixeurs sont ce qui se fait de mieux à l’heure actuelle, la crème de la crème. The DFA, pour ceux qui ne connaîtraient pas, c’est James Murphy (aka « le type de LCD Soundsystem ») et Tim Goldsworthy ; DFA, c’est aussi leur chouette label new yorkais, abritant ou ayant abrité quelques pépites disco punk (ou mutant disco, comme on voudra), parmi lesquelles, outre LCD Soundsystem, on comptera notamment The Rapture, Radio 4, Playground, Metro Area, The Juan MacLean, Fisherspooner et bien d’autres encore. DFA, du coup, ça peut être les deux à la fois, production et remix, au travers de compilations très recommandables, comme par exemple Muzik Presents – Disco Punk – Dance To The Underground, où l’on pouvait notamment se régaler avec le très chouette remix de Le Tigre « Deceptacon », le premier réalisé par les deux zoziaux, ou encore ceux des tubes de The Rapture « House Of Jealous Lovers » et de Radio 4 « Dance To The Underground » ; autre exemple, plus directement représentatif des jolies choses que l’on peut trouver dans la maison, DFA Compilation #2 (j’essayerai d’y revenir à l’occasion).
 
Mais le disque qui nous intéresse est un peu différent, puisqu’il s’agit d’artistes extérieurs au catalogue DFA qui ont demandé un remix à Murphy et Goldsworthy pour égayer leurs maxis et autres éditions limitées, etc. D’où mon introduction ; et la possibilité que ça soit franchement pas top, quelle que soit l’estime que l’on porte aux deux remixeurs (et pour ma part ça tient presque du culte…).
 
Heureusement, James et Tim sont des gens sérieux. Quel que soit le matériau original, ils entendent en faire quelque chose de chouette, quitte à se réapproprier totalement le morceau comme cela arrive souvent ici. Ils n’hésitent pas non plus à faire durer le plaisir, avec plusieurs remixs avoisinant ou dépassant les 10 minutes. C’est le cas, par exemple, du « Far From Home » de Tiga, sympathique morceau electro-pop, mais aussi du « She Wants To Move », de N.E.R.D., dont le remix, s’il est beaucoup moins sensuel et funky que l’original, n’en est pas moins une franche réussite. De même pour ce qui reste à mon sens (et pour cause, diront les mauvaises langues…) un des meilleurs du lot, le remix du « The Hand That Feeds » de Nine Inch Nails, morceau à l’origine assez moyen issu du très moyen With Teeth : The DFA ont choisi de n’en conserver que la voix de Trent Reznor ; pour le reste, c’est du LCD Soundsystem de la plus belle eau… Alors les puristes house critiqueront les envolées plus ou moins criardes de Reznor ; et les puristes indus seront interloqués devant cette basse terriblement ronde et ces claviers limpides… Moi, j’adore ce mélange inattendu, et les puristes, je les empapaoute ! Na ! On pourrait continuer ainsi pour chacun des morceaux de la compil, par exemple le très disco « Slide In » de Goldfrapp, mais mon stock de superlatifs n’est pas inépuisable…
 
Bien sûr, il y a quelques (rares) passages moins enthousiasmants : le remix d’Hot Chip, par exemple, n’a rien d’exceptionnel, et les voix filtrées de Chromeo agacent (avant d’être subermergées par une basse saturée du meilleur effet…) ; de même, le dernier morceau, qui est aussi le plus long (13:34), le remix d'UNKLE, commence pas terrible, avec un aspect éthéré tout doux tout gentil guère convaincant, et puis la basse s’installe, les petits blips saturés s’accumulent, ça se répète, ça hypnotise au fur et à mesure que les nappes se font plus envahissantes, et ça monte, ça monte, ça monte… pour devenir tout bonnement orgasmique.
 

Une très bonne compilation, qui satisfera sans aucun doute les amateurs de DFA. Il n’est pas garanti, par contre, que les fans des artistes remixés y trouveront leur compte ; mais peut-être cela leur ouvrira-t-il d’autres horizons musicaux ?

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"Plane Of The Dead", de Scott Thomas

Publié le par Nébal

Plane-Of-The-Dead.jpg

Titre original : Flight Of The Living Dead: Outbreak On A Plane.
Titres alternatifs : Flight Of The Living Dead, Plane Dead.
Réalisateur : Scott Thomas.
Année : 2007.
Pays : Etats-Unis.
Genre : Fantastique / Horreur / Zombies / Catastrophe / Action.
Durée : 1h30.
Acteurs principaux : Raymond Barry, Derek Webster, David Chisum, Kristen Kerr, Kevin J. O’Connor, Rychard Tyson, Erick Avari…
 
Depuis quelque temps, dans la foulée des 28 jours plus tard, L’armée des morts, Land Of The Dead et autres Shaun Of The Dead, le film de zombies connaît un indéniable regain d’intérêt, pour le meilleur (ces quatre-là, entre autres)… et pour le pire (les Resident Evil et compagnie). Ce n’est pas moi qui vais m’en plaindre. Problème : tout le monde n’est pas Romero, loin de là ; et nombreux sont ceux qui manquent de la passion, de la sincérité et éventuellement de l’humour et / ou des moyens nécessaires pour aboutir à quelque chose de potable…
 
Du coup, ce Plane Of The Dead, sorti directement en DVD, et œuvre du quasi-inconnu Scott Thomas, a de quoi laisser sceptique. Difficile de dire ce que l’on est en droit d’en attendre, dans un premier temps. Bon, une série B, ça, ça ne fait aucun doute : mais un bon film ? Un affligeant navet ? Un réjouissant nanar, comme les Italiens en produisaient à tout va il y a de ça un quart de siècle ? Le pitch, a priori, n’est pas sans rappeler le consternant Avion de l’apocalypse d’Umberto Lenzi, même si l’on s’en éloigne bien vite… Et le générique du film fait craindre le pire, avec son odieuse chansonnette hard FM et ses CGI pourris… Les acteurs, plutôt pas top dans l’ensemble, ne rassurent guère (on croise cependant, avec un sourire, quelques têtes connues de ce genre de productions, abonnées aux seconds rôles poussifs et au cabotinage effréné, notamment Erick Avari et Kevin J. O’Connor…). Quant aux personnages, ils forment un beau ramassis de clichés pour le moins éprouvant : on retiendra notamment ces quatre djeuns ricains caricaturaux au possible, les deux surfers branchouille et leurs biatches de copines qui semblent se livrer à une compétition pour déterminer laquelle sera la plus vulgaire et écervelée ; ceux-là, on en vient à souhaiter très vite leur mort dans d’atroces souffrances…
 
Voilà pour la première impression. Abordons maintenant le scénario, pour le moins limité. Un Boeing 747 (de la compagnie « Concord »…) fait la liaison Los Angeles – Paris. A son bord, le ramassis habituel de glandus que l’on trouve nécessairement dans un avion : outre les quatre ahuris précédemment évoqués, une bonne sœur tout droit sortie de Y’a-t-il un pilote dans l’avion ?, un flic cynique et bourru accompagnant un criminel blagueur, un agent de la sécurité paranoïaque et pas crédible deux secondes, un champion de golf (le black de service) et sa femme, un grand patron cynique et deux savants fous, et enfin un peu de figuration pour nourrir nos chers amis les zombies ; pour ce qui est de l’équipage, le pilote, très logiquement, doit prendre sa retraite après ce dernier vol, le copilote est un jeune couillon, et les hôtesses sont chaudes comme la braise… Mais voilà. Il y a dans la soute de l’avion une cargaison inhabituelle, gardée par un type en tenue de lutte anti-bactériologique et armé d’un gros flingue (a priori, tout ça monte dans l’avion – civil – sans souci…). Et cette cargaison, c’est quoi donc ? Bah bien sûr : un zombie… Enfin, le cadavre ressuscité de la femme d’un des savants fous, qui, très logiquement, s’échappe de son sarcophage quand l’avion traverse une zone de turbulences, et est subitement pris d’une petite fringale… La contamination se répand bien vite – on notera au passage que les zombies, dans ce film, tiennent plus de la version sous amphétamines à la Boyle et Snyder (ou Mattei, ou Lenzi…), que de la version sous tranxène propre à Romero et Fulci –, et c’est bientôt le chaos dans l’avion… Les autorités américaines, au sol, prennent finalement conscience du danger potentiel de l’atterrissage du Boeing, et envisagent de l’abattre en vol. Rien que de très banal, donc ; seule petite originalité par rapport aux grands classiques du genre : le cadre de l’avion, qui, depuis le 11-Septembre, prend une résonance particulière peut-être pas innocente ici… Mais faut voir comment c’est traité, ensuite.
 

Eh bien, on peut cracher le morceau maintenant : c’est extrêmement réjouissant ! On a là une série B assumée, très rythmée, généreuse et bourrée d’humour, qui sait ne pas trop se prendre au sérieux et faire contre mauvaise fortune (ah ah, blague, ah ah…) bon cœur ; il y a beaucoup d’action, quelques scènes très inventives, de sympathiques passages gores (les maquillages sont assez réussis, même si on peut être assez perplexe pour ce qui est des lentilles jaunes à la Evil Dead), les blagues, bonnes et volontairement mauvaises, abondent, et l’on ne s’ennuie pas un seul instant. Alors oui, les acteurs ne sont pas terribles et les effets spéciaux numériques – assez rares – particulièrement ratés, mais ça n’est guère rédhibitoire : on a ce que l’on pouvait espérer de mieux dans ce contexte précis, une chouette série B respectueuse de son thème et divertissante, qu’on savourera probablement d’autant mieux entouré de potes, avec un peu de bières et des chips.

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"Superman, 1959", de Bill Finger, Otto Binder, Wayne Boring et Curt Swan

Publié le par Nébal

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FINGER (Bill), BINDER (Otto), BORING (Wayne) et SWAN (Curt), Superman, 1959, [s.l.], Panini Comics / DC, coll. Archives DC, série Superman, [1959] 2007, 236 p.
 
 
Ce deuxième volume des « Archives DC » consacrées au Superman de « l’âge d’argent » constitue à bien des égards une invitation au voyage dans le temps. On est très loin, ici, des comics contemporains, et a fortiori de la période « sombre et dure » qui a suivi le génialissime Watchmen d’Alan Moore et l’excellent Dark Knight de Frank Miller. Ici, nulle violence, le réalisme se voit gentiment congédier, et les questionnements existentiels de même. Superman vit dans un monde coloré et innocent, et ses aventures visent clairement un public enfantin ; on comprend d’autant mieux l’importance, quelques années plus tard, de la création de l’univers Marvel par Stan Lee et Jack Kirby (sans oublier Steve Ditko, John Buscema, etc.). En 1959, on n’en est pas encore là. Et, autant le dire de suite, c’est franchement niais ; c’en est même souvent consternant. Et le lecteur, à maintes reprises, ne pourra que difficilement se retenir d’éclater de rire, ou de murmurer avec un sourire, la main devant les yeux, un « Oh la la » un rien moqueur…
 
Est-ce inintéressant, alors ? Est-ce illisible aujourd’hui, surtout pour un lecteur adulte ? Sûrement pas. C’est même franchement divertissant. Il y a une contrepartie agréable à la naïveté enfantine de ces épisodes antédiluviens, et c’est que tout y est permis. L’imagination ne saurait rencontrer de limites ; la vraisemblance, la cohérence et le bon goût sont relégués aux oubliettes, et tout devient possible (avec Superman, c’est de suite plus convaincant qu’avec le nabot arriviste, non ? Mais je m’égare…). Le point de départ des aventures laisse souvent pantois, les retournements de situations sont tous plus ahurissants les uns que les autres, et la résolution du mystère fait souvent appel à des trésors d’inventivité. Oui, dans ces pages, l’imagination prend le pouvoir. Et toc. Du coup, c’est extrêmement rafraîchissant et très drôle, pour peu que l’on accepte, le temps d’une BD, de retrouver son âme d’enfant (enfin, ce qu’elle a de mieux à nous proposer, faut pas déconner non plus…) et de se laisser emporter dans un monde fantaisiste et coloré oublieux des soucis de la vie quotidienne, les grands comme les petits (enfin, pour peu que le lecteur consente à débourser 26,00 € quand même ; ouch…).
 
Superman est de toutes façons un personnage qui m’a toujours semblé particulièrement inintéressant dans ses aventures sérieuses. L’est parfait, le bonhomme. Il sait tout faire. En plus il est beau, intelligent et Américain (enfin, sauf dans l’excellent Red Son de Mark Millar, à lire tout prix…). Autant dire que ce surhomme par excellence est vite lassant… Seulement voilà : il suffit qu’il enfile des lunettes, et il devient le journaleux maladroit Clark Kent ; et personne ne reconnaît en lui Superman ; et c’est déjà pas crédible pour un sou… Pour peu que l’on accepte ça, dès lors, on pourra s’amuser en feuilletant le présent volume, dont ce n’est que la moindre des invraisemblances. Et c’est avec plaisir, finalement, que l’on retrouvera ici "l'homme de demain" et ses vieux potes, Lois Lane, bien sûr (particulièrement perfide et prête à tout pour percer le secret de l’identité de Superman, elle en mériterait des baffes, franchement ; l’est bien gentil, le Clark Kent ! Ah, l’amour…), Perry White, et enfin Jimmy Olsen, qui en vient ici à péter un plomb et à déclarer la guerre à Superman ! Autre moment intéressant, et qui vient un peu contredire ce que je disais jusque-là, mais pas complètement non plus, l’histoire plus sérieuse (relativement) et surtout un tantinet tristounette qui vient rappeler au bon souvenir de Kal-El une de ses premières amourettes, et probablement la plus touchante, avec la sirène Lori Lemaris… Plus anecdotique, on croisera à l’occasion la « super-famille » de Superman, avec l’inénarrable Krypto le super-chien… Du côté des vilains, il y a aussi du beau monde : Lex Luthor, bien sûr, plus intelligent et machiavélique que jamais, qui devient le temps d’un épisode le terrible (et puéril…) Kryptonite Man ! On notera aussi l’arrivée de Bizarro dans les aventures de Superman (il avait déjà rencontré Superboy auparavant ; et qui c’est qui le ramène ? Ben oui, Luthor, bien sûr…) : un personnage finalement plus touchant (si l’on est bon prince) que méchant, et qui vit avec Lois une romance à la King Kong… Et puis Titano, Metallo, ou encore le gueudin Mr. Mxyzptlk… Rien de trop méchant, on le voit (en-dehors du nazillon du premier épisode, responsable d’un « projet X » particulièrement original…). Mais de quoi connaître un certain nombre d’aventures amusantes.
 
Car l’humour est au final le maître mot de ces vieux comics. C’est souvent très drôle, et les auteurs n’hésitent d’ailleurs pas à ridiculiser leur héros de temps à autre, par exemple en en faisant le doyen arthritique de Métropolis, ou en suivant le temps d’une aventure Clark Kent en pompier, qui use et abuse de son légendaire et ridicule super-souffle… pour, comme de bien entendu, en arriver à l’éloge de ces authentiques héros de tous les jours (ben oui, on est ici dans une BD morale, Môssieur…). Des fois, on a même franchement le sentiment que les auteurs s’amusent beaucoup, jusqu’à glisser des blagounettes douteuses : pour ma part, le costume de plomb de Superman m’a comme qui dirait un peu surpris ; enfin, surtout l’emplacement de la caméra, quoi…
 

Bilan : si vous voulez lire un truc très couillon mais divertissant, c’est fait pour vous ; et si vous voulez faire de l’archéologie des comics, c’est fait pour vous aussi. Régalez-vous… puis relisez Suprême d’Alan Moore, eh eh eh…

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